Noah, le 28 octobre 2026

📖 La Grande Ourse ✍️ TeddieSage 📝 1573 mots

Freddie s’est endormi(e). Il est une heure du matin et Rowan et moi, nous venons de quitter sa chambre. Iel a pleuré, mais de colère et de soulagement. Rowan était à la fois empathique que Freddie soit enfin libéré de son père, mais concerné par cette agressivité dans le ton de sa voix. Je ne sais pas comment j’aurai réagi si j’avais appris la mort de mon propre agresseur ; quoique mes anciens harceleurs étaient tous des voyous d’école. Bon, je n’oublie pas ces banquiers cruels qui faisaient de ma vie, un cauchemar. Toutefois, ce n’est rien après ce qu’a enduré Rowan et Freddie avec la violence et les insultes de leurs propres familles. Je sais que je ne devrais pas minimiser mes bobos, comme dirait Rowan, mais je n’y peux rien. J’ai toujours été comme ça depuis des années. 

— Je crois que je vais demander à mon père d’augmenter la sécurité autour du bloc, ainsi qu’au resto, dit Rowan. Si les gangs de rues commencent à assassiner des représentants de la mairie, je n’ose pas imaginer ce qu’ils feraient avec les civils. 

— Je n’ai jamais vu Freddie dans un tel état...

— Je sais. Ce rire étrange qu’il a fait, un peu plus tôt... J’ai cru un moment qu’il perdait la tête. C’est con, je sais. 

— Son père était un monstre, quand même. 

— Je sais, mais sur le coup, Freddie m’a fait peur.

— Mais qui pourrait lui en vouloir ? À Robert, je veux dire...

— La pègre a sûrement décidé de l’écarter pour un truc qu’on ignore. 

— Je parie que c’est l’argent. C’est toujours une affaire d’argent.

Rowan opte pour se diriger vers la cuisine dans laquelle Freddie n’est pas revenu manger quoi que ce soit, tant iel était en état de choc. Il ne manquerait plus que ce soit un des membres de ces gangs qui ont déniché la drogue fournie à Seamus. Si c’était le cas, ce serait effrayant. Ces groupes de crimes organisés commencent à me faire peur. Ça me donne presque envie de quitter Montréal pour aller m’installer dans une communauté plus tranquille. Mais je sais que Rowan a fait sa vie ici et qu’il n’aimerait pas quitter son resto et ses employés. Je suis quand même chagriné de savoir que Freddie n’aura plus la chance d’affronter son père pour ce qu’il lui a fait subir.  Peut-être est-ce mieux ainsi. Freddie n’avait pas l’air de vouloir lui reparler, de toute façon. 

Nous rangeons un peu la cuisine et la salle à manger en silence. Rowan est inquiet lui aussi, car ses parents et sa sœur vivent près de la maison de Robert Hagen. Il les a appelés plus tôt et Declan, son père, était l’un des témoins oculaires. Il a vu la scène depuis la fenêtre de son salon et cela l’a tant secoué qu’il a même renversé sa tasse de café et s’est ébouillanté le gros orteil. Il va bien, heureusement. Jeanne, la maman de Rowan, n’était pas là. Elle était partie faire les courses avec Nadine. 

— Que... Que sais-tu des gangs de Montréal ? me demande Rowan alors qu’il place le repas de Freddie dans un contenant en plastique.

— Seulement ce qu’on nous révélait à la gazette, à travers les rapports de polices. L’escouade antigang nous rapportait le strict minimum, comme ils l’ont toujours fait avec le Journal de Montréal aussi, et les autres médias. Je sais juste que le taux de criminalité a commencé à augmenter avec l’immigration — quoique, je ne mets pas le blâme entièrement sur les immigrants. Beaucoup de crimes sont commis envers les personnes de couleur en premier.

Rowan opine du chef avant de répondre :

— Le resto accueille parfois des membres de l’escouade antigang, justement. Stacy et moi, nous leur refilons discrètement les informations qui pourraient les aider dans leurs enquêtes. On essaie d’être le plus prudent possible, mais j’imagine que nous allons devoir faire encore plus attention, à partir de maintenant.

— Il faut qu’on se lève tôt pour demain, non ? 

— Pas la peine, j’ai déjà demandé à Stacy de me remplacer demain. Je ne compte pas laisser Freddie seul(e), dans cet état. 

— Dans ce cas, je vais m’occuper des plantes rapidement et revenir vous voir aussitôt que possible. 

Ce n’est pas comme s’il y avait beaucoup de travail à faire au jardin puisque nous sommes l’automne et que les nouvelles plantes vont prendre du temps à pousser. 

— Très bien, me dit Rowan. 

Il retourne dans ses pensées alors qu’il continue à ranger la cuisine. De mon côté, je commence à me sentir fatigué par cette journée, mais je sais qu’il ne viendra pas se coucher avant quelque temps. Tout ça doit lui rappeler l’enfer à travers lequel sa famille et lui sont passés à travers avec la mort subite de Seamus. 

— Je vais me coucher, je lui dit, après avoir mis les assiettes et les ustensiles sales dans le lave-vaisselle, pour ensuite le mettre en marche. Bonne nuit, Ro’.

— Bonne nuit, Noah, me dit-il avant de soupirer. Je crois que je vais lâcher un coup de fil à ma mère. La connaissant, elle doit être dans tous ses états et ne dormira pas avant quelques heures, elle aussi. 

— Bonne idée. Ta voix lui fera du bien. 

Je m’éloigne ensuite vers notre chambre en remerciant le ciel que ma mère soit en sécurité à notre ferme, à Shawinigan. J’ai le goût de lui envoyer un texto pour prendre de ses nouvelles. Je le ferai demain. C’est quand même bizarre, quand on y pense, qu’un homme si cruel a connu une fin si horrible. Une balle dans la tête et une autre dans la poitrine. J’en ai des frissons, rien que d’y penser. 

Alors que je passe près de la porte de chambre de Freddie, je regarde par l’ouverture de la porte. Iel dort encore alors, je ferme cette dernière doucement. J’étais si fier de pouvoir lui offrir ce repas ce soir... et ce drame est arrivé. Je n’arrête pas de me demander ce qui se serait passé si le père de Rowan avait été à côté de Robert Hagen. Aurait-il reçu l’une des balles, lui aussi ? Je préfère ne pas y penser. Rowan m’a dit qu’il était encore en bon terme avec lui. 

Dis Papa... est-ce que c’était stressant à ce point travailler en ville ? Je sais que tu as travaillé à Montréal pendant un certain temps quand tu faisais ton stage. Puis, tu as commencé à bosser près de Shawinigan dans la gazette locale. Je me souviens que tu étais très heureux chez nous. Ce n'était pas Montréal, mais c’était notre village. Puis j’aimais beaucoup la vie à la ferme. Des fois, elle me manque. Mais depuis que j’ai recommencé à jardiner sur le toit de la Grande Ourse, je me sens un peu plus à ma place. 

Maman n’aimerait pas vivre dans cette ville. Beaucoup trop de trafic, trop de bruits, trop de crimes. Heureusement pour Rowan, Freddie et moi, on se sent bien dans notre coin inclusif aux personnes queers. Puis, il a les nombreuses places à visiter... Je n’ai même pas encore eu le temps de tout voir ce qu’il y a dans la rue Ste Catherine et ça fait près d’un an que je suis ici. 

Quoique, c’est vrai que je ne sors pas beaucoup de chez moi à part pour aller travailler ou bien pour aller à l’épicerie. J’ai même évité le parc d’attraction La Ronde parce qu’il y a souvent beaucoup de foules là-bas. On est pile dans la saison des frayeurs... et comme c’est Halloween ce weekend... ç’aurait été une très bonne occasion pour y aller... mais pas avec ce que Freddie est en train de vivre. 

C’est nul, j’aurais aimé faire une exception pour Rowan et lui. Je crois que je vais juste nous trouver des films à visionner et essayer d’apprendre la recette préférée de Freddie : la casserole aux riz de sa mère. Je crois que c’est une bonne idée... Je vais l’appeler demain pour lui demander la recette et je vais demander de l’aide à Paul et Monique, au resto, afin de m’aider à la préparer. 

C’est dingue ce que j’ai appris avec eux, depuis que je travaille au resto, ou bien en observant Rowan cuisiner. Je suis de plus en plus à mon aise lorsque je prépare mes propres plats et pour cette raison, je n’hésite plus à partager ce que je concocte à mes deux partenaires. Elle est loin derrière moi, l’époque où je ne connaissais que la recette des pancakes de mon père et c’est tant mieux. 

Sur ces pensées, je me dis qu’il vaut mieux que je me couche vraiment, cette fois. Je rentre donc dans la chambre que je partage avec Rowan, glisse sous nos draps et pose ma tête sur mon oreiller. Alors que je ferme les yeux doucement, je fais le souhait que demain, tout se passera pour le mieux. Fais de beaux rêves, Freddie.


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