Rowan, le 23 janvier 2026
Je suis gros. Ce n’est pas une insulte, mais un fait. Voilà depuis quelque jours que je fréquente Noah, mon beau petit loup, et nous sortons d’un rendez-vous galant au cinéma. J’ai passé un agréable moment avec lui et nous nous sommes même embrassés au milieu du film. À vrai dire, j’ai peu visionné le film tellement j’étais concentré sur nos différences. Il est plus petit, mince, un peu musclé, donc il doit s’entraîner. Ses mignons yeux verts sont plus clairs que les miens et j’adore comment ils sont expressifs lorsqu’ils me regardent. Il me fait fondre, c’est pas croyable…
On dirait qu’il a une belle gueule d’ange, comme dirait Stacy, mon assistante gérante. Et, lorsqu’il me sourit, mon cœur fait un grand bond dans ma poitrine. J’ai l’air d’un gros géant à côté de lui, et lui, d’un mini cure-dent. Mais j’aime bien ce contraste.
— Savais-tu que t’es tout mignon ? me Noah alors qu’il lève la tête dans ma direction, alors que nous marchons le long du trottoir.
— Enfin, c’est subjectif tout ça…
Tu devrais accepter ce compliment, Rowan. On ne te fait pas ce genre de compliment au quotidien. Noah roule des yeux et appuie sa tête contre ma poitrine, qui m’a souvent gênée par le passé, comme elle est grosse. Mais il ne se cache pas qu’il apprécie les ours (ou bears), une sous-culture gay dont je fais partie.
Même à vingt-six ans, j’ai de la difficulté à oublier les insultes et le harcèlement scolaire. Je crois que j’ai toujours été enveloppé, mais ça s’est empiré à l’âge adulte parce que je travaille comme propriétaire dans un resto-bar. Je dois fréquemment goûter aux recettes du jour et je passe presque toutes mes journées là-bas, alors j’ai généralement une frite sous la dent. Oups.
— Merci pour le compliment, je formule, timidement.
— Ça fait plaisir, me dit-il avant de retourner son attention vers son soda qu’il a à peine touché durant le film comme nous étions concentrés à nous dévorer des yeux.
C’est marrant de voir à quel point il est gaga quand il me voit. On dirait qu’il est enivré à l’idée que je l’enlace ainsi d’un bras, depuis que nous sommes sortis du bâtiment. À vrai dire, j’aime beaucoup me sentir en charge de cette relation toute naissante. J’adore me sentir important aux yeux de cet homme que j’apprends graduellement à découvrir. Il me rappelle Tommy... Tous deux apprécient l’art du flirt. Et, Noah est, comme Tommy l’était, un peu gêné en public. Sauf que Tommy était moins expressif que lui.
Il me manque chaque jour et j’ai fait beaucoup de thérapie pour m’en remettre. Cependant, cette nouvelle histoire entre Noah et moi : j’espère qu’elle me permettra d’enfin tourner la page sur cette tragédie qui a marqué ma vie. Parce que oui, je crois que la mort de Tommy a souvent influencé ma relation avec la bouffe.
— Dis, Rowan ? me demande alors Noah qui lève à nouveau la tête vers moi.
— Qu’y a-t-il, mon petit loup ?
— Ça te dirait de manger des pancakes… ? Je meurs de faim.
— Des crêpes, à vingt heures ?
— Bah, ouais ? Ça ne t’est jamais arrivé d’avoir des fringales nocturnes ?
— Pas tellement, je lui mens en essayant d’oublier les nombreuses fois où j’ai vidé le frigo dans mon appartement pour noyer mon chagrin d’amour.
— Mm hmm, me répond-il en fronçant des sourcils. Et, moi, je suis la Vierge Marie.
Je m’esclaffe. Plus nous nous fréquentons, plus je découvre que j’apprécie son sarcasme. Il aime me taquiner, un peu comme le fait Stacy quand nous avons de longues pauses entre nos clients du resto-bar. Toutefois, lorsque nous sommes entourés par d’autres personnes, c’est comme s’il se refermait sur lui-même et avait peur de s’exprimer. Je crois que ma présence lui permet de sortir de sa coquille plus facilement. Il doit se sentir en sécurité, je suppose. Je suis franc avec lui sur à peu près tout, sauf mon tour de taille. Il sait que c’est ma faiblesse.
— Tu sais que je ne te juge pas, hein Rowan ? me dit-il.
— Je sais. Mais disons que ce n’est pas commun que les mecs qui circulent dans notre quartier gay, viennent directement à mon resto pour me faire la cour. Tu dois être le premier homme après Tommy qui ait ressenti pour moi... depuis longtemps, à vrai dire. J’ignore comment te l’expliquer, mais on dirait que ta présence a réparé quelque chose que j’ai longtemps cru brisé en moi. L’espoir de retrouver un compagnon, je crois.
— Bah, moi, j’aime bien les hommes plus grands qui ont beaucoup d’assurance et euh... tu sais déjà que tes formes me donnent des idées un peu fofolles…
Il me fait une expression perverse et commence à ricaner comme un gamin. Ça par contre, je ne crois pas que Tommy aurait été capable de l’avouer si ouvertement, même si je savais qu’il me trouvait attirant. C’était réciproque.
Noah et moi, nous n’avons encore rien fait au lit. Même si ce n’est pas l’envie qui me manque. Nous avons pris la décision d’attendre un peu. Je crois que faire perdurer nos premiers rendez-vous, apprendre à se connaître, c’est plus romantique que de coucher avec le premier inconnu qui nous passera sous la main.
— Grrrr… tu me donnes trop envie, à vrai dire ! ronchonne-t-il avant de poser son menton tout au-dessus de mon bedon, pour m’enlacer avec son bras libre.
— C’est signe que ça fonctionne bien entre nous, pas vrai ?
— Tu me donnes presque envie d’abandonner l’idée des pancakes… Mais j’ai trop faaaaaim. As-tu des trucs pour préparer tout ça, à ton resto ?
— Euh, ouais ? Pourquoi ?
— Alors est-ce qu’on peut aller cuisiner tout ça là bas ?
— Euh, c’est que… c’est pour les clients et euh… Je…
— J’ai de quoi payer, insiste-t-il avant de sortir de sa poche son smartphone auquel il me montre sa carte de crédit. T’inquiète pas, je suis bien payé même si je suis journaliste. De la farine, ça se remplace facilement !
Eh bah ! Je ne peux pas m’empêcher de sourire. On dirait qu’il a toujours une solution à tout, quand il est question de pancakes ou de pain perdu. J’ai vite compris que, pour lui, c’est la manière la plus commune d’exprimer son affection. Il me l’a fait comprendre rapidement lors de nos premiers rencards. Il m’en a fait quelques fois ces derniers jours, quand il vient chez moi durant la matinée ou bien, il m’apporte des restes lorsqu’il est pressé. Bref, il ne se passe pas une journée sans que nous nous parlions.
Et, à force de manger des pancakes, je sens que mon tour de taille va augmenter encore… et encore… et encore. Mais, je n’arrive pas à lui dire non lorsqu’il m’en suggère. C’est qu’ils sont délicieux, à vrai dire ! Alors, je n’ai pas envie de le décevoir.
— Okay, je déclare. Allons préparer des pancakes.
— Youpiiiiii ! couine celui-ci, comme un gamin.
Je lui donne une bise sur la tête et il sautille de joie, comme s’il était excité de cuisiner tout ça pour moi. Comment ne pas lui résister ? Hé hé… Ce qu’il peut être nunuche…
💬 Commentaires 0
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à partager vos impressions !