Faisceau du jour

📖 Faisceau du jour ✍️ Sarlarzd 📝 1066 mots

Oh toi, petite étoile, toi qui envoies chaque matin, par les reflets des premiers rayons du jour, les images et paysages du petit astre qui te permet de vivre. Oui toi, qui sais qu’au grand jamais tu ne devras dépasser la limite imposée par ta propre lumière, te voilà, te levant sur la phase visible de cette si petite planète.

Oh toi, dont la curiosité n’a pas son égal, te voilà qui te demandes à quoi pourrait ressembler l’autre partie de ce globe qui te sert de maison. “Mais quand je ne suis pas là, mais quand ma lumière ne frappe pas, qu’est-ce que ce satellite peut bien receler que personne ne peut voir ?”

Oh toi, que tu as raison, tu brûles tout ce que ta lumière frappe de plein fouet, comme un feu éternel qui ne peut s'arrêter de consumer la vie elle-même, cherchant à s’étendre sur des contrées déjà tant visitées, ne laissant ainsi rien pousser. Ta lumière qui permet de voir la vie, empêche celle-ci de fleurir au bon gré d’une rencontre inopinée de deux regards, un peu trop longtemps attardés.

Oh toi, qui te déplaces ainsi dans l’ensemble du faisceau de ta propre existence, il t’arrive parfois de penser, de t’approcher de la limite de ton rayonnement, hésitant, parfois longtemps, à toucher cette obscurité qui semble si profonde et qui échappe seule à ton regard. Tu attends, patiemment que ta source se déplace, pour finalement, voir brûler tout ce qui avait eu le temps de grandir loin de ta vision.

Oh toi, tu en es si triste, de voir mourir de ton ardeur ce que tant d’autres, tant d’inconnus, s’évertuaient pourtant à construire. Tu voudrais voir l’autre côté, celui qui, étant ton antithèse, disparaitrait par ton seul regard. Cela faisait des années, des décennies, des centaines d’années que dis-je, l’éternité elle-même, que tu te refusais d’approcher cette limite, que tu savais interdite par les lois elles-mêmes de ta création.

Oh toi, pourtant un jour, tu te laissas tenter. Il était tard, ton rayonnement commençait à basculer de l’autre côté de ton si petit monde, tu avais détourné ton regard quelques instants de trop. En tout

cas, c’est ce que retiendra l’histoire, un instant d’inattention qui mena à ce que tu n’avais jamais voulu ou du moins exprimé.

Oh toi, en te retournant, tu vis que l’ombre n’était à portée de tes rayons que d’un simple mouvement. Et après une hésitation qui n’en n’était pas vraiment une, tu te tentas. Tu te tentas à légèrement toucher cette obscurité qui te faisait défaut.

Oh toi, qui fus tout autant surpris de la voir qu’elle fut surprise d’enfin voir, tu bondis en arrière mu par tes réflexes pavloviens les plus anciens.

Oh toi, qui crus avoir commis une erreur, c’est pourtant la curiosité qui reprit d’instinct le pas. L’ombre qui semblait ne pas être consciente de tout ce qu’elle créait, tu crus pouvoir lui apporter le bonheur d’observer la plus jolie des fleurs que tu brûlais chaque matin.

Oh toi, qui tentas de nouveau de t’approcher de l’ombre, tu n’eus pas le temps de passer un bras au-delà de ta propre existence que tu vis l’obscurité se déformer, que tu vis l’ombre former une élévation en ta direction, puis, avant qu’elle ne se retire probablement de douleur, vis une main apparaître.

Oh toi, qui à ton tour répondis à cet appel, tu te forças à accepter ce qui pouvait t’arriver. Tu te forças, et puis vint enfin le nouveau moment. Tu passas une partie de ton existence à travers ce mur qui brouillait ta vision. Tes rayons avaient du mal à résister à cette obscurité, se désagrégeant avec l’espace, mais tu tins.

Oh toi, qui vis son regard intrigué se posant sur ta partie qui imprégnait maintenant son territoire, tu la vis s’approcher, te contourner puis baisser le regard, voyant une fleur d’un blanc immaculé, dénuée de toute énergie. Esquivant ses épines, elle la prit délicatement, l’approchant de ta lumière. Ne voulant détruire une si jolie création, tu te retiras, mais l’obscurité te retint, posant la vie en ta main, qui revigorée par cette source d’énergie, reprit forme et se teinta d’un rouge vif.

Oh toi, qui fus amusé de cette découverte, joyeux de ne point détruire la vie, tu vis un large sourire te regarder, émerveillé. Comme si vous aviez toujours existé pour ce moment, chacun de vous voulut passer la barrière qui séparait vos empires. Mais à chaque fois, le résultat fut le même, en l’état, vos existences se désagrégeaient, passé quelques instants dans le royaume de l’autre. Alors, se fut comme un rituel. Chacun de vous passa quelques instants dans le monde de l’autre, apprenant

petit à petit ce qui vous définissait, ces douleurs, ces limites, mais aussi ces petites choses que vous faisiez toujours et surtout le plaisir. Le plaisir de voir dans le regard de l’autre, la joie d’apparaître dans son champ des possibles, d’être sûr qu’à son tour, l’autre ne l’avait pas abandonné.

Oh toi, qui souffrait à chacun de tes passages dans le monde qui ne pouvait voir, tu savais qu’elle brûlait à chacun des siens. Tu la voulus heureuse, et elle de même. Passer ce moment entre vous, était votre nouveau plaisir, votre nouveau bonheur, votre nouvelle existence. Il fallait que tu t’adoucisses pour ne plus brûler son royaume, il fallait qu’elle laisse les rayons du jour exposer ses créations pour qu’elles puissent vivre dans ton domaine.

Oh vous, d’un geste commun, l’extrémité de vos corps se rapprocha ainsi, créant une chose qui pourrait voir sans tuer. Étiez-vous conscients de ce que vous alliez créer ? J’en doute, mais c’est grâce à votre union, que l’on nomma aube pour le matin et crépuscule pour le soir, que je peux aujourd’hui conter votre histoire.

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