Chapitre 23

📖 Les ailes fanées [en cours] ✍️ lampertcity 📝 1389 mots

Écrit en écoutant notamment : Onlynumbers — Love Hate Love Hate


Il se laissa caresser de longues minutes. Jakub était vraiment doué : ses mains ne quittaient jamais sa peau, elles glissaient, pressaient, accrochaient, elles virevoltaient d’une zone érogène à l’autre. Était-ce aussi le plaisir de l’avoir retrouvé qui décuplait ses sensations ? Celui que leur relation aux prémices avortées renaisse au moment où il en avait le plus besoin ?

Sa réflexion cessa lorsqu’il sentit le souffle de Jakub sur son cou, puis directement devant ses lèvres.

— Tu veux bien monter sur moi ? dit ce dernier. 

Jakub s’allongea à son tour sur le dos.

— Viens, assieds-toi là, ajouta-t-il. 

Alban chercha la position la plus confortable. Il finit à califourchon sur le bassin de son amant. Celui-ci n’avait pour l’instant retiré que le haut. Son torse était tout aussi beau de face. Ses pectoraux étaient larges mais pas trop épais, piqués d’un duvet clair et ras. Avec ses doigts, Alban partit du sillon central, et traça le contour des muscles jusqu’au creux de ses épaules, là où les poils devenaient plus fournis. L’odeur délicate du parfum de son gel douche l'interpella. Ces effluves étaient bien plus agréables : Jakub n’avait pas menti sur ses deux jours sans douche ; même ses vêtements s’étaient retrouvés imprégnés d’un mélange d’odeurs de sueur, de saleté parisienne... et d’herbe. Il lui faudrait poser des questions complémentaires sur ce dernier point.

Alban imita sa précédente initiative et vint embrasser son cou en espérant lui procurer tout autant de plaisir. Alors qu’il était occupé à sa tâche, Jakub souleva le t-shirt clair qu’il avait gardé sous sa chemise. 

— Putain, ce corps ! T’es aussi parfait que dans mon souvenir, dit-il. 

— Euh, merci. Toi aussi. 

Alban ne pouvait se défaire de la drôle impression que ses compliments sonnaient creux, que sa voix se cassait en manquant de fluidité et de désir. Jakub, lui, avait toujours ce timbre indéfinissable… comme si ses paroles passaient par un vocodeur, qu’elles étaient lissées et résonnaient à une fréquence parfaite. Selon le moment, c’était apaisant ou bien excessivement excitant et pénétrant. 

Alban se recula en cherchant une position plus agréable. Il se cala contre les cuisses relevées de Jakub et sentit en même temps son érection sous lui. La chaleur voyagea instantanément jusqu’à son visage. Il dut rougir encore plus en imaginant la forme, la couleur, les proportions du sexe de son Jakub. 

Les yeux de ce dernier s’étaient enfiévrés d’un coup, comme lors des secondes ayant précédé leur premier baiser, mais en plus intense. Soudain, la clarté d’un rayon de soleil embrasa la pièce. Les contrastes de son visage se creusèrent, ses iris dévoilèrent leurs centaines de fuseaux et de grains intriqués qui formaient un camaïeu de vert. Ses lèvres montraient les stigmates d'une exposition au froid prolongée, ce qui n’avait en rien altéré leur goût délicat. Elles frémirent, comme si Jakub cherchait des mots précis. Puis il se lança : 

— J’ai envie de plus, toi aussi ?

— Euh… je ne sais pas si c’est le meilleur moment.

Un éclair de surprise traversa les yeux de Jakub. Comme souvent, Alban avait mal formulé sa pensée. Un comble quand on passe ses journées à suivre la logique implacable des quantificateurs mathématiques. 

— Je suis super chaud, mais je me demande si on ne brûlerait pas quelques étapes malgré tout, se corrigea-t-il. 

Jakub se redressa. Il poussa d’une main et l’autre vint se déposer sur la clavicule d’Alban. Ils s’installèrent côte à côte, comme deux amis, si ce n’était que leurs cuisses se touchaient et que leurs pieds jouaient à se frôler. 

— Moi, je te trouve terriblement beau, dit Jakub. Il m’est déjà arrivé de me forcer pour une relation d’une fois, mais là, c’est différent. J’ai juste envie de toi, je me sens bien et confiant quand je te vois. Si tu ressens la même chose, il n’y aucune raison de se priver. 

Alban opina. La capacité de Jakub à être naturel et pragmatique dans ses réflexions était toujours aussi fascinante, il savait amener à la perfection ces moments de transition. Cette empathie était assurément une forme d’intelligence qui lui plaisait. 

— Tu as raison. Et je me retrouve totalement dans tes sentiments. 

Le soleil chauffa encore plus fort et un sourire illumina Jakub. L’après-midi serait beau.

— T’as des capotes ? demanda Alban. 

Il n’eut même pas le temps de se rendre compte de sa bourde que Jakub partit dans un fou rire. Le gars était déjà miraculeusement arrivé jusqu’à Montpellier avec trois francs six sous.

— Je suis trop con, excuse-moi ! C’était un réflexe. 

— C’est surtout qu’il en faut à ta taille… 

Effectivement, il faudrait qu’il endosse la position d’actif. Il avait déjà expérimenté le plaisir de ce côté-là, mais la pratique remontait à plus d’un an. 

Et aujourd’hui, ce ne sera pas avec n’importe quel mec !

Il se leva, à la recherche d’une boîte de préservatifs. Pas dans le tiroir de la table de chevet, pas plus dans son dressing. Il était prêt à ressortir dehors pour en acheter quand son regard fut frappé par un reflet bleuté au niveau de son matériel de dessin. Il vérifia la date limite sur le paquet : encore deux ans, ouf ! Il revint vers Jakub comme s’il avait déniché un trésor précieux et l’emmena vers son lit. 

— Ah mince, attends, je reviens avec le lubrifiant. Là, je sais où il est. 

Il récupéra aussi une serviette de bain. 

— Pour ne pas salir les draps, énonça-t-il devant le regard étonné de Jakub.

— T’es super prévoyant, en fait. Bon, vire-moi tout ça à côté. Pour l’instant, je veux juste découvrir… tu sais quoi. 

Alban observa Jakub défaire la ceinture de son chino avec un objectif très net. Sa main tira fermement le vêtement, il le glissa le long de ses jambes et Alban l’aida au niveau de ses chevilles. 

— Waouh, c’est comme je l’imaginais ! s’écria Jakub. 

Il caressa la proéminence qui s’étendait depuis le milieu du boxer noir d’Alban presque jusqu’au rebord de ses hanches étroites. 

— Mais c’est la taille de ma main ! Tu ne m’avais pas prévenu de ça ! 

— Ah non… enfin, quand même pas. C’est surtout le contraste avec ma silhouette… D’ailleurs, toi, je peux aussi ? 

— Bien sûr. 

Alban descendit en même temps le short et le caleçon qu’il lui avait prêtés. Il contempla plusieurs secondes ce tableau des plus harmonieux : des abdominaux fins et secs, les deux lignes qui se creusaient et se rejoignaient au niveau d’une toison foncée. En dessous, le marqueur de sa masculinité, raide et strié par l’afflux sanguin. 

Ils se serrèrent l’un contre l’autre sur les quatre-vingt-dix centimètres du matelas. Comme il était gaucher, Alban se mit à droite. Dans cette position, ils pouvaient continuer à s’embrasser en laissant libre cours à l’exploration de leurs mains. Alban ressentait les mouvements de Jakub au plus profond de son corps, il se contractait et se détendait successivement en surfant sur les vagues de plaisir. 

Il se souvint du moment exact où pour la première fois, la veille de ses dix-sept ans, la main d’un garçon s’était glissée sous son boxer. Si cette découverte avait logiquement fait des étincelles, il s’émerveilla de retrouver ce feu avec Jakub.


💬 Commentaires 4

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qwed2001 • 2 semaines, 1 jour
Très sensuel...
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lampertcity Auteur • 2 semaines, 1 jour
Merci :))
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robert_dubois • 2 semaines, 4 jours
J'admire tes efforts d'introduire un peu de cul dans ton texte. C'est méritant, le porno gay est moins varié que le porno hétéro.

Un truc à bannir, ce sont les métaphores, comme ici "le marqueur de la masculinité" (tu as du l'inventer, celui-là !). Le roi du roman porno, Esparbec, prône le degré zéro de l'écriture, les mots employés ne doivent pas distraire l'attention du lecteur.

Voici ce qu'en dire Wikipedia (rubrique Esparbec). Le style vise la transparence : le regard du lecteur doit le traverser sans s’y arrêter comme celui d’un voyeur derrière un miroir sans tain. Cette écriture neutre, behaviouriste bannit le vocabulaire « spécialisé » des années 1970 et 1980 (cyprine, pieu, mandrin, chibre, fentine, turgescent, flaccide — pour flasque, etc.) ou celui des pornos de sex-shop (actuellement repris par certains auteurs féminins dans des récits soi-disant scandaleux), mais aussi, l’ennemi no 1 : la métaphore, et tout ce qui l’accompagne : les « trouvailles », les mots d’auteur, les « effets de style », les joliesses narcissiques. Si le lecteur remarque que le livre est « bien écrit », c’est raté : il ne regarde plus, il lit. Je me bats donc avec tous les débutants contre la tentation de « faire joli », ou de se regarder écrire. L’auteur de porno doit s’effacer devant ce qu’il raconte.
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lampertcity Auteur • 2 semaines, 4 jours modifié
Le problème majeur dans les scènes érotiques gays, c'est surtout qu'il y a trop de "il" ! C'est parfois difficile de faire comprendre de quel protagoniste il est question sans écrire mil fois les prénoms !
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