Rowan, le 11 février 2026

📖 La Grande Ourse ✍️ TeddieSage 📝 1932 mots

Voilà depuis un mois que Noah et moi avons échangé nos numéros de smartphone. Nous nous sommes échangé quelques textos et messages vocaux, puis nous avons commencé à nous fréquenter en dehors des heures du travail. J’ai assisté à ma première rencontre avec mon psy vendredi dernier et il a été tout aussi surpris que moi que j’aie pris la décision de sortir avec un autre homme; après dix ans à me dire que je ne méritais pas d’être aimé. Tommy n’aurait pas voulu que je prenne une éternité avant de rencontrer quelqu’un d’autre, alors j’espère que, d’où il se trouve, il veille sur moi en ce moment même.

Ça m’aura quand même pris dix ans pour tourner la page…

J’ai vite compris en fréquentant Noah qu’il avait une préférence pour les grands hommes bedonnants, avec une bonne pilosité. Je corresponds à tous ses critères. Il fond littéralement chaque fois que nous nous croisons. Je ne peux pas m’empêcher de le taquiner avec mon plus beau sourire, ce qui le fait rougir à tous les coups. Il est peut-être trop tôt pour déterminer si nous passerons nos plus belles années ensemble, mais pour le moment j’apprécie sa compagnie et je le trouve trop mignon.

Nous sommes dans mon appartement, qui est plus grand que le sien, et nous visionnons une comédie romantique depuis plus d’une heure, mais Noah est beaucoup plus concentré sur mon corps que sur le film. Quand nous sommes entourés d’étrangers, il se renferme sur lui-même et devient très timide. Avec moi, quand nous sommes seuls, il est plus expressif et affiche un côté de sa personnalité qui est plus enjoué et chaleureux.

Toutefois, en ce moment, je sens qu’il réfléchit. Il fixe mon bedon depuis un instant, ce qui m’incite à mettre le film sur pause.

— Qu’y a-t-il, mon petit loup ? je formule avant de pencher la tête d’un côté, tandis que je lui caresse l’épaule. Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ?

— Ne... non, non ! couine ce dernier qui secoue la tête, comme s’il avait un truc à me cacher. Tout va absolument bien, absolument bien.

Il est appuyé contre moi depuis le tout début du film, mais je peux voir qu’il est crispé. Le pauvre souffre d’une telle anxiété que j’ai de la peine pour lui.

— Est-ce que je te rends mal à l’aise ? je formule tout à coup, en retirant mon bras doucement. Ai-je fait quelque chose de mal ? Je peux prendre mes distances si tu veux…

— Non ! s’écrit-il avant de bondir d’un bond. Tu... Tu es un vrai gentleman avec moi, Rowan... C’est juste que... Enfin... Euh... Oh purée... Tu me... J’ai trop envie de caresser tes rondeurs, voilà ! J’ai de la difficulté à cacher mes érections et je sais que mon truc,  c’est anormale, alors je ne veux pas te faire peur avec euh... Oh punaise, pourquoi ai-je dit ça tout haut !? Aaaaaaaaah !

Je cligne les yeux alors que Noah se prend la tête et commence à paniquer. Il a une crise d’anxiété. Je sais ce que c’est pour l’avoir vécu il y a plusieurs années, quand Tommy est mort. Noah m’apprécie beaucoup et ne veut pas me faire peur, mais il est en lutte avec ses propres désirs depuis que nous nous sommes rencontrés. Je crois qu’il ne s’accepte pas. Ou qu’il a peur que je le rejette. Pourtant, je suis toujours avec lui et j’ai déjà eu plusieurs rencards avec lui. Je me gratte le front et lui montre un sourire rempli d’empathie. Il prend une grande respiration et se rassoit à côté de moi, les poings serrés sur ses genoux alors qu’il essaie de se calmer.

— Pas besoin d’être un géni pour savoir que tu es attiré par les gros mecs comme moi, Noah, je lui réponds calmement. Il y en a plein qui viennent nous rendre visite à la Grande Ourse.

— Oh le con... pourquoi est-ce que je suis comme ça ? Désolé Rowan... Je gâche tout. La dernière chose que je souhaite, c’est que tu me prennes pour un gros pervers. Oh... merde.

— As-tu fait ton coming out ?

Cette question le frappe comme un coup de fouet. Il se tourne vers moi, puis retourne son attention vers l’écran OLED sur lequel on visionne le film.

— Oui… dit-il, comme s’il avait honte de sa réponse.

— Est-ce que ça t’embête d’être comme tu es ?

— Non... J’ai... euh... C’est que tu es... Tu es le premier mec que je fréquente régulièrement. Le seul qui m’ait demandé en rencards plusieurs fois. Et, disons que j’ai peur que ça s’arrête subitement lorsque tu auras réalisé à quel point je ne suis qu’un paquet de nerfs ambulant. Je n’arrête pas de me remettre en question.

— Bah, tu ne devrais pas. J’ai une attirance pour toi et c’est réciproque. Je ne cherchais pas à avoir de mec dans ma vie avant de faire ta rencontre. Tu sais ce qui s’est passé avec Tommy et pourquoi ça m’a affecté... Je suis tout aussi perdu que toi, en fait.

— Je sais... Je suis désolé que tu aies perdu quelqu’un de si important à tes yeux, si jeune. Je n’ai pas envie de tout rapporter à moi, parce que je sais que tu souffres toi aussi de choses qui sont hors de ton contrôle. Je ne voulais pas gâcher quoi que ce soit entre nous.

— Mais tu ne gâches rien, Noah. Nous craignons l’inconnu, c’est normal. Par contre, n’oublie pas que nous sommes deux dans cette équation. Si tu trouves que les choses vont trop vite, on peut faire une pause et essayer de nouvelles choses une autre fois.

— Rowan... t’es trop gentil... Sauf que, il faut trop que je t’avoue un truc... Je n’ai jamais fait l’amour avec personne... Je ne crois pas que je sois l’homme qu’il te faut !

— Et moi ? Tu crois que je l’ai déjà fait avec quelqu’un ?

Cette remarque le choque. Les yeux écarquillés, il ouvre la bouche, mais aucun son ne sort. Comme s’il n’arrivait pas à prononcer quoi que ce soit.

— Par... Pardon ? finit-il par me dire. Tu es pourtant bel homme et tu... Tu es si charismatique contrairement à moi... Les gens au resto t’adorent et, euh...

— Noah, je ne suis pas si charismatique que ça. Franchement, même si je suis amical et connu par plusieurs membres de notre communauté, je suis toujours puceau.

— Wow... Là, tu me prends au dépourvu.

Je m’empresse de lui prendre l’épaule, car je sens qu’il va tomber sur ma table de salon. Il se redresse aussitôt et se donne deux petites gifles aux joues.

— Noah, est-ce que ça va ? je demande, inquiet. Veux-tu que j’appelle une ambulance ?

— Non, non ! insiste-t-il. Je vais bien. Je crois que c’est le choc, c’est tout.

— Est-ce parce que j’ai cassé l’illusion du mec viril qui te met dans un tel état ?

Il me regarde drôlement et secoue la tête.

— Non, me dit-il. C’est que je réalise que nous ne sommes pas prêts ni l’un ni l’autre pour le sexe, qui me met dans cet état. Je croyais que tu en avais envie plus que moi, ces derniers jours, alors je me faisais des scénarios dans la tête…

— Dans ce cas, tu dois m’en parler si tu as des doutes. Je suis là pour toi, Noah. Je ne te jugerai pas si tu n’es pas prêt, parce que je suis dans la même situation que toi. Mais un jour, quand nous serons prêts, je serais partant de tenter cette expérience avec toi.

Il soupire à cette remarque, sûrement parce qu’il est soulagé. Je crois qu’il avait besoin d’entendre ces mots plus que moi. Pourtant, moi aussi, j’aurais aimé qu’on me dise ce truc si j’avais été dans ses souliers. Il inspire un grand coup alors qu’il s’installe un peu plus confortablement à côté de moi et prend appui sur mon torse, comme je lui avais donné la permission, un peu plus tôt, durant le début du film. Il hésite encore à m’enlacer au niveau du bedon, même si je sais qu’il en a très envie.

— Tu sais que je ne t’en voudrais pas si tu me touches là, hein ? je lui dis.

— Je... Je sais, avoue-t-il. Mais, mon attirance est, euh… embarrassante.

— Noah... c’est qu’un bedon, il ne s’envolera pas même si tu le caresses.

— C’est plus qu’un bedon pour moi... C’est mon trésor… Mon temple… Mon...

Je pouffe de rire. Ce n’est pas la première fois qu’un type me complimente de la sorte, mais de l’entendre de sa bouche, c’est comme si le petit Noah commençait enfin à être un peu plus brave. Enfin, je dis petit, mais c’est un jeune adulte de taille moyenne pour un homme. C’est moi le géant, de nous deux. Le gros géant qui fait tourner beaucoup de têtes lorsque je travaille. Le gros géant qu’on trouve parfois imposant, mais qu’on apprécie quand même à mon boulot. Noah rougit timidement.

— Noah, enlace-moi comme tu veux. Je suis tout à toi.

Excité comme un enfant, il bondit dans ma direction et me passe une main par-dessus le chandail qui recouvre mon ventre mou. Je l’entends couiner de plaisir contre ma poitrine et il se calme enfin, comme s’il a compris que j’ai besoin de lui autant qu’il a besoin de moi. Sa caresse à travers la laine que je porte provoque en moi une sensation de bien-être. J’ai oublié à quel point on pouvait se sentir bien dans sa peau, lorsque quelqu’un veut bien de nous. J’esquisse même un sourire lorsque ma jambe détecte son érection déjà très rigide. J’admet que cela me fait grandement plaisir d’être désiré.

Nous restons ainsi pendant un long moment, à nous enlacer devant l’écran inactif où les protagonistes du film sont figés dans le temps. En l’espace d’un moment, il n’y a que Noah et moi, dans le salon de mon appartement. Et nous sommes blottis l’un contre l’autre, réchauffés après notre promenade durant une soirée hivernale tranquille. Un chocolat chaud se trouve sur la table devant nous, mais il n’est plus fumant depuis un moment, déjà. Je ne crois pas que nous le boirons pour ce soir. Nous avons une activité bien plus intéressante en tête.

Je penche la tête vers Noah et embrasse son front.

Doucement, nous tombons endormis, l’un contre l’autre.

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