Noah, le 1er mai 2026
J’ignore ce que j’ai fait pour mériter Rowan dans ma vie, mais depuis qu’il est là, j’ai l’impression de garder les deux pieds sur terre. Chaque jour, je vais au travail, je prends mes pauses du midi pour aller le voir, puis je rentre chez moi ou chez lui et on prépare des pancakes ou on traîne un peu à son resto avant de nous promener en ville. Plusieurs mois se sont écoulés, l’été approche à grands pas. Doucement, l’idée d’emménager avec lui me vient à l’esprit, mais je crois que c’est encore trop tôt.
Simon, avec qui je cohabite depuis tout ce temps, envisage d’aller vivre avec sa petite amie. Alors, on va bientôt rendre les clés de notre appartement si nos plans finissent par se concrétiser. À vrai dire, j’ai un peu peur à l’idée de vivre avec Rowan. Je crains que tous les petits défauts qu’il a jusqu’alors tolérés, finissent par le saouler juste assez pour me larguer.
Aussi, je m’inquiète un peu pour Rowan. Il était déjà bedonnant quand je l’ai rencontré. Maintenant son ventre est devenu plus rond et ses formes se sont adoucies. Je ne le trouve pas repoussant, même que ça m’excite à cause de ma stupide sexualité tordue... Je crois que je devrais peut-être arrêter de lui donner autant de pancakes chaque fois que je suis excité de faire des trucs avec lui. Il n’arrive pas à me dire non chaque fois que je lui en prépare. Comme s’il ne voulait pas me décevoir.
Partager des pancakes avec les personnes que j’aime… Ç’a toujours été ma façon d’être depuis que je suis adolescent. Mon père m’a transmis cette tradition et, depuis qu’il est décédé au début de ma vingtaine, c’est devenu comme un réflexe pour moi de perpétuer cette tradition. C’est ma manière de ne pas l’oublier. J’ai juste peur que, si Rowan réalise qu’il engraisse trop, il me dira que j’ai ruiné sa vie et qu’il me larguera… Déjà qu’il sait que je suis... bizarre...
En ce moment, je suis à son appartement et nous venons de nous lever. Je suis en train de me laver le visage dans sa salle de bain, près de sa chambre, après m’être brossé les dents. C’est beaucoup plus grand que chez moi, ici. Rowan m’a déjà dit que je pourrais venir vivre avec lui, si je le désirais. Au moins, nous n’aurions pas besoin de chercher un autre immeuble… je n’aurai qu’à emmener le strict minimum et laisser beaucoup de trucs à mon cousin pour qu’il puisse recommencer sa vie avec sa partenaire.
Le doux parfum de mon tendre nounours imprègne les murs de cette salle de bain. Je ferme les yeux un moment pour humer celle-ci avant de les rouvrir. Je pourrai m’habituer à tout ça... cette vie tranquille à ses côtés. Je pourrai... je pourrai apprendre à cuisiner des choses meilleures pour sa santé. Mais bon, il me dit tout le temps de ne pas m’inquiéter pour lui car à la base, il était cuisinier avant de devenir le propriétaire de la Grande Ourse.
Rowan me cuisine souvent des plats variés. Pâtes, légumes, viandes, poissons et j’en passe. Je crois que pour lui aussi, cuisiner fait partie de son langage affectif. Mais il aime aussi m’enlacer avec ses grands bras puissants, m’embrasser sur la tête... sur la nuque... Passer ses puissantes mains de chaque côté de mon corps... Il me donne tout le temps des frissons, ce filou ! Il me susurre des mots doux à l’oreille, me la mordille parfois...
J’ai trop de trucs lubriques qui me passent par la tête, rien que d’y repenser. Il me plaît beaucoup. Mais je n’ai pas encore eu le courage de lui dire à quel point je suis contrarié. J’ai peur de lui causer des problèmes de santé, j’ai peur qu’il se sente laid à cause de moi… J’ai peur... Je ne souhaite pas qu’il me déteste non plus...
Je prends une grande inspiration, puis expire doucement.
Je me tape les joues et me lance un regard noir dans la glace.
Ça suffit, Noah ! S’il avait des reproches à te faire, il te le dirait !
Je dois me ressaisir. Si je n’arrête pas de m’inquiéter, je ruinerai notre matinée. Il a déjà prévu de m’emmener au centre commercial ce matin, pour qu’on aille chercher une nouvelle lampe pour remplacer celle qu’il a brisée chez moi, par accident. Et, comme le centre commercial n’est pas si loin que ça de chez lui, nous en profiterons pour aller nous chercher un café.
Je m’essuie le visage et décide qu’il est temps pour moi d’aller retrouver mon bel ours roux dans sa chambre. Son grand lit au matelas Queen est très confortable. Il prétend que quelqu’un de sa taille et de son poids dort mieux dans ce genre de lit. Cependant, je crois qu’il aime juste avoir plus de place quand il bouge dans son sommeil. Parfois, je me réveille durant la nuit, et je l’entends parler à travers son casque de CPAP. Il dit des trucs à un client de son restaurant, puis il se rendort. Même quand il dort, il est à son lieu de travail. Étonnant, non ?
Lorsque j’arrive dans sa chambre, je suis surpris de le voir qui se regarde dans son très grand miroir. Il fait rebondir son bedon avec un large sourire aux lèvres et semble s’amuser. Je hausse un sourcil et m’apprête à parler, mais constate qu’il ne me voit pas.
— Salut beau gosse, t’es trop sexy, tu sais ? se dit-il avant de se passer une main dans sa longue chevelure rousse. Grrraouh~
Je ne peux pas m’empêcher de glousser. Ce grognement d’ours est celui qu’il me fait quand il me trouve à son goût. Il se tourne vers moi, surpris, et rougit timidement. Mon gloussement se transforme en rire à gorge déployée et je m’approche de lui avant de l’enlacer. Je n’arrive pas à me contrôler, et j’espère que Rowan réalise que je ne me moque pas de lui. Je crois qu’il sait que tout ça, c’est nerveux. Il soupire au moment où je l’enlace, et me serre contre lui. Je crois que ma réaction l’a surpris.
— Quelque chose ne va pas, mon p’tit loup ? me demande-t-il.
— Non, non... rien... je marmonne avant de déglutir. Enfin, si...
Je recule un peu et pose mes mains sur son bedon.
— Je me sentais responsable de ta prise de poids, ces derniers temps, je lui déclare. J’avais peur que tu commences à me détester, c’est tout. Pardon... mon rire était nerveux.
— Oh, Noah, ça ne me dérange pas du tout. J’aime juste trop la bouffe, je dois dire. Et puis, j’sais pas si c’est parce que tu es dans ma vie en ce moment, mais je me sens bien dans ma peau.
— Vr... Vraiment ? je demande, abasourdi.
Il hoche la tête et me caresse le menton avant de soulever mon visage un peu. Ses splendides yeux verts se posent sur les miens. Mes tracas semblent s’envoler alors qu’il se penche vers moi et pose ses lèvres sur les miennes. Alors, je comprends que je n’ai rien à craindre. Je suis en sécurité avec lui… Et, il m’aime. Malgré tous mes petits défauts. Malgré ma sexualité tordue. Malgré mes nombreuses peurs. Nous sommes ensemble.
Et, nous sommes bien ensemble.
— Je t’adore, Rowan, je formule, apaisé.
Après quoi, nous nous embrassons tendrement.
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