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Tae sortit une bonbonnière de son tiroir et commença à manger des petites confiseries. Elle ressemblait à des cristaux. De là où je me tenais, on aurait dit qu’il broyait des pierres précieuses.
— Je ne sais pas pour toi, mais ça fait beaucoup de pupilles pour des hommes de petite bourgeoisie. Je me suis informé auprès du frère de la dernière victime. Ils ne s’entendaient pas très bien. Une dispute s’est déclarée pendant un repas de famille à propos d’un concours. Un concours qui a été remporté par un ancien élève de Séverin Morias, attisant quelques jalousies. On dirait qu’on avance, mon petit. Demain, je me rendrai chez ce Morias. Il se pourrait qu’on en apprenne plus. Aujourd’hui, chaque membre de ce club encore vivant aura un agent pour sa sécurité. Je pense qu’un admirateur secret du peintre a une dent contre ces messieurs. Mais la question est pourquoi ? Qu’ont-ils fait ?
Depuis que nous avions compris que les membres du club étaient visés, l’inspecteur les faisait convoquer à tour de rôle. D’abord, pour établir une logique, puis, pour déduire la culpabilité. Pour ceux qu’ils avaient déjà vus, ils avaient deviné instinctivement qu’un secret reliait chacun.
— Un agent leur sera assigné aujourd’hui. Cela déterminera si l’un d’eux agit étrangement. Par ailleurs, cela permettra de les protéger si le tueur est extérieur au groupe.
— Je surveille mon père de près. Je n’oublie pas qu’il s’est battu avec trois de ses types.
— Je ne crois pas votre père capable de tuer. Vous m’avez dressé un portrait qui ne correspond pas à ce que je cherche. Nous lui attribuerions une surveillance, mais ce ne sera pas vous, Landry. Bien que je me demande si votre père a de quoi s’inquiéter. Il ne fait plus partie de ce club.
— Il semblerait que non.
— Hum…
— Avez-vous des soupçons ?
— Je n’ai encore rien de probant. Tenez-vous sur vos gardes. Le tueur est un obsessionnel. Les interrogatoires nous en apprendront plus. Je verrai votre père bientôt. Je crois qu’il a une réponse à me confier.
Je restais silencieux. J’avais caché une information à Tae sur mon père.
— Tu es dans un tel dilemme, Landry, s’amusa Tae en gobant un nouveau cristal en sucrerie. Si tu continues à peser le pour et le contre, tu vas finir par te faire exploser la cervelle et je n’ai pas envie de nettoyer de la cervelle sur les murs de notre bureau.
Lui dire. Pourquoi je tergiversais ? Si je me taisais, qu’est-ce que cela impliquerait ?
— Peut-être n’est-ce qu’une coïncidence, mais mon père a des troubles du sommeil. Dans le temps, il criait un prénom. Celui d’un certain Séverin. Ce pourrait-il qu'il s’agisse de ce Morias ? Je ne sais pas ce que ça vaut, mais les bagarres… Je ne crois pas mon père capable de se battre pour rien. Le tueur semble imiter ce Maître peintre. Est-ce que les victimes se sont, de près ou de loin, mises ce Séverin à dos ?
— Pas de conclusions hâtives, Landry. Mais il est probable que votre père devra se confier. Je suis navré, mais je vais t’écarter des interrogatoires. Tu m’assisteras s’il y a encore des cadavres, pour le reste je m’en charge. Je ne te demande qu’une chose, démêle mes méninges. Ce sera déjà un bon travail.
— Si vous pensez que c’est pour le mieux, alors je ne ferai pas d’histoires.
Il me tendit une confiserie que j’acceptais.
Sur la langue, elle éveillait quelque chose d’enfoui en moi. Un enfant rieur.
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