SAISON 1 - ÉPISODE 1 - NO CREED
ISTANBUL — DÉCEMBRE 2016
02:13
Istanbul brillait sous la pluie.
Elle tombait depuis des heures et avait fini par recouvrir la ville d’une pellicule noire. Les phares s’étiraient sur les chaussées. Les enseignes rouges des restaurants se mélangeaient au bleu froid des hôtels. Plus loin, derrière les immeubles de Karaköy, le Bosphore semblait avoir disparu.
Sur un toit, quelque chose bougea.
Une silhouette.
Elle marchait lentement au bord du vide.
Capuche kaki.
Veste longue sombre.
Pantalon noir.
Gants.
On ne distinguait rien de son visage.
Elle s’arrêta.
En face, de l’autre côté de la rue, un hôtel dominait les immeubles voisins.
Une lumière apparut au poignet de l’homme.
DARK OMEGA.
Un plan se déploya.
Sixième étage.
Suite 614.
Plusieurs points se déplaçaient autour d’un point central.
Une photographie apparut.
CEMAL KARAHAN
52 ANS.
Puis une ligne.
CONTRAT ACTIVÉ.
L’homme leva les yeux vers l’hôtel.
La pluie coulait sur sa capuche.
Il recula.
Un pas.
Deux.
Puis il partit.
Il courut jusqu’au bord du toit.
Ne ralentit pas.
Et sauta.
Le vide s’ouvrit sous lui.
Il traversa la rue plusieurs mètres au-dessus du sol et heurta le toit inférieur de l’immeuble voisin.
Ses jambes encaissèrent le choc.
Une main toucha le sol.
Il était déjà reparti.
Un conduit de ventilation.
Il posa un pied dessus.
Une rambarde.
Il l’attrapa.
Bascula.
Deux étages plus bas, ses mains attrapèrent une structure métallique.
Elle se balançait encore sous son poids lorsqu’il lâcha.
Il tomba.
Atterrit sur un balcon.
La baie vitrée était éclairée.
À l’intérieur, un homme regardait la télévision.
La silhouette resta immobile contre le mur.
L’homme se leva.
Approcha de la fenêtre.
La silhouette se décala lentement.
L’homme tira le rideau.
Obscurité.
Elle repartit.
DARK OMEGA vibra.
CAMERA 04 — ROTATION : 8 SEC.
La caméra située au-dessus du balcon pivota.
Une seconde.
Deux.
La silhouette traversa.
Lorsque l’objectif revint, il ne restait que la pluie.
02:18
Au sixième étage, personne ne s’inquiétait.
La musique était forte.
Cemal Karahan riait.
Costume bleu nuit. Chemise blanche ouverte. Une montre hors de prix au poignet.
Une vingtaine de personnes occupaient la suite et le salon adjacent.
Des bouteilles étaient ouvertes sur les tables.
Deux femmes dansaient.
D’autres parlaient près des fenêtres.
Et au milieu de tout ça, les hommes de Karahan surveillaient les accès.
Certains portaient une arme sous leur veste.
D’autres ne prenaient même plus la peine de la cacher.
Karahan leva son verre.
— À Istanbul.
Les verres se levèrent.
— À Istanbul !
Il but.
Puis se pencha vers l’homme assis à côté de lui.
— Demain, tu leur dis que le prix augmente.
— Ils vont refuser.
Karahan sourit.
— Alors demain soir, ils accepteront.
Il éclata de rire.
Autour de lui, quelques hommes rirent aussi.
Deux étages plus haut, une grille d’aération bougea.
Une vis tomba dans une main gantée.
Puis une deuxième.
La grille fut retenue avant de tomber.
La silhouette passa.
Ses pieds touchèrent le sol sans bruit.
Elle resta accroupie quelques secondes.
DARK OMEGA éclaira faiblement l’intérieur de sa capuche.
TARGET : +19 M.
Un point rouge.
Onze autres autour.
L’homme se releva.
Un garde arrivait au bout du couloir.
Il regardait son téléphone.
Il ne vit rien.
La silhouette attendait derrière une porte entrouverte.
Le garde passa.
Une main attrapa sa bouche.
L’autre son poignet.
Il eut à peine le temps de comprendre.
Son corps pivota.
Sa tête heurta le mur.
Une fois.
Il s’affaissa.
La silhouette le retint avant qu’il tombe.
Elle ouvrit la porte.
Le glissa à l’intérieur.
Referma.
Puis repartit.
Aucun geste inutile.
Aucune précipitation.
Au bout du couloir, un deuxième homme fumait devant une fenêtre entrouverte.
Il entendit quelque chose.
Se retourna.
Personne.
Il tira sur sa cigarette.
Un reflet apparut dans la vitre.
Il se retourna brutalement.
La silhouette était déjà là.
— Hé !
Sa main partit vers son arme.
Trop lent.
Le poignet fut bloqué.
Un coup entra sous les côtes.
L’air quitta ses poumons.
Un deuxième frappa sa gorge.
La silhouette le poussa contre le mur.
Le garde tenta encore de lever son arme.
Une main lui saisit la nuque.
Son front heurta la cloison.
Il s’effondra.
La silhouette récupéra son téléphone avant qu’il touche le sol.
DARK OMEGA s’alluma.
Le téléphone fut placé devant le bracelet.
Une seconde.
DEVICE CLONED.
L’homme le remit dans la poche du garde.
Puis leva les yeux.
Une caméra tournait vers lui.
Il ne bougea pas.
Trois secondes.
La caméra passa.
Il disparut.
02:21
Dans la suite, Karahan parlait toujours.
Son téléphone vibra.
Il regarda.
MURAT : FLOOR CLEAR.
Il ne répondit pas.
Reposa son téléphone.
Une femme vint s’asseoir près de lui.
— Tu travailles encore ?
— Toujours.
— C’est triste.
Karahan sourit.
— Non. C’est pour ça que je suis encore vivant.
Dans le couloir, DARK OMEGA affichait exactement le même message.
FLOOR CLEAR.
La silhouette l’effaça.
Puis continua.
02:23
L’ascenseur s’ouvrit.
Deux hommes en sortirent.
Ils parlaient.
L’un d’eux s’arrêta.
Quelque chose n’allait pas.
Le couloir était trop calme.
— Murat ?
Pas de réponse.
Il porta la main à son oreillette.
— Murat, réponds.
Une porte claqua derrière eux.
Ils se retournèrent.
Rien.
Le premier sortit son arme.
Le deuxième avança.
— Murat ?
La lumière s’éteignit.
Noir.
Un choc.
— PUTAIN !
Un deuxième.
Un coup de feu partit dans le plafond.
La lumière revint.
Le premier homme était à genoux.
Il bascula sur le côté.
Le deuxième tournait sur lui-même.
— Où t’es ?
Silence.
Il pointa son arme vers une porte.
Puis une autre.
Une ombre passa derrière lui.
Il pivota.
Trop tard.
Le canon noir de BLACK 79 frappa son poignet.
L’arme tomba.
Un coude entra dans sa mâchoire.
Il recula.
Essaya de frapper.
La silhouette passa sous son bras.
Le retour du poing le prit derrière l’oreille.
Il s’écroula.
La silhouette attrapa son arme au vol.
Retira le chargeur.
Éjecta la balle de la chambre.
Laissa tomber les deux séparément.
Puis continua.
Dans la suite, un homme toucha son oreillette.
Son visage changea.
Karahan le vit.
— Quoi ?
— J’ai perdu Murat.
— Appelle-le.
— Je viens de le faire.
Karahan posa son verre.
— Et ?
— Rien.
La musique continuait.
Karahan regarda la porte.
— Combien d’hommes dans le couloir ?
— Cinq.
— Non.
L’homme hésita.
Karahan se leva.
— Combien répondent ?
Silence.
— Deux.
Karahan regarda autour de lui.
La fête continuait comme si rien n’avait changé.
Il prit son téléphone.
— Fermez l’étage.
02:25
Trois hommes sortirent simultanément dans le couloir.
Armes sorties.
Ils avancèrent ensemble.
Cette fois, ils savaient.
Le premier regardait devant.
Le deuxième derrière.
Le troisième surveillait les portes.
Ils arrivèrent à l’intersection.
Vide.
Un bruit métallique retentit derrière eux.
Le troisième se retourna.
Une pièce roulait sur le sol.
— Qu’est-ce que…
La silhouette tomba du plafond.
Elle percuta le premier.
Le deuxième leva son arme.
BLACK 79 était déjà sorti.
Un coup partit.
La balle frappa son pistolet.
L’arme lui échappa.
La silhouette roula au sol avec le premier.
Se releva avant lui.
Le troisième chargea.
Un coup de pied le stoppa dans le ventre.
Il plia.
Genou dans le visage.
Le deuxième revint.
Poing.
Bloqué.
Coude.
Bloqué.
Il était bon.
La silhouette recula d’un demi-pas.
Le laissa venir.
Le garde frappa encore.
Cette fois, elle pivota.
Attrapa son bras.
L’homme traversa une table basse.
Le premier était revenu debout.
Il tira.
La silhouette se jeta derrière un pilier.
Deux balles arrachèrent le plâtre.
BLACK 79 apparut de l’autre côté.
Un tir.
Le plafonnier explosa.
Noir.
Le garde tira encore.
Rien.
Une main attrapa son arme.
La repoussa vers le plafond.
Le coup partit.
La silhouette frappa.
Le garde tomba.
Le silence revint.
Trois hommes respiraient encore.
La silhouette regarda rapidement chacun d’eux.
Puis DARK OMEGA.
TARGET MOVING.
Elle partit.
02:27
Karahan avançait rapidement vers l’escalier de service.
Quatre hommes l’entouraient.
— Qui est entré ?
— On ne sait pas.
— Combien ?
— On ne sait pas.
Karahan s’arrêta.
— Vous ne savez rien, en fait.
Personne ne répondit.
— Garage.
Ils repartirent.
Deux étages au-dessus, une porte s’ouvrit.
La silhouette arriva dans l’escalier.
Elle regarda par-dessus la rambarde.
En dessous, Karahan descendait.
DARK OMEGA identifia son visage.
TARGET LOCKED.
La silhouette posa une main sur la rambarde.
Et sauta.
Elle descendit au centre de la cage d’escalier.
Un étage.
Sa main attrapa la barre.
Le corps pivota.
Elle lâcha.
Deuxième étage.
Un garde leva les yeux.
— EN HAUT !
La silhouette lui tomba dessus.
Les deux frappèrent les marches.
Le garde roula.
Un deuxième sortit son arme.
REVENANT 79 apparut.
Le premier tir frappa son épaule.
Le deuxième sa cuisse.
Il s’effondra.
Le troisième fonça.
La silhouette rangea immédiatement l’arme.
Le coup arriva.
Elle l’esquiva.
Le deuxième passa.
Bloqué.
Le garde était massif.
Il l’attrapa par la veste et la projeta contre la rambarde.
Sa capuche resta en place.
Il revint.
La silhouette l’attendit.
Un pas de côté.
Sa tête frappa la barre métallique.
Elle le saisit.
Une seconde fois.
Il tomba.
Karahan avait déjà repris sa course.
— DESCENDS !
La silhouette regarda au-dessous.
Puis enjamba la rambarde.
02:30 — PARKING
Karahan courait entre les voitures.
Une Mercedes noire démarra.
La portière arrière s’ouvrit.
Il plongea dedans.
— ROULE !
La voiture partit.
La barrière descendait.
Le conducteur accéléra.
La Mercedes la traversa.
Plastique.
Métal.
Éclats.
Elle déboucha dans la rue.
Karahan regarda derrière.
Personne.
— Plus vite.
— On est sortis.
— J’ai dit plus vite !
La Mercedes accéléra.
Sur la façade de l’hôtel, une silhouette descendait.
Elle ne prenait pas l’escalier.
Ses pieds frappaient les rebords.
Une main.
Une corniche.
Elle lâcha.
Atterrit sur l’auvent de l’entrée.
Roula.
Sauta dans la rue.
La Mercedes tournait déjà au bout.
DARK OMEGA calcula.
ROUTE PREDICTION.
Trois lignes apparurent.
La silhouette regarda à gauche.
Une moto était arrêtée devant un feu.
Elle courut.
Le motard la vit arriver.
— Hé !
Elle attrapa le guidon.
Le poussa hors de la trajectoire.
Le motard se retrouva debout sur le trottoir tandis que la moto partait.
— MAIS T’ES MALADE !
La silhouette leva brièvement une main.
Puis accéléra.
02:32 — GALATA
La Mercedes traversait Istanbul.
La pluie martelait le pare-brise.
Karahan téléphonait.
— Je veux dix hommes au dépôt.
Il écouta.
— Maintenant !
Il raccrocha.
Le conducteur regarda son rétroviseur.
— Monsieur…
— Quoi ?
Le conducteur ne répondit pas.
Karahan regarda derrière.
Un phare remontait entre les voitures.
Vite.
Très vite.
— Merde.
La moto passa entre un taxi et un bus.
La silhouette se coucha presque sur le réservoir.
Capuche toujours en place.
Karaca ouvrit sa vitre.
Sortit son arme.
— Approche.
Il tira.
La balle frappa la chaussée.
La moto se décala.
Deuxième tir.
Un rétroviseur éclata.
Troisième.
La silhouette disparut derrière un bus.
Karahan attendit.
Rien.
Le conducteur sourit.
— Il a lâché.
Karahan continuait de regarder.
— Non.
— Je ne le vois plus.
— Moi non plus.
Il referma lentement sa vitre.
— C’est ça qui m’inquiète.
La Mercedes arriva à une intersection.
La moto surgit par la droite.
Elle monta sur le trottoir.
Descendit un escalier.
Disparut.
Puis réapparut devant eux.
— PUTAIN !
Le conducteur braqua.
La Mercedes partit en travers.
La moto arrivait en sens inverse.
Karahan voyait maintenant la silhouette droit devant.
Aucun visage.
Seulement cette foutue capuche.
— ÉCRASE-LE !
La Mercedes accéléra.
La moto aussi.
Cinquante mètres.
Trente.
Vingt.
Dix.
Au dernier moment, la silhouette coucha la moto.
Le métal frappa l’asphalte.
Étincelles.
La machine glissa sous le côté de la Mercedes.
L’homme avait déjà lâché.
Son corps roula sur la chaussée.
La Mercedes évita la moto.
Mais pas le taxi qui arrivait derrière.
Le conducteur braqua.
Percuta une borne.
La voiture pivota.
Une portière arracha une rangée de tables.
Puis la Mercedes frappa un mur.
02:36
Karahan entendait un sifflement.
Puis les sons revinrent.
Klaxons.
Pluie.
Alarmes.
Il ouvrit les yeux.
L’airbag lui collait au visage.
— Mehmet ?
Aucune réponse.
Il regarda dehors.
Au milieu de la rue, la silhouette se relevait.
Lentement.
Karahan ouvrit sa portière.
Tomba presque.
Se releva.
Et courut.
02:38 — EMİNÖNÜ
Il ne savait plus exactement où il allait.
Il avançait.
C’était tout.
Une rue.
Puis une autre.
Il traversa devant une voiture.
Le conducteur klaxonna.
Karahan continua.
Il regardait derrière lui.
Personne.
Il descendit vers les quais.
Un ferry quittait l’embarcadère.
— Attendez !
Trop tard.
Il ralentit.
Respira.
La pluie coulait sur son visage.
Il sortit son téléphone.
Pas de réseau.
— Allez…
Toujours rien.
Il regarda autour de lui.
Des commerces fermés.
Une petite rue.
Un parking.
Un passage sous un immeuble.
Il entra.
Ses pas résonnaient.
Il s’arrêta.
Silence.
Un bruit métallique.
TCHK.
Karahan se retourna.
Personne.
— Je sais que t’es là.
Rien.
Il reprit sa marche.
Plus lentement.
Son reflet avançait dans les vitrines noires.
Puis un deuxième reflet apparut.
Derrière lui.
Karahan se retourna.
Vide.
Il recula.
— Montre-toi !
Une silhouette sortit lentement de l’obscurité.
La capuche.
Karahan resta immobile.
— D’accord.
La silhouette avançait.
— D’accord.
Karaca leva les mains.
— Tu veux de l’argent ?
Elle continuait.
— Je peux payer.
Encore quelques mètres.
— Le double.
Aucune réaction.
— Le triple.
La silhouette s’arrêta.
Karahan vit une chance.
— Voilà.
Il respirait vite.
— On est des professionnels. Toi et moi.
Rien.
— Je peux te donner dix fois ce qu’ils t’ont promis.
Silence.
— Donne-moi juste un chiffre.
La silhouette leva légèrement son poignet.
DARK OMEGA s’alluma.
Karahan regarda l’écran.
Puis le gant.
Il entendit le mécanisme.
TCHK.
La lame sortit.
ZIL.
Karaca changea immédiatement de visage.
— Non.
La silhouette partit.
D’un coup.
Karahan tenta de tirer.
Trop tard.
Le choc le projeta au sol.
Son arme glissa plusieurs mètres.
La silhouette tomba avec lui.
Un genou bloqua son bras.
Une main écrasa son épaule.
ZIL descendit.
La lame entra dans son thorax.
Net.
Karahan se raidit.
Ses doigts agrippèrent la manche noire.
Il cherchait toujours le visage sous la capuche.
Il n’y avait que l’ombre.
DARK OMEGA vibra.
SAMPLE ACQUIRED.
Karahan essaya de respirer.
— Qui…
La silhouette ne répondit pas.
Une ligne progressait sur l’écran.
DNA ANALYSIS.
Karahan serrait toujours la manche.
Ses doigts perdaient leur force.
MATCH : 99.98 %.
TARGET CONFIRMED.
La silhouette attendit encore une seconde.
Puis retira ZIL.
Karahan expira.
Son bras retomba.
La lame resta quelques instants au-dessus du corps.
Une goutte de sang glissa le long du métal.
DARK OMEGA l’enregistra.
PROOF VALIDATED.
ZIL se rétracta.
La silhouette se releva.
PROOF SENT.
Quelques secondes.
PAYMENT CONFIRMED.
Elle tourna le dos au corps.
Et repartit.
02:42
Elle n’avait parcouru qu’une centaine de mètres lorsqu’une Audi grise passa.
La silhouette continua.
Une Volvo noire arriva derrière.
Elle tourna dans une rue.
L’Audi réapparut au bout.
La silhouette ralentit.
DARK OMEGA vibra.
Un signal inconnu venait de toucher son réseau.
Puis un deuxième.
La caméra située au-dessus d’un commerce pivota.
Elle suivit la silhouette.
L’écran du bracelet changea.
NETWORK INTRUSION.
La silhouette s’arrêta.
Une série de caractères apparut.
Elle les regarda.
Puis :
ATLAS PROTOCOL DETECTED.
Silence.
Une portière claqua derrière.
— ELGA !
Le premier tir frappa le mur.
La silhouette était déjà partie.
02:43
Elle plongea dans une ruelle.
Deux autres tirs frappèrent les briques.
BLACK 79 apparut.
Manu tira sur une enseigne.
Elle explosa.
Obscurité.
Il traversa une boutique.
Le propriétaire cria.
Manu passa derrière le comptoir.
Ouvrit la porte arrière.
Un agent ATLAS entra quelques secondes plus tard.
— ELGA !
Il vit la porte.
Fonça.
La traversa.
La ruelle était vide.
Il ralentit.
Regarda à gauche.
À droite.
Puis leva les yeux.
Une ombre tomba.
Manu le percuta.
Ils traversèrent ensemble une table.
L’agent roula.
Se releva immédiatement.
Manu aussi.
Le premier coup partit.
Manu bloqua.
Deuxième.
Esquive.
Troisième.
Il recula.
L’agent le suivait parfaitement.
— Toujours pareil.
Manu ne répondit pas.
L’agent frappa à gauche.
Manu esquiva exactement comme prévu.
Le deuxième poing l’attendait.
Il le prit en pleine épaule.
L’agent sourit.
— Je te connais, Elga.
Manu releva légèrement la tête.
On apercevait seulement sa bouche sous la capuche.
— Mauvaise nouvelle.
— Pourquoi ?
— Moi aussi.
Manu attaqua.
Cette fois, il ne suivit aucun enchaînement.
Épaule.
Genou.
Mur.
L’agent bloqua le premier.
Pas le deuxième.
Manu le poussa dans une vitrine.
Elle éclata.
L’homme revint immédiatement.
Une lame apparut dans sa main.
AZRAK sortit du gant droit de Manu.
Métal contre métal.
Un choc.
Deux.
L’agent attaqua au ventre.
Manu détourna.
Le poing adverse le frappa au visage.
Sa tête partit sur le côté.
La capuche bougea.
L’agent tendit immédiatement la main pour l’arracher.
Manu attrapa son poignet.
Son regard changea.
Il tordit.
L’agent lâcha.
Coup de coude.
Il recula.
La capuche revint en place.
Deux autres agents apparurent dans la ruelle.
Manu les vit.
Puis regarda la façade.
Une fenêtre ouverte.
Deuxième étage.
Il courut.
Pied sur le mur.
Poubelle.
Rebord.
Sa main attrapa la fenêtre.
Il monta.
— EN HAUT !
Les agents suivirent.
02:47
Manu traversa un appartement.
Un homme et une femme se redressèrent dans leur lit.
— Qu’est-ce que…
Il ouvrit la fenêtre opposée.
Regarda dehors.
Six étages.
— Oh putain…
Manu sauta.
— MAIS IL EST MALADE !
Il tomba sur un auvent.
La toile se déchira.
Il passa au travers.
Atterrit sur une table.
Le café était fermé.
Il roula.
Se releva.
Courut.
Une porte explosa derrière lui.
ATLAS suivait.
La poursuite remonta vers les hauteurs.
Escaliers.
Ruelles.
Cours intérieures.
Toits.
Manu ne s’arrêtait jamais assez longtemps pour qu’ils referment le piège.
Mais quelque chose avait changé.
À chaque fois qu’il choisissait une sortie…
ATLAS était déjà là.
Il prit un escalier.
Un homme apparut en haut.
Il pivota.
Deux autres arrivaient en bas.
Manu passa par-dessus la rambarde.
Balcon.
Fenêtre.
Appartement.
Couloir.
Il ouvrit une porte.
Un agent l’attendait.
Manu referma immédiatement.
Une balle traversa le bois.
Il repartit.
Fenêtre.
Corniche.
Toit.
Deux silhouettes apparurent en face.
Manu ralentit.
Derrière lui, trois autres montaient.
Il regarda autour.
Pour la première fois depuis le début de la nuit…
il n’avait aucune sortie évidente.
02:52 — TOITS DE KARAKÖY
La pluie frappait plus fort.
Cinq agents ATLAS avançaient.
Manu se trouvait au bord du toit.
En dessous, la rue.
Beaucoup trop bas.
Un agent s’approcha.
— Tu ne peux pas courir éternellement.
Manu regardait DARK OMEGA.
Les sorties disparaissaient les unes après les autres.
ROUTE BLOCKED.
ROUTE BLOCKED.
ROUTE BLOCKED.
Il éteignit l’écran.
Regarda à gauche.
Une grue.
Trop loin.
À droite.
Une enseigne suspendue.
Plus bas, un tramway approchait.
L’agent vit son regard.
— N’y pense même pas.
Manu regarda le vide.
Puis lui.
— À quoi ?
L’agent comprit.
— Elga…
Manu recula.
Un pas.
Deux.
Trois.
Puis courut.
— PUTAIN !
Il sauta.
Ses doigts attrapèrent le câble d’une enseigne.
Le câble céda immédiatement.
Manu tomba.
Un étage.
Deux.
Le câble se tendit brutalement.
Son corps frappa la façade.
Il glissa.
Ses gants fumaient.
Le câble se déchirait.
En dessous, le tramway arrivait.
Manu regarda.
Attendit.
Encore.
Puis lâcha.
Il tomba sur le toit du tramway.
Le choc le coucha.
Il roula presque jusqu’au bord.
Sa main attrapa la structure.
Il resta suspendu une seconde.
Puis remonta.
Au-dessus, les agents arrivèrent sur le toit.
Manu se redressa.
Il les regarda.
Un des agents secoua la tête.
Manu leva un doigt, petit clin d'oeil.
Petit salut.
Le tramway tourna.
Il disparut.
03:31 — FATİH
La chambre était minuscule.
Un lit.
Une table.
Un lavabo.
Un sac.
Rien de personnel.
La porte s’ouvrit.
Manu entra.
Toujours la capuche.
Il referma.
Verrouilla.
Resta immobile quelques secondes.
Puis posa BLACK 79 sur la table.
REVENANT 79.
Son couteau NIDOGRE.
Il retira son gant droit.
Puis le gauche.
Autour de ZIL, une fine trace de sang avait séché.
Manu ouvrit le robinet.
L’eau devint rouge.
Puis rose.
Puis transparente.
Il regardait ses mains.
DARK OMEGA vibra.
FUNDS TRANSFERRED.
Une somme apparut.
Manu la regarda.
Aucune réaction.
L’écran s’éteignit.
Il s’assit sur le bord du lit.
Silence.
La pluie frappait la fenêtre.
Pour la première fois depuis le début de la nuit, rien ne bougeait.
Puis DARK OMEGA vibra de nouveau.
Manu baissa les yeux.
NEW CONTRACT AVAILABLE.
Une photographie.
Un visage qu’il ne connaissait pas.
Un nom.
Une ville.
Une somme.
Il regarda l’écran longtemps.
Pas assez pour appeler ça une hésitation.
Son doigt se posa dessus.
ACCEPT.
La confirmation apparut.
Manu se releva.
Il remit ses gants.
BLACK 79.
REVENANT 79.
NIDOGRE.
Sa veste.
Il passa devant le petit miroir fixé au mur.
S’arrêta.
La lumière extérieure traversait les stores.
Pour la première fois, elle entra sous la capuche.
Une partie du visage apparut.
Barbe.
Mâchoire.
Un œil.
Emmanuel Elga.
Puis il détourna la tête.
La lumière disparut.
Il remit son sac sur son épaule.
DARK OMEGA vibra encore.
Cette fois, aucun contrat.
Un message chiffré.
UNKNOWN
Ils se rapprochent.
Manu resta immobile.
Il lut une deuxième fois.
Puis effaça le message.
Il ouvrit la porte.
Sortit.
03:37 — ISTANBUL
La pluie tombait toujours.
Manu marchait au milieu des derniers noctambules.
Personne ne le regardait.
Personne ne savait que quelques minutes plus tôt un homme était mort avec sa lame dans le thorax.
Personne ne savait qu’ATLAS venait de retrouver sa trace.
Il continua.
Capuche sur la tête.
Visage invisible.
Puis la foule l’avala.
Il n’avait plus d’uniforme.
Plus d’ordre de mission.
Plus d’équipe.
Plus de drapeau.
Cette nuit-là, personne ne lui avait demandé de sauver quelqu’un.
On lui avait donné un nom.
Un prix.
Il avait accepté.
Il avait trouvé sa cible.
ZIL avait fait le reste.
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