Une disparition inquiétante : partie 2/3
Le lendemain matin, des cernes noirs lui cerclaient les yeux. Erwin lui apprit la disparition de Théo. Le soldat avait l’air de ne pas avoir fermé l’œil de la nuit non plus. Il avait quadrillé toute la ville à la recherche du garçon, mais ne l’avait trouvé nulle part.
— Qu’est-ce qu’il lui a pris ? s’inquiéta Rufus l’air ailleurs.
— Je pense, murmura Erwin la mine sombre, que cela à quelque chose à voir avec l’archevêque Magnus. Je peux me tromper, mais tu devrais être prudent… Ces recherches qu’il t’a proposées, tu es sûr que cela ne cache rien de suspect ?
— Non, pas du tout, répondit Rufus avec hâte.
— Tu ne veux même pas me dire de quoi il en retourne ! se fâcha Erwin qui trouvait l’attitude de Rufus trop insouciante.
— C’est une affaire privée, répondit Rufus.
— Et notre voyage pour trouver le château de la Déesse Angela ? Et tes recherches sur les cristaux de pouvoirs ? Le roi attend des résultats, que suis-je supposé lui dire ?
— Il n’a qu’à être patient, répliqua Rufus agacé, la découverte de Magnus est plus pressante.
Erwin fronça les sourcils, peu convaincu. Quelque chose clochait dans l’attitude du scientifique. C’était comme si l’échange avec l’archevêque avait complètement balayé ses autres objectifs. Le soldat avait un mauvais pressentiment. Il avait l’impression que même la disparition de Théo ne l’affectait pas plus que ça. Rufus n’avait plus que l’archevêque et ses recherches secrètes en tête. Le scientifique logea même dans les appartements que Magnus lui avait mis à disposition. Plusieurs jours s’écoulèrent. Amélia et Erwin étaient inquiets de ne plus voir Rufus. Il ne donnait aucune nouvelle, trop absorbé par son travail. La joaillière passait ses journées dehors, à la recherche de Théo. Il a dû quitter la ville, pensait-elle avec découragement quand le soir tombait. A quoi avait servi tout ce voyage ? Rufus n’avait même plus l’air de s’intéresser à leur quête. Pourquoi les avait-elle suivis jusqu’ici ? Elle était contente de revoir Emilie, mais elle n’arrivait pas à comprendre comment elle en était arrivée à quitter la Cité des Rouages. Son petit magasin, ses clients fidèles… Tous ces efforts qu’elle avait volontiers abandonné pour suivre Rufus et Théo dans leurs aventures. Maintenant, elle avait l’impression que cela s’écroulait. Avait-elle été impulsive ? Pourquoi son cœur lui faisait si mal depuis quelques jours ? Soudain, elle eut une révélation. Il fallait qu’elle voie Rufus. Il lui manquait atrocement, plus que son magasin, plus que ses clients, elle avait besoin d’entendre les babillages incessants du scientifique. Elle voulait l’entendre parler de sa science, de ses inventions, des rêves qu’il avait plein la tête. Elle prit la direction du manoir avec cette envie irrépressible qui animait ses jambes, lorsqu’une femme chétive l’interpella.
— Dites, vous êtes bien cette femme… commença l’inconnue d’une voix nasale.
— Pardon ? dit Amélia, qui semblait sortir d’un rêve.
— Celle qui demande partout des nouvelles d’un garçon. Petit, comme ça. C’est vous ?
— Oui, pourquoi ? dit Amélia en sentant son cœur faire un bond. Vous savez quelque chose ?
— Eh bien… Ce garçon… fit-elle avec hésitation.
Pendant ce temps-là, de son côté, Erwin reçut une missive de la part d’un messager qui le désarçonna. Le roi le priait d’indiquer leur prochaine destination. Il resta longuement assis, la lettre en main, le regard dans le vide. Il n’en avait pas la moindre idée. Rufus était celui qui savait toujours où aller. Quand il avait un objectif, il s’y confortait, et jamais ses pas ne le menaient ailleurs que là où il l’avait décidé. Pourtant… Quelque chose clochait. Rufus agissait bizarrement depuis sa rencontre avec l’archevêque Magnus. Comme s’il avait été envoûté. Erwin avait essayé de parler avec le jeune homme, mais les prêtresses de l’Eglise lui avait dit qu’il ne voulait pas être dérangé. Il s’était plaint à Emilie, qui était également de mauvaise humeur.
— Il accapare tout le temps de Messire Magnus ! s’était-elle indignée. C’est un homme très occupé, pourquoi laisse-t-il Rufus l’importuner ainsi. Vous ne deviez pas quitter Crépuscule ?
— Si, confirma Erwin. Le roi demande où nous devons nous rendre, mais je n’en ai pas la moindre idée. Se pourrait-il que vos recherches sur la localisation du château n’aient rien donné ? Rufus utilise-t-il Magnus comme prétexte car il ignore où se rendre pour trouver le château de la Déesse Angela ?
— Que voulez-vous dire ? s’exclama Emilie. Bien sûr que nos recherches ont porté leur fruit ! Rufus ne vous l’a pas dit ? Nous avons retracé le trajet de Clovis, qui l’a mené vers le nord du royaume d’Angela. Nous avons estimé les lieux qu’il avait visités avec plus ou moins de précision, et nous avons identifié la montagne où le château d’Angela se trouve supposément…
— Quoi ! s’écria Erwin. Non, il ne m’en a rien dit ! Alors, qu’elle est cette montagne ? Où se trouve-t-elle ? Bon sang, mais qu’est-ce que Rufus fabrique ?!
Amélia entra dans le séjour à ce moment-là. Son expression était sombre. Emilie fut choquée par la fureur qui se lisait dans ses yeux émeraude, d’habitude si doux.
— Erwin… c’est terrible, dit-elle d’une voix tremblante.
— Que se passe-t-il ? firent en chœur le soldat et Emilie.
— J’ai… J’ai entendu quelque chose d’horrible. Je recherchais Théo, j’interrogeai les passants et…
— Quoi ? s’enquit vivement Erwin avec inquiétude.
— Quelqu’un m’a dit qu’il avait vu un enfant avec une cicatrice de brûlure sur le visage se faire emmener de force par un individu masqué.
— Comment ?! hurla Erwin en lâchant la lettre du roi. Qui ? Quand ?
— Je ne sais pas… répondit Amélia en serrant les poings. Que doit-on faire ?! Théo est en danger !
Erwin crispa la mâchoire. Une colère sourde l’envahit. Il avait juré de protéger l’enfant ! Il sauta de son fauteuil et attrapa son équipement qu’il avait posé sur une table. Soudain, il s’immobilisa. Il avait une intuition étrange en repensant à la dernière fois qu’il avait vu Théo. Le garçon était terrorisé. Il savait ce qui allait se produire. Il était conscient d’être en danger. Et à la seconde où il tentait de fuir, il se faisait enlever ? Une telle coïncidence était-elle possible ? Il se remémora ses dernières paroles. Rufus… Ne laisse pas cet homme l’approcher. Une flamme noire brilla dans les yeux sombres d’Erwin.
💬 Commentaires 2
Théo est immortel et Magnus cherche après l'immortalité. Ce serait étonnant que les deux ne soient pas liés :)
Curieux de voir ce qui peut fasciner autant Théo.