Une vie
Des cheveux noirs,
de petites joues rouges,
il tète sa maman.
Le dernier de la fratrie,
beau et présent,
il rit souvent.
À quatre ans, il jouait
au foot avec son frère,
coiffait les longs cheveux
de sa sœur aînée.
À douze ans, il aidait sa maman
dans les travaux ménagers.
Le dernier de la fratrie
comblait l’absence
d’un père vieillissant.
Il préparait ses repas,
endurait la douleur
de sa dent,
faute de moyens
pour se soigner.
À seize ans, il sortait avec ses amis,
et leur montrait ses talents de cuisinier.
À dix-sept ans,
toute la fratrie était là :
une sœur étudiante,
un frère fainéant,
un benjamin débrouillard,
sa petite tante chérie.
Il était heureux parmi eux,
servait, discutait,
chantait.
Puis, fatigué,
il s’allongea
pour une petite sieste,
cet après-midi-là.
Des vomissements s’ensuivirent.
Faible, il tomba sur le lit.
Il regarda sa sœur,
sans pouvoir parler.
La maman criait,
appelait à l’aide,
priait.
Trois jours à l’hôpital.
Trois jours sans se réveiller.
Puis il s’est envolé,
sans un au revoir,
sans un dernier regard
pour sa maman anéantie.
Un départ pour toujours,
une blessure béante
à vie
pour les siens
et ses amis.
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