La Mort de Jean
Jean est mort. On vient de le retrouver chez lui, dans son fauteuil, en cette fin d’après-midi. Cela n’est pas arrivé d’un coup ; au contraire, tout s’est passé de façon progressive, à pas lents mais déterminés.
Depuis des jours, des semaines, des mois déjà, la mort s’annonçait. Elle s’est immiscée, l’a investi, petit à petit. Jean savait qu’elle finirait par s’installer, un jour ou l’autre, alors il l’a laissé faire. À quoi sert de lutter si nous avons la certitude que le combat est perdu d’avance…
Au début, Jean ne se rendait pas vraiment compte du mal dont il souffrait, puisque de souffrances physiques il n’en ressentait point. Aucune douleur palpable ; rien, sauf cette sensation d’engloutissement, de néant. Le néant de son corps et de son esprit dont il réalisait combien ils avaient été et ne seraient plus.
Plus jamais ils n’auraient d’envies ni de désirs.
Disparue cette façon qu’il avait de regarder le monde pour en extraire toutes les beautés et les douceurs.
Adieu la sensualité des mots, les vibrations de la peau ; le cœur qui battait lorsque son sexe se dressait, durcissait avant de laisser jaillir son plaisir, preuves que la vie était encore bien là, en lui.
Dans sa tête, seul le temps silence régnait. Un silence de fissures et d’abîme. Une absence de bruit absolue en dépit du chaos de la vie qui continuait, en dehors de lui. Malgré lui.
La mort est arrivée et a emporté Jean. Il n’y a de pire agonie que de mourir d’ennui.
💬 Commentaires 16
Il y a bien pire que l'ennui par contre, déjà il y a l'impossibilité d'avoir le plaisir de s'ennuyer :p
Je me demandais pourquoi on ne voit pas ton texte dans les nouveautés, sur la page des voyages. C'est bizarre, non ?
En tout cas, que je l'aie lu ou pas, j'ai beaucoup aimé. Je pense que je préfèrerais mourir de peur, ça doit être moins long... mourir d'ennui, ça doit être horrible ; tu as le temps de tout voir, de tout ressentir avant qu'elle s'abatte.