Chapitre 5 : Sergueï 1/2

📖 L'artiste Peintre ✍️ NM.L 📝 1052 mots

J’avais tenté plusieurs fois de prendre possession d’un corps. La pratique avait mis du temps, mais aujourd’hui, je pouvais rester moins de deux minutes dans certains corps. Hélas ce n’était jamais assez pour que je puisse m’évader de l’académie. Je ne parvenais jamais à dépasser ses maudits murs. Les corps que je possédais étaient toujours trop éloignés de la sortie. Pourtant, je manigançais follement pour les posséder au bon moment. J’usais de mal chance. 

Errer était devenu ma marche quotidienne. Encore à trainer dans les couloirs vide, je tombai sur l’un des concierges. Il était là depuis peu de temps, et son caractère doux en faisait un hôte idéal. Plus que doux, il était inoffensif, presque inexistant. Il me ressemblait dans sa façon de marcher nonchalamment dans l’académie. Personne n’y prêtait attention. 

Je me concentrai comme lorsque j’essayais de faire bouger un objet. La pratique était moins compliquée que de posséder un corps mais toujours un travail fatiguant. Je perdais beaucoup d’énergie. Je mettais parfois des semaines à m’en remettre. 

Je m’approchais de Richa, c’était son nom, et je fis corps avec lui. Mon âme prenait ses dimensions et faisait reculer la sienne dans un coin reculer dans son esprit. La sensation n’était jamais la même selon l’hôte. L’intérieur du corps de Richa était givrant. Si froid, que je me demandais comment il parvenait à faire un pas sans greloter. 

J’observais le hall avec ses yeux. Les couleurs étaient plus clairs au fond de ses prunelles. J’avançai. Il ne me repoussa pas. Il se laissa guider. 

Porter un corps était si lourd. Je m’adossai au mur, sachant que j’étais bien loin d’une possible sortie. En face de moi un miroir, comme il y en avait partout dans l’académie. Je me regardais longuement avant de donner du souffle à mon pouvoir. Je n’avais que très peu de temps, mais une envie me mordait l’esprit depuis si longtemps. Et maffois, je n’étais plus novice dans le maniement de mon art. Je retrouvai des capacités. Bien que faiblardes, elles étaient toujours là, captives de mon existence d’âme errante, rattachées à mon destin. 

En créant un dahlia noir et brumeux, je fis apparaitre le monde des rêves, j’avais envie d’épier l’homme qui avait volé mon corps. À peine j’eus prononcé son nom que son visage - mon visage – apparut derrière le miroir. Ieugres. Ça m’étonnait toujours de le trouver dans ce monde où seule les être capable de sommeil pouvait se perdre. 

Ieugres savait dormir. Il savait même rêver. J’aurai voulu le rejoindre dans son rêve, mais je n’avais pas assez de force pour franchir ce monde-là. 

Le lien n’était finalement pas brisé comme je l’avais longtemps imaginé. Nous faisions toujours parti de l’autre. Mais voilà, à cette distance, dans un corps qui n’était pas le mien et sachant que mon double était plus coriace qu’un humain ordinaire, je savais la possession impossible. Je ne m’y tentais pas de toute façon, je ne pouvais pas entrer dans le miroir, mes pouvoirs étaient encore trop déséquilibrés. Mais j’étais conscient que Ïeugres me ressentait. Est-ce que ça l’amènerait jusqu’à moi ? 

Une vive douleur me contraint à fuir le corps de mon hôte. Richa reprit de son énergie et m’éjecta. Si j’avais un jour envie de partir, il me faudrait un hôte bien particulier. Un qui ne voulait plus vivre ou bien un capable de partager son corps. Un medium. Et les sorciers, soit se cachés, soit été traqué. Les personnes de mon calibre n’existeraient bientôt plus.  Dans la conscience populaire, nous commencions à n’être que des légendes, des histoires. On cherchait la logique à tout. La magie n’avait plus son mot à dire. Les années l’évinçaient. 

Richa toucha sa poitrine, les sourcils froncés. J’aurais voulu avoir le temps de bien me placer en lui pour espérer sortir. 

Encore, murmura-t-il. 

Il regarda autour de lui. Je souris. Il me cherchait. Et pour cause, depuis des années, une rumeur racontait qu’un fantôme hantait l’opéra et l’académie. On parlait d’un élève, mais moi je n’en étais plus un. 

En abandonnant, Richa, je me rendis dans l’aile sud. L’après-midi le soleil jouait avec les vitraux. Et les couleurs contre les murs devenaient un spectacle merveilleux. 

Assis sur l’un des bancs qui longeaient les couloirs, dans le hall sud de l’académie, je cherchais un intérêt à la beauté que l’on ignorait. Plusieurs élèves étaient passé devant le spectacle des vitraux, sans même en apprécier l’instant. J’imaginais qu’à force de passer encore et encore devant le même spectacle, on était moins réceptif à sa beauté. Ce qui n’était pas mon cas. Je la voyais plus énigmatique de jour en jour. 

Je tournais la tête vers l’escalier qui menait au bureau de la directrice. Une jeune fille, chargée d’un grand rectangle en papier marron à semi rigide, observait la beauté des murs. Sa bouche légèrement entrouverte et l’éclat admiratif dans son regard, me fit croire ce à quoi je venais de penser. À force de côtoyer la beauté, on finissait par la banaliser. Elle, était nouvelle. Elle se laissait submerger par la richesse du décor. 

Au milieu de l’escalier, la livreuse resta encore un moment statique, avant de croiser mon regard. Elle me fixa un instant avant de reporter ses yeux  vers les moulures au plafond. 

Je souris de surprise, sans illusion. 

Sa charge devait être la commande de la directrice. Une nouvelle peinture.

Je me levai et montai l’escaliers, passant devant la jeune fille, encore contemplative des vitraux. Elle s’était penchée et avait tendu sa main devant elle. Ses doigts était un arc-en-ciel de couleur. Des tâches de peinture. Elle devait être une apprentie peinteresse. 

Dans sa contemplation, la jeune fille sembla insensible à mes ondes que beaucoup pouvait ressentir. Les expressions sereines changeaient drastiquement lorsque j’étais dans le secteur. Parfois, ce n’était qu’un frisson qui traversait l’échine.

Je la dépassai et disparaissais derrière la plaque en bois de la porte. 

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