RENAISSANCE
Trois coups...
Aucune réponse...
Curieuse,
Je tourne la poignée...
Je pousse la porte...
Quatre murs de béton
S'élèvent vers le haut,
Accentuant le froid présent...
Un silence pesant
Étouffe la raison.
Aucune lumière,
Aucune issue.
Ils sont assis sur le sol,
Dos voûtés contre le mur,
Regards absents.
Résignés,
Suspendus,
Ils attendent leur sort,
Sans craindre la mort.
À pas pressés, j'avance.
Au milieu de la salle, je m'arrête.
À tue-tête, je crie :
— Debout, c'est l'heure.
Sans me voir,
En titubant, ils se lèvent
S'alignent en rang
Et attendent le signe suivant.
Je leur ouvre grand la porte.
Je les pousse en avant.
Leurs paupières frémissent,
Éblouies par la lumière,
Puis s'ouvrent lentement.
Dehors, un soleil de plomb
Fouille leurs visages,
Brûle leurs fronts,
Pénètre le fond
De leurs pensées,
Figées dans le noir.
Un vent se lève,
Emportant pierres et verres.
Gronde et bouscule,
Hausse le ton,
Espère un écho...
Désespéré,
Il cède et recule.
Sur-le-champ,
Une pluie s'abat,
Sur les visages de marbre,
Lave leur mémoire,
Cingle et réveille
Leurs sens somnolents.
Étonnés, ils se regardent,
Puis,
Ils hurlent,
S'agitent,
Puis courent
Vers un océan immense et accueillant.
Longtemps,
Ils plongent
Dans ses eaux étreignantes...
Ils ressortent.
Transparents.
À nouveau vivants.
💬 Commentaires 7
La description, toute poétique, est frappante de réalisme et éveille un tel sentiment de déjà-vu, un peu plus marqué à chaque nouvelle rentrée universitaire... Et pourtant ceux que je récupère sont issus de filières scientifiques et/ou techniques !
Toute la difficulté est : comment, en tant qu'enseignant scientifique, leur ouvrir l'esprit à la réalité, comment "leur ouvrir grand la porte" ?
C'est cela, ce que m'évoque ton joli, mais triste, texte.
Mais lorsqu'on y parvient, ils sont les premiers surpris de ce qu'ils découvrent et en sont les plus heureux du monde.