Une histoire anagrammatisée

📖 Oser aimer ✍️ Anne-C. 📝 1415 mots

J’ai enfin trouvé un titre ! Ne me reste que l'histoire à écrire.

Allez, je me lance : « Il était une fois... » Mais une fois ne suffira pas.
Je reprends donc : « Il était une soif d'un soir qui rêvait de durer toute une vie... »
C'est une autre façon de débuter, vaine ou nécessairescénarisée ou volontairement naïve.
Je dois fonder un espoir dans le temps et d'ici là tenter de ne pas fondre d'impatience.
Comment lui avouer ce qu’Elle sait déjà ? Elle a su deviner ce que j’allais devenir, pour le reste, elle se vouera encore à son intuition.

Je continue : « Cette histoire commence alors qu’elle est déjà terminée… »
Je ne suis pas sûr de devoir révéler ce secret tout de suite. J’hésite…
Est-il bien utile de relever des indices dès le départ ? Je suis indécis.
Si je débute par cette phrase, d’aucuns qualifieront rapidement mon histoire de déprimante. De plus, si dès le début le lecteur apprend la fin, alors aucun intérêt ne le retient. Même un débutant sait que tout le talent d’un écrivain réside dans le fait de savoir teinter habilement la note de départ ; retenir le lecteur afin qu’il veuille continuer la lecture.

Or, ai-je du talent ? Si oui, il est pour l’instant latent. Je vais attendre qu’il se manifeste, mais j’ai plutôt l’âme et l’humeur méfiantes

Je recommence : « C’est l’histoire d’un désir qui rêvait de se poser sur celle qui l’inspire pour enfin trouver la douceur du repos et gommer les rides creusées par le désespoir… »
N’est-ce pas un peu trop emphatique tout ça ? Dans la forme oui, je le reconnais, mais dans le fond, ce sont des vérités qui ne peuvent être éternellement récusées. Et si je renonçais ?
Elle… Elle et son super pouvoir empathique. Je suis prisonnier de sa spirale : Elle est mon idée fixe.

Je poursuis : « Là-bas elle rit, ailleurs elle vit. Ici, Elle me contente d’un sourire lénifiant et infantile, déposé pour me dépasser. Je l’aspire avidement pour m’aider à continuer de respirer, je m’en repais… »

Dans cette histoire, la mienne, « Elle » est une image entêtante.
Elle est le fil ennemi qui m’éconduit, je sombre et par magie me ranime.
J’aime ses contours, tous ses reflets, ses ombres surtout.
En dehors de cette histoire, Elle… Non, je préfère revenir à mon histoire qui n’en finit pas de commencer, de m’enivrer, et bientôt de m’achever.

Je reprends tout depuis le début : « Il était un soir pas comme les autres. Alors qu’à peine attablés dans ce restau, je cherche à prendre sa main, Elle l’éloigne de la mienne. Elle revient vers moi, puis se reprend.
Ce fut le début de ma fin, de la faim de tous nos débuts, de son étreinte.
Et je compris aussitôt que j’avais là, devant moi, toute une éternité à remplir sans Elle.

Je perds à être connu. Voilà ce que je me dis quand nous avons quitté le restaurant ce soir-là. Il fallait que je dorme, ou qu’elle me morde afin de réaliser que je rêvais, qu’il était impossible qu’elle m’abandonne. Et pourtant non... mes impressions étaient bien vraies.

Le monde est petit. Partout où je me rends, je la rencontre. Elle me poursuit.
Le démon permanent de mes courtes nuits veille sur mes jours interminables.
Il est méprenant d’être à ce point à la merci d’une obsession qui s’éternise. Il se pourrait même qu’elle fût accusée de crime de lèse-sérénité ! »

Après relecture, je constate que rien ne va. Je recommence : « Notre histoire a commencé… »
J’aimerais tant la recommencer ! Même si je redoute de revivre sa fin et son inextinguible déroute.
Elle m’a dit un jour : « Tout a un début, un déroulement et une fin. » Je n’ai pas eu assez d’égards pour cette simple phrase, j’aurais dû me tenir davantage sur mes gardes.

Certains pointent l’importance du mot « déroulement », me font part de leurs craintes au sujet de ma peur de la fin. D’autres m’encouragent à me battre pour tenter un nouveau début. Tous ses avis me délivrent un visa pour poursuivre. Je vais me pencher sur tout cela – sans chavirer – peut-être réussirais-je à terminer cette histoire et enfin l’archiver dans un dossier baptisé à son nom, ou à mon nom.
Mais j’en suis encore loin ; je n’ai qu’un maigre titre, idée maîtresse pour imager cet exercice.

Elle. À lui seul, ce mot me permet de mieux respirer. Aurais-je la trempe de remplacer « Oser aimer » par « Elle » ?
J’ai aussitôt reconnu ses parfums, comme si je les avais déjà respirés à plusieurs reprises. J’en étais déjà empreint. Afin de pimenter ses attraits, elle dispensait une senteur aux teneurs entêtantes, de celles qui toute une vie nous poursuivent.

Un dernier essai et j’abandonne :
« La première fois qu’elle m’a vu… Cela change dans ce sens-là, non ? – j’en fus époustouflé.
Je réalisais très vite que, pour Elle, je laisserai tout. » – Je sais, pour le verbe « réaliser » j’aurais dû utiliser le passé-simple et non l’imparfait, mais, ici, cela m’arrange.

Je me demande pourquoi j’ai écrit tout cela, pourquoi faire le récit de cette histoire. Peut-être afin de ranimer ma peine, ou pour m’éviter d’y mariner encore longtemps.
Je dois cependant être réaliste et me confronter aux réalités de la situation. L’histoire « Oser aimer » ne verra jamais le jour. Elle, ma Rose-Marie, n’existe pas.
Moi non plus.

 

💬 Commentaires 21

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AxelRogerAmmar • 2 heures, 49 minutes
Waouh, quelle dextérité ! Quel exercice de style ! Chapo, Anne ♥, digne d'un défi oulipien.
J'aime beaucoup.
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CatherineDomin • 17 heures, 3 minutes
Bravo ! Utiliser ainsi des anagrammes pour en faire un texte qui tient debout relève d'un difficile exercice de jonglage avec les mots. Et c'est très réussi !
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Anne-C. Auteur • 15 heures, 17 minutes
Merci beaucoup, et c'était un vrai plaisir à imaginer et à concevoir !)
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MacAroni • 23 heures, 44 minutes
Eh bien, quel travail ! Du beau et bon travail, qui plus est. Chapeau !
D'autant plus que l'histoire en filigrane est jolie.
Puis j'aime beaucoup la toute fin : "ma Rose-Marie n'existe pas. Moi non plus."
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Anne-C. Auteur • 18 heures, 53 minutes
Merci :) Du plaisir de jouer avec les mots.
Les auteurs ne sont rien sans les mots et leurs histoires, sans eux, ils n'existent plus ;)
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Carmin • 1 jour, 4 heures modifié
Ce n'est pas si simple comme exercice et tu l'as réussi avec brio, bravo ! A bientôt :)
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Anne-C. Auteur • 18 heures, 57 minutes
En effet, ce n'est pas vraiment simple, mais c'est amusant ;)
Merci beaucoup, Carmin !
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brunoJouanne • 1 jour, 10 heures
Jolie histoire qui tient bien debout. Tu as dû te poiler à la tricoter ! En tout cas, je me la garde de côté, si tu me le permets. :-)
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Anne-C. Auteur • 18 heures, 58 minutes
Tricoter en sachant, à chaque fois, rattraper une maille perdue, c'est un jeu d'adresse, et j'aime jouer ;)
Je te le permets, bien sûr, et si tu tentes cet exercice, je te lirai avec grand plaisir !
Merci Bruno.
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brunoJouanne • 18 heures, 2 minutes
je ne sais pas si j'airai ce talent, m'enfin un jour peut-être. Bonsoir Anne;-)
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MAZARIAN • 1 jour, 13 heures modifié
Wouahhh, bravo, c'était super difficile !
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Anne-C. Auteur • 19 heures, 1 minute
Merci pour ton enthousiasme, Mazarian :)
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SeekerTruth 🛡️ Modérateur • 1 jour, 14 heures
Bien joué, tu as géré ;)
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Anne-C. Auteur • 1 jour, 13 heures
Merci, c'est un bon exercice d'observation des mots.
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Epitaph • 1 jour, 15 heures
J'en reste coite... vraiment ! Je ne sais que dire. Ce qu'il y a de sûr, c'est que c'est très joliment tourné et que j'ai pris plaisir à lire.
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Anne-C. Auteur • 1 jour, 13 heures
Coite ? Je dirais "cotie", mais ça n'aurait aucun sens :D
Le moins facile, il me semble, c'est de faire en sorte que l'histoire se tienne.
Merci Aspho :)
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Epitaph • 1 jour, 13 heures modifié
(rires)
C'est pour cette raison que je suis restée sans voix ; mettre des anagrammes bout à bout, c'est facile, donner un sens au texte, beaucoup moins !
Pas de quoi. C'est toujours un plaisir !
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Anne-C. Auteur • 1 jour, 13 heures
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Epitaph • 1 jour, 13 heures
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vis9vies • 1 jour, 15 heures
Pffui… le boulot ^^
Bravo ! :)
(J'ai failli coller une annot parce que je ne lisais pas assez vite ^^)
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Anne-C. Auteur • 1 jour, 13 heures
Un boulot-amusement ;)
Ça m'a pris un peu de temps, mais l'exercice est gratifiant.
Merci à toi
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