PRÉFACE
Bon.
À ce stade, si vous avez lu RIVIERA, DESPERADO et ATLAS, vous devez commencer à vous poser une question assez légitime :
mais combien de fois ce connard de Elga va-t-il devoir recommencer sa vie ?
La réponse est simple.
Beaucoup.
Et FALLEN, malheureusement pour lui, n’est pas exactement l’épisode où les choses vont s’arranger.
Jusqu’ici, Emmanuel a surtout appris des autres.
À Nice, il a appris la rue, la famille, les copains, les premières conneries, les premières vraies décisions et cette merveilleuse découverte de l’adolescence : les adultes racontent souvent n’importe quoi avec énormément d’assurance.
Au Mexique, il s’est retrouvé seul. Il a appris à survivre, à improviser, à observer et surtout à comprendre qu’on peut être complètement paumé tout en continuant d’avancer. Ce qui, soyons honnêtes, constitue déjà une compétence LinkedIn assez recherchée.
Puis il y a eu ATLAS.
L’armée.
La discipline.
Les ordres.
Le commandement.
Des hommes qui vous apprennent à entrer quelque part, à ressortir vivant et, idéalement, à savoir pourquoi vous y êtes entré. Emmanuel y apprend énormément. Peut-être trop.
Parce qu’un jour, évidemment, il tombe.
Bienvenue dans FALLEN.
Et je préfère prévenir tout de suite : ce livre n’est pas l’histoire d’un homme qui tombe et qui passe six saisons à apprendre que la vie est belle, que les oiseaux chantent et qu’il suffit de croire en soi.
J’aurais pu écrire ça.
Mais ça m’aurait fait chier.
FALLEN raconte quelque chose qui m’intéresse davantage : ce qui arrive lorsqu’on enlève à un homme toutes les structures auxquelles il pouvait encore confier la responsabilité de ses décisions.
Plus d’uniforme.
Plus de drapeau.
Plus de colonel Roman.
Plus personne au-dessus pour dire : c’est la mission.
Il reste Emmanuel.
Et Emmanuel, livré à Emmanuel, c’est déjà un putain de problème.
Il devient mercenaire.
Il change.
Il s’habille comme s’il avait cambriolé simultanément un surplus militaire, un magasin de streetwear et les vestiaires d’un concert punk , croix de sa grand-mère autour du cou.
Et bizarrement, pour la première fois, il ressemble vraiment à lui-même.
C’est important de le souligner.
Parce que FALLEN est probablement l’épisode le moins héroïque et pourtant l’un des plus importants de sa vie.
Emmanuel va faire des choses discutables. Fréquenter des gens discutables. Accepter des contrats discutables. Et probablement expliquer certaines décisions discutables avec cette formidable mauvaise foi dont disposent les hommes intelligents lorsqu’ils savent parfaitement qu’ils sont en train de faire une connerie.
Mais quelque chose va apparaître au milieu de tout ça.
Une ligne.
La sienne.
Pas celle d’ATLAS.
Pas celle d’Origine.
Pas celle d’un gouvernement, d’un employeur, d’un maître ou d’une organisation.
La sienne.
Et c’est précisément là que les ennuis commencent.
Parce qu’un Emmanuel Elga perdu, on peut encore essayer de lui baiser la geule.
Un Emmanuel Elga qui commence à savoir qui il est...
c’est nettement plus emmerdant.
À la fin de cette histoire, il aura même réussi l’exploit assez improbable de revenir en Lituanie, auprès de sa famille.
Deux années relativement stables.
Ce qui, concernant Emmanuel, aurait dû immédiatement alerter tout le monde.
ATLAS le recherche.
Origine l’observe.
Les Grikštas l’emploient.
Sa famille l’a retrouvé.
Et Manu, pour la première fois depuis longtemps, commence simplement à se poser.
Évidemment, ça va être une catastrophe.
Mais ça, vous le découvrirez.
Je veux seulement que vous gardiez quelque chose en tête en commençant FALLEN.
Vous connaissez peut-être déjà Emmanuel dans CAPARICA SINS, FOSTER, THE LAST WOLVES ou ailleurs dans 52 SINS. Vous connaissez cet homme étrange, calme, sarcastique, parfois franchement inquiétant, qui semble avoir vécu suffisamment de vies pour remplir plusieurs casiers judiciaires et deux ou trois passeports.
Ici, cet homme n’existe pas encore complètement.
Vous allez assister à sa naissance.
Pas celle de 1979.
L’autre.
Celle qu’on choisit.
Et lorsque tout sera terminé, lorsqu’Emmanuel aura enfin réussi à retrouver un semblant de stabilité...
il prendra encore un avion.
Et là-bas, un homme nommé Akiito l’attend.
Mais ça...
c’est une autre putain d’histoire.
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