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Lui, est-il sur la liste ?
Dans ce temps du futur
Où la peur tue la foi,
Priez pour qu’il existe !
Pour que dans l’Âge Obscur
L’Œil ne soit pas LA loi !
Quelques rayons de soleil enflamment le sous-bois. Les feuilles rousses réchauffent le sol et les troncs d’arbres reprennent un peu de vitalité avant leur hibernation. L’hiver s’annonce et prévient que la nourriture se fera plus rare. Je ne crains pas les nuits gelées. Je sais par expérience qu’elles ne seront qu’exceptionnelles, mais, les jours plus courts, les frondaisons clairsemées, feront fuir les pêcheurs, et ils sont l’une de mes principales sources de ravitaillement.
Je m’engage entre les futaies, en direction de la rivière, espérant y retrouver l’une de mes connaissances et grappiller ainsi de quoi me sustenter. Les arbres sont jeunes et la forêt entretenue. Nous ne sommes pas très loin d’une cité. Pour donner l’illusion d’une population végétale conséquente, des fûts à section carrée ont été plantés parmi les vrais troncs. Du bois mort de recyclage. Le bois est redevenu précieux et l’on rend à la forêt les corps meurtris par l’usage de la civilisation. Parait-il qu’il fut un temps où le bois était brûlé ! De nos jours, une telle action entrainerait la mort immédiate de son auteur. L’œil est partout, qui veille…
Aujourd’hui, ils sont trois. Paul et Jack sont assis sur la berge, surveillant un fil au bout duquel s’agite un leurre coloré. Ils restent silencieux. La pêche est une occupation qui exige beaucoup d’attention, peu de paroles et pas de pensées. C’est l’une des rares activités qui conviennent parfaitement à l’extérieur et à la morale de l’œil. Le troisième, Guy, est assis en retrait sur une couverture, en train de déjeuner. Il me fait signe d’approcher. Nous n’échangeons pas un mot et c’est tout juste si les deux pêcheurs se détournent en signe de reconnaissance. Guy me tend un fruit et un pain à peine cuit. Il sait ce dont j’ai besoin et me propose ce qu’il a, de manière directe, sans heurter ma fierté. Je m’assois à ses pieds et prends ce qu’il m’offre en le remerciant d’un simple hochement de tête. Je commence immédiatement à manger.
J’ai à peine terminé que l’œil est sur nous ! Je le sens - ou l’entends - arriver une seconde avant de le voir. Les autres ont compris. Tout le monde se fige. Nous faisons le vide dans notre tête et je me roule aux pieds de Guy comme un animal. Je ne suis plus rien d’autre qu’un chien. Ne pas avoir peur, ne pas se rebeller, ne pas penser. Ne pas être. Et peut-être que je ne paraitrai pas suspect à l’œil…
Comme d’habitude, la sonde, intriguée, s’arrête au-dessus de moi. Je sais déjà qu’elle analyse la forme : je dois être un humain. Elle ne me connait pas : elle ne m’a pas encore étiqueté. Alors, elle décide de sonder. Je la sens percer dans mon crâne. Je n’ai plus qu’une pensée que j’efface aussitôt. Je dois être transparent. Et même cette volonté de transparence ne doit pas transparaitre. Elle ne trouve que le vide. Pas de connaissances, pas de nom, pas de fil logique à suivre. Pas de sentiment de culpabilité, pas de honte, pas de remords, pas de sentiment pour quoi que ce soit. Comme d’habitude, elle s’attarde un peu plus en moi que dans les autres. Mais, comme d’habitude, son inspection se retire sans avoir réussi à me cataloguer. Elle s’éloigne rassurée par notre innocuité. Mes compagnons reprennent leur souffle.
Je ne sais pourquoi ils me protègent. Mais je sais que je peux avoir confiance en eux. Jusqu’au jour où l’un d’entre nous dérapera… En attendant, ils m’accordent une importance dont je ne saisis pas la portée et prennent le risque de me couvrir. Et c’est cette prise de risque qui me fait prendre conscience que ma vie a une valeur.
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