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La lune ronde jouait à cache-cache avec les nuages. Guidés par les lucioles, les cavaliers quittèrent le sentier de terre et se faufilèrent entre les sapins avec habileté. Un cortège d'écureuils roux s'amusait à les suivre en passant de branche en branche. De temps en temps des chouettes aux plumages blancs et aux regards inquisiteurs s'envolèrent dans la direction opposée.
Un vent se leva, les feuilles au sol lévitèrent dans un tourbillon coloré. Lisa resserra la cape sur elle. Les bras d'Astaldo l'encerclèrent délicatement. Elle percevait la respiration et les battements de cœur de son amant. La jeune femme n'hésita pas à affronter le froid en sortant sa main de dessous la pèlerine et caressa celle de l'elfe. Leurs doigts s’entremêlèrent en quelques secondes. Désormais, il tenait les rênes d'une seule main.
À l'approche des premières huttes perchées, l'allure du cheval ralentit. Il s'immobilisa dans un hennissement devant un grand escalier couvert de mousse et de lierre. Astaldo descendit de cheval, puis aida sa compagne. À peine eut-elle posé le pied au sol que l'elfe s'écroula. Aussitôt, Lisa s'agenouilla auprès de lui et remarqua très vite une tache brunâtre qui s'étalait sur sa chemise immaculée. Tremblante, elle dégrafa le vêtement et le repoussa légèrement pour examiner la blessure. Elle fut horrifiée de découvrir, sur son ventre, cinq griffures nettes, profondes et ensanglantées. Des veines bleutées se répandirent autour de la blessure. Avant d’émettre le moindre son, Astaldo fut emporté. Tout en lui tenant une main, Lisa suivit l'escorte dans une marche précipitée et haletante.
Couché dans son lit,
Astaldo, fiévreux, transpirait abondamment. Il s'agitait
frénétiquement, divaguait et gémissait sourdement.
Plus tôt, le guérisseur s'était affairé à aérer la chambre et à le démunir de sa liquette sale. La blessure avait été nettoyée, désinfectée avec un onguent à base de plante et pansée. La magie elfique retardait la diffusion des veines bleu nuit, mais pour combien de temps ? Selon lui, si elles atteignaient le cœur, Astaldo serait perdu.
Impuissante, la seule chose que pouvait tenter Lisa était de faire tomber la température trop élevée. D'un geste tremblant, elle humidifia le front et le cou du malade. Un nœud lui tordait l'estomac et des nausées l'inconfortaient. La fatigue la rattrapa, mais il était hors de question pour elle de fermer les yeux, même quelques secondes. La jeune femme lutta tant bien que mal.
Arwen pénétra dans la pièce aux premières lueurs des aurores. Des claquements sur le sol obligèrent Lisa à tourner la tête. La reine s'avança vers elle, à l'aide d'une canne.
– Je suis désolée de venir seulement maintenant…
– Que peut-on faire ? coupa Lisa sans ménagement.
La souveraine souffla désappointée et s'assit sur le fauteuil libre près du lit.
– Je vais aller droit au but. Il faut éliminer Morwen.
– Et comment ?
– L'épée…
– Êtes-vous sûre que je suis la digne représentante de Maeling ? Soi-disant l'épée doit venir à moi, mais elle n'est toujours pas là, s'emporta Lisa.
Arwen s’apprêta à répondre, mais se ravisa. Elle comprenait que la jeune femme en face d'elle lâchait prise et que ses appréhensions devaient être dites. Lisa arpentait la chambre de long en large. Parfois, elle s'arrêtait pour vérifier si la poitrine d'Astaldo se soulevait et s'abaissait.
– Et puis, il y a aussi le retour de ma mère… Vous étiez au courant qu'elle était toujours en vie ? … Bien sûr que oui. Et la mort de mon père ? ... J'ai l'intuition que vous m'avez caché beaucoup de choses…
Les larmes aux yeux, elle s'immobilisa les bras ballants et d'une voix plus douce, elle ajouta :
– Dans toute cette histoire, la seule chose dont je sois totalement certaine, c'est mon amour pour Astaldo.
– Il vous aime aussi, confia Arwen. Je peux répondre à vos interrogations. Je peux même vous montrer.
– Me montrer ?
– J'ai la capacité de voir le futur très proche, ainsi que le passé. Il suffit juste de me donner vos mains et je partagerai ce que j'ai entrevu sur la disparition de vos parents.
Lisa essuya les perles qui coulaient sur son visage, puis tendit les mains à la créature. Elle les prit avec délicatesse et baissa les paupières. Lisa posa un dernier coup d’œil à l'elfe couché, puis imita la reine.
💬 Commentaires 7
Quelques annotations de chipotage, sinon ça reste toujours immersif. L'atmosphère sensorielle est très riche, avec des images fortes (les lucioles, les écureuils, les chouettes, le vent qui soulève les feuilles). La tension émotionnelle autour d’Astaldo est bien menée, et la scène entre Lisa et Arwen ajoute une profondeur dramatique qui fonctionne très bien. On sent un vrai souffle narratif, une maîtrise du rythme et une belle sensibilité dans la description des gestes et des émotions.
Superbe chapitre ;)