I.2 - Adulescent… paraît-il
Septembre 1999. Bastien, 22 ans.
Bastien
Je vois Loreleï régulièrement. On profite de la vie parisienne. On a fait la Nuit du Zapping et une Gloubiboulga night. Soirée à base de dessins animés des années 80, à beugler des génériques et se goinfrer de bonbons. Vingt-deux ans et déjà nostalgiques. J’ai rencontré ses nouveaux potes : sympas. On a été au Louvre et au musée d’histoire naturelle. Je suis un garçon cultivé.
Et surtout — surtout ! — je l’ai invitée à Disneyland. Elle a essayé de résister : « Walt Disney a collaboré pendant (truc dont j’ai oublié le nom, faites vos recherches) ! Blabla capitalisme ! Blablabla massacre culturel ! » C’est dur d’être ami avec une gauchiste quand on est centriste. Mais je reste ferme sur mes valeurs de compromis. Je l’entends presque hurler : « La neutralité sert toujours l’oppresseur ! » Je suis un saint. Ou masochiste. Ses râleries ont pris fin en descendant du RER, au moment où elle a vu le château de la Belle au Bois Dormant. On n’était même pas encore dans le parc. Le soir, elle est ressortie avec les yeux qui brillaient et une tasse Winnie l’Ourson. Moi ? J’ai été raisonnable. Un pull Tigrou, une tasse Mickey, une peluche Winnie, une casquette Fantasia (j’avais oublié la mienne), des stylos, des chaussons Panpan, un art book et du Toblerone géant. Deux en fait. Mais on en a boulotté un sur le retour, ça compte pas.
On a arrêté de sortir ensemble. Je ne sais pas si je regrette ou si je suis soulagé. Elle a dit qu’on s’empêchait de grandir. Parfois, la Loreleï de mon lit me manque. Mais c’est vrai que nous, c’était un peu bâtard. D’un côté, j’avais l’impression d’être le roi du pétrole, avec une femme à Paris et la liberté à Bordeaux. D’un autre… Bref.
Parfois, j'ai l'impression d'être passé au second plan. Même quand je suis là, elle passe du temps à discuter avec des gens sur des forums ou MSN. Alors je rouspète, elle dit « Attends, j'en ai pour cing minutes ! » et une heure plus tard, on sort enfin.
À Bordeaux, je trace ma route. Tranquille.
J’ai été soulagé quand Marion est partie avec son chat. Petit pincement quand même quand elle a claqué la porte : elle avait un beau cul. Avec Aurélie, c’était sérieux. Je lui ai offert un exemplaire dédicacé de Loisel. Mais bon, j’avais pas spécialement envie que ça continue non plus.
J’ai pas le temps de m’ennuyer. J’ai un emploi-jeune à Lormont : responsable de l’espace jeunesse à la médiathèque. Et je prépare des concours de la fonction publique territoriale. Vive l’âge adulte. Youpi.
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