la Perle de Rose
Chapitre I
Rebecca Priam
“Tout commence par une prière pour
l’Eternel”.
Rebecca était une femme douce et gracieuse, elle aimait par-dessus-tout la danse classique. Mais ayant eu une blessure à la cheville par le passé, elle avait renoncé à devenir danseuse étoile. Rebecca Priam, de son véritable nom, approchait les quarante-cinq ans. Elle était une femme bien rangée et avait une certaine aisance dans sa vie en général, elle était indépendante et savait ce qu’elle voulait et ce qu’elle ne voulait pas et parfois, elle se mettait à fréquenter des hommes qu’elle rencontrait sur des sites de rencontre sur internet. Rien de sérieux pour le moment, elle préférait s'adonner au plaisir du corps, aux plaisirs charnels. Et ce soir, elle allait rencontrer Pedro, un Espagnol, grand d’apparence et bien éduqué, le genre d’homme qui pouvait faire chavirer le cœur de la plupart des femmes, mais, lui, n’était pas là ce soir pour jouer aux cartes. Il allait faire l’amour toute la nuit, enfin en principe. Et comme toujours et parfois le destin nous pousse à l’amour et ce samedi soir du mois de mai 2026. Il allait se passer quelque chose de particulier pour l’un comme pour l’autre.
Ils s’étaient retrouvés dans la ville de Bordeaux. Assise sur les nombreuses marches du grand Théâtre, Rebecca attendait son quatre heures qui n’allait pas tarder à arriver. Et c’était face au grand hôtel de Bordeaux qu’il arriva, dans un ensemble bleu roi à la finition impeccable et apparemment d’une grande marque, mais cela ne percuta pas à l’oeil de Rebecca immédiatement, ce ne fut que plus tard dans la soirée que Pedro s’en était vanté.
Puis dans la soirée, quand tous deux avaient bien mangé, Pedro avait payé l’addition chez l’Entrecôte un restaurant de bonne réputation. Après être sortis du bistrot, le vent avait légèrement soulevé la robe que portait Rebecca, laissant entrevoir de longues jambes et si fines que l’on aurait pu les comparer à des baguettes chinoises. Et cela n’avait pas rendu indifférent notre homme qui, discrètement, avait regardé sans ciller. Son excitation monta alors et il se permit de prendre Rebecca par les hanches ce qui ne lui avait pas déplu. Elle aimait que les hommes prennent les devants, elle aimait que les hommes soient de bons séducteurs et ce fut ensemble qu’ils partirent en tramways en direction de la petite échoppe que possédait Rebecca. Le jeu commença alors, assis face à face, Rebecca avait mis une de ses robes préférées, celle rouge carmin d’une marque notable. Une de celle qui allait de pair avec décolleté saillant. Sa poitrine bien galbée avait attiré le regard de son prétendant, tandis qu’elle regardait par la fenêtre les passants passer çà et là. Il commença tout juste à se plonger dedans quand soudain, elle se mit à le regarder droit dans les yeux et ce fut à ce moment précis qu’elle commença à chavirer, elle sourit légèrement. Lui, plutôt stoïque, déglutit, avant de se gratter les cheveux bi couleur, gêné. Le noir et le gris que composaient sa chevelure bien coiffée et en arrière, lui allait à merveille, mais ce qui plaisait le plus à Rebecca sur l’instant, fut la profondeur de son regard de braise. C’était vrai qu’il avait un beau regard avec ses yeux clairs qui le rendait bien plus attirant que les autres hommes.
La nuit avait posé son manteau noirâtre sur toute la ville et elle respirait la chaleur estivale d’un mois de mai. Apparemment, c’était au printemps que l’on batifolait et que les couples naissaient. Et ce fut ce soir que commença, la plus folle aventure de Rebecca Priam.
“L’amour est toujours en binôme avec ses dilemmes”.
Un soir tard dans la nuit de juin 2026. Rebecca avait reçu un sms, dont l’objet allait faire changer sa vie du moment. C’était Pedro. Après s’être vus à plusieurs reprises, ils avaient convenu de se mettre en couple. Mais chacun chez soi et ils ne se voyaient que pour faire l’amour ou sortir boire un coup. Le contrat n’avait pas déplu à Rebecca. Après tout, il baisait bien et elle s’y retrouvait aisément. Leur relation était un tant soit peu toxique par moment, Rebecca avait souvent des sms de lui tard la nuit. En réalité, Pedro s'assurait de sa fidélité, car elle avait plusieurs fois émis le fait qu’elle avait déjà trompé ses partenaires par le passé.
- Ça va ? Je pense à toi ce soir, j’espère que je ne te réveille pas, bisous Bella.
En vrai, lui, dans son intention profonde voulait qu’elle réponde et s’en assurait.
- Tu dors ?! Allez ma Belle, réveille-toi, tu me manques…
Rebecca avait toujours le sommeil léger et entendit son téléphone et vit qu’elle avait reçu plusieurs messages. Lasse, elle se mit à souffler. Le message de trop en sachant que le lendemain, elle avait une journée bien chargée. Agent immobilier de profession, elle avait trois états de lieux à faire dans la matinée. Soudain, une chose la perturba alors.
- C’est bon, c’est bon, je te laisse ! A demain !
Pedro était bien gentil, mais il commençait à user de sa patience et de la patience, elle en avait, mais là cela faisait deux semaines qu’il en abusait. Rebecca lui répondit à peu près ceci :
- Je dors, je bosse demain moi ! Eh mais t’es taré mec, je te quitte, ne reviens plus et à jamais !
Elle était comme cela Rebecca, simple, mais impulsive par moment, les messages se succédèrent et cela lui avait pris une bonne heure et demie. Folle de rage, par manque de sommeil, elle le bloqua. Et ce fut au petit matin, qu’elle le vit à sept heure trente sur le palier de sa porte. Le regard fou, il semblait éméché et à voir son comportement anormal, il avait probablement dû boire toute la nuit. Habituellement propre sur lui, ce matin-ci, il était mal rasé et avait une mine horrible. Il tapa plusieurs reprises sur la porte, avant de crier haut et fort avec son léger accent espagnol :
- Salope ! Tu me trompes, avoue. Ouvre la porte Bella, connasse ! Ouvre, putain, tu m’entends ?! Je vais te montrer, moi, comment on fait l’amour !
Prise de panique, elle appela aussitôt les flics. Mais le temps qu’ils arrivent, Pedro était déjà parti.
- Bon, madame, je vous conseille de porter plainte à la gendarmerie.
- D’accord, je passerai dans la journée et encore merci !
Le boulot, c’était le boulot et Rebecca n’allait pas louper une journée pour un sale connard. Et ainsi débute cette histoire.
“Aimer, c’est briller ensemble”.
Mais ça, c’était une leçon que n’avait pas compris immédiatement Rebecca. Elle qui enchaînait les rencontres après sa rupture avec Pedro. Elle s’était jurée de ne plus refaire les mêmes erreurs, de ne plus se mettre en couple avec un homme provenant des sites internet. Juste du sexe et rien d’autre, s’était-elle promis.
Puis un samedi matin alors qu’elle courait dans le jardin Botanique, elle croisa le regard d’une personne dont le physique ne l’aurait jamais attiré en temps normal. Un homme plus petit qu’elle, le regard profond et sombre, les cheveux longs et noir de jais. Un homme dont l’origine lui faisait penser à un latino. Il était assis sur un banc, en train de lire un livre à la fraîche, car en ce mois de juillet, il commençait à faire chaud et la météo annonçait une autre vague de canicule dans les jours suivants. Or, ce matin, il ne faisait que vingt-cinq degrés Celsius et courir par ce temps était un véritable régal. Elle avait fait exprès de refaire son lacet juste devant lui afin de voir sa réaction et attirer son attention, mais ce mystérieux personnage ne l’avait pas encore remarqué, bien trop absorbé à lire son histoire. Rebecca ne lâcha pas l’affaire pour autant. Elle s’étira les adducteurs faisant mine de faire sa gym devant lui, il la regarda et avait souri en la voyant faire.
Il se leva et rangea son livre dans son sac à dos posé près de lui. En réalité, il ne l’avait presque pas calculé. Vexée, Rebecca se mit à courir du côté opposé où cet homme était parti. Elle détestait le fait qu’on ne la remarque pas alors que pour une femme elle était placée parmi les plus jolie de sa catégorie. Elle se rappela sa rivalité avec Amélie dos Santos dont la plastique en aurait séduit plus d’un. Elle était souvent en concurrence avec Amélie. Le matin, dans sa routine passée, elle voulait toujours paraître la plus belle et ce même si parfois, il fallait être un peu vulgaire et cela lui avait fait bizarre de repenser à Amélie, tellement, qu’elle en avait souri. Rebecca balaya cette pensée et se retourna en direction de cet inconnu. Et ce matin, elle refusa que l’amour lui passe sous le nez, elle croyait fort aux signes du destin et elle n’allait pas passer sa vie avec ne faire que baiser des inconnus, même si elle s’était fait une raison quant aux relations de couples. Un homme beau et cultivé avait fait chavirer son cœur, un matin de juillet. Alors, elle lui courut après et ce ne fut qu’arrivé devant le portail d’entrée du parc qu’elle l'aperçut. Elle prit son courage à deux mains, remit sa couette en place, respira un grand coup et partit l’accoster.
- Euh, excuse-moi de te déranger. Je t’ai croisé tout à l’heure. Tu lisais un livre, tu t’en rappelles, car il me semble que tu m’as regardé…
Elle était un peu essoufflée, mais elle ne manqua pas d’assurance. Rebecca la regarda dans les yeux et sourit en disant :
- Je m’appelle Rébecca, on pourrait parler un peu, qu’est-ce que tu en penses ?
L’homme visiblement gêné, l’avait de suite reconnue et lui demanda :
Merci, mais je ne suis pas intéressé, mon cœur est déjà pris, puis il lui montra la bague à son doigt et finit par, je me suis fiancé, il y a tout juste deux jours. Même si je n’ai pas l’habitude que l’on me drague de la sorte, merci. Mais je pense que tu vas trouver un homme, tu es belle et tu as l'air sportive, disait-il en la regardant de haut en bas. Tu vas trouver l’amour un jour, j’en suis sûr !
Rébecca lui répondit :
- Ah, d’accord, d’accord, je n’ai pas l’habitude, mais tu es fiancé, ok… Je pourrais quand même savoir ton petit nom ?
- Je m’appelle Andres, mais je vais y aller, mon bus arrive. Désolé, lança-t-il en regardant l’arrêt de bus.
Elle était dégoûtée, énervée même. Elle resta statique et le regarda partir sans dire mot, simplement elle se disait qu’il était quand même bien petit. Andres devait approcher à vue d'œil les un mètre soixante alors que Rebecca, elle, faisait un soixante-quinze.
Elle repartit dans le parc terminer sa course et dans ses pensées, il tournait en boucle le visage et prénom de ce personnage. Elle s’était jurée encore de ne plus le refaire. Mais loin de moi l’idée de vous dire qu’elle n’était pas arrivée au bout de ses peines. Mais le destin est une force puissante et quand il nous choisit, c’est souvent pour vivre le bonheur le plus absolu.
« Les attentes amoureuses sont un véritable poison ».
Andres avait transpercé son cœur comme mille flèches. Elle ne pensait plus qu’à lui. Les jours passèrent et son visage, ses cheveux, son sourire et même sa voix, tout passait au crible dans son esprit. Et pourtant, il allait se marier et ce n’était pas avec Rebecca, mais belle et bien une inconnue pour le moment.
Une aprèm, elle reçut une cliente fortunée, car elle voulait acheter une demeure avec un budget à neuf cent mille euros. Le genre de cliente qui savait ce qu’elle voulait comme maison. Elle avait même noté sur son smartphone tous les critères qui pouvaient lui passer par la tête. Samantha Bourras, une femme de caractère malgré son jeune âge. Elle avait fait une moue devant Rebecca. Le genre de dire, a ouais pour son âge, elle est quand même très belle. C’était vrai que malgré ses quarante-quatre ans, Rebecca irradiait de beauté naturelle. Si elle avait eu le même âge, la jeune femme fortunée aurait presque été jalouse. Mais face à la jeunesse, Rebecca devait, malheureusement, s’incliner. Un mètre soixante, un tailleur Dior, une Cartier au poignet, un collier de perles, bague de fiançailles à l’annulaire, Samantha avait tout pour plaire et l’argent pour, elle, semblait dérisoire. Elle toisa de haut Rebecca et demanda :
- Avez-vous trouvé un bien dans mes critères, madame ?
Rebecca cherchait consciencieusement sur son ordinateur et lui répondit :
- Je pense qu’un domaine d’exception sera en vente dans une semaine, à un million d’euros, négociable, je précise. Je dois me renseigner. Vous pouvez attendre, j’espère. Je vous enverrai les premières photos dans l’heure. Si cela vous convient et d’après mes informations, piscine, salle de sport, hammam, deux salons et cinq chambres, ainsi qu’une superficie totale de cinq cent quatre-vingts mètres carrés, proche parc bordelais à Caudéran, deux places de parking devant la maison et un grand jardin de mille mètres carrés environs.
- Pas mal, dit comme ça ! Je dois faire une course, mais je reviens dans une heure avec mon compagnon. Enfin, mon futur mari, se vanta-t-elle. Et nous attendons un bébé, ajouta-t-elle, émue, en posant une main sur son ventre.
Rebecca la félicita et lui demanda pour quand c'était :
- Dans six huit, j'ai hâte ! Mais on n’a pas encore choisi le prénom, car on ne connait pas le sexe du bébé.
Puis elle se mit à penser à Andres et soupira. Elle balaya aussitôt cette pensée, pour accueillir une autre cliente. Apparemment, la petite sœur de Samantha, Lise Bourras.
- Bonjour madame.
- Bonjour, je suis avec ma grande sœur, je peux ?
- Mais bien sûr ! Prenez place.
La jeune femme était tout aussi belle voire plus que sa grande sœur. Elle devait avoir vingt-cinq ans à tout casser. Elle était bien maquillée, propre sur elle et portait un pantalon noir et une chemisette blanche, elle portait de si beaux bijoux qu’on ne pouvait pas douter de leur qualité, un peu plus grande que sa sœur, elle s'assis à ses côtés.
- Comment vas-tu, sœurette ?
- Très bien et toi.
- Alors, tu as trouvé une maison, dis-moi tout !
- Je suis en train de voir avec madame, mais ça devrait aller, on va trouver.
Visiblement, ses clientes étaient devenues de véritables poules aux œufs d’or pour Rebecca et elle faisait très attention à la manière de parler et de se comporter pour ne pas les froisser. Fort heureusement pour Rébecca, elle était la patronne de trois agences immobilières de biens de prestige sur le secteur de Bordeaux, Arcachon.
Quand elles partirent, elle passa quelques appels. Et une heure et demie plus tard, il était là. Andres était là, devant la porte de l’agence, elle avait la pression, elle essaya de se cacher derrière l'écran de son ordinateur en attendant qu'il parte, même si au plus profond d'elle, elle jubilait.
« Certaines âmes sont faites pour se rencontrer ».
Cela faisait trois jours que Samantha et sa sœur, Lise, étaient passées à l’agence. Elle regarda son téléphone. Ce soir elle était seule, pas de mec pour l’accompagner au restaurant. Oh et puis ça fait du bien de prendre du temps pour moi, avait-elle pensé si fort, qu’elle avait oublié les pâtes qui dégoulinaient sur le gaz. Elle se leva de son canapé et alla en direction de la cuisine. Sa maison était grande pour une femme célibataire, deux chambres, un grand salon, une cuisine ouverte et un petit jardinet avec un cerisier au milieu, le tout sur deux niveaux.
Elle trempa la fourchette dans les tagliatelles brûlantes et souffla sur une pâte. Finalement, ce soir au menu ce sera, pâtes aux saumons fumés avec une pointe de crème fraîche de chez le crémier du coin. Rebecca aimait les bonnes choses et l’argent qu’elle récoltait avec ses trois agences, lui donnait les fonds nécessaires pour avoir une vie décente et confortable, mais sans excès de folies non plus. Elle se rappela la montre Cartier que portait au poignet Samantha. Rêveuse, elle se mit à repenser à son futur mari, Andres et s'était dit : quel si beau cadeau, cela doit venir de lui c'est certain, il a bon goût cet homme.
Monsieur Andres Delmas avait hérité de ses parents une fortune colossale. Sa famille avait réussi dans la gestion du patrimoine et dans l’hôtellerie de luxe. D’après ce qu’elle avait compris, il avait été adopté par des parents français. Rebecca se rappela son visage et tenta si bien que mal de lui donner une origine. Portugais, peut-être, argentin ou encore péruvien non, je pense pas. Sa véritable histoire était dramatique. Andres avait perdu sa mère et son père ainsi que ses deux sœurs dans les années quatre-vingt-dix, un règlement de compte entre narcotrafiquants l’avait rendu orphelin à l’âge de trois ans. Mais pour un colombien, il avait un charme fou. Rebecca avait décidé après réflexion de ne rien tenter. De toute manière, il sera marié l’été prochain se disait-elle tout haut en mangeant des pâtes accompagnées d’un verre de rosé.
Mais elle pensait souvent à son passé ces derniers temps et ce depuis qu’elle avait croisé le futur couple Delmas. Elle se disait : quarante-quatre ans, célibataire sans enfants… oh et puis tant pis, j’ai un toit, de quoi manger, de l’argent, quoi demander de plus au bon Dieu ? Mais elle semblait si triste en ce moment, que cela lui avait coupé l’appétit. Elle prit son verre en main et le bu d’un seul trait. Allez au lit ! Demain, j’ai à faire.
Elle coupa la télévision, éteignit les lumières et monta à l’étage. Elle voulait se confier, mais Rebecca n’aimait pas parler de sa vie sentimentale à ses copines. Alors, elle se mit à pleurer seule dans son lit. Puis après s’être lâchée, elle compta les jours de la prochaine rencontre avec Andres et Samantha bien sûr, lâcha-t-elle rageuse. Rebecca comptait sur les doigts de sa main et s’arrêta à trois jours. Allez, je vais y arriver, moi aussi, je vais trouver le bonheur. Puis elle s'endormit avec une larme coulant sur le coin de sa paupière droite.
« Aimer la vie sans les autres ».
Quand l’amour prend racine dans le cœur, il faut savoir s’en défaire, alors quoi de mieux que de profiter du moment présent. Et ce fut ce qu’allait faire ce soir, Rebecca un weekend de fin juillet. Elle était invitée à une fête, chez Karine Lagrande, une très bonne amie. Et apparemment, elles allaient être sept et chez elle, c’était grand et spacieux. Elle avait un salon d’environ quatre-vingt-dix mètres carrés. Quand Rebecca se présentât en bas du bâtiment, la porte s’ouvrit. Elle entra dans un hall immense d’un vieux bâtiment classé au patrimoine. Elle prit l’ascenseur et monta jusqu’au troisième. Arrivée devant la porte, elle reconnut une odeur entre mille. En effet, dès que Karine ouvrit la porte, un effluve de weed s’imprégnait dans ses narines.
Elles se saluèrent chaleureusement et entrèrent ensemble. Karine fila aux toilettes, pendant que dans le couloir d’entrée, un filet de fumée flottait dans tout l’appartement. Entre la cigarette et le cannabis, on aurait pu croire que l’on était dans un appartement de jeune adolescent dont la vie n'était qu'à l’amusement.
Rebecca alla en direction du salon, où était assise autour d’une table deux femmes du même âge qu’elle, sauf peut-être pour l’une qui arriva en même temps qu’elle, sauf qu’elle venait de la cuisine. En pyjama en satin blanc à fleurs, joint dans la main gauche et un verre de vin dans l'autre. Elle avançait lentement tout en recrachant de la fumée. Mais Rebecca avait reconnu là sa meilleure amie, Pauline Labate dont la forme du visage ressemblait à celle d’Angelina Jolie. Elle était très belle, mais approchait tout de même les cinquante-trois ans. Elle toisa du regard Rebecca et se mit à sourire jusqu’aux oreilles.
- Comment va ma caille !
- Ça va, fatiguée, mais ça va.
Pauline était une véritable baba cool, elle pouvait passer des journées entières à fumer du cannabis tout en lisant des livres et surtout à peindre comme une folle et en mangeant des crudités et ce toute la journée. C'était vrai que Pauline détestait la viande et surtout, les gens qui faisaient du mal aux animaux. Alors elle s'était convertie au véganisme depuis maintenant dix ans. Sur tous les murs de la pièce du loft de Karine, on pouvait voir ses œuvres affichées. C’était une artiste peintre qui semblait avoir très bien réussi sa carrière. Les deux, femme assisent autour de la table, c’était Rose et Juliette Mendes. Deux sœurs jumelles dont l’amitié avec Rebecca remontait jusqu’à la fac. Et lorsque Karine revint des toilettes, elle se mit à chanter « je t’aime » de Lara Fabian. Puis elle mit la musique à fond et toutes se levèrent pour danser et chanter de faire les folles, le temps de quelques minutes, le temps que la musique passe.
Ce soir, Rebecca n'allait plus penser, elle allait passer un moment des plus agréables avec ses copines. Puis durant l'apéro, la sonnette d’entrée retentit alors.
- C’est ta fille et sa copine qui rentrent de chez leur père, visiblement à voir leur tête, ce ne doit pas aller fort ma cocotte ! dit Pauline à Karine, d’un air las. Je serais toi, je leur ferais un bon pét, histoire de leur remonter le moral.
- Oh, mais toi, t’es toujours aussi folle ma pauvre, répliqua en rigolant Karine.
- C’est ouvert et déchaussez-vous avant d’entrer et j’oubliai : le téléphone, ça existe !
- Désolé maman, plus de batteries.
Visiblement, leur venue avait cassé l’ambiance bon enfant qui régnait en ces lieux. Cela faisait trois mois que Rebecca n'avait pas passé une soirée comme celle-ci. Et il fallait croire qu’elle en avait bien besoin.
- Entrez les filles on ne mord pas, lança Rose.
Elle se leva et partit accueillir ces adolescents de treize ans, accompagnés par une cigarette longue et fine dont la fumée s’était logée dans l’œil de Sarah, l’amie de Justice la fille de Karine.
- Désolé ! Amène la dans la salle de bain, histoire qu’elle se passe un peu d’eau sur l’œil, chérie, proposa Rose d’un voix rauque à cause d’une consommation excessive de tabac.
Puis Rose s’approcha de Karine.
- Elles ne devaient pas être chez leur père ?
- Comme toujours, celui-ci passe le plus clair de son temps à travailler et je viens de recevoir un sms d’excuse. Encore une fois.
- Oh, mais c’est pas grave, disait Juliette. On va pas les laisser dans la rue quand même.
- Pauvre Justice, elle ne devait pas aller à Disneyland cette semaine ? demanda Pauline en tirant une grosse latte sur son pétard.
Karine épuisée, ne savait plus quoi faire de son ex-mari et encore moins de leur fille et encore moins de son amie. Ce soir, elle allait passer une soirée sans excès, car la vie de famille avait refroidi toutes les filles en ce début de soirée. En plus de cela, Rose coiffée d’un chignon serré, était maquillée comme une poupée et en comparaison de sa sœur jumelle Juliette, elle, n'avait aucun maquillage. Juliette avait écrit à Sam et Lucie de ne plus venir en raison de ce petit drame familial.
- Les pauvres… tu imagines un peu leur déception. Il est quand même culotté, Robert ! Je vais aller les voir, proposa Rebecca.
- Merci, disait Karine, dépassée par les événements.
- Ouais, pauvres gamines… disait Juliette sur un ton bas.
- Le pire dans tout ça c’est qu’il sait qu’elle l’aime à mourir sa fille, pesta Karine.
- Le boulot, mon cul, oui ! Il n’avait pas envie de se prendre la tête, c’est tout… enfin et tu connais mon point de vue sur Rob et ce depuis longtemps. T’aurais dû avorter ma cocotte !
- Ah non, Pauline ne commence pas !
- Je sais, mais au moins tu connais le fond de ma pensée. Regarde, j’ai avorté sept fois et je suis heureuse et épanouie avec Lucas.
Karine prit une clope dans le paquet de Rose et en alluma une.
- Meuf ! Tu n’avais pas arrêté ?
- C’est bon, c’est bon, j’ai les nerfs !
- Arrêtez de vous embrouiller, lança Rose, sourire aux lèvres. Au moins on est toujours ensemble, comme à l’époque ! Alors on parle plus des mecs et profitons, non ?
Rose, dans le groupe, était toujours la plus optimiste à chaque querelle, elle était là et arrangeait souvent tout avec éloquence.
Rebecca revint dans le salon, sourire aux lèvres.
- C’est bon, j’ai négocié avec les petites pour qu’elles ne sortent pas de la chambre ce soir.
- Super, t’es vraiment un ange ma belle, tu sais. Merci ! exclama Karine la mère.
- Oui, mais tu vas me devoir deux cents euros.
- Ah, elle tient bien de son père celle-là ! répliqua Pauline.
- Bon on se fait un monopoly les filles ? proposa Juliette.
Peu de temps après, elle s’était mise à jouer jusqu’à tard dans la nuit.
C’était comme cela que Rebecca aimait ses soirées entre copines. Quant aux jumelles Rose et Juliette Mendes, nous verrons plus tard pour apprendre à les connaître bien plus en profondeur dans un prochain chapitre.
« La vie n’est pas un long fleuve tranquille ».
Rebecca en avait marre de son obsession pour Andres. Elle devait le voir aujourd’hui à quatorze heures, sans sa fiancée. Elle voulait en profiter pour lui faire du zèle avec son quatre-vingt-quinze C. Un bonnet qui plaisait à tous les hommes, tout âge confondu. Avec le temps, ils avaient perdu un peu en fermeté, mais ses seins restaient tout de même bien galbés dans leur soutien-gorge. Elle avait pour l’occasion mis son crop top le plus décolleté, couleur fuchsia. Une couleur dont elle pensait assez voyante pour qu’il puisse un petit peu se rincer l'œil.
Rebecca attendait sagement que l’heure passe derrière son écran d’ordinateur, elle devait appeler quelques propriétaires et à seize heures, elle avait deux visites à faire à Arcachon et à Sanguinet. Elle appela ses trois employées, Anna, Chloé et Eva qui travaillaient à temps partiel. Consciencieuse dans son travail, Rebecca faisait toujours en sorte de laisser quelqu’un à la permanence dans ses cabinets. Chloé vivait à La Teste de Buch tandis qu’Anna, elle, vivait à Bègles à proximité du centre de Bordeaux, là où se situait l’un de ses cabinets. Quant à Eva Priam, c’était sa belle-sœur, son petit frère Julien Priam de quatre ans de moins, l’avait épousé en 2012. En clair, elle avait une affaire qui roulait sur l’or et cela lui avait fait plaisir de l’avoir embauché, car elle était présentable et surtout, bien motivée. Sans vouloir vanter Rebecca, elle avait un carnet d’adresse de propriétaires long comme le bras et cela lui assurait une bonne stabilité financière.
Mais avant de partir, elle devait voir Andres qui, au vu de l’heure, ne tarda pas à arriver. Et quand il entra dans l’agence, Rebecca avait le cœur qui battait la chamade. Elle se leva pour l'accueillir, un peu tendue et ses mains tremblaient un tout petit peu, mais elle s’en aperçut rapidement et lui tendit la main pour le saluer. Le contact entre les deux était établi, comme si le Destin en personne les avait enfin réunis, mais loin de moi l’idée de vous dire que cela n’allait pas être de tout repos pour nos deux tourtereaux. Car comme vous le savez déjà Andres allait se marier dans un an. Comment allaient-ils faire pour se dépatouiller de ce pétrin, en sachant que ce jour-là, Andres avait compris, au regard du comportement de Rebecca, qu’elle était tombée amoureuse depuis leur première rencontre dans le jardin botanique. Il se mit alors à l’observer attentivement afin de jauger les risques encourus. Il partit de l’agence avec l’idée qu’il n’avait peut-être pas trouvé le véritable bonheur avec Samantha, il était en train de douter de ses propres sentiments. Mais il fallait croire que la vie était cruelle et que sa fiancée, n’allait pas se laisser voler son mariage comme ça par une quadra dont la beauté était, malheureusement, en déclin, Rebecca n’allait pas lui faire peur. Cela dit, Andres partit avec un léger sourire en coin. Visiblement, le charme de Rebecca avait tout de même opéré. Ils avaient échangé durant une bonne heure en parlant de tout et de rien et durant le trajet pour aller à Arcachon, Rebecca avait, elle aussi, le sourire aux lèvres, rêveuse.
« L’amour propre ».
On dit souvent : “tu es l’amour de ma vie !”, mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’il ne faut jamais impliquer sa vie dans une relation, au grand risque d’y laisser des plumes. Et Samantha était en plein dedans, elle ne jurait que par sa relation avec Andrès et ne pensait plus qu’à sa future maison, son futur mariage, elle était folle amoureuse, mais en ce moment, elle ne pensait plus qu’à sa propre personne, au détriment de l’amour et quand ça devient comme ça, l’amour n’est déjà plus là et ne laisser place qu’a de la dépendance affective.
Car l’amour c’est “briller ensemble” et cela implique personnellement de briller ensemble. Et ce matin-ci, son futur mari ne l’avait pas embrassé comme à l’accoutumé et semblait perdu dans ses pensées. Elle se posa alors mille suppositions : qu’ai-je fais de mal ? Pourquoi ne m’a-t-il pas embrassé ? Ça y est, il ne m’aime plus ? Les questionnements fusèrent durant toute la matinée. Andres était plutôt distant aujourd’hui et ce depuis qu’il avait échangé avec Rebecca. Et elle ne tarda pas à le faire savoir. Ce fut au moment du déjeuner qu’elle avait lancé la discussion. Ils se fâchèrent. Andres partit de leur maison pour se changer les idées, Samantha l’avait usé et il n’aimait pas sentir emprisonné dans une tour d’ivoire et en ce moment, il ne voulait plus que la revoir…
“Les premiers sentiments amoureux”.
Le jour même. Rebecca reçut l’appel d’Andres alors qu’elle était en train de faire ses affaires pour aller manger au restaurant avec Anne son employée. Il était environ treize heures, lorsqu’elle vit son nom affiché sur le téléphone, elle se mit à paniquer. Elle répondit et apparemment, il voulait passer du temps avec elle. Ils se retrouvèrent vers seize heures au jardin public, sur le même banc où elle l’avait vu la première fois. Rebecca ne savait plus où donner de la tête, au plus profond d’elle, elle jubilait. Son moral était en train de remonter en flèche et elle en avait bien besoin.
Elle passa en express chez elle pour se changer car en plein mois d'août de cette année, il faisait très chaud. Elle laissa tomber son short et sa chemise pour se doucher. Pendant sa toilette, elle était si contente, qu’elle s’était mise à chanter, enfin et pas comme une star non plus, mais suffisamment pour en faire rire plus d’un. Une fois sortie, elle se posait mille questions, elle aussi, pour savoir ce qu’il voulait lui dire. Puis ce fut en se maquillant devant son miroir, qu’elle avait pensé à peu près ceci ; s’il faut, il veut la quitter… Elle balaya cette pensée aussi fugace qu’elle se passait du mascara. Elle se hâta, car l’heure passait à toute vitesse. Déjà quinze heures ! se dit-elle. Faut que je me dépêche, je vais être à la bourre.
Elle enfila une robe corail Naf-Naf, mit de ses plus beaux escarpins et partit à la hâte. Tout contente, son allure était vive et assurée. Elle arriva au parc avec cinq minutes d’avance. Et puis, il arriva vêtu d’un short bleu et d’une petite chemise blanche bien centrée, il était petit, certes, mais beau garçon, ses cheveux ondulés portés par une légère brise, lui donnait à ce moment-ci, encore plus de charme. Et ce fut tout à cet instant qu’il se croisèrent du regard. Les deux sourirent longuement avant de se parler. Finalement, Andres lui avait confié ses problèmes de couple sans forcément lui soumettre ses pensées dirigées vers elle.
Mais Rebecca avait compris qu’elle ne l’avait pas laissé indifférent. Il ne se quittèrent qu’en début de soirée. Il se serrèrent la main, sans aller à faire la bise, l’entente, pour le moment, était cordiale. En partant, dans la tête de Rebecca, une pensée amoureuse s’était alors installée. Et il fallait croire que c’était pareil du côté d’Andres, car il avait l’air pensif et le regard rêveur.
“Aimer sans principe de raison”.
Rebecca et Andres se fréquentaient déjà depuis quelques semaines. Ils se voyaient en catimini et dans un petit village médiéval à quarante-cinq minutes de Bordeaux, à Saint Macaire, pour ne pas éveiller de soupçon de sa femme. C’était surtout le choix et l’idée d’Andres de se retrouver dans ce village qu’il connaissait bien, car il y avait passé toute son enfance, chez ses grands-parents. Enfin loin de l’argent, loin des influences de ses parents, de son frère et de ses sœurs. En effet, ses parents avaient eu trois enfants avant de l’avoir adopté et même s’ils s'entendaient bien avec, leur éducation les avait poussés à devenir superficiels et toujours en quête de bonnes affaires. J’ai compris, il y bien longtemps que l’argent est une source de corruption, disait-il à Rebecca, alors qu’ils se promenaient en bas des remparts de la cité.
Ils marchaient lentement sur l’herbe jaunie par le temps et profitaient de ce week-end ensoleillé. Pour une fois, la chaleur n’était pas aussi écrasante que ces deux derniers mois. Il confia à Rebecca le fait qu’il était en train d’avoir des sentiments pour elle. Elle le rassura en lui disant que c'était partagé. Ils se retrouvèrent sur l’ancien camping de Saint Macaire et se posèrent sur un banc qui se situait à proximité d’un ancien lavoir.
Ce matin-ci, il faisait bon vivre et certaines personnes promenaient leur chien, quant aux autres plus locaux s'étaient reposés sous les arbres et profitaient de leur ombre en jouant à la pétanque. Des enfants jouaient ça et là, des vélos passaient, les chiens aboyaient, les oiseaux chantaient, le vent était léger et frais, mais nos amis ne tardaient pas, car la faim les avait pris de cours. Mais ils ne voulaient pas manger au restaurant. Alors ils partirent dans le bourg pour s’acheter un petit sandwich. Une chose simple, efficace et peu sophistiquée, à leur image. Et même si tous deux avaient de l’argent, il ne voulait en abuser et cette remarque avait beaucoup plu à Andres dont la fortune personnelle s’élevait à quelques millions d’euros.
Pour manger, ils s’étaient posés sur un banc, en plein cœur de l’allée des tilleuls dont les effluves étaient fantastiques à proximité d’un restaurant au nom du Médiéval. Puis un homme discret était en train de les scruter, sortit un appareil photo et partit sans qu'ils ne le remarquent… Qui était-il ?
Enfin revenue chez elle, Rebecca était aux anges, quant à Andres, il retrouva sa femme pour diner… Samantha savait qu’il était en train de changer, mais elle n’avait rien dit ce soir, simplement préparé de quoi faire un bon repas.
Elle était éprise par relation, mais aussi prise de doutes… et ça la faisait souffrir intérieurement. Cependant, elle n’avait pas dit son dernier mot et comptait récupérer son cœur et son amour à n’importe quel prix. Et pour cela, Samantha allait mettre les bouchées doubles.
L’amour était au rendez-vous et cela se ressentait dans la vie de Rebecca. Elle décida d’aller voir les Pauline pour lui parler de sa relation secrète avec l’un de ses clients, histoire de se confier et pour voir ce qu’elle pourrait lui dire…
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