Une journée ordinaire
Un autre jour.
On est encore vivants,
Profitons-en.
Dans ma voiture,
La radio diffuse
Une chanson de ma jeunesse.
En chœur, je fredonne,
Et je me dis :
Profite !
Aujourd’hui sera bientôt du passé.
Je suis en bonne santé,
Les enfants aussi.
Pourquoi s’inquiéter
D’un avenir inconnu ?
Sur mon trajet quotidien,
Au premier arrêt,
Des hommes sont assis à même le trottoir.
Leurs chaussures couvertes de poussière,
Leurs mains noircies par le travail.
Maçons, ouvriers,
Un carton de lait,
Un pain, une bouteille d’eau
À leurs côtés.
Ils attendent toute la journée
Un appel pour travailler.
Mais les voitures repartent.
Et les gens ne font que passer.
Je poursuis mon trajet
Et pense à leurs vies,
À ces journées suspendues
À un simple appel,
Dans ce monde des oublis.
Au deuxième tournant,
Des femmes, jeunes, vieilles,
Assises là depuis des heures,
Tenant leurs sacs contre elles,
Enveloppées dans des écharpes usées,
Se protégeant comme elles peuvent
Du froid de la matinée.
Elles agitent leurs mains,
Interpellant les voitures :
« Vous avez besoin de quelqu’un pour le ménage ? »
Mais les vitres restent fermées.
Les gens ne font que passer.
Et encore des pensées
Pour ces mamans fatiguées,
Ces vieilles abandonnées
À leur précarité.
Mais,
Les gens ne font que passer.
Comme eux,
J’entame ma journée.
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