Chapitre 22

📖 Les ailes fanées [en cours] ✍️ lampertcity 📝 1648 mots

Écrit en écoutant notamment : ASYS x Kai Tracid — Africa (Afro Acid Mix)

— Je veux bien, dit simplement Jakub. 

Alban sentit une vague voluptueuse l’envelopper. C’était si différent des fois où il avait ramené des quasi-inconnus chez lui uniquement pour s’amuser, ou pour satisfaire sa frustration, avec du recul. Souvent, le soulagement était bref : il incitait seulement à recommencer quelques semaines plus tard, en changeant d’amant.

Jakub et lui n’avaient partagé que quelques heures ensemble, ils s’étaient embrassés en se limitant à des caresses sur le torse et les cuisses, mais ce garçon s’était déjà hissé tout en haut de son palmarès ; enfin non, il était hors-catégorie. Alban espérait secrètement que leur première fois sublime ses sentiments, qu’il ne regrette pas aussitôt une relation précipitée. 

Il regagna l’intérieur du supermarché, suivi de son amoureux. Il ramassa son sac de courses, paya son dû, puis ils se mirent silencieusement en chemin. Jakub avait l’air d’un oiseau blessé qu’il fallait soigner pour qu’il reprenne des forces. Son pas était fatigué, ses épaules tombantes empêchaient sa belle carrure de briller. 

— Tu as eu quelle note à notre projet ? demanda-t-il soudain. 

La question parut totalement absurde à Alban. Pourquoi ce détail après un baiser aussi intense ? En y pensant, il était vrai que ce sujet avait animé leurs dernières conversations au printemps. Jakub ne voulait sûrement pas entamer une discussion d’envergure métaphysique au milieu de l’agitation de la ville. Alban s’abstint de le questionner sur l’état de son blouson, et encore plus de demander pourquoi il ne lui avait resté qu’une malheureuse poignée de piécettes pour régler ses courses. Il n’avait jamais imaginé qu’on puisse ressentir à la fois une profonde euphorie et une inquiétude si vive. De toute évidence, Jakub n’avait pas choisi cette situation. 

— Les profs ont été sympathiques, dit Alban. Ils m’ont mis dix-neuf. 

— C’est bon pour l’échange que tu visais, non ?

—  Ça m’aidera un peu, j’imagine… Les résultats d’affectation tomberont dans deux semaines. J’espère Saint-Pétersbourg, sinon Stockholm en deuxième recours. 

— Je croise les doigts pour toi ! Je sais que tu mérites ton premier choix. 

Au moment où ils arrivèrent en bas de la résidence, Jakub l’arrêta et lui caressa le bras.

— Tu es vraiment très beau. Tout à l’heure, à la fac, je n’ai vu que toi, au milieu des autres.

— Tu y étais ? Quand ça ? 

— Ce matin. 

Alban le guida jusqu’à son appartement. Il ouvrit la porte et déroula son habituelle présentation. 

— Et pour terminer, voici la salle de bain. Tu veux prendre une douche ? 

— Ouais. J’en meurs d’envie. 

— Tu as faim ?

— Je peux attendre ce soir. 

Jakub se mit simplement de dos et se dévêtit. Sa musculature était bâtie pour courir, sauter, pousser : au-dessus de ses cuisses ciselées et de ses fesses galbées, son dos se creusait et se redéployait en largeur dans une parfaite ondulation. Il ne lui restait plus qu’à tourner sa tête par-dessus l’épaule pour jouer la version masculine de la Vénus callipyge. Alban en resta bouche bée plusieurs secondes après qu’il eut refermé la porte de la salle de bains derrière lui. En tendant le bras, il aurait pu poser sa main sur le creux de ses reins. Une des phrases de Jakub lui revint en tête : « J’aime bien laisser l’autre me faire l’amour ». Il avait été très surpris, ayant imaginé Jakub comme un pur actif au lit. En quelques secondes, il se sentit très à l’étroit dans son pantalon.

En fait, je ne sais même pas si j’oserais lui faire l’amour, tellement il est beau.  

Alban récupéra un carnet de dessin dissimulé derrière la rangée de romans de son armoire. Celui-ci était assez différent. S’il adorait dessiner des oiseaux, il lui arrivait aussi de prendre des garçons comme modèle. Souvent torse-nu, de dos ou de profil, parfois en tenue d’Adam. Il aimait dessiner des muscles fins, représenter des visages rayonnants de charme ; en somme, de parfaits éphèbes qui n’existaient qu’à l’état d’anomalie statistique dans le monde réel. Il rougit en parcourant des croquis plus explicites : ses modèles se retrouvaient alors sur le dos, offerts, leurs yeux étaient empreints de désir, d’appréhension, leurs cheveux se trouvaient tout ébouriffés. Sur d’autres, c’était le contraire, il usait d’une contre-plongée pour révéler une stature intimidante, il dessinait des visages impatients de posséder son corps. 

Sur une page vierge, il copia la vision splendide offerte par Jakub. Il traça les angles, les courbes, les dégradés, sans la moindre hésitation. Le ruissellement continu provenant de la douche le rassurait et l’inspirait. 

Il finit une minute avant que le bruit s’interrompe. 

— Alban ? Par hasard, tu aurais un t-shirt un peu large ? Je n’ai absolument rien sur moi. 

— Euh… peut-être une tenue de sport… 

Au niveau de la taille, il y avait moins de cinq centimètres d’écart, mais avec leurs vingt-cinq kilos de différence, il serait quand même à l’étroit. Il lui glissa les affaires dans l'entrebâillement de la porte et attendit le verdict.

— Merci… Ça ira le temps que j’en récupère d’autres chez moi. 

Alban gloussa en voyant Jakub avancer vers lui dans des vêtements devenus particulièrement moulants. Le short prêté dessinait assez précisément ses attributs masculins. 

— Il y a quand même moyen que je remette mon jogging, dit-il. Sinon, tu ne vas pas arrêter de mater. 

Alban rougit tout de suite ; il ne pouvait nier l’évidence.

— Quand tu dis rien, c’est vraiment rien ? 

— Absolument. Pas de téléphone, ni de porte-feuille, juste moi et la tenue que j’ai portée quarante-huit heures. 

— On t’a tout volé ? 

— Non non… je t’expliquerai tout à l’heure. 

— Comment tu vas faire ? Tes parents sont au courant ?

— Oh là, c’est vraiment pas le but. Par contre, je repasserai chez moi demain matin, pendant qu’ils travaillent tous les deux. Normalement, on a toujours une clé planquée dehors en cas de besoin. Il doit y avoir mon passeport, des habits, un peu de liquide et sûrement un vieux smartphone que je peux utiliser avec du wifi.  Je pense que ce sera suffisant pour quelques jours. 

— Pas bête ! Tu voudras que je t’accompagne ? Mes cours de demain ne sont pas trop importants. 

— Euh… c’est pas la peine. Je passerai aussi à la mairie de mon village pour demander à refaire mes autres papiers. Je ne veux pas t’embêter trop longtemps. 

Comment ça, pas trop longtemps ? paniqua Alban. 

— Tu peux rester chez moi le temps que tu veux ! J’ai même un matelas gonflable si le lit est trop étroit. D’après Matthias, il est moyennement confortable, mais je veux bien l’utiliser moi-même. 

— Merci. 

Les yeux de Jakub avaient changé. Son teint semblait rassuré. 

— Les derniers jours ont été difficiles ?

— Bah… j’ai traversé la France sans argent, dans le froid. Il y a mieux.

Il lui raconta tout. La discipline militaire, qu’il abhorrait, les quelques instants de gloire lors des épreuves sportives, l’escapade avec Antony. Il avoua sa relation express avec Théodore, car ça avait été l’élément déclencheur de sa fuite. Avec sang-froid, il détailla comment on lui avait fait comprendre que son homosexualité avait été découverte, et comment Antony avait tenté de le soumettre. Puis, non sans une certaine fierté, il raconta sa vengeance féroce et comment il s’était évadé. Il conclut sur les différentes villes traversées lors de son voyage. 

— Donc voilà, tu sais tout… Ça me fait du bien d’avoir un plan défini pour les prochains jours. Et je suis super heureux d’être avec toi. Ce matin, j’étais embourbé dans mes états d’âme. 

Il se rapprocha d’Alban, déposa sa main sur sa cuisse. 

— J’ai encore envie de t’embrasser, souffla-t-il. 

Le cœur d’Alban défaillit pour la énième fois de la journée. Il apposa sa main sur le cou de son amoureux et tendit ses lèvres vers les siennes. Maintenant qu'il était à sa portée, le récit de son voyage paraissait irréel ; toutes les péripéties racontées s'étaient mélangées dans un brouillard lointain. Il ne restait que la chance folle de l'avoir retrouvé.

Puis il s’abandonna, se laissant submerger par l’ardeur de Jakub. Il bascula sur le dos et se raidit de plaisir lorsqu’il lui embrassa le cou. Cette zone ne lui avait jamais provoqué un plaisir aussi dévorant auparavant. Il se sentait lui appartenir.

Soudain, les mains de Jakub attrapèrent fermement ses flancs. Ses doigts pétrirent sa peau, ses muscles, ils roulèrent contre ses côtes. C’était absolument divin. Alban ne put contenir des râles satisfaits.


💬 Commentaires 3

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qwed2001 • 2 semaines, 6 jours
On sent toute la tension et la tendresse entre Alban et Jakub,... Hâte de lire la suite
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lampertcity Auteur • 2 semaines, 6 jours
Merci :)
Tu auras noté que le morceau du jour a été produit par un certain Kai (ça m'a fait sourire quand je l'ai remarqué) !
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qwed2001 • 2 semaines, 6 jours
J'y ai pensé... 😉
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