AVANT-GARDE
Un avant-garde est une présentation de l’univers « Des Chroniques de Lodoss ».
Prière du Grand Saint des Ores.
Prions ensemble et toujours à deux,
Pour ne jamais oublier les maux
De nos tristes souffrances.
Mais jamais ensemble et unis,
Entrelacé comme des aimants,
Pour qu’à tout jamais,
Nous soyons tous victorieux
Toi et moi et moi et toi.
Sélihan et toi mon plus grand amour, Irislia Cinétique.
Extrait de la Catalyst des amoureux, page 187, de Sélihan & Cerrone Cinétique.
Sous la lumière rasante du jour, deux colosses se faisaient face. Une dizaine de mètres à peine les séparaient. L’armure de cuir renforcée du plus grand était déchirée de part en part, laissant apparaître de longues traînées sanglantes sur son torse bien bâti. Du sang s’écoulait de son oreille gauche. Son casque cabossé avec un nasal renforcé coupait le haut de visage en deux, qu’il débarrassa d’un geste impérieux, offrant au vent frais sa chevelure grisonnante alors plaquée par la sueur. Il essuya sa main tremblante sur son pantalon noir, pour assurer sa prise sur sa hache à double tranchant, pour la saisir, maintenant, à deux mains comme il avait eu raison des trois derniers adversaires, peu avant ce combat.
L’autre n’avait pas bougé. À peine plus petit que lui, sa taille dépassait un mètre quatre-vingt-dix. Sa silhouette et son garde témoignaient d’une puissance physique peu commune. Une lourde cotte de mailles lui descendait jusqu’aux cuisses, rejoignant ses jambières d’acier ornées d’arabesques dorés dont le symbole était aussi digne que sa lignée. Il saisit à deux mains une grande épée plantée au sol pour rassembler ses forces en vue d’un assaut à venir. Sa jambe gauche se balançait à chaque mouvement, dont une lance s’était plantée profondément dans son mollet. Il avait gardé prudemment son casque avec protège-nuque, laissant dépasser ses cheveux longs et noirs.
À travers la clairière, autour d’eux, gisaient plus de trente mille soldats, entrelacés dans la mort comme un champ de bataille à l’horizon sans fin. Seuls les deux hommes avaient survécu, faisant honneur à leur réputation de guerriers.
Les soldats, peu pressés, durant cette escarmouche mortuaire qui les opposait depuis tant années trouveront ce soir leur conclusion.
— Allons père, dit l’homme à l’épée, ce moment sera sans aucun doute le dernier pour l’un d’entre nous !
— Certes, répondit l’autre d’une voix grave, lente et rocailleuse, Nous voici devant le combat que les fifres ne bâteront point. Père contre fils, fils contre père ! Quel qu’en soit le vainqueur, la lignée de Hautefage brillera sous lumière !
— Le temps n’est plus à reculons !
— Qui parle de reculer, fils ? La voix de Réginald de Hautefage, Comte de Saradosse, prit alors un ton plus grave.
Godefroid de Hautefage, capitaine de la garde, répliqua avec le plus jeune.
— Finissant-on donc ! tonna le Comte Réginald en levant sa hache.
La pointe de l’épée resta figée dans le sol.
— Non-père ! Il nous faudra d’abord prier ensemble pour nous repentir, pour qu’enfin celui qui rejoindra le pays soit empli par la gloire.
— Baliverne petit-homme ! Ta gloire de paille ne vaut rien face à la puissance de Ragnor de la Grande Montagne, qui jugera sur nos actes et non sur nos fêtes glorieuses ! Ta mère t’a enseigné de bien trop douces manières.
Ignorant ces paroles, Godefroid s’agenouilla, déposa son épée à terre et se mit à prier, mains jointes, tête baissée. Le comte, impressionné par une telle arrogance et une telle confiance, s’éloigna de quelques mètres en grognant et se posa face à un grand arbre et entreprit de soulager sa vessie, suivit d’un râle de soulagement.
Un rugissement de bête dans les profondeurs de la forêt le figea alors sur place. Le cri se transforma en une sorte de ricanement exiguë qui s’arrêta brutalement. Après un long frisson, Godefroid de Hautefage se saisit de son épée.
— Quel bon Dieu nous envoie ses démons ? demanda le comte Réginald, en rajustant sa braguette tout en scrutant les bois épais environnants.
— Non, père ! A ma connaissance, je ne connais aucune créature capable d’un tel cri.
Le rugissement reprit alors, d’un endroit différent. A la droite de Godefroid… et ce de plus en plus proche. Avant même qu’il ne réagisse, un autre cri se fit entendre, cette fois-ci, sur la gauche. Instinctivement, le comte Réginald s’éloigna des arbres et se rapprocha du centre du champ de bataille. Les deux hommes se dévisagèrent, puis sur d’un signe de tête réciproque, se placèrent dos à dos, armes prêtes à en découdre.
Ils n’attendirent pas longtemps. Dans un violent fracas de branches brisées, des créatures approchèrent à vive allure, de deux endroits différents. Puis ils les virent enfin.
— Par Rognor ! s’effraya le comte, qu’elle atrocité des mondes du haut est-ce là ?
Le capitaine ne répondit pas tout de suite. Il observa les deux bêtes qui avaient fait irruption dans la clairière. De la taille et de la couleur d’un lion, leur forme générale, plus effilée, rappelait celle d’un grand insecte. Une impression de sauvagerie primale se dégagea des créatures qui grondaient en grattant le sol, furieusement avec leurs pattes avant, tout en fixant les deux hommes.
Leurs têtes énormes et squelettiques étaient essentiellement constituées d’une gueule de taille disproportionnée d’où deux rangées de dents bien pointues et de trois yeux disposés en un triangle parfait les fixaient sans ciller ! De ces yeux noirs et insondables comme des gouffres maudit propres aux cavernes aqueuses sonder les deux guerriers à faire fuir les plus vaillants.
Les monstres se mirent en marche, contournant les deux soldats sans les lâcher du regard, pour les attaquer sur les fronts.
— Nous voici donc alliés, à nouveau, mon père, répliqua Godefroid, comme lors des guerres de Lodoss et vous m’en voyez fort fier !
— Certes, ajouta-t-il, mais aussi comme un fils respectueux de sa lignée qui doit aussi se tenir aux côtés de celui qui lui a donné la vie !
— Comme je suis fière de vous devoir le plus grand respect en ce moment…
— Suffisamment, interrompit Réginald, mais cet échange n’a point de sens, cependant, je suis moi aussi fière de combattre avec vous mon fils. Ne laissons donc pas l’initiative à ces deux monstres.
Et tous deux lancèrent un hurlement de guerre tout en répliquant :
— Hautefage, gloire et acier, lança le comte.
— Que notre blason en soit digne et fier, reprit Godefroid en plus, tandis que les deux combattants se ruèrent chacun vers la bête la plus proche.
Les monstres bondirent sous la pression. La hache et l’épée dansèrent simultanément, tranchant chairs et ligaments. Ces créatures immondes n’étaient assurément pas des vils esprits.
L’épée de Godefroid s’enfonça avec force dans la chair de son adversaire.
— Pourtant, il n’est plus temps de reculer !
— Qui parle de reculer ? Ce n’est point la voix de Réginald de Hautefage, Comte de Saradosse !
— Ni celle de Godefroid de Hautefage, capitaine de la garde impériale, répliqua vivement le plus jeune.
— Qu’on en finisse donc ! gronda le Comte Réginald en levant sa hache.
La pointe de l’épée resta figée dans le sol.
— Non père ! Il nous faut d’abord prier pour nous repentir pour rejoindre les Mondes du Haut pour en être fier.
— Baliverne ! Les dieux font pitié face à la puissance de Rognor de la Montagne ! Celui qui nous juge sur nos actes et non sur des supplications ! Ta mère t’a enseigné de bien trop douces manières.
Ignorant ces paroles, Godefroid s’agenouilla, déposa son épée, et se mit à prier, mains jointes face contre sol. Le comte, impressionné malgré lui par une telle confiance, s’éloigna de quelques mètres en grondant. Il se posta face à un arbre afin de soulager sa vessie en faisant un râle de soulagement.
Un violent rugissement de créature dans les profondeurs de la forêt le figea sur place. Le cri se transforma en une sorte de ricanement exiguë qui s’arrêta brutalement. Godefroid de Hautefage eut un réflexe vers son épée, effrayé par cela.
— As-tu déjà entendu cela ? demanda Réginald en se rajustant tout en scrutant les bois environnants.
— Non père ! Je ne connais aucun animal capable d’un tel cri.
Le cri reprit, d’un endroit différent sur la droite de Godefroid… et bien plus proche, cette fois-ci. Avant même qu’il ne cesse, un autre se fit alors entendre sur la gauche. Instinctivement, le comte Réginald s’éloigna des arbres et se rapprocha du centre du champ de bataille. Les deux hommes se dévisagèrent, puis d’un signe de tête réciproque, se placèrent dos à dos, armes prêtes.
Ils n’attendirent pas longtemps. Dans un violent fracas de branches brisées, des créatures approchaient à vive allure, de deux endroits différents. Puis ils les virent.
— Par Rognor, gronda le comte, quelle force des Mondes du Haut est-ce là ?
Le capitaine ne répondit pas. Il observait les deux créatures qui avaient fait irruption dans la clairière. De la taille et de la couleur d’un lion, leur forme générale plus effilée rappelait celle d’un grand chien. Une impression de sauvagerie primale se dégageait des créatures qui grondaient en grattant le sol furieusement de leurs pattes avant, tout en fixant les deux hommes. Leur tête, énorme et squelettique, était essentiellement constituée d’une gueule de taille disproportionnée composée de deux rangées de dents bien pointues et de trois yeux disposés en un triangle parfait ! Les yeux noirs et insondables comme des gouffres maudits les fixaient à en faire fuir les plus vaillants.
Les monstres se mirent en marche, contournant le deux soldats chacun d’un côté sans les lâcher du regard, assurément pour attaquer sur les deux fronts.
— Nous voici alliés à nouveau, mon père, répliqua Godefroid, comme lors des guerres de Lodoss et vous m’en voyez fort fier.
— Comme lors des grandes guerres, certes, mais aussi avec un fils respectueux de sa lignée qui doit se tenir aux côtés de celui qui lui a donné la vie !
— C’est pour moi le plus grand des respects…
— Suffisamment ! interrompit Réginald, cet échange n’a de sens. Je suis fier moi aussi de combattre à tes côtés alors, ne laissons pas l’initiative à ces monstres.
Et ils lancèrent un cri de guerre :
— Hautefage, gloire et acier ! et aussitôt Godefroid répliqua, Que notre blason en soit fier et digne ! et les deux combattants se ruèrent chacun vers la bestiole la plus proche.
Les monstres bondirent. La hache et l’épée dansèrent simultanément, tranchant chairs et ligaments. Ces bêtes immondes n’étaient assurément pas de vils esprits.
L’épée de Godefroid s'enfonça avec force dans l’épaule de son adversaire. Rugissant de rage et de douleur, la bête se rejeta en arrière arrachant l’arme des mains du capitaine. Celui-ci roula sur le côté et attrapa l’épée d’un mort. Il eut à peine le temps de se redresser que le monstre était déjà sur lui. Sa jambe blessée ne put soutenir l’assaut et il se retrouva à terre, des griffes acérées effilant sa cotte de mailles.
Les crocs immondes arrachèrent le haut de son casque et tentèrent de le transpercer. Godefroid oublia tout et fut envahi par une rage bestiale. Son arme plongea dans le flanc de la bête encore et encore, et ne s’arrêta pas lorsque le corps puant devint inerte. Il ne reprit ses esprits qu’en entendant le cri de victoire de son père. Brandissant ses bras, il écarta le cadavre et se releva péniblement, juste à temps pour voir une troisième bête bondir vers le dos de Réginald, debout et haletant devant le corps décapité de son ennemi.
Lire de bardes enflammées
Par les douces tières amères
Je t’invoque douce amante,
Du bas fond des Ores
Exprimez donc alors vos ordres
Pour qu’à tout jamais, je vole
Au-dessus des anges.
Extrait du livre des Anges déchus, de Vana & Irisilia Cinétique.
Reportant son attention sur la sorcière, il la vit extraire un organe noirâtre et dégoulinant, le foie probablement, en tailler un morceau qu’elle plaça dans sa bouche sans même mâcher ni l’avaler. Quelle horrible pratique était-ce là ? Elle ferma les yeux et se mit à se balancer d’avant en arrière, en émettant de sa bouche une étrange mélopée arithmétique. Cette curieuse danse dura peu ; elle cracha puis se tourna vers le jeune seigneur :
— Voici donc, comme je le pensais, que ma chère sœur nous envoie donc ses sous-fifres ! Comme je sentais gros comme une maison.
— Je n’ai point connaissance, Dame, que vous ayiez une sœur.
— Comment cela ! Vous ne connaîtriez pas ma douce sœur Herancia, railla la sorcière. Il est vrai qu’elle ne se vante pas de cette parenté, surtout et depuis que je lui ai fait couper la langue.
Godefroid frissonna car il avait également entendu des histoires atroces sur Herancia la sans-voix, infâme créature friande de chair humaine. Ainsi que ces deux monstres étaient réellement des sœurs ! Marzäe qui l’observait sourit :
— Je vois que vous la connaissez de réputation. Nullement usurpée, soyez-en sûr ! Mais vous êtes à présent sous ma protection et ne craignez rien. Allons, allons, il est grand temps de nous occuper du comte Réginald, si nous tenons à le garder en vie. Allez chercher trois de vos montures et libérez les autres. Nous voyagerons ensemble vers ma demeure. C’est moins rapide que sur le dos de vos Satchi.
Elle montra le reptile géant, et ajouta :
— Moi seule puis les chevaucher. En outre, après un repas, il a toujours besoin d’un temps de digestion, pour bien avancer…
Godefroid récupéra son épée à deux mains, l’essuya sur le manteau d’un mort et partit chercher les montures demandées. La tournure des événements ne lui plaisait point du tout, mais quel choix avait-il réellement ? Il était à la merci de cette sorcière et de son gigantesque serviteur.
Comme il revenait dans la clairière tenant par la bride son Satchi et celui de son père, ainsi qu’un alezan robuste, il s’arrêta, horrifié et terrifié. Le reptile géant y était entré tout entier. Son corps annelé devait bien faire soixante pieds de long. La tête levée vers le ciel, il était en train d’avaler l’un des cadavres dont les jambes dépassèrent encore et encore, s'enfonçant horriblement à chaque déglutition. Le visage de Godefroid se durcit alors qu’il se tournait vers la sorcière qui regardait la scène allègre.
— Ces hommes sont morts dignement au combat. Je ne puis tolérer qu’ils servent de pâture à ces monstres infâmes !
— Préféreriez-vous qu’ils soient le repas des loups, Monseigneur ? A moins que bien sûr vous ne souhaitiez prendre le temps de les mettre en terre.
Godefroid ne répondit pas, conscient qu’elle avait raison d’une certaine manière. Il ne pouvait traiter dignement autant de morts à lui tout seul. Et elle reprit donc :
— Les Satchi n’en avalera ainsi que deux ou trois. Les corps des autres resteront là, à la merci d’abord des charognards, puis rongés par les vers. Quelle différence cela ferait-il ?
Le capitaine tourna résolument le dos à la scène et installa le comte de Hautefage sur son cheval dont il avait ôté la selle, les bras pendant d’un côté et les jambes de l’autre. Ce faisant, il remarqua une sorte de cataplasme de plantes apposé sur l’épaule blessée, maintenu par une bande de tissu arraché à la robe de la sorcière Il lui jeta un regard en coin, duquel elle répondit d’un sourire plus que narquois.
Ils se mirent en selle. La sorcière ne montait pas en amazone, mais comme un homme, sa robe remontée haut sur ses cuisses. Godefroid se surprit à admirer ses jambes parfaitement svelte et élancée. Il ne put s’empêcher de ressentir une pointe d’envie, qu’il musela immédiatement en se rappelant que cette femme-là était réputée être un démon craché par les ténèbres des abymes.
Il ne vit pas le sourire qu’elle avait à peine esquissé à ce moment-là.
Ils chevauchèrent longtemps. La jambe blessée du jeune guerrier s'ankylosaient à mesure que ses muscles se raidissaient. La nuit était tombée et était sombre, rendant le chemin difficile sous le pas de leurs montures. Pourtant, Marzäe avait pris les devant et n’hésita pas un seul instant.
Les pensées du jeune seigneur s’évadaient au rythme hypnotique de la chevauchée. Il observait subjuguer le corps ondulant de la femme qui le succédait sans s’apercevoir que le vent dans les arbres hurlait cadencé par la tête qui se mettait à osciller dans le noir céans.
Lorsqu’ils parvinrent à la demeure de Chêne-bois, une Lire descendit de cheval sur l’ordre de la sorcière. Satisfaite, celle-ci le fit laver et vêtir le nouvel esclave qu’elle avait choisi. Il lui servirait de garde du corps et réchaufferait probablement son lit, plusieurs mois assurément. Après quoi il se révélerait encore utile pour une quelconque expérience magique, ou comme un assassin à envoyer vers Hersania. L’être sans âme qui avait été Godefroid de Hautefage, ne frémit pas lorsque le corps de son père, tué par un cataplasme empoisonné, fut livré en pâture aux féroces hyènes de Lodoss.
***
À mille lieux de là, Élaine de Hautefage priait en boucle ses psaumes à Lanamia, Déesse des lumières, pour qu’elle lui rende mari et fils, enfin d’en être réconciliés :
Ô Grandeurs Céleste,
Puissiez vous me donner force
Et espoir pour redonner la vie,
Au âmes des damnées.
Pour qu’il puissent afin trouver
La paix dans le royaume des morts.
Extrait des prières du Bon Dieu, livre de la Bible, page 351 verset n°2, de Sélihan et Vanille Cinétique.
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