SAISON 2 - Épisode 10 - TRIPLE DRAGONS
NEW YORK — MANHATTAN
22 H 47
Alexander Walker, quinze ans, avait un problème.
Enfin, plusieurs.
Le premier pesait probablement cent trente kilos.
Le deuxième avait un Glock sous sa veste.
Le troisième venait de comprendre qu’Alex lui avait pris trente-deux mille dollars.
Et le quatrième était assis juste en face de lui.
— T’as triché.
Alex regarda ses cartes.
Un full.
Puis les cartes de l’homme.
Deux paires.
Puis les quatre types autour de la table.
Il avait dix-neuf ans, une veste beaucoup trop propre pour le quartier, un sourire tranquille et exactement l’air du petit con qu’il ne fallait surtout pas avoir dans cette pièce.
— Non.
Le chef de gang posa lentement son cigare.
— Non ?
— Non.
Alex ramassa une liasse.
— J’ai menti.
Il en prit une deuxième.
— Beaucoup.
Une troisième.
— Mais techniquement…
Il regarda l’homme.
— …c’est vous qui avez joué.
Silence.
Le Glock sortit.
— Ah.
Alex renversa la table.
Le coup partit.
La lumière s’éteignit.
Quelqu’un hurla.
— PUTAIN !
Une carte à jouer traversa la pièce.
Le type au Glock tourna la tête.
Une seconde.
Alex n’était déjà plus là.
— IL EST OÙ ?!
Une porte claqua.
Trois hommes partirent dans le couloir.
Alex sortit de derrière le bar.
Il récupéra tranquillement une dernière liasse tombée par terre.
— Autant finir.
Puis il courut.
Couloir.
Cuisine.
Il attrapa un tablier.
Le mit.
Un cuisinier le regarda passer.
— Bonsoir.
— Qu’est-ce que...
Alex lui prit sa casquette.
— Merci, bonne soirée bro.
Il passa une porte.
Deux hommes déboulèrent en face.
— T’AS VU UN BLACK AVEC UNE VESTE GRISE ?
Alex montra derrière lui.
— Escalier de service.
Ils partirent.
— Merci !
— Avec plaisir.
Alex continua à marcher.
Trois mètres.
Quatre.
Puis se mit à courir.
Il jeta le tablier.
Retourna la casquette.
Passa sous une barrière.
Lança sa veste sur le toit d’une voiture.
Un poursuivant vit la veste partir.
— PAR LÀ !
Alex prit l’autre direction.
Il traversa une laverie.
Ressortit avec un sac de linge.
Le posa devant un homme.
— Tenez.
— Quoi ?
— Merci.
— MAIS...
Alex avait disparu.
Une ruelle.
Un escalier incendie.
Un toit.
Un autre escalier.
Une fenêtre.
Un couloir.
Un ascenseur.
Il appuya sur le huitième.
Sortit au troisième.
Redescendit par les escaliers.
Il continua.
Puis s’arrêta.
Les regarda monter.
— Putain, ça marche vraiment.
Une voix derrière lui :
— WALKER !
— Ah non pas vraiment.
Il repartit.
Dehors.
Deux rues.
Un taxi.
Un capot.
Un klaxon.
— ENCULE !
— Désolé !
Un bus commençait à repartir.
Alex accéléra.
— ATTENDEZ !
Les portes se refermèrent presque sur lui.
Il plongea à l’intérieur.
Le chauffeur le regarda.
Alex, plié en deux, tentait de retrouver ses poumons.
— Mauvaise soirée ?
Alex regarda par la vitre les trois hommes disparaître derrière eux.
— Excellente.
Il s’effondra sur un siège.
Son téléphone vibra.
Il le sortit.
EMMANUEL ELGA
Alex ferma les yeux.
— Oh non.
Message.
Alors mon grand… toujours en train de courir ?
Alex regarda derrière lui.
Puis devant.
Puis autour.
Comment tu sais ?
Réponse.
Je regarde.
Alex souffla.
C’est flippant.
On me le dit souvent.
Un second message arriva.
Une adresse.
Une heure.
Puis un nom.
CASSANDRA VIMIR
Alex fronça les sourcils.
C’est qui ?
Quelqu’un que tu devrais écouter.
Pourquoi ?
Quelques secondes.
Parce que moi, je l’ai fait.
Alex relut.
Ça, c’était déjà beaucoup plus intéressant.
Et je dois faire quoi ?
Longue attente.
Puis :
Commence par arriver vivant et à l'heure Alex. 😉
Alex regarda les trente-deux mille dollars qui dépassaient de sa poche.
Puis les hommes qui avaient définitivement disparu.
Il sourit.
— Ça devrait aller.
BUDAPEST
04 H 56
L’écran était devenu un enfer géométrique.
Des projectiles partout.
Des trajectoires impossibles.
Des changements de polarité.
IKARUGA.
Dreamcast.
Diana Zrupkó ne bougeait presque plus.
À neuf ans, elle avait déjà compris qu’il existait deux catégories de jeux vidéo.
Ceux qui étaient difficiles.
Et ceux qui n’avaient simplement pas encore compris à qui ils avaient affaire.
Sur un deuxième écran, Jayce et les Conquérants de la Lumière parlait hongrois.
Sur une petite télévision, Cartman venait de vivre une situation sanitaire extrêmement discutable dans South Park, épisode Pinkeye.
Diana mangeait des nachos.
Son téléphone vibra.
Elle l’ignora.
Vibration.
Encore.
Elle continua.
Vibration.
— Emmanuel…
Elle passa Ikaruga en pause.
Message.
Salut Nobel.
Diana attendit.
Deuxième message.
Pose ta manette deux minutes.
Elle regarda la Dreamcast.
Puis sous son lit.
Puis derrière elle.
Comment tu sais ?
Je regarde.
C’est inquiétant.
Un fichier arriva.
Plans partiels.
Une société.
Une adresse new-yorkaise.
Des ramifications financières.
Des données de Nathalie Elga.
Des niveaux souterrains dont certains n’existaient officiellement pas.
Et un nom.
CASSANDRA VIMIR
Diana oublia immédiatement Ikaruga.
Ses doigts partirent sur le clavier.
C’est quoi ?
Je ne sais pas encore.
Diana s’arrêta.
Elle relut.
Emmanuel Elga venait réellement de lui écrire :
Je ne sais pas.
Elle sourit.
Intéressant.
Réponse immédiate.
Ne commence pas Diana.
Qu’est-ce que je cherche ?
Ce que Nathalie n’a pas trouvé.
Et ce Walker ?
Tu verras.
Nicky ?
Long silence.
Puis :
Tu verras aussi.
Diana soupira.
T'est vraiment pénible Emmanuel.
Bonne nuit Nobel.
Elle regarda l’heure.
Il est cinq heures.
Alors bonne journée.
La connexion disparut.
Diana regarda Jayce.
Puis South Park.
Puis Ikaruga.
Elle éteignit les trois.
— D’accord.
Elle ouvrit six écrans supplémentaires.
— On joue.
PHILADELPHIE — LA GARE
09 H 13
Nicky Foster avait la moitié du corps sous le capot de la Supra.
Son téléphone vibra.
— Switch.
— Quoi ?
— Mon téléphone.
— Il est à trente centimètres de toi.
— J’ai les mains dégueulasses.
— Et ?
Nicky sortit la tête.
— SWITCH.
— D’accord.
Il prit le téléphone.
— Emmanuel.
Nicky tendit immédiatement la main.
— Donne.
Elle ouvrit.
Une adresse.
New York.
Une heure.
Deux noms.
ALEXANDER WALKER.
CASSANDRA VIMIR.
C’était tout.
Nicky attendit.
Actualisa.
Rien.
Encore.
Rien.
— Non.
Switch leva les yeux.
— Quoi ?
— Non.
— Quoi « non » ?
— Il recommence.
Vale descendait l’escalier.
— Qui ?
Nicky la regarda.
Vale s’arrêta.
— Ah. Lui. Oui.
Nicky tendit le téléphone à Switch.
— Alexander Walker. Trouve-moi ce connard.
— Pourquoi ?
— PARCE QUE VISiblement C’EST MOI QUI DOIS FAIRE LE PUTAIN DE TRAVAIL D’EMMANUEL !
Switch s’installa.
Recherche.
Quelques secondes.
— Harlem.
— Continue.
— Quinze ans.
— Continue.
— Université…
Il fronça les sourcils.
— Quoi ?
— Attends.
Autre base.
— C’est bizarre.
Nicky s’approcha.
— Switch.
— Je trouve des trucs et…
Une fenêtre disparut.
Puis une autre.
— …quelqu’un ferme derrière moi.
Nicky plissa les yeux.
Son téléphone vibra.
DIANA.
Arrête de chercher Walker.
Nicky regarda Switch.
Switch leva les mains.
— J’ai rien dit.
Elle tapa.
TU SAIS QUI C’EST ?
Oui.
TU VAS ME LE DIRE ?
Non.
Nicky inspira.
Dex entra avec un sandwich.
Il vit son visage.
— Oh.
J leva les yeux depuis la R34.
— Quoi ?
Dex recula.
— Elle respire avec le nez.
J posa immédiatement sa clé.
— Sortez.
Nicky écrivit :
POURQUOI ?
Réponse :
Emmanuel.
Elle posa délicatement son téléphone.
Vale s’immobilisa.
— Elle a posé le téléphone doucement.
Marco recula.
Dex prit son sandwich.
— On bouge.
Et Nicky explosa.
— ELGAAAAAAAAAAAAAAAA !
NICE
16 H 31
L’Aprilia RSV4 FW était garée devant Cassandra.
Rose fluo.
Bleue fluo.
Jaune fluo.
Indécente.
Magnifique.
Exactement comme il fallait.
Cassandra Vimir terminait de fermer son blouson lorsque son téléphone vibra.
Elle regarda l’écran.
Un sourire apparut.
Bonsoir, poupée punk.
Elle répondit immédiatement.
Bonsoir mon cœur.
Tu t’es enfin souvenu que j’existais ?
J’essayais d’oublier.
Ça marche ?
Très mal.
Cassandra sourit.
Pauvre garçon.
J’ai survécu.
Tu as grandi surtout.
Quelques secondes.
Tu as remarqué ?
Cassandra éclata de rire.
Depuis un moment, mon cœur.
Pause.
Je sais.
Elle secoua la tête.
— Petit con…
Alors ?
Tu as besoin de moi.
Ouais.
Trois noms arrivèrent.
NICKY FOSTER.
ALEXANDER WALKER.
DIANA ZRUPKÓ.
Cassandra les regarda.
Tes gosses.
Ouais.
La blonde, je vois.
Difficile de la rater.
Et les autres ?
Regarde.
C’est tout ?
Pause.
Regarde-moi aussi.
Cassandra ne souriait plus.
Toi, mon cœur, je te regarde depuis tes seize ans.
Quelques secondes.
Justement.
Elle comprit.
Nice.
Le gamin.
Ses copains.
Le bordel.
Les voitures.
Les motos.
Les décisions impossibles.
Tout ce qu’ils avaient appris les uns des autres sans jamais appeler ça un apprentissage.
Tu veux savoir si tu fais fausse route.
Ouais.
Et tu me demandes à moi ?
Tu savais me voir avant que je sache regarder.
Cassandra resta silencieuse.
Puis :
Putain, mon cœur…
Quoi ?
T’es devenu dangereux avec les femmes.
J’avais un bon professeur.
Je t’ai appris à conduire.
Longue pause.
Pas seulement.
Elle mordit légèrement sa lèvre.
Un jour je vais vraiment venir vérifier tout ce que je t’ai appris.
Tu connais le chemin.
Cassandra fixa son écran.
Connard.
Puis elle reprit.
Et si tu te trompes ?
Tu me le dis.
Si ça tourne mal ?
Tu les ramènes.
Et toi ?
Tu m’engueules après.
Cassandra enfila ses gants.
Ça, mon cœur, j’ai toujours su faire.
Une adresse apparut.
NEW YORK.
Puis une heure.
Cassandra regarda l’Aprilia.
Tu me dois quelque chose.
Je sais.
Beaucoup de choses.
Quelques secondes.
Je sais aussi.
Cassandra sourit.
Je t’aime, petit con.
Long silence.
Puis :
Fais attention à toi, poupée punk.
Elle resta devant l’écran.
Il n’avait pas répondu.
Il avait répondu autrement.
Comme toujours.
Cassandra rangea son téléphone.
Enfourcha l’Aprilia.
Le moteur hurla.
NEW YORK
LE LENDEMAIN — 18 H 42
Nicky avait conduit la Supra depuis Philadelphie.
Seule.
Ce détail l’énervait déjà.
Le deuxième détail était l’adresse.
Un vieux dock industriel de Brooklyn.
Le troisième était Alexander Walker.
Il était assis sur une caisse, mangeait des frites et manipulait une pièce entre ses doigts.
Nicky descendit de la Supra.
Alex la regarda.
Blonde.
Petite.
Lunettes roses.
Démarche de quelqu’un qui pouvait transformer une conversation en traumatisme crânien.
— Nicky Foster ?
— Alexander Walker ?
— Peut-être.
Nicky s’arrêta.
— Putain.
— Quoi ?
— Vous prenez tous des cours chez le même connard ?
Alex sourit.
— Emmanuel ?
— ÉVIDEMMENT EMMANUEL.
Une voix sortit du téléphone posé sur le tableau de bord.
— Bonjour Barbie.
Nicky ferma les yeux.
— Nobel.
— Bonjour.
Alex regarda la Supra.
— C’est qui ?
Nicky ouvrit la portière.
— Ne demande pas son âge.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elke est encore plus jeune que toi.
Diana apparut sur l’écran.
Alex la regarda.
Puis Nicky.
Puis Diana.
— Elle a neuf ans ?
— PUTAIN WALKER C'ÉTAIT DANS L'ÉNONCÉ !
Diana :
— Oui.
Alex resta immobile.
— D’accord, ça commence bien.
Il reprit une frite.
— Emmanuel est complètement malade.
Pour la première fois, Nicky le regarda avec une forme de respect.
— On va peut-être s’entendre.
Un moteur apparut au loin.
Pas un moteur.
Une attaque aérienne.
Nicky se retourna.
L’Aprilia surgit entre deux entrepôts.
Cassandra entra sur le dock beaucoup trop vite.
Freinage.
Transfert.
La moto se coucha presque.
Pivota.
S’immobilisa exactement devant eux.
Nicky ne bougea plus.
Cassandra retira son casque.
Cheveux punk.
Piercings.
Regard tranquille.
Quarante-neuf ans.
Alex regarda son téléphone.
CASSANDRA VIMIR.
Puis elle.
— Ah.
Cassandra regarda les deux.
Puis Diana sur l’écran.
— Foster.
— Ouais.
— Walker.
— Ouais.
— Nobel j'imagine.
— Bonjour Cassandra.
Cassandra sourit.
— Toi, je t’aime déjà.
Nicky leva les mains.
— Génial. Tout le monde connaît tout le monde on progresses.
Cassandra regarda la Supra.
Longtemps.
Puis Nicky.
— Jolie voiture.
— Merci.
— À lui ?
Nicky répondit immédiatement :
— À moi.
Petit sourire de Cassandra.
— Bien.
Nicky plissa les yeux.
— Tu le connais depuis combien de temps ?
— Qui ?
— Arrête.
— Emmanuel ?
— OUI.
Cassandra remit ses gants.
— Longtemps.
— C’est précis.
— Tu voulais une biographie ou faire ton boulot ?
Nicky sourit.
— J' aime beaucoup moins ta geule d'un seul coup.
— Ça viendra.
Alex :
— On doit faire quoi ?
Cassandra désigna un bâtiment visible de l’autre côté de l’East River.
Tour noire.
Anonyme.
Aucun logo.
— Entrer.
Nicky :
— Ensuite ?
— Descendre au niveau moins quatre.
Diana intervint.
— Officiellement, il n’existe pas.
Cassandra :
— Voilà.
Alex :
— Et ensuite ?
Cassandra sortit une photographie.
Un boîtier noir.
À peine plus grand qu’un paquet de cigarettes.
— Vous prenez ça.
— C’est quoi ? demanda Nicky.
— Aucune idée.
— Putain, c’est rassurant.
— Emmanuel pense que ça relie Bellandi à quelque chose de plus gros.
Alex prit la photo.
— Sécurité ?
Cassandra regarda la tour.
— Beaucoup.
— Plan ?
Cassandra enfila son casque.
— Vous êtes trois.
Nicky attendit.
— Et ?
— Démerdez-vous.
Silence.
Diana :
— J’aime bien.
Nicky :
— ÉVIDEMMENT QUE T’AIMES BIEN.
20 H 07
Ils observèrent.
Diana trouva les réseaux.
Alex trouva les gens.
Nicky trouva les accès.
Et pendant quarante minutes, chacun construisit son plan.
C’était précisément le problème.
— Entrée maintenance, dit Nicky.
— Non, répondit Alex.
— Pourquoi ?
— Parce qu’ils regardent les gens qui essaient de ne pas être vus.
Diana :
— Alex a raison.
— Ah super. Vous êtes déjà mariés tous les deux ?
Alex montra l’entrée principale.
— On entre par là.
Nicky le regarda.
— Avec quoi ? Une invitation ?
Alex sortit trois badges.
Nicky resta silencieuse.
— T’as fait ça quand ?
— Pendant que tu parlais.
Diana agrandit l’image.
— Ils sont faux.
Alex :
— Merci.
— Très faux.
— Merci beaucoup.
— Ils ne passeront pas.
Alex sourit.
— Ils n’ont pas besoin de passer.
Nicky commença à comprendre.
— Ils doivent juste croire qu’ils vont passer.
Alex la regarda.
Premier petit instant.
— Voilà.
Diana :
— C’est stupide.
Alex :
— C’est humain.
Diana :
— C’est presque pareil.
Nicky éclata de rire.
— Putain, Nobel.
21 H 13
M.O.P. — ANTE UP.
La Supra traversa Manhattan.
Cassandra suivait.
Puis elle dépassa.
Nicky accéléra.
L’Aprilia disparut entre deux voitures.
Nicky fronça les sourcils.
Remit du gaz.
Cassandra changea de file sans freiner.
Nicky suivit.
Un camion.
Un taxi.
Deux voitures.
L’espace se refermait.
Nicky leva légèrement le pied.
Cassandra passa.
— Mais elle est complètement tarée !
Alex, passager :
— Moi, là, rien qu'avec toi, j'ai déjà peur, donc actuellement, la bikeuse c'est pas mon problème principal sister.
— FERME TA GUEULE.
Diana :
— Nicky, prochaine intersection à droite.
Cassandra partit à gauche.
Nicky :
— Elle va où ?!
Diana :
— Je ne sais pas.
Silence.
Alex regarda Cassandra.
— Suis-la.
— Pourquoi ?
— Parce qu’elle sait.
Nicky jura.
Braqua.
La Supra suivit.
Cassandra entra dans une voie de service.
Escalier descendant.
Quai de livraison.
Une barrière.
Elle ne ralentit presque pas.
Un flingue apparut dans sa main.
PAN.
Pas sur le garde.
Sur le boîtier hydraulique.
La barrière tomba.
Cassandra passa dessous pendant sa chute.
Nicky ouvrit de grands yeux.
— PUTAIN DE SA MÈRE LA PUTE !
Alex éclata de rire.
— Très technique.
— JE LA SUIS À PEINE !
La Supra plongea.
Diana recalcula.
Trois secondes.
— Son trajet était vingt-sept secondes plus rapide.
Nicky :
— MERCI NOBEL !
Cassandra disparut dans le parking.
21 H 21
Ils entrèrent.
Alex devant.
Nicky derrière.
Diana partout.
Cassandra nulle part.
Alex passa devant la sécurité.
Son badge bipa rouge.
Le garde leva les yeux.
— Jeune homme ?
Alex se retourna, agacé.
— Sérieusement ?
— Votre badge ?
— Appelez Levinson.
— Qui ?
Alex regarda Nicky.
— Tu vois ?
Puis le garde.
— Voilà exactement le problème.
— Monsieur...
Alex posa son téléphone sur le comptoir.
— Appelez Levinson et expliquez-lui pourquoi l’équipe d’audit de Washington est bloquée au rez-de-chaussée.
Le garde pâlit légèrement.
Il n’existait aucun Levinson.
Mais Alex venait de parler comme si le garde aurait dû le connaître.
— Une seconde.
— Prenez-en deux.
Le garde téléphona.
Alex passa.
Nicky le suivit.
— Putain.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu peux le dire.
— Va te faire foutre.
— Merci.
Diana ouvrit l’ascenseur.
— Moins deux.
Nicky :
— On doit aller moins quatre.
— Je sais.
— Alors pourquoi..
Alex :
— Parce qu’on ne va pas au moins quatre.
Nicky :
— On va où ?
— Là où ils pensent qu’on va.
Nicky s’arrêta.
— Je vais vraiment finir par te frapper.
— Plus tard.
Diana :
— Je programme ça après la mission ?
— NOBEL !
21 H 34
Le premier plan mourut.
Brutalement.
Diana vit les portes se fermer.
— Stop.
Nicky s’immobilisa.
Alex aussi.
— Quoi ?
— Quelqu’un vient de couper mon accès.
Toutes les lumières passèrent au rouge.
Cassandra apparut dans leur oreillette.
— Sortez.
Nicky regarda Alex.
Alex regarda les caméras.
Diana :
— Ils savaient.
Des hommes armés apparurent aux deux extrémités du couloir.
Nicky craqua sa nuque.
— Enfin.
Alex :
— Tu trouves ça rassurant ?
— Beaucoup.
Le premier homme chargea.
Nicky esquiva.
Coude.
Genou.
Elle prit un coup dans les côtes.
Recule.
Observa.
Deuxième attaque.
Cette fois elle vit l’épaule.
La masse.
L’appui.
Elle se décala.
Le premier homme percuta le deuxième.
Nicky attrapa le bras.
Projection.
Mur.
Un troisième.
Elle prit son poignet.
Pas l’arme.
Le poignet.
Rotation.
Cri.
Arme au sol.
Alex passa derrière.
— À gauche.
Nicky se baissa sans demander pourquoi.
Une matraque passa au-dessus.
Alex lança une pièce.
L’homme regarda instinctivement.
Nicky :
— Sérieusement ?
BAM.
— Ça marche.
— Je déteste que ça marche !
Diana :
— Porte dans onze secondes.
Alex :
— J’en ai besoin de vingt.
— Tu en as onze.
— Quinze.
— Douze.
Nicky :
— VOUS ÊTES EN TRAIN DE NÉGOCIER AVEC LES MATHS ?!
Diana :
— Oui.
Alex :
— Je gagne.
Diana :
— Non.
La porte s’ouvrit.
Douze secondes.
Alex sourit.
— Égalité.
21 H 41
Ils atteignirent moins quatre.
Le boîtier était là.
Mais derrière une vitre blindée.
Diana attaqua le système.
Rien.
Encore.
Rien.
— Intéressant.
Nicky :
— Arrêtez tous de dire ça !
Alex observa la salle.
Pas l’ordinateur.
Pas la serrure.
Le technicien.
Un homme derrière une autre vitre les regardait.
Terrifié.
Alex s’approcha.
— Nobel.
— Oui ?
— Arrête.
— Pourquoi ?
— Parce que tu essaies d’ouvrir la porte.
— C’est le principe.
Alex regarda l’homme.
— Moi, je vais lui faire ouvrir.
Trois minutes plus tard, le technicien déverrouilla lui-même.
Diana resta silencieuse.
Alex entra.
— Humain Nobel, c'est ça ton petit nom ?
Diana :
— Ferme-la.
Nicky sourit.
— Oh putain. Il a énervé Nobel.
Ils prirent le boîtier.
Mission terminée.
Cassandra :
— Vous l’avez ?
— Ouais.
— Alors sortez.
Diana ne répondit pas.
— Nobel ?
Silence.
Puis :
— Attendez.
Nicky ferma les yeux.
— Non.
Alex :
— Quoi ?
— Chaque fois qu’elle dit ça, ma vie devient de la merde.
Diana parlait plus vite.
— Il y a autre chose.
Cassandra :
— On a l’objectif.
— Je sais.
— On sort.
— Cassandra…
Pause.
— Ce bâtiment ne protège pas le boîtier.
Alex s’arrêta.
Nicky aussi.
— Quoi ?
Diana ouvrit un schéma.
Un niveau.
Encore plus bas.
— Il protège ce qu’il ouvre.
Silence.
Cassandra :
— Non.
Nicky regarda Alex.
Alex regarda Nicky.
Diana :
— Je peux y accéder si...
Cassandra :
— Mission terminée.
Nicky :
— Nobel. Combien de temps ?
— Je ne sais pas.
Alex sourit.
— Mauvaise réponse.
Diana :
— Dix minutes.
Cassandra :
— Foster.
Nicky regarda le boîtier.
Puis l’escalier.
— Désolée.
— Nicky.
— On est venus savoir qui était derrière Bellandi.
Elle regarda Alex.
— On va savoir.
Alex rangea le boîtier.
— J’étais déjà en train de descendre.
Cassandra ferma les yeux.
— Putain d’Emmanuel.
21 H 58
À partir de là, ils cessèrent d’être trois individus.
Diana voyait.
Alex déplaçait.
Nicky frappait.
Diana annonçait :
— Deux gardes. Un regarde la caméra toutes les six secondes.
Alex :
— Plus maintenant.
Une alarme incendie se déclencha trois étages plus haut.
Le garde leva les yeux.
Nicky passa.
Alex entra dans une salle en employé paniqué.
En ressortit directeur furieux.
Deux minutes plus tard, quatre agents de sécurité couraient dans la mauvaise direction.
Diana :
— Comment tu as fait ?
— Je leur ai dit la vérité.
— Quelle vérité ?
— Qu’il y avait un problème.
— Mais pas où.
— Exactement.
Nicky :
— Vous êtes vraiment deux putains de psychopathes.
Puis ce fut son tour.
Porte verrouillée.
Diana :
— Trente-sept secondes.
Nicky regarda le mur.
Alex vit son regard.
— Non.
Nicky prit un extincteur.
— Si.
— Foster—
BOUM.
Deuxième coup.
BOUM.
Alex :
— C’est un mur.
— J’AVAIS VU.
Troisième.
Une canalisation céda.
Alarme.
Verrouillage automatique.
La porte s’ouvrit.
Diana resta silencieuse.
Nicky :
— Quoi ?
— C’était…
— Dis-le la putain de toi.
— Intelligent.
Nicky sourit.
— Ouais Nobel. T'est pas la seule à savoir jouer.
22 H 06
Ils trouvèrent l’archive.
Pas de logo.
Pas de nom.
Des numéros.
Des routes.
Des ports.
Des opérations remontant bien avant Bellandi.
Diana aspirait ce qu’elle pouvait.
Puis elle s’arrêta.
— Oh.
Alex :
— Quoi « oh » ?
— On doit partir.
Nicky :
— Pourquoi ?
Diana regardait quelque chose qu’eux ne voyaient pas.
— Maintenant.
Les portes explosèrent.
Cette fois, les hommes n’étaient pas des gardes.
Nicky le comprit immédiatement.
Leur façon de bouger.
Leurs armes.
Leur coordination.
— Ah.
Alex :
— « Ah » quoi ?
— Ceux-là savent ce qu’ils font on dirait.
Cassandra surgit dans l’oreillette.
— Je vous avais dit de sortir.
Nicky :
— On arrive !
— Non.
Un moteur hurla quelque part.
— Moi, j’arrive.
22 H 11
Cassandra Vimir entra dans l’histoire de Foster sans demander la permission.
L’Aprilia surgit dans le parking souterrain.
Un homme leva son arme.
Cassandra tira.
Pas sur lui.
Sur le câble retenant une barrière métallique.
Elle s’effondra entre eux.
Deuxième tir.
Éclairage.
Noir.
La moto continua.
Diana :
— Cassandra, je peux te guider.
— Pas besoin, Nobel.
Diana s’arrêta.
— Mais...
Cassandra avait déjà tourné.
Exactement au bon endroit.
Nicky atteignit la Supra.
— WALKER !
Alex plongea côté passager.
La Supra démarra.
Cassandra était déjà cinquante mètres devant.
Diana :
— Prenez la rampe droite.
Cassandra prit la gauche.
Nicky :
— ENCORE ?!
Alex :
— Suis-la !
— JE SAIS !
Cassandra monta.
Freina.
Jeta l’Aprilia.
Passa dans un intervalle entre un fourgon et un pilier que Nicky aurait juré trop petit.
— Putain…
La Supra suivit.
Rétroviseur arraché.
— PUTAIN !
Alex :
— Ça passait, presque.
— TA GUEULE WALKER !
Diana :
— Techniquement—
— TOI AUSSI !
Cassandra sortit du parking.
Trois véhicules derrière.
Elle regarda une remorque.
Un câble.
Un point d’ancrage.
Un tir.
Le câble lâcha.
La bâche et une partie du chargement tombèrent derrière elle.
Premier véhicule bloqué.
Nicky regardait.
— Mais c’est quoi cette meuf ?!
Alex souriait maintenant.
— Elle ne résout jamais le problème qu’on lui donne.
Nicky le regarda une fraction de seconde.
— Quoi ?
— Elle change le problème.
Cassandra monta sur une rampe de chargement.
Diana :
— Cassandra, cette route est fermée !
— Je sais.
— Alors pourquoi...
L’Aprilia décolla.
Silence général.
Elle franchit le vide.
Atterrit sur le quai inférieur.
Suspensions écrasées.
Gaz.
Partit.
Diana resta muette.
Nicky ouvrit la bouche.
Rien.
Alex :
— Foster ?
— J’ESSAIE DE COMPRENDRE.
Elle envoya la Supra derrière.
Diana calcula.
— Nicky, non.
— Pourquoi ?
— Ta masse.
Nicky vit Cassandra disparaître.
Puis la pente sur le côté.
Puis un conteneur.
Puis une autre possibilité.
Elle sourit.
— J’ai pas besoin de faire comme elle.
Alex la regarda.
Nicky braqua.
Frein à main.
La Supra glissa derrière un semi-remorque, descendit par une voie parallèle, traversa un hangar et ressortit devant Cassandra.
Pour la première fois de la soirée, Cassandra ouvrit de grands yeux.
Puis sourit sous son casque.
— Voilà donc la légendaire Nicky Foster.
Nicky hurla :
— JE T’AI EUE, PUTAIN !
Cassandra passa à côté.
Et lui fit un doigt d’honneur.
— OH LA VIEILLE SALOPE !
Alex riait tellement qu’il en avait mal.
22 H 19
Il restait un véhicule.
Diana :
— Je peux le bloquer au prochain carrefour.
Alex regarda derrière.
Puis devant.
— Non.
— Pourquoi ?
— Laisse-le venir.
Nicky comprit.
— T’as une idée ?
— Oui.
— Bonne ?
— Absolument pas.
Nicky sourit.
— Enfin.
Diana :
— Je déteste quand vous êtes d’accord.
Alex indiqua une sortie.
— Là.
Nicky tourna.
Cassandra comprit sans qu’on lui dise.
Elle ralentit.
Le poursuivant choisit la Supra.
Alex ouvrit la fenêtre.
Sortit les trente-deux mille dollars gagnés la veille.
Nicky le regarda.
— Qu’est-ce que tu fous ?
— Investissement.
Il lança les billets.
Une pluie de dollars envahit la rue.
Des voitures freinèrent.
Des passants se précipitèrent.
Le poursuivant dut esquiver.
Percuta une borne.
Terminé.
Nicky regarda Alex.
Horrifiée.
— T’as balancé DU FRIC ?!
— Trente-deux mille.
— T’ES COMPLÈTEMENT CON ?!
— On est vivants.
— JE T’AIMAIS PRESQUE BIEN !
Diana :
— Statistiquement, c’était efficace.
— NOBEL, C’ÉTAIT TRENTE-DEUX MILLE DOLLARS, CINQ CENT DOLLARS EXACTEMENT!
Alex :
— Toute les conneries que j'aurais pû acheter avec ces cinq cents en plus.
Nicky le fixa.
Puis éclata de rire.
— Putain…
Premier vrai rire entre eux.
— T’es vraiment un connard, Walker.
— Merci, Foster, le compliment me vas droit au cœur.
BROOKLYN — VIEUX DOCK
22 H 47
Silence.
Enfin.
L’Aprilia claquait doucement en refroidissant.
La Supra avait perdu un rétroviseur, gagné trois impacts et quelque chose pendait sous le pare-chocs.
Nicky avait du sang sur la lèvre.
Alex avait déchiré sa veste.
Diana était toujours à Budapest.
Cassandra était parfaitement calme.
Nicky regardait l’Aprilia.
Puis Cassandra.
Puis l’Aprilia.
Puis Cassandra.
— Putain.
Alex était assis sur le capot de la Supra.
— Ça fait quatre minutes.
— Quoi ?
— Que tu regardes sa moto.
— Walker.
— Oui ?
— Ferme ta gueule.
Cassandra sourit.
Nicky finit par demander :
— C’est toi ?
— Quoi ?
— Lui.
Cassandra savait.
— Emmanuel ?
— Sa façon de conduire.
Cassandra regarda la Supra.
Puis la blonde qui venait tout juste de trouver sa propre trajectoire au lieu de copier la sienne.
Elle sourit.
— Je lui ai appris quelques trucs.
Nicky attendit.
— Ma façon de conduire, surtout.
Alex :
— Surtout ?
Nicky :
— Et le reste ?
Cassandra eut un sourire étrange.
Très vieux.
Très niçois.
— Le reste…
Elle regarda au loin.
— Il l’a pris partout.
Alex :
— Partout où ?
Cassandra rit.
— Crois-moi, gamin. Tu veux pas savoir.
Le téléphone de Cassandra sonna.
Elle regarda l’écran.
Son expression changea.
Imperceptiblement.
Elle décrocha.
— Bonsoir, mon cœur.
Nicky leva les yeux.
Alex aussi.
Cassandra s’éloigna de quelques mètres.
— Oui.
Elle regarda Nicky.
— Oui.
Pause.
— Plus ou moins.
Silence.
Son sourire s’adoucit.
— Je sais, mon cœur.
Elle écouta.
Puis regarda les trois.
Nicky.
Alex.
Et Diana sur l’écran posé contre le pare-brise.
— Non.
Longue pause.
— Tu ne fais pas fausse route.
Elle raccrocha.
Alex regarda Nicky.
Nicky regarda Alex.
Puis Cassandra.
— C’était qui ?
Cassandra rangea tranquillement son téléphone.
— Mon mec virtuel... Emmanuel.
Silence.
Alex :
— Emmanuel… Elga ?
— Vous en connaissez un autre ?
Nicky regarda Cassandra.
Puis son téléphone.
Puis Cassandra.
— Attends.
Elle pointa un doigt.
— TON “MON CŒUR”, C’EST EMMANUEL ?!
Cassandra enfila son casque.
— Bonne nuit, Foster.
— NON NON NON ! TU VAS PAS FAIRE ÇA ! REVIENS ICI !
L’Aprilia démarra.
— CASSANDRA !
Cassandra passa la première.
Nicky courut derrière.
— J’AI DES QUESTIONS !
L’Aprilia disparut.
Alex regarda Nicky.
— Son mec, donc.
Nicky se retourna.
— Toi…
— Quoi ?
— Putain de taré d'Elga.
Diana :
— Techniquement, nous ne savons pas s’ils...
— NOBEL, TOI, TA GEULE !
QUELQUE PART
23 H 02
Joe regardait le rapport.
Une fois.
Deux fois.
Puis les images.
Le parking.
L’archive.
Les accès.
La sortie.
Walker.
Foster.
Zrupkó.
Vimir.
Il prit son téléphone.
Emmanuel répondit.
— Ouais.
Joe resta silencieux.
— Manu.
— Ouais.
— Attends.
Il regarda encore l’écran.
— Ces gosses ont fait ça ?
Silence.
— Ouais.
— Barbie et Walker sont descendus plus loin que l’objectif ?
— Ouais.
— Nobel pilotait tout ça depuis son putain de lit à Budapest ?
— Probablement.
— « Probablement » ?
— Elle est peut-être sous son bureau.
Joe ferma les yeux.
— Et Cassandra…
— Cassandra est Cassandra.
— Ouais. Putain, j’avais oublié.
Silence.
Joe revint au rapport.
— C’était ça que tu voulais voir ?
Emmanuel ne répondit pas immédiatement.
— Non.
Joe fronça les sourcils.
— Alors quoi ?
Quelques secondes.
Puis cette voix parfaitement calme.
— Ce qu’ils feraient quand mon plan ne marcherait plus.
Joe regarda les trois noms.
Foster.
Walker.
Zrupkó.
— Et ?
Silence.
Puis :
— Intéressant.
Joe éclata de rire.
— Oh, fils de pute commences pas avec ça.
La communication se coupa.
Joe resta seul devant l’écran.
Il regarda encore les images.
Puis secoua lentement la tête.
— Putain de gosses.
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