Nadine, le 24 juin 2026

📖 La Grande Ourse ✍️ TeddieSage 📝 2392 mots

— Dis, Nadine... Ça te dit si je te pose quelques questions ? m’a demandé mon frère alors que je prenais une gorgée de mon thé.

— Eh, pourquoi pas ? je réponds, quelques seconde après.

— Je voulais savoir... Qu’as-tu pensé de Noah lorsque nous sommes tous deux venus dîner à la maison, le week-end dernier ?

— Bah... Il ne cause pas beaucoup. Il était très renfermé. Par contre, j’ai trouvé que son style de vêtements était plutôt cool. Il paraissait soulagé quand il est arrivé et qu’il a réalisé que Seamus n’était pas là. Je ne crois pas que vous auriez eu une bonne visite s’il avait été dans les parages.

— C’est vrai. Mais c’était l’anniversaire de Papa et Maman, et je ne voulais pas venir seul pour célébrer tout ça.

— Noah a quand même été très gentil envers moi lorsqu’il a remarqué que je ne me sentais pas bien, au repas.

— Normal, il est très réceptif à la détresse des autres. Il sait que tu traverses une période difficile, alors il a été prudent dans ses paroles. Je crois qu’il t’aime bien.

— Ah bon ? Tu le connais mieux que moi, après tout. Ce n’est pas évident de vivre avec l’anxiété sociale, en tout cas. Il était si rouge quand Maman lui a fait un compliment sur sa cravate que j’ai cru qu’il allait fondre sur place. C’est à se demander s’il est vraiment journaliste, eux qui ont toujours été très curieux de la fortune de notre famille. Lui, on dirait qu’il est serviable comme un toutou.

— C’est parce qu’il préfère suivre les ordres et les directives plutôt que de faire preuve d’initiative. Il a tellement peur de décevoir les gens qu’il se fige pendant un instant et essaie de régler ses problèmes en ruminant. Il manque cruellement de confiance en lui.

— Je le plains. Je ne sais pas comment je me sentirais si quelqu’un d’autre devait prendre toutes mes décisions à ma place.

— D’un autre côté, depuis que nous sommes passés chez lui l’autre jour, il a commencé à changer... dit mon frère avant de se caresser la barbe. Je t’avais déjà raconté qu’il avait lu une lettre de son père, qui était dans sa capsule temporelle, pas vrai ?

— Oui. Ce pauvre monsieur devait être très gentil... Je regrette que nous n’ayons pas pu connaître la famille de Noah avant. Nous aurions pu organiser une levée de fonds, rien que pour les traitements de son père.

— C’est sûr, mais il avait déjà des organes très fragiles en raison de ses médicaments. Il aurait fallu qu’on lui trouve une autre méthode de soigner son corps, mais il était déjà mourant. Je ne pense pas que nous aurions fait une immense différence dans sa vie. Au moins, cet argent aurait pu servir à d’autres causes.

— Mouais... C’est ironique qu’on en parle maintenant, parce que j’ai été invitée à un bal costumé qui aura lieu en juillet. On se mobilise pour la lutte contre le cancer.

— Hmm, je crois avoir reçu une lettre de ce genre dans tous mes papiers. Donc, c’est un bal costumé ? Ça fait un bail que nous n’avons pas enfilé quoi que ce soit d’extravagant.

— Je sais, Rowan. Mais cette fois, il ne s’agit pas que de simples costumes. Nous devrons nous habiller comme les maisons nobles des bals londoniens de l’époque. Et tu sais à quel point j’adore tout ce qui touche à la mode de cette époque ! J’aimerais trop que tu viennes avec moi, comme la dernière fois.

— Désolé Nadine, mais c’est tout ce que je déteste... La noblesse et tout ça... Je ne crois pas que ce soit une bonne idée que j’y aille... Et, ne fais pas cette tête.

— Quelle tête ? je boude.

— Celle que tu me fais chaque fois que tu n’obtiens pas ce que tu désires, sœurette.

Je ne m’étais pas rendu compte que je fronçais les sourcils. Je vois mon reflet dans le petit rectangle en dessous de la vidéo où apparaît mon frère, puis secoue la tête.

— Ta présence me ferait grandement du bien, là-bas, Rowan. Noah peut venir si tu ne veux pas venir tout seul. On a le droit d’inviter quelqu’un de notre choix. Je pensais emmener Maman avec moi... Comme ça, vous pourriez passer un peu plus de temps, loin de Seamus. Lui, il ne veut rien savoir de tout ça et s’est toujours fiché des personnes en difficulté. Quant à Papa, il doit donner des cours du soir, alors...

— Je vais devoir y réfléchir, dans ce cas. Il faut bien que notre fortune serve à quelque chose. Il faudra que je voie ce qu’il y a à mon agenda et je te reviendrai là-dessus.

— Merci, Rowan... Il faut trop que je me change les idées... Avec Kevin qui a essayé de me contacter l’autre jour, je suis à deux doigts de péter un câble dans ma chambre.

— Je comprends, mais le truc c’est qu’on n’a pas de costumes, Noah et moi...

— Ça ne fait rien. Ils ont des tonnes de fringues qu’on pourra choisir sur place. On trouvera bien quelque chose à ta taille !

Rowan me fait une grimace pour démontrer qu’il est peu impressionné. Le pauvre, il galère beaucoup à se trouver des vêtements, lui qui est si grand et euh... si gros. D’ailleurs, depuis quelques mois, je trouve qu’il est un peu plus enveloppé qu’avant. Je me demande bien pourquoi, lui qui essaie souvent de perdre quelques kilos. Il vaut mieux que je n’aille plus loin avec mon commentaire précédent, je n’ai pas envie de l’offenser. 

Il prend une grande respiration et se racle la gorge.

— Sinon, y a-t-il autre chose que te chicote sur Noah ? me demande-t-il. Je sais que tu étais très curieuse lorsque tu lui as posé des questions, l’autre jour.

— Ouais, bah... C’est ton nouveau mec, c’est normal que je sois curieuse.

— Mm hmm. Je peux te répondre sur ce que je sais, mais rien qui ne soit compliqué.

— Dans ce cas, je me demandais : quels sont ses passe-temps ? Il a l’air de quelqu’un qui aime les trucs tranquilles... Je me trompe ?

— Pas du tout. Il lit beaucoup et écrit des articles pour sa gazette à l’avance. Sinon il aime bien visionner des films ou des séries avec moi. Ces derniers jours, il a commencé à me dire qu’il aimerait se mettre au jardinage, afin de renouer un peu avec son passé. Il paraît que sa mère et lui avaient un petit jardin rien qu’à eux, à sa ferme. Ils ont arrêté de l’entretenir lorsque Matthew, son père, est décédé.

— Oh, c’est triste.

— Bah, Noah n’habitait plus à la ferme non plus depuis longtemps donc il m’a dit qu’il n’avait plus le temps pour penser à tout ça.

— Il ne fait rien de social, dans ce cas ? je demande, intriguée.

— À part le travail, rien ne me vient à l’esprit. Et maintenant que j’y pense, est-ce que ce serait une bonne idée de l’emmener avec moi au bal ? Lui qui est si timide ?

Rowan a soudain l’air contrarié et pose une main sur sa bouche, penchant la tête un peu devant lui pour réfléchir. Je peux l’entendre marmonner quelque chose au micro, mais rien que je ne puisse comprendre.

— Je pourrai m’arranger pour qu’on ait accès à une salle plus tranquille, pour lui, s’il vient avec nous, je lui dis. J’ai plus d’un tour dans mon sac, tu le sais bien. Je sais jouer de mes charmes quand je désire obtenir quelque chose.

Rowan s’esclaffe avant de me répondre :

— Certes, mais ce n’est pas ça qui me contrarie. Presque tout le monde dans ce milieu nous connaît. Et il y a souvent des reporters sur place lorsqu’un tel événement se produit. Si ça se trouve, son patron va lui demander d’interagir avec les gens sur place, lui qui a horreur de faire des entrevues. Il déteste aussi qu’on lui braque une caméra dessus. La dernière fois que j’ai voulu prendre un selfie de nous, il était si timide qu’il est devenu larmoyant...

Là, c’est à mon tour de rire un peu, mais surtout par compassion.

— Oh, c’est chou. Il est quand même adorable, Noah, je déclare. J’ai bien vu qu’il t’adore et qu’il se sent bien à tes côtés. J’ai trouvé ça trognon quand tu l’as enlacé devant Maman et moi. Ça m’a trop rappelé l’époque où...

— Ouais... C’était le bon temps...

— Oh, Ro’... Je suis désolée. Je sais à quel point Tom te manque. Il me manque à moi aussi. C’était quand même notre ami...

— Ne t’en fais pas. Je sais que peu importe où il se trouve, il veille sur nous. J’aime prétendre qu’il a fait la rencontre de Monsieur Matthew, quelque part... Et celle de notre oncle Earl, notre cousin David, notre grand-tante Beth, et plus encore...

— Ça en fait beaucoup, des gens qui nous ont quittés...

— C’est vrai. Mais nous finissons toujours par nous relever malgré ces pertes.

Rowan a toujours su se montrer réconfortant, même dans nos moments les plus tristes. Je sais qu’il fait tout pour être un pilier pour nous, ses proches, quand il sait qu’on a besoin de son aide. Mais des fois, j’aimerais qu’il ait lui aussi son propre pilier. J’espère que Noah pourra remplir ce rôle pour lui. Mon frère passe à travers beaucoup de chagrin, même s’il le cache derrière un sourire rassurant et des remarques sarcastiques.

Je ne sais pas ce que je deviendrais sans lui. C’est un peu comme mon étoile du Nord, Polaris, quand je me sens perdue. Ma boussole humaine... Au moins, je semble avoir germé une nouvelle idée dans la tête de mon frère. Ce serait trop bien s’il venait avec moi au bal de charité. Qui sait ? Peut-être que Noah apprécierait l’expérience lui aussi ? Je me demande s’il sait danser...

— Sinon, Rowan, que penses-tu de Noah, maintenant que tu es avec lui depuis des mois ?

Il cligne les yeux bêtement avant de répondre :

— Euh... Il me rappelle un peu comment Tommy était avec nous, mais je vois bien qu’ils sont différents. Il est sympathique avec moi et toujours très attentionné. Il adore préparer des pancakes au point que ça en frôle l’obsession, mais je sais que c’est une tradition que lui a transmise son père. Et euh... pour être franc avec toi, elles sont délicieuses. Des fois, je me demande pourquoi il est devenu journaliste s’il ne s’y sent pas bien. C’est un truc que j’aimerais explorer avec lui, dans les prochains mois. Je sens qu’il serait plus heureux ailleurs. Je me trompe peut-être, mais c’est l’impression qu’il me donne.

— Il serait peut-être un peu plus à son aise avec un métier qui ne lui demande pas d’interagir trop avec les gens, si ça se trouve. Il serait plus calme comme ça. J’ai des amis qui préfèrent bosser dans des entrepôts ou dans les champs des fermes, puisque c’est beaucoup plus tranquille pour eux. Il faut qu’ils soient en forme, par contre...

— Je crois que nous sommes sur une bonne piste avec le jardinage. Je fais souvent des commandes aux fermes de la région pour notre resto. J’ai toujours voulu ajouter un jardin au toit de la Grande Ourse, pour y cultiver nos propres récoltes, mais c’est un truc qui prendrait du temps à réaliser. Et de la main-d’œuvre pour l’entretenir... Euh... Minute... Toi, tu viens de me donner une idée...

Je hausse un sourcil, mais avant que je puisse lui dire quoi que ce soit, il continue :

— Nadine, je te parlerai de tout ça plus tard. Je dois me déconnecter pour le moment. À bientôt.

— Euh... à bientôt ?

Il hoche la tête et ferme notre vidéoconférence. Abasourdie, je me frotte les tempes. J’ignore pourquoi, mais chaque fois que nous nous parlons, on dirait que je lui inspire de drôles d’idées. Il faut croire que j’ai cet effet sur les gens parce qu’il n’est pas le seul qui réagisse ainsi avec moi. Après tout, je suis une fille qui a plein d’idées, tout comme mon frère. Et lui, c’est un débrouillard. Quand il a une idée derrière la tête, rien ne peut l’arrêter.

Sinon, je suis heureuse que nous ayons eu cette conversation. J’espère quand même qu’on ira tous ensemble au bal costumé. J’ai toujours aimé les soirées de danse, les belles robes, les banquets... tous les petits moments romantiques entre les hommes et les dames de ces soirées...

Peut-être que j’y rencontrerais quelqu’un ? Ce serait trop sympa... Après ma rupture avec Kevin, je le mérite bien. Oh, j’ai trop hâte !

Maintenant, je vous prie de m’excuser, car je crois que je vais aller recommencer à visionner la série de La Chronique des Bridgerton.

Aaaah ! Je suis toute excitée !

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