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📖 L'artiste Peintre ✍️ NM.L 📝 1076 mots

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La veille, je m’étais pris la tête avec deux autres membres qui clamaient que Séverin avait assez duré. Qu’il fallait qu’il cède sa place. Chacun de nous mécénait des artistes. Certains étaient brillants, et une fois dans leur papier, on pouvait aller loin. C’était le pouvoir que les membres de mon club cherchaient.

La capitale aimait les arts. Devenez mécène d’un ou d’une prodige et toutes les portes s’ouvriront.

— Je vois. Ce n’est pas une grande surprise. Combien de fois t’ai-je prévenu sur tes fréquentations ? Tu voulais avoir raison. Ce sont des profiteurs.

Elle pressa sa main sur ma joue.

— Tu es trop bon. Fais-moi le plaisir de les quitter.

— C’est déjà fait. J’ai barré mon nom du registre. Je n’y remettrai plus les pieds. Maintenant, il me faut envoyer une lettre à Lucinda pour qu'elle prévienne son frère sur une possible nouvelle catastrophe. Où qu’il se soit terré, elle saura le contacter. Séverin ne mérite pas tant de haine.

Séverin changeait souvent d’atelier. Il n’aimait pas rester au même endroit trop longtemps. Je ne savais pas si c’était un besoin de mouvement ou la peur qu’on puisse savoir où le trouver.

— Mon Ludwig, je sais combien tu as mal lorsqu’il s’agit de lui. Je sais combien il te manque. Combien tu en es encore amoureux.

Elle savait tout depuis toujours. Elle n’avait pas apprécié mon mariage avec Lomdélia en sachant ma vérité. Elle avait eu pitié de cette femme que j’avais prise pour épouse, que j’avais fait devenir mère, que j’avais enfermée dans un couple sans amour.

— Tu n’imagines pas ce que j’ai envie de leur faire.

— Oh ! Si. Très bien. Et je te conjure de ne pas faire de bêtises. Si tu veux te changer les idées, viens donc au salon que propose Lananette tous les jeudis. Elle y organise des goûters, et expose deux à trois artistes par semaine. Jeudi qui arrive, nous rencontrerons une potière qui commence à se faire un nom dans le domaine, et un jeune peintre. Il y a toujours du beau monde là-bas. Elle serait ravie de te compter parmi ses visiteurs. Puis il y a Vadigue, un amateur d’art et un grand admirateur de Séverin. Je vous présenterai et je suis sûr que les minutes écoulées feront le reste. Deux admirateurs de Séverin parlant de ses œuvres ça vaut le coup d’œil. Et puis, il est très joli garçon.

Elle me fit un clin d’œil en essuyant une larme qui coulait sur ma joue. Je ne retenais pas mes émotions quand il s’agissait de Séverin.

— On s’inquiète pour toi. On s’est toujours inquiété depuis l’histoire du cordonnier.

Elle sortit de son sac une invitation et me la mit entre les mains.

— J’y penserai, dis-je seulement.

— Ludwig.                                                                      

Sa voix était plus lourde avec une pointe de réconfort.

— Séverin sait se défendre. Il n’a plus dix-huit ans et il n’est plus possédé. Il sait ce qu’il attire autour de lui. Il n’est pas impressionnable. Il ne l’est plus.

Je hochais la tête. Mary-Lou m’enlaça.

— Quant à mon cher neveu, il comprendra un jour qui tu es et ce que la vie a fait endurer à ton cœur. Il saura pourquoi tu mets tant de murs entre toi et les autres.

— Je le sais. Il est un homme intelligent, mais ce n’est pas vraiment son incompréhension qui me mine en le regardant.

— Je sais à quoi tu penses. Moi aussi j’ai peur pour lui. J’ai toujours une vive pensée pour lui lorsque je lis le journal. Mais il a choisi ce métier et nous savons pourquoi. Il s’en sortira. Tout ira bien, mon frère.

— Je ne sais pas.

Je quittais ma sœur d’un baiser sur la joue, avec la promesse que je me rendrais au salon qu’organisait Lananette.

Je bifurquai au carrefour et poursuivis mon chemin.

La criminalité faisait le balancier. Je n’avais pour seule inquiétude, l’avenir de Landry. Agent était un métier dangereux. Aussi bien physiquement que psychologiquement. Serait-il toujours droit ? Ou bien le perdrai-je un jour ?

Je me dirigeais dans mon quartier, le regard sur des Dragoulés errants. Une espèce à cheval entre le dragon-nain et le serpent. Encore une mode vite passée, qui laissait des innocents livrés à eux-mêmes. Est-ce que les gens se prendront un jour par la main ? Pauvre créature. Sans les soins qui sont dû à leur espèce, ils mourront à la tombée de la saison froide. Malheureusement, je ne pouvais me permettre d’en accueillir un autre dans mon foyer. Et ça m’arrachait le cœur. Leur visage. Leur expression. Leur désespoir.  Ma petite Dally avait elle aussi eu pitié. Seulement la pitié ne pouvait pas toujours sauver. Les âmes généreuses ne pouvaient se permettre d’en accueillir plus. Alors, parfois, sur un trottoir, un Dragoulé se mourrait, par la faim, par la soif, par le désespoir.

En entrant chez moi – la moitié du premier étage d’un appartement –, j’ouvris doucement la porte de la chambre de mon fils. Landry dormait, le Dragoulé sur ses jambes. Il m’arrivait souvent d’entrer dans sa chambre et de le regarder dans son cocon de sommeil. Quoi qu’il puisse arriver, il était toujours mon petit garçon. Il dormait.

Je m’enfermais dans mon bureau. J’y écrivis une longue lettre à Séverin. Dans l’après-midi, je la glisserai dans la boîte aux lettres de sa sœur, Lucinda. Elle la lui donnerait.  

Quand je l’eus terminé, je m’approchai à grand pas de ma grande bibliothèque et appuyai sur un motif. Une porte secrète s’ouvrit sur les ténèbres. J’écoutais la vie dans le reste de la maison. Je n’en pouvais plus des rires de ma femme et de mes filles dans le salon. Comment y parvenaient-elles ?  Alors que mon cœur souffrait toujours malgré les années qui passaient.

Je n’avais qu’une seule envie, me perdre dans mon passé. Celui où aucun d’eux n’existait. Je les aimais, mais j’aimais plus encore Séverin. Je concevais mon horreur.

La porte se referma en me laissant dans un monde rien qu’à moi. 

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