Freddie, le 18 septembre 2026

📖 La Grande Ourse ✍️ TeddieSage 📝 3923 mots

Toi aussi beauté, j’t’adore.

Aussitôt ai-je mis fin à la communication audio avec Rowan, j’essuie quelques larmes. Je le vois bien qu’il ne me voit pas autrement qu’en rôle fraternel. Mais il est bien plus qu’un frère à mes yeux… Il est l’homme auquel j’ai un jour rêvé de ressembler, psychologiquement. 

Hélas, c’est un échec.

J’ai réalisé que trop tard que mon genre était fluide. Je suis né assigné homme, mais j’ai aussi un côté féminin. Pour moi, mon identité ne se limite pas à ce qu’il y a entre mes deux jambes. En moi déborde une énergie dont le genre est fluide, qui m’a influencé dans mes nombreux choix vestimentaires depuis plusieurs années, comme dans ce besoin de modifier le reste de mon corps afin que je m’y sente un peu plus à mon aise. En gros, je suis comme une œuvre d’art en constante évolution — même si je suis loin d’être comme ses jolies statues que l’ont retrouvent dans les musées.

Tous les pronoms me conviennent, tant que ça vienne avec amour et non avec haine. Je suis une créature complexe qui ne cesse d’évoluer vers des terrains inconnus. Par moments je me réveille et je me sens un peu plus masculin que féminin. D’autres fois, c’est l’inverse. J’ai parfois cette impression de vivre plusieurs vies et je me sens tiraillé(e) de tous les côtés. Aujourd’hui, par exemple, j’ai choisi de m’affirmer comme un homme en discutant avec Rowan et mes autres joueurs. Mais plus tôt dans la journée, j’étais un peu plus féminine avec Noah lorsqu’il m’a passé un coup de fil.

Je ne saurais comment expliquer autrement, mais mon cerveau me fait passer à travers de nombreuses émotions. C’est une énergie en moi, qui change constamment. Une autre personne dont le genre est fluide aurait sûrement une façon de différente de décrire ce que je ressens, mais c’est pour moi la meilleure manière que j’ai pu expliquer qui je suis réellement à mon psychologue.

Quand j’étais qu’un simple petit garçon sans défense, j’ai détesté comment mon père essayait de me modeler comme l’ombre de ce qu’il était. Je voulais ressembler un peu plus à ma mère ; plus douce, aucunement violente, élégante. Rowan a toujours été mon modèle de masculinité positive en grandissant. Il a toujours été là pour moi, d’aussi loin que je m’en souvienne. C’était mon héro. Je suis follement amoureux(se) de lui… mais je constate que j’ai aussi développé des sentiments pour Noah, ces dernières années. Tous deux me font me sentir comme une personne qui mérite d’être aimé… Et je ne souhaite pas gâcher ce qu’il y a entre nous. Je ne souhaite pas perdre leur amitié. Je les aime tant…

Mais bon, Noah comme Rowan sont homosexuels. Jamais je ne pourrais m’imaginer les forcer à aimer quelqu’un qui est dans le spectre de la non-binarité, comme moi. Je suis trop extravagant(e) pour eux de toute façon. Noah est le seul qui sache que je fasse du contenu semi-érotique en ligne sur des plateformes justement érotiques. Ça, c’est un truc que je n’ai jamais avoué à Rowan. J’ai trop peur qu’il me prenne pour un(e) accro du sexe. Mais bon, je ne suis pas assez courageux(se) pour dévoiler mes bijoux de famille à mon public. Je ne montre que le reste de mon corps lorsque je fais du strip tease avec tous mes accessoires. Donc oui… je fais du contenu pseudo-érotique et j’admet que ça me fait me sentir bien.

Je ne montre pas mon visage à mon public, mais une bonne partie de mes abonnés viennent du site pour adultes que Noah m’a un jour montré. Jamais je n’ai reçu autant de compliments de la gent masculine avant d’être si bien accueilli(e) parmi eux. Même quelques personnes non-binaires se sont tissés des liens d’amitié avec moi. Toutefois, mon travail principal demeure celui de Maître du Jeu, pour des campagnes de Donjons et Dragons. J’ai un peu touché à Pathfinder, et récemment à Daggerheart, mais je préfère de loin le bon vieux D&D.

Rowan ne sait rien de mon côté… de mystérieux(se) sauvageon(ne) sur le net. Je suis le/la renard(e) voluptueux(se) aux nombreux costumes gothiques, steampunk et fantaisistes à souhait, qui se donne en spectacle devant des milliers d’individus tout aussi passionnés par le corps humain que je ne le suis. En ligne, je me sens comme une entité belle et séduisante. Je me sens libre d’être qui je suis… et Noah est l’un de mes plus grandes source de support moral.

Il m’a souvent fait plusieurs dons au fil des dernières années pour que je puisse me nourrir et vivre de ma passion qu’est le jeu de rôle. Je savais qu’il était endetté, donc je lui demandais toujours poliment de ne pas trop dépenser sur moi. Je me suis toujours senti(e) coupable chaque fois qu’il me mentionnait comment la banque n’arrêtait pas de lui foutre une pression énorme sur les épaules. Au moins, j’ai récemment appris que Rowan lui est venu en aide… Oh Rowan… un vrai gentleman. Toujours prêt à aider son prochain…

En fait, la seule raison pour laquelle j’ai eu beaucoup de difficulté à me faire de l’argent, au départ, c’était parce que mon père m’a déshérité. Je n’ai plus un seul centime de notre fortune familiale car ce rat, avec qui je partage mon ADN, me rejette. Il dit que je ne suis plus son fils. Ce qui me convient parfaitement, car je ne serai plus jamais cette chose horrible qu’il a essayé de faire de moi ! Ce fut un mal pour un bien, toutefois, car cela m’a permis à devenir plus indépendant(e) et à survivre par mes propres moyens. Alors, Noah a été celui qui m’a donné le meilleur des coups de pouces. Si je suis aujourd’hui capable de vivre seul(e)  dans cet appartement, c’est parce que j’ai un revenu assez stable pour le faire. 

Les parents de Rowan ne sont pas trop avares avec les coûts de ce bloc. C’est pour cette raison qu’ils ont si bonne réputation avec les montréalais*, puisque les blocs appartements leur appartiennent, dans ce quartier. Bon... c’est sûr que le coût de la vie est très élevée dans notre ville, mais je ne pouvais pas trouver de meilleure offre pour ma demeure.

J’essuie les larmes de mon visage. J’ai assez pleuré pour tout une vie. Pas besoin d’en rajouter avec mes émotions si complexes pour Noah et Rowan.

Je ferme les yeux et me croise les bras, ressentant la dentelle qui me recouvre les bras. Il s’agit du même ensemble que j’ai porté l’autre jour, quand j’ai accueilli Noah dans mon appartement pour la première fois. Nous ne nous étions pas vus depuis notre adolescence. Il a été drôlement surpris de voir à quel point j’étais beaucoup plus différent(e) en personne qu’à la caméra.

Enfin, je peux voir ton visage, Freddie… m’a-t-il dit, le regard larmoyant.

Noah… Pourquoi fallait-il que ce soit toi… ?

J’ai pleuré si fort que nous avons dû retourner à l’intérieur de mon appartement et il a refermé la porte derrière lui avant de me mener dans mon salon où nous nous sommes installés sur mon divan. Je venais de comprendre que mon cher Noah était en fait le petit loup de mon nounours au cœur d’or, Rowan. 

J’avais envie de le haïr et pourtant, je ne le peux pas. Car Noah est très important à mes yeux. 

Aussi important que Rowan ne l’a jamais été.

Tu es aussi mignonne que dans tous mes souvenirs ! m’a dit Noah.

Arrête, mon maquillage est tout bousillé… ai-je répondu avant de me moucher dans un Kleenex qu’il venait de me passer. Je ne suis pas du tout présentable… Je suis monstrueux !

Mais non, Freddie. Tu es magnifique… Je suis trop heureux d’enfin pouvoir rencontrer cette personne que j’ai vu briller sur le net durant tout ce temps. Ce n’est pas un monstre que je vois à côté de moi. C’est une belle personne. Et toi, tu es adorable, peu importe comment tu t’identifies.

Fais chier… je ne voulais pas que nos retrouvailles se passent comme ça… Je voulais être digne de tous ces moments passés sur le web, où tu m’as encouragé lorsque j’étais à mon plus bas. T’as été si important pour moi après m’être fait rejeté par mon père que j’avais trop peur de ne pas y arriver… Je... Oh… Oh merde…

Je me suis tapé le front et j’ai lâché un autre juron.

Pourquoi paniques-tu ? m’a-t-il demandé, confus.

Comment je fais pour expliquer tout ça à Rowan ?! Comment je fais pour lui dire que l’image qu’il s’est fait de moi durant toutes ces années était fausse ? Salut Rowan, je suis folle ! 

Freddie, Rowan n’est pas du genre à juger les gens comme toi. Et tu n’es pas folle, alors arrête de te rabaisser. Comme tu le sais déjà, il y a eu quelques personnes trans et non-binaires qui sont venus au resto, ces derniers mois. Rowan et ses employés les ont tous bien accueillis.

Je sais… Je sais… Ce n’est pas dans sa nature d’être cruel envers les personnes trans. Je le sais parce que nous avions un ami trans quand nous étions à l’académie. C’était un garçon… Au départ, il croyait être une fille, mais il s’est vite rendu compte qu’il avait besoin d’être reconnu comme un garçon… Rowan l’a tout de suite accepté comme ami. Il a toujours été très gentil…

Bah, tu vois ? Je ne vois pas pourquoi tu devrais avoir peur, dans ce cas.

Noah, tu ignores à quel point j’ai changé en dix ans. Je ne suis plus le même type que j’étais à l’académie, où je me sentais trop à l’étroit. Je ne plus ce type qui se faisait traiter de tous les noms par les homophobes de cette fichue ville… Je suis… Je suis…

Je n’ai pas réussi à trouver les mots pour me décrire. Noah s’est contenté de me prendre la main, un peu comme pour me consoler et me rassurer.

Tu es une force de la nature, m’a-t-il tout simplement dit. Et je suis heureux que tu sois encore parmi nous pour nous raconter ton histoire…

Arrête, tu vas me faire chialer, ai-je répondu avant de me remettre à sangloter de plus belle. Noaaaaaaah… t’es chiaaaaaant…

Ton maquillage est déjà fichu de toute façon, ma belle. Allez, vient me faire un câlin !

Il s’est approché de moi et m’a enlacé avant que j’accepte timidement de l’enlacer à mon tour. J’ai rougi à travers les larmes. Il a appuyé sa tête contre mon épaule et m’a laissé pleurer toutes les larmes de mon corps.

J’te mérite pas, Noah, ai-je râlé. Je n’arrête pas de te causer plein de soucis à cause de mes états d’âmes. Tu mérites mieux comme ami…

Mais non, arrête de dire des conneries. T’es l’une des personnes qui m’a le plus soutenu après que mon père est mort. Donc je te défends de me dire que tu ne me mérites pas. T’as été mon roc et j’ai été le tiens. Et il n’y a aucune raison pour que ça cesse. Je ne te laisserai jamais tomber, Freddie… Jamais.

Nan, mais, j’vais finir par déshydrater, moi !

Je chasse ces souvenirs récents de ma tête et esquisse un sourire. Il n’y a que Noah pour me faire vivre autant d’émotions en l’espace de quelques minutes. Même aujourd’hui, nous avons papoté au téléphone, alors qu’il jardinait sur le toit du resto de la Grande Ourse.

Il était en train de nourrir une maman pigeon, apparemment. Et cette maman pigeon serait une adversaire coriace de notre cher Rowan. J’ignore pourquoi, mais il semblerait qu’elle le prenne pour son ennemi juré. Je n’aimerais pas être à sa place… Noah l’a même surnommé Édith. Édith… Il n’a quand même pas nommé cet oiseau comme ça à cause d’Édith Piaf !? En même temps… ça ne m’étonnerait pas de Noah… Lui et son humour absurde. Il aurait dû étudier à l’École de l’Humour.

Je me sens beaucoup mieux maintenant que j’ai versé quelques larmes. Rowan n’a pas encore besoin de savoir tout ce que je fais dans ma nouvelle vie. De toute façon, je ne me sens pas prêt(e) émotionnellement parlant. Mais je dois admettre que je me sens mal de demander à Noah de garder ce secret pour nous, encore quelque temps. Du moins, jusqu’à je sois celui ou celle qui fasse les premiers pas. J’ai trop la trouille, en vrai.

Je me souviens de la phrase exacte que j’ai dite à Noah, lundi dernier. Une phrase que j’avais déjà lue quelque part sur le net. Si la vérité détruit quelqu’un, est-ce que mentir devient moral ? D’un côté, j’ai peur de gâcher tout ce qu’il y a entre Rowan et moi. Et je ne veux pas qu’il pense que j’essaie de lui voler Noah… ou que Noah pense que je sois là pour me mettre dans leur chemin. Non… Je ne peux pas me permettre de m’immiscer comme ça dans leur vie amoureuse. Ils sont bien trop importants pour moi. Mais je ne crois pas que je serai un jour en mesure de leur avouer mes sentiments les plus profonds. Même si Noah sait déjà comment j’aime Rowan…

Oulalah, Freddie, du calme ma fofolle… Tout ira bien… Tout ira bien… Respire un grand coup… Rowan ne te fera pas de mal… Noah ne t’abandonnera pas… Tout ira bien… Oh purée… 

Pourquoi fallait-il que je développe ces sentiments si étranges pour deux hommes qui feraient tout pour me rendre heureux(se) ?! Je sais exactement ce qui est en train de se passer avec moi : je suis en train de perdre la tête… C’est ça… Ou bien… Minute… Il y a ce mot qui me vient à l’esprit : polyamoureux(se)… Serait-ce ce que je suis, dans le fond ? Quelqu’un qui est capable d’aimer plusieurs personnes en même temps ? La monogamie, j’ai déjà essayé et ça ne m’a donné rien d’autre que des mecs qui ne me respectaient pas.

Être polyamoureux(se), c’est un mode de vie plus complexe d’après ce qu’on dit. Mais ça demande beaucoup de dialogues avec ses nombreux partenaires et il faut se donner à fond dans ces relations… Et ce ne sont pas tous les membres d’un même polycule qui s’aiment de la même façon.

J’ai connu des gens comme ça, sur le net. Certains qui vivaient ensemble. Des groupes de trois ou quatre personne qui vivaient sous le même toit, mais il y en avait aussi qui ne partageaient pas leurs vies communes, alors ils avaient leurs propres bulles de relations ici et là. Je n’arrête pas d’imaginer comment ce serait de vivre avec deux hommes ou trois hommes qui m’aimeraient tel que je suis et qui seraient aussi amoureux l’un de l’autre… Ce serait trop bieeeeeeeeen ! Oh… Oups… Me voilà qui bave sur ma blouse… Je suis con(ne) !

Mouais… décidément, Rowan ignore à quel point j’aime les hommes… Un peu trop même… Foutue bave, je vais devoir nettoyer ma blouse, maintenant. À condition de frotter bien fort... 

Je jette un coup d’œil du côté de mon écran d’ordinateur où se trouve encore l’écran où nous avons laissé la campagne du groupe de Rowan, une campagne que j’ai inventée de toute pièce avec les règles de la cinquième édition de Donjons et Dragons. C’est l’une de mes plus grandes réussites et j’ai eu beaucoup de plaisir à développer les nouveaux PNJs que j’ai dessiné moi-même, durant ces dernières semaines. Pour les jetons des personnages, j’ai engagé un graphiste qui me les a préparés pour une somme raisonnable. C’est le même graphiste qui le fait pour tous mes joueurs.

Je dois préparer la prochaine session qui aura lieu dans deux semaines, mais demain, je dois déjà jouer avec deux autres groupes. Je n’ai pas sommeil pour le moment, mais je sais que je vais devoir aller me coucher bientôt si je veux être au meilleur de ma forme — surtout lorsque je m’attaquerais aux autres scénarios. Heureusement pour moi, nos parties sont des sessions privées. Je ne filme rien et je ne stream rien, contrairement à d’autres créateurs de contenus. Heureusement, parce que j’ai déjà des vidéos de mes activités lubriques qui circulent sur le net. Toutefois, au point où j’en suis, je n’ai plus vraiment besoin de vendre mon corps comme je le fais à des étrangers du web. Je peux très bien survivre avec ce que je fais en tant que MJ. Seulement, j’aime bien l’adrénaline que je ressens lorsque je performe devant la caméra… habillé(e) en drag queen renard(e) sexy... Grrr !

Dans le fond… si je fais tout ça, c’est un peu aussi pour me sentir accepté(e). J’aime me sentir désiré(e). J’aime qu’on me perçoive comme une belle personne. Ce corps, j’ai dû apprendre à vivre avec. Je n’ai pas été très gentil(le) avec lui, mais il est désormais modelé à mon image changeante. Que je sois rond(e) ou pas, grand(e) et imposant(e) ne change pas le fait que je me sente mieux dans ma peau que je l’étais, beaucoup plus jeune.

Mon seul problème à présent est que j’ai trop honte de sortir de chez moi et de me manifester comme tel aux étrangers… De manière tout public, évidemment… Je suis un vrai paradoxe ambulant, maintenant que j’y pense. Très à l’aise de me mettre presque entièrement nu(e) pour des vidéo pour adultes, mais trop timide pour me montrer dans des vêtements très féminins dans la vie de tous les jours. Mon père ferait un infarctus en me voyant… ce serait tant mieux pour lui… Cet imbécile ne m’a jamais respecté et il ne me respectera jamais… Mais savoir qu’il crèverait littéralement de honte en me voyant au sommet de ma gloire, me ferait beaucoup de bien…

Dis plutôt que tu n’as pas envie que Rowan te prenne pour un(e) gros(se) cochon(ne).

Je tremble et me prend les joues, embarassé(e) par mes propres pensées. 

Mais... minute... Je SUIS un(e) gros(se) cochon(ne) !

Noah a raison pourtant, Rowan n’est pas du genre à juger les gens pour leurs modes de vies tant et aussi longtemps qu’ils ne font de mal à personne. Mais je… J’ai tellement peur de le décevoir lorsqu’il réalisera enfin qu’il a été ami avec un(e) trouillard(e) incapable de lui dévoiler sa véritable nature durant tout ce temps. J’en ai marre de lui mentir sans cesse… Ou plutôt, d’éviter de lui dire franchement que je l’aime et que je ne suis plus ce mec faible et pathétique qui se laissait se faire battre par son père… Non… Je suis… Je suis enfin moi-même.

Ça, c’est que tu essayes de te convaincre, me murmure encore la petite voix dans ma tête. Mais tu le sais aussi bien que moi que tu te sens perdu(e). Tu ne fais qu’improviser chaque jour et vivre selon tes convictions. Si ce n’était pas de ton emploi du temps si chargé et du support de tes amis, tu n’existerais pas au sens propre. Tu serais isolé(e) de tous, encerclé(e) par ces murs dont tu ne te sépares jamais. Pauvre, pauvre Freddie… tu te cherches encore…

Et qu’est-ce que ça change si je me cherche encore !? Ce n’est pas comme si on m’avait donné un mode d’emploi pour mon propre corps à ma naissance. Un guide qui m’aurait expliqué pourquoi je suis comme je suis et pourquoi mon âme n’est pas celle de l’homme que j’aurais dû être, selon mon père ! Et nos cours d’éducation sexuelle à l’académie n’étaient pas si inclusifs que ça pour les personnes trans, comme moi. Ils étaient surtout adaptés pour les personnes cisgenres et hétérosexuelles. L’identité du genre, c’était pas au programme…

En vrai, tout ça me fatigue. Cette lutte constante entre mon corps et cette petite voix dans ma tête qui me fait douter de moi-même. 

Il est temps pour moi d’aller dormir. Cette journée m’a bel et bien assommé. Je parlerais de tout ça à mon thérapeute lors de notre prochain rendez-vous. Je crois bien qu’il sera intéressé d’apprendre que j’ai l’intention de me dévoiler à Rowan, tel que je suis. Et j’ai hâte de lui dire à quel point la présence de Noah, m’a fait beaucoup de bien. Une vraie connexion avec un ami de longue date… Un contact physique avec quelqu’un d’autre que ma mère ou les livreurs… Ça m’a tellement manqué d’être enlacé par quelqu’un d’autre que Maman…

Eh merde… il faudrait que je songe à faire un peu le ménage de mon appartement lorsque je me réveillerai au matin. J’ai laissé traîner un peu trop de trucs ces derniers jours, tant j’ai été occupé(e) par le travail et mes conversations avec mes clients, ainsi que Noah. J’ai du linge qui m’attends dans la machine à laver depuis plus de vingt-quatre heures déjà, mais je suis trop crevé(e) pour aller le mettre à sécher dans ma salle de bain. Il doit être tout frippé… Mais je n’ai pas le temps d’y penser, car cette journée m’a achevé. Je sortirai le fer à repasser demain, s’il le faut. Je n’aime pas trop faire du repassage...

Et dire qu’il y a un certain temps, j’avais envie de m’adopter un animal de compagnie… C’est permis dans ce bloc appartement, mais je n’aurais jamais le temps, ni l’énergie pour m’occuper de la moindre petite bête. C’est à peine si j’arrive à avoir du temps libre pour moi avec mes nombreuses activités du web. C’est pour cette raison que je devrais prendre des vacances d’ici peu. J’ai besoin d’une pause, c’est clair. Et durant cette pause, j’en profiterai pour aller faire des courses et peut-être aller boire un café avec Noah, quelque part…

Mais pour faire tout ça, je vais devoir sortir de chez moi… habillé comme… un homme ordinaire. Et je suis tout, sauf un homme ordinaire… J’aime mettre du maquillage et porter des robes, mais j’aime aussi me laisser pousser la barbe… 

Courage Freddie, ce n’est que pour quelques heures…

Sur ces pensées, je me lève et baille. Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, mais je suis excité(e) à l’idée d’enfin présenter la nouvelle version de moi-même à Rowan. Et j’ose espérer que je trouverai aussi le courage de lui dire à quel point je l’aime… Je lui dois bien ça… après tout ce qu’il a fait pour moi…

___
* Juste pour vous rappeler qu’il s’agit d’un Montréal fictif. Les coûts des appartements sont exorbitants partout dans notre réalité. Pour le besoin de cette histoire, j’ai décidé de faire des choix purement artistique qui ne concerne que la famille Mackenzie — 100% fictive.

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