I.4 - Karim point d’interrogation *

📖 Le chant de Loreleï ✍️ Enattendantlapluie 📝 1098 mots

Paris, octobre 1999. Loreleï, 22 ans.


Karim.

Avec l’asso étudiante, on a décidé de faire un stand de prévention dès la rentrée. Banderole Sidaction et saladiers pleins de capotes, on ne peut pas nous manquer.

Je discute tests VIH avec deux mecs, quand je le vois arriver de loin. Henri. Déjà, le nom. Bref. Un beauf, qui se croit drôle… Je lui enfoncerais bien la tête dans les dépotoirs médiévaux. Mes épaules anticipent les blagues racistes. Mais non, il se dirige vers Loreleï. Grave erreur, mon gars ! Il pense la gêner avec ses questions, je le sais à son sourire de merde. Ça manque pas, je l’entends : « C’est vrai que sucer des bites, c’est plus dangereux que lécher ? »

Moi aussi, j’étais tombé dans le piège de l’allure sage de Loreleï. Mais quand elle ouvre la bouche, accroche-toi ! Loreleï l’explose à coups de détails anatomiques : « La cyprine, tu connais ? C’est plus acide que le sperme. On pense que c’est pour ça que les virus y prolifèrent moins. J’ai une copine qui affirme que les lesbiennes sont le peuple élu. Tu as d’autres questions ? Sur la sodomie peut-être ? » Il y a des bouts de Henri jusque sur les panneaux d’affichage !

À la fin de l’aprèm, on range le matos dans le local de l’asso. Quand je le ferme, il ne reste plus que Loreleï. Elle m’invite chez elle. Il y a plus près pour prendre un verre. J’hésite pas trop.

Karim opportuniste.

Dans son salon, on continue à discuter comme d’hab. Son regard est différent. Je ne sais pas comment le prendre. On est assis sur son canapé. Nos cuisses se touchent. Sa main se pose parfois sur la mienne. J’ai pas remarqué qu’elle touche les gens comme ça. Elle m’a même dit qu’elle n’aime pas les bises… mais ça fait plusieurs fois qu’elle me la fait quand on se croise, sa main sur mon épaule.

Loreleï tactile ?

— Karim, tu m’écoutes ?

— Non… oui !

Elle rigole.

Karim loser.

— Comment va ton genou ? Tu vas reprendre le taekwondo ?

— Dans deux mois, si tout va bien.

Elle caresse doucement mon genou. Elle me caresse ! Son regard, encore. Je fais quoi ?

Mes doigts sur sa jambe.

Rapprochement des lèvres. Bingo ! Elle s’assoit carrément sur moi. Plus pratique pour s’embrasser, mais putain… c’est direct !

Loreleï tactile !

Elle s’arrête soudain, les mains à plat sur mes épaules, comme si elle avait besoin d’une pause. Elle me fixe.

— Karim…

— …

— Je sais pas comment dire…

Loreleï timide ?

Ses mains tremblent légèrement. Je tente :

— Je crois qu’on est deux à pas savoir.

On se sourit. Ça l’aide.

— Karim, tu me plais… Mais… J’ai l’impression que les mecs prennent tout ce qui leur tombe dessus. Même s’ils ont pas trop envie. Je veux pas qu’on couche ensemble et que tu m’évites ensuite.

— C’est pas mon genre.

J’hésite, mais je sais pas vraiment quoi dire d’autre. Je la sens pas vraiment rassurée, alors je me jette à l’eau.

— Je dis pas ça pour que tu couches avec moi. C’est peut-être toi qui ne voudras pas t’afficher avec moi !

Loreleï penche la tête sur le côté. Je crois qu’elle essaie de déterminer la part d’humour et la part de sincérité. Je le sais pas moi-même. Elle pousse un soupir et revient contre moi. Sa langue dans mon cou. Je savais pas que j’étais sensible de l’oreille. Son souffle, ça m’excite. Ses mots coulent sur mon lobe.

— J’aime bien masser. Ça te dit ?

Karim sous le choc.

— Vraiment ?

— Vraiment. On va dans ma chambre ?

Karim suiveur.

On se lève, elle m’entraîne dans sa chambre. Je la regarde se déshabiller. Elle enlève son pull.

Je bloque sur son soutien-gorge en tissu brillant violet et dentelle noire. Ses seins ont l’air de chercher de l’oxygène. Elle avait prévu tout ça ? Je loupe une ou deux respirations.

Loreleï bandante.

Son jean et ses chaussettes finissent sur le parquet. Elle reste en sous-vêtements, sort un flacon d’huile de massage de sa table de chevet.

— Tu attends quoi ?

À mon tour… Je garde mon boxer.

— Allonge-toi sur le ventre.

Elle me masse. Vraiment. Mes épaules roulent sous ses doigts. Elle malaxe mon dos, mes côtes. Elle effleure mes fesses avant de pétrir mes cuisses. Je gémis. Elle attaque les mollets, puis enfonce son poing dans ma plante de pied. Ça fait un bien fou.

Loreleï professionnelle.

Elle attrape mes orteils, les étire, puis revient sur mes épaules. Elle masse mon crâne, ni trop fort ni trop doux, comme chez la coiffeuse, celle qui fait le shampoing sans mettre de mousse dans les yeux.

— Ça va ?

Je sors la tête de l’oreiller et j’ai du mal à lâcher que je crois avoir fondu.

— On va arranger ça.

Elle est assise sur le bas de mon dos quand son soutien-gorge tombe à côté de mon visage. Elle se penche à nouveau sur moi, et je sens… ses seins peser sur ma peau, puis juste la pointe.

Le massage continu, mais différent. Le bout des doigts, les cheveux, la bouche… Ça détend, ça tend, ça chatouille… Elle pétrit, mordille, touche à peine ou saisit.

Karim poupée.

Elle joue avec l’élastique de mon boxer, qu’elle baisse un peu. Je me tortille sous elle, ses mains glissent sous mon ventre et elle me dit de me retourner.

Je suis sur le dos. Et là, elle me regarde. Le visage et le reste. Puis elle baisse complètement mon boxer avant de le jeter hors du lit.

Chaque morceau de moi passe dans ses yeux.

Karim… bandant.

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