Perdre la tête
Il était une fois où j’ai perdu la tête. À midi sonné, un jour d’été, sans m’en aviser, elle s’est volatilisée – mais autant ici vous le préciser, je la perds aussi souvent que mes clés. En effet, il me plaît de foncer tête baissée, sans jamais vérifier où je mets les pieds. J’aime goûter à l’amène félicité d’oublier de penser, de me laisser caresser par des promesses données, de me délecter de baisers volés. Je sais, c’est mon péché. Et, que le ciel en soit remercié, mes attraits pour la volupté ne sont pas près de me quitter.
Puis est arrivée cette soirée où, sans la chercher, je l’ai retrouvée. Ma tête semblait désolée et même fâchée de récupérer ses facultés à raisonner. Je lui concédai de bouder un tantinet et, comme à l’accoutumée, l’ai secouée. Mes pensées bien ordonnées se mélangèrent d’emblée à celles qui, le temps d’un bel été, s’étaient dispersées. Je les entendais se chamailler, se battre comme des chiffonniers, se mener une guerre des plus acharnées.
Afin
d’obtenir la paix, j’ai cessé de l’agiter et l’ai replacée pile à l’endroit qu’elle
s’était autorisée à déserter.
La
tête sur les épaules, je croyais mon problème réglé, mais à peine l’avais-je reposée
que déjà germait dans mes pensées l’idée de l’égarer.
Si
jamais vous l’ignoriez, vous savez désormais que naître insensé n’est pas affaire
aisée.
💬 Commentaires 25
Très bien tourné et rythmé, comme une tête en fait.
La raie sur le côté ? 😄
Et j'aime les jeux de mots distillés et les sonorités en "é" dans ton texte :)
Perdre la tête... Il n'y a rien de meilleur !
As-tu déjà eu l'occasion de lire "le nez" de Nicolas Gogol ?
C'est plutôt la critique d'une bureaucratie qui pousse son inefficacité jusqu' à l'absurde, donc aborde une théma différente. Pour autant, ta tête baladeuse m'y a fait penser.