Rowan, le 11 juillet 2026

📖 La Grande Ourse ✍️ TeddieSage 📝 2611 mots

Nous voilà arrivés à la réception qui a lieu avant le bal costumé, où ma sœur et moi avons été invités pour cette soirée caritative. Je déteste les événements de ce genre parce qu’il y a normalement des personnes que je préférerai éviter, comme des membres avares et superficiels de ma famille ou d’autres connaissances. Il s’agit d’un événement dédié aux personnes riches et célèbres où nous offrons des dons vers la fin de la soirée pour l’organisme qui récolte l’argent. Comme je suis l’héritier de la fortune de notre famille, je suis porté à aider plusieurs œuvres de ce genre, car mon héritage m’importe peu. Ma sœur, Nadine, est un peu comme moi à ce sujet.

Nadine ne va pas tarder à nous rejoindre, parce qu’elle est dans la cabine d’essayage où elle a été vêtir la robe qu’on lui a assignée, un peu plus tôt. Quant à moi, je suis étonné que les costumiers aient trouvé un ensemble qui soit assez grand et assez large pour mon corps adipeux. Je suis considéré comme un géant après tout et mes rondeurs ne sont pas évidentes à dissimuler, même avec tous les vêtements que j’achète en ligne. Je ne me sens pas trop à l’étroit, malgré le fait que je me sente un peu ridicule. Noah n’a pas l’air de s’en plaindre, lui qui est aux anges chaque fois qu’il me regarde. On croirait que des cœurs ont remplacé ses yeux, tellement il me dévore du regard.

— Mon prince charmant... couine celui-ci à mon oreille. Hi hi hi...

J’ai envie de soupirer tant je trouve cette situation embarrassante, mais j’accepte d’être le prince charmant de ce gentilhomme, ne serait-ce que pour une soirée. Il était très nerveux ce matin, lorsqu’il a réalisé que c’était aujourd’hui que nous devions nous préparer pour la soirée. Il a pris ses médicaments et s’est encouragé devant le miroir avant que nous partions. Il était si déterminé à ce que nous passions une bonne soirée, qu’il a même pris un calmant avant de venir. Ça tombe bien, puisqu’il ne compte pas boire d’alcool. Il me tient le bras avec le sien et me regarde depuis un moment. Je lui ai dit un peu plus tôt que s’il commençait à se sentir anxieux, qu’il n’avait qu’à me regarder et oublier tout le reste. Je crois qu’il est déjà en train de mettre cela en pratique.

— Ça va, petit loup ? je lui demande en baissant mon regard vers lui. Pas trop nerveux ?

— Ça va, je tiens le coup... La vue est excellente.

Je roule les yeux. Il ne peut pas s’empêcher de me faire des compliments. Tantôt, il a même sifflé en me voyant sortir de la cabine d’essayage. Son haut est bleu pastel alors que moi, je porte une longue chemise verte. Ces couleurs nous vont bien, je trouve. Mais je trouve Noah beaucoup plus élégant que moi. C’est bien de le voir de bonne humeur, lui qui était un peu morose ces derniers jours ; suite à la lettre qu’il a lue de son père. Il semblerait aussi que les choses ne soient pas si joyeuses à son travail, non plus. Alors cette soirée est un très bon prétexte pour lui faire oublier tout ça. J’espère qu’il arrivera à oublier tout ça et qu’il s’amusera un peu.

— J’ai l’air d’une baleine qui aurait échoué sur la plage, à qui on aurait foutu une perruque et des vêtements, je réplique à mon partenaire.

— Mais non, tu es un très beau nounours qui pète de santé.

— Qui pète beaucoup, surtout ! lance une voix derrière nous.

Je fais volte-face pour voir avec horreur Seamus qui s’est ramené la fraise dans cette soirée. Il est habillé dans un smoking noir et passe une main dans sa chevelure chocolatée avant de me faire un sourire narquois. Que fait mon stupide frère ici, lui qui déteste tout ce qui touche à la charité ?! Je serre les poings et les dents. Je dois malgré tout me calmer. Je ne dois pas causer de scène. Les gens nous observent déjà. On peut entendre des chuchotements dans la foule qui se trouve alentour.

— Seamus, comme c’est aimable à toi de nous rejoindre... je formule sarcastiquement.

— Il fallait bien que je garde un œil sur toi, gros porc. La dernière fois qu’il y a eu une soirée de ce genre, tu as dépensé plus de cinq cent mille balles en une soirée. De quoi trahir la mémoire de nos grands-parents !

— Cinq cent mille balles... répète Noah, tout bas.

— Contrairement à toi, je fais quelque chose d’utile de notre héritage, je déclare sèchement à mon frère. Tout ce que tu aurais fait avec ce fric aurait été de t’acheter plein de trucs inutiles pour ta carrière de rappeur inexistante, puis tu aurais tout flambé au casino de la ville, irresponsable comme tu es avec tes économies !

— Retire ce que tu viens de dire ! m’ordonne mon frère qui me pointe du doigt.

Je lui réponds de mon rire le plus franc et le plus méprisant qui soit, afin de lui montrer à quel point je me fiche de sa demande. C’est à cet instant que ma sœur sort de sa cabine d’essayage et qu’elle vient nous rejoindre. Elle porte une jolie robe rouge avec plusieurs rubans blancs. Ses cheveux ont été retouchés ce matin même, chez le coiffeur. Elle ressemble à une princesse sortie d’un conte de fée, tellement elle est resplendissante.

— Incroyable, il faut toujours que vous causiez une scène peu importe où vous vous trouvez ! dit-elle à notre attention, quand elle nous a enfin rejoints.

— Et moi, vous ne m’avez pas invité ! grogne Seamus qui fusille ma sœur du regard.

— À qui la faute ? Ton comportement est digne d’un enfant gâté. Tu ne t’intéresses même pas à nos activités caritatives, alors qu’est-ce que tu fiches ici ?

— Cet argent me revient autant à moi qu’à vous deux ! J’ai le droit de savoir ce que vous faites avec ce qui me restera lorsque vous ne serez plus en mesure d’hériter !

— Pour la dernière fois, Seamus, la fortune est signée à mon nom lorsque Papa quittera ce monde, je formule en essayant de ne pas éclater de colère. Il m’autorise à dépenser cet argent maintenant, car il sait que je l’emploie pour des causes justes. Tu n’as rien fait pour mériter sa confiance, ni la nôtre.

Je parie qu’il est même entré ici par infraction, parce que ça nous prenait des papiers d’identité et des cartes d’invitation à l’entrée de l’immeuble. Si c’est le cas, il va être sorti de force d’ici dans moins de temps qu’il n’en faut pour crier : chapeau.

— Comment ça, lorsqu’on ne sera plus en mesure d’hériter ? lui reproche ma sœur. Ne t’avise pas à nous faire des menaces, mon frère. Tu vas en baver...

— Oulah, il fait peur, votre frère, me marmonne Noah à l’oreille.

— T’as dit quoi, la tarlouze ?!

Il s’approche violemment de Noah. Je dois ôter mon bras de mon partenaire pour m’interposer entre lui et mon idiot de frère, dans le but de le protéger.

— Dégage, sale porc ! Je veux entendre ce que ta pute a à me dire !

Autant, vous dire que mon poing a rencontré la figure de Seamus et qu’il s’est retrouvé inconscient au sol. Je secoue ma main, un peu engourdie, et pousse un juron de douleur.

— Le coup est parti tout seul, je déclare avant de regarder ma sœur.

Nadine est obligée de secouer la tête, tellement elle est découragée par ce qui vient de se passer. Les yeux exorbités, elle se frotte le front. Encore une fois, Seamus a trouvé le moyen de bousiller notre soirée. J’entends cependant quelqu’un racler derrière moi. Je me tourne vers deux gardes de sécurité qui sont plus petits que moi. Ni l’un ni l’autre ne seraient en mesure de me déplacer, s’ils le désiraient. Comme je n’ai pas l’intention de ruiner le reste de cette soirée pour celles et ceux qui sont venus y passer du bon temps, je crois que je vais me retirer dans la cabine d’essayage pour aller remettre mes véritables vêtements puis partir. Je prends donc une grande respiration, expire et sors mon portemonnaie avant d’en sortir un certificat que je tends à ma sœur.

— Donne ça aux organisateurs de ma part, tu veux ?

Nadine hoche la tête et ramasse le bout de papier avant de jeter un regard noir envers notre frère qui est toujours inconscient, au sol.

— Noah, tu peux rester si tu veux, je dis avant de tourner mon regard vers lui.

— Tu veux rire ? Mon prince charmant vient de défendre mon honneur !

Ce dernier semble être dans les vapes, complètement gaga, alors qu’il se prend les joues et regarde au plafond. Il a un sourire béat au visage. Je suis entouré de gens bizarres, ma parole ! Je ne lui donne pas le bon exemple avec ce que je viens de faire à mon frère. Par contre, il faut l’avouer, Seamus l’a bien cherché.

— Excusez-moi, Monsieur Mackenzie, mais vous devez nous suivre, insiste l’un des gardes de sécurité. Nous ne tolérons pas ce genre de comportement à cette soirée.

— Évidemment, mais si j’étais vous, j’expulserais aussi mon nigaud de frère qui est en train de faire un somme.

— Nous comptions vous demander de le transporter en dehors de l’immeuble, en fait, dit l’autre garde de sécurité.

— À quoi vous paie-t-on à part glander ? leur reproche ma sœur. Faites votre travail !

Vexés, les gardes décident de me contourner et ramassent mon frère avant de le traîner en direction de la sortie du très grand bâtiment où a lieu le bal costumé. Je crois que nous n’avons plus rien à faire ici. Je prends donc Noah par la main et tous deux, nous nous dirigeons vers les cabines pour aller nous changer. Cette soirée aurait pu être un moment agréable pour nous, mais Seamus a tout gâché. Comme nous ne pouvons rien résoudre avec lui sauf lorsqu’on en vient aux coups, il est mieux que je m’éclipse avant qu’il ne me vienne l’envie de l’étrangler. Je n’ai pas le désir de finir le reste de mes jours en prison pour fratricide, donc partir est pour moi la meilleure des solutions.

Noah en profite pour jeter un coup d’œil au billet que j’ai offert à ma sœur et formule d’une petite voix :

— Tant que ça !? Oh mon Dieu... Je n’en reviens pas...

— Ouais bah, on s’en sert pour une bonne cause, répond ma sœur avec un large sourire.

— On pourrait payer vingt fois le montant de ma vieille maison avec ça... Oh punaise...

— Euh... Noah, est-ce que ça va ? je formule, inquiet. Tu es tout pâle...

— Ha ha... ha... tout va bien... Tout va... bien...

En fait, tout ne va pas si bien que ça, parce que Noah trébuche et je dois le ramasser à la hâte pour qu’il évite de se cogner au plancher. Je crois qu’il ne s’était pas attendu à ce que je mette un chiffre aussi gros sur le certificat. Je n’ai jamais vu l’intérêt de lui dire combien vaut ma famille, mais il vient de réaliser que mes parents sont en fait des milliardaires. Ce qui fait de moi l’héritier d’une fortune qui ne m’intéresse que pour les œuvres de charité. Et cet argent n’arrête pas de s’accumuler dans nos comptes, car nos investissements dans les compagnies pharmaceutiques et de nombreuses recherches scientifiques ont permis de propulser l’économie de notre pays, au fil des siècles.

— Vous êtes si riches que ça ? me demande Noah, alors qu’il reprend ses esprits.

— Plus qu’on ne le désire, soupire ma sœur. Personne ne devrait avoir autant de pouvoir. Alors, mon frère et moi, on fait de notre mieux pour redonner à la population. Je suis désolé que tu aies assisté à cette dispute entre Rowan et Seamus... Ç’aurait trop été bien de vous voir danser tous les deux dans la grande salle...

— Ce sera pour une autre fois, Nadine, je formule. Désolé d’avoir bousillé nos plans.

Ma sœur nous salue avant de ranger le certificat dans son porte-monnaie et se dirige en direction d’un groupe de jeunes femmes qu’elle a reconnues, comme des amies, j’imagine. Noah et moi, nous arrivons enfin près des cabines pour aller enfiler nos vêtements habituels et je laisse celui-ci aller se changer en premier. Les gardes de sécurité sont de retour au couloir et me guettent comme si je suis un criminel, mais je n’en ai rien à faire de leur jugement. Ils n’ont pas à gérer la jalousie et le mépris d’un membre de leur famille constamment. Il est possible que je sois banni de cet établissement après ce qui vient de se passer, ainsi que mon frère, mais je ne regrette pas mon geste.

Si Noah n’a rien, c’est tout ce qui compte. Il est bien plus important que Seamus ne le sera jamais à mes yeux. Et je suis soulagé qu’il ne m’en veuille pas d’avoir pris sa défense, même si je sais qu’au fond, c’est mal de résoudre mes disputes avec Seamus de cette manière. Heureusement que mes parents n’étaient pas là. Papa devait enseigner ce soir. Quant à Maman, elle devait venir nous retrouver, seulement, elle ne se sentait pas bien. Alors Nadine est venue seule. Enfin, pas si seule que ça, puisque Seamus a décidé de nous suivre...

Je me demande si je ne devrais pas prendre des mesures légales pour que mon frère cesse de venir nous importuner, une bonne fois pour toutes. Je sais qu’avec ce qui s’est passé ce soir, nous n’en avons pas fini avec lui. Je suis désolé de devoir en arriver là, mais il a dépassé les bornes. Il est temps que quelqu’un le punisse pour son mauvais comportement en public. Dès que nous serons arrivés chez moi, Noah et moi, je compte appeler mon avocat et voir ce que nous pouvons faire de tout ça.

Le plus triste, dans toute cette histoire, c’est que je m’imaginais déjà danser avec Noah, dans ces costumes ridicules... Dommage.

💬 Commentaires 0

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
💬

Aucun commentaire pour le moment

Soyez le premier à partager vos impressions !