Et si j'étais…

à El Vaquilla,
et à tous ceux qui ont entrevu un espoir
sans qu'on les laisse un jour y croire
Et si j’étais dans l’or du caravansérail
Je serais l’aube éprise de promesses,
L’heure où les hommes pensent au bétail
Avant que l’agitation ne les stresse.
Je serais cet instant, bien avant le départ,
Où les sons étouffés par la torpeur
Rendent les griefs et les désirs moins bavards ;
Où les gestes sont empreints de douceur,
Quand une caresse nonchalante s’attarde
Sur un flanc fatigué ou un cou fourbu,
Quand un regard croise un sourire par mégarde
Et qu’ainsi tout effort se rétribue.
Et si j’étais dans le vent de Patagonie
Je serais les braises qui s’éternisent
Auprès des vaqueros qui, sans cérémonie,
Épousent un sol dur qui les dégrise.
Je serais cette chaleur que gardent les cendres
Quand le jour s’est consumé sans que brille
L’étincelle d’où renaissent les salamandres,
L’espoir que la fatalité vacille ;
Je serais ce charbon qui n’attend qu’un soupir
Pour que les flammes raniment la nuit,
Qu’un gaucho rêve le dos au chaud d’un empire
D’où l’ombre sur son criollo s’enfuit.
Et si je n’étais qu’un faible souffle en errance,
Une bouffée d’air dans l’immensité,
Je serais malgré tout ce murmure qui danse,
Et qui parle aux hommes de liberté.
mai 2016
💬 Commentaires 19
Le caravansérail, la pampa, l'immensité.
L'horizon s'élargit de plus en plus.
La nostalgie apparaît comme l'espoir de choses qui auraient pu ou pourraient être.
J'aime l'espoir.
On a presque l'idée d'une musique ibérique, lointaine, juste derrière les mots et l'irrégularité des vers.
Et quelles belles images.
Mais... mais... pourquoi pour un tel homme ? Ce que j'ai pu en trouver... si c'est bien de lui dont il s'agit. Peut-être me suis-je trompé. Mais...
Les dizaines, les centaines de millions qui endurent en silence et en serrant les dents, méritent aussi, et d'autant plus, leurs poètes.
Eux aussi entrevoient l'espoir. Et eux non plus n'ont pas le loisir d'y croire un seul jour.
Mais ajoutent-ils une portion de misère supplémentaire aux autres ?
Non, je pense que je ne peux que m'être trompé ou ne pas avoir vu ou compris quelque chose.
Ou bien peut-être l'as-tu connu, peut-être comptait-il pour toi.
Mais le texte est beau et parle au cœur. Oui.
Vraiment.
C'est lui que je garderai.
Ma journée commence bien avec cette lecture !
Ton poème est très poétique ; je sais, c'est curieux de la dire ainsi, mais tous les poèmes ne le sont pas :)