Un corps, un crime
Un beau calme.
Tout est parfait.
La nouvelle demeure est un paradis.
Je regarde dans le miroir.
Mon visage fatigué.
Un peu de blush sur les joues,
un trait de noir sur la paupière,
suffisent à me donner bonne mine
et à me remonter le moral.
Je prends la brosse
et m’applique à la tâche.
Je pense au programme
de cette première nuit
dans notre nouvelle maison.
Les enfants jouent,
découvrent les chambres
et les nouveaux meubles.
Ils attendent leur papa chéri
pour un tour dans la forêt.
Un bruit attire mon attention.
Des pas qui courent.
Puis un bruit sourd.
Les enfants qui jouent ?
Soudain,
un cri retentit.
Mon cœur s’emballe.
Pieds nus,
je cours,
priant, appelant les enfants.
La porte du bureau est grande ouverte.
Sur le seuil, j’aperçois
ma fille, hagarde.
Elle pleure,
se jette dans mes bras,
bégaie quelques mots
et me montre du doigt
le bureau géant
qui trône sur la belle moquette.
J’avance doucement.
Mille pensées se bousculent.
Qu’est-ce qui peut provoquer
une telle peur ?
Un clown méchant ?
Un voleur caché derrière les rideaux ?
Bouche bée,
je regarde.
Le corps étalé
dans son propre sang.
Il ne bouge plus.
Un cadavre,
encore frais,
à peine refroidi.
Une odeur étrange flotte dans la pièce.
Je retiens ma respiration.
Je reste figée quelques secondes,
incapable de détourner les yeux.
La pièce me paraît soudain immense.
Le silence,
assourdissant.
Ma phobie est sous mes yeux.
Mon cœur bat à tout rompre.
Mon mari serait horrifié
s’il découvrait la scène ainsi.
Mais avant…
Qui a commis ce crime morbide ?
Je respire profondément
et rassemble mon courage.
Je regarde autour de moi.
Mon garçon,
immobile dans un coin,
contemple la scène
avec un calme déconcertant.
Il fixe quelque chose au sol.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Il ne répond pas.
Que faire maintenant ?
J’essaie de réfléchir.
Je serre les enfants contre moi
et leur fais signe de ne pas bouger.
Surtout,
ne pas toucher au bureau !
Pas une empreinte.
Pas une trace.
Vite !
Des serviettes !
Je scrute la pièce,
comme si le meurtrier pouvait surgir.
Un mouvement attire mon regard
près du mur.
Je sursaute.
Rien.
Ou presque.
Est-elle infestée ?
Les jambes tremblantes,
le souffle court,
je commence par essuyer
le sang qui coule.
Puis j’éloigne
l’arme du crime.
Un livre taché de sang.
Nauséeuse,
je fais le sale boulot.
Je m’assois sur la chaise,
tremblante mais satisfaite.
Entre mes prières omises
et mes boissons de nuit,
je finirai sûrement en enfer.
Ma cigarette allumée
calme mes nerfs.
Mais il faut faire vite.
Je ne pourrai jamais me débarrasser
de ce cadavre
déjà puant.
Chaque seconde compte.
Je tends l’oreille.
Le moindre craquement me fait sursauter.
Je fixe les fenêtres,
puis les rideaux.
Rien.
Personne.
Pourtant,
cette impression d’être observée
ne me quitte pas.
Pourquoi ici ?
Pourquoi maintenant ?
Et surtout,
comment annoncer une telle horreur
à mon mari ?
Je demande à ma fille
d’appeler son père.
Je ne sais pas ce qu’elle lui a dit.
À peine une demi-heure passe
et voilà que la voiture
ronronne dehors.
À pas pressés,
le souffle coupé,
il arrive.
Penaud,
il regarde la scène.
Son visage se décompose.
Qu’est-ce qui est arrivé ?
Ses yeux se posent sur le bureau.
Il me pose la question :
— Comment est-il entré ?
Les rideaux étaient fermés,
le jardin traité,
l’alarme activée,
la caméra balayait
les alentours de la demeure !
Et puis,
qui a commis ce crime ?
Je m’approche de lui.
— C’était un accident !
Je chuchote à son oreille
le nom du meurtrier.
Incrédule,
il se précipite
vers son bureau
et soulève enfin le cadavre :
la blatte infâme !
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Très bien joué !