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📖 L'œil ✍️ vis9vies 📝 1288 mots

Je ne me rappelle plus mon nom. Eux, m’appellent « Kid ». Je dois donc être relativement jeune, mais à force de vouloir tout oublier, j’ai aussi perdu mon âge et mon identité. Je me souviens, comme on se souvient d’un souvenir rapporté par un tiers, d’avoir vécu mes premières années dans la cité. Je me souviens d'avoir vu les femmes qui cherchaient à me protéger se faire pulvériser sous mes yeux par l’œil. Les femmes sont des cibles vulnérables pour ces sondes maudites ! Peut-être parce que plus fragiles émotionnellement. J’ai assez vite appris à ne plus exister dès qu’une sonde entrait dans mon champ de vision. Pour les sondes, j’étais devenu quantité négligeable et elles ont peu à peu oublié de me pister. 

Je me rappelle m’être enfui vers les quartiers déshérités. À l’école, le professeur m’avait demandé de le suivre après les cours. D’autres enfants avaient disparu peu de temps après avoir posé trop de questions. Et moi aussi, les derniers temps, j’avais posé des questions ennuyeuses… Alors, j’ai eu peur. Une peur irrationnelle qui m’a fait courir jusque dans ces endroits où je n’avais jamais mis les pieds tant ceux que je côtoyais les évitaient ! J’ai réussi à me cacher quelques jours, puis j’ai pris la décision d’aller dans l’extérieur. L’extérieur de la cité. 

J’ai eu de la chance. Je ne connaissais rien de l’extérieur. Personne n’en parlait. Des bruits couraient que certaines personnes avaient le droit de s’y rendre, mais nul n’en connaissait personnellement. Il fallait une autorisation que quiconque de sensé se gardait bien de demander. On disait que, là-bas, les contrôles étaient systématiques et qu’aucun écart n’était toléré. Aller dans l’extérieur était une légende urbaine. On était sûr de ne pas en revenir. 

J’ai eu de la chance car, le jour où j’ai décidé de quitter le quartier des déshérités, une tempête s’est levée. Une vraie tempête, avec un ciel où les enfers avaient élu domicile, et un vent d’apocalypse ! Quitte à mourir, c’était un bon jour pour en finir ! Je ne le savais pas, mais les sondes sont perturbées par ce genre de manifestation climatique. Elles se font balayer et ne peuvent se déplacer correctement. Elles se montrent donc très discrètes ces jours-là. Surtout hors de la cité. 

J’ai facilement passé les remparts. Il y a plein de trous que personne ne répare ni n’utilise. Tout simplement parce que ça ne sert à rien. Avec l’œil comme chien de garde, la cité est bien surveillée ! Puis j’ai couru droit devant moi, avec la peur collée à mes fesses. Sous une pluie qui fouettait comme de la grêle. Je n’avais jamais couru aussi vite ni aussi longtemps ! 

J’étais persuadé qu’une sonde allait me pulvériser à chaque seconde ! Il fallait être inconscient pour se lancer dans pareille entreprise : l’espace dégagé entre la cité et les bois lointains est une plaine immense ! Avec la pluie et le vent qui me cinglaient, je ne me suis même pas rendu compte que j’avais passé les premières collines et que la cité avait disparu derrière moi ! Je me suis écroulé dès les premiers arbres rencontrés. J’ai repris mon souffle et poursuivis ma fuite, tout en restant à couvert sous le feuillage. 

Dans la forêt, j’étais désorienté. Je ne trouvais aucun repère et j’avançais à l’aveuglette. Je me suis arrêté pour réfléchir. Continuer sans but risquait de me renvoyer vers mon point de départ et c’était bien la dernière erreur à commettre ! Autour de moi, il n’y avait que des arbres qui ne se différenciaient pas les uns des autres. Seul le sol me paraissait être une référence. J’ai décidé de me diriger vers les points hauts. À chaque sommet de colline, je repérais un autre point haut et reprenais ma course vers cette nouvelle direction. C’est comme cela, presque à la tombée de la nuit, que je suis tombé sur les hors-la-loi. 

La côte était abrupte et je grimpais en m’aidant des mains, tout en pensant qu’il devenait urgent de trouver un abri pour la nuit. J’avais entendu dire qu’il existait des animaux dans l’extérieur. J’ignorais s’ils étaient dangereux, mais j’étais persuadé qu’ils n’étaient pas mes ennemis les plus effrayants. Les sondes étaient autrement plus redoutables ! Il y avait beaucoup d’énormes rochers gris affleurant et je me disais qu’une anfractuosité suffisamment large ferait l’affaire. Lors d’une pause, lorsque mon regard a parcouru les monticules de pierres, il s’est bloqué quelques mètres plus haut, sur les deux hommes qui m’observaient. Je m’attendais si peu à rencontrer des humains que j’en suis resté interdit. L’un d’eux s’est approché en me tendant la main. Ma première réaction a été de dévaler la pente. Il a été plus rapide que moi et m’a rattrapé. Il m’a rassuré, mais de toute façon j’étais à bout. Je l’ai suivi sans plus de résistance. 

Un tunnel avait été creusé à flanc de coteau qui s’enfonçait loin à l’intérieur. On tombait ensuite sur une lourde porte blindée dont il fallait avoir la clé pour continuer. Derrière cette porte, se trouvait un vaste complexe souterrain. Des couloirs démesurés, des escaliers à n’en plus finir, des salles immenses avec des plafonds hors de portée. Or, dans ces salles, ces couloirs, il n’y avait rien. Rien qu’un grand vide qui résonnait au moindre bruit. Du vide et des lumières blafardes qui ne s’éteignaient jamais, mais qui permettaient de se déplacer dans une semi obscurité. Ce fut mon refuge durant toutes ces dernières années. 

Peu à peu, j’appris à me débrouiller seul. J’étais le plus jeune. Dans la cité, il y avait peu d’enfants et guère plus de femmes. Ici, j’étais le seul enfant et je n’y ai jamais rencontré de femme. Nous n’étions pas beaucoup. Je crois qu’une année nous avons atteint le record de sept réfugiés. La durée de vie des occupants était faible. Certains tenaient quatre ou cinq ans. Pratiquement jamais plus. L’œil finissait par les avoir sous nos yeux, et la désintégration violente éclairait la salle comme en plein jour. C’était à chaque fois un coup de poignard dans notre rébellion, et cela nous rendait petit à petit plus vulnérables aux inspections. 

L’œil n’entrait pas de lui-même, mais si l’un des occupants « pensait trop fort », il le repérait et s’infiltrait à travers les murs. Personne n’a pu m’expliquer comment il faisait. Peut-être passait-il par les circuits de ventilation ou remontait-il par les évacuations ? Peut-être avait-il la faculté de déplacer la matière ? Nul n’avait les plans du complexe et, privés de lumière, nous ne pouvions pas vraiment explorer. À l’intérieur, il régnait une température constante et nous étions à l’abri des intempéries. Il faisait frais l’été et relativement chaud l’hiver. Mais rien ne nous protégeait des sondes… 

De l’intérieur, il existait un second tunnel qui menait à une cité toute proche. Nous pouvions ainsi nous ravitailler sans avoir à nous exposer pour franchir les étendues désertiques qui entouraient les remparts. Cette cité n’était pas celle qui m’avait vu grandir, mais mes nombreuses excursions m’apprirent à m’y repérer. Je crois que toutes les cités sont bâties sur le même modèle. On y trouve des quartiers aisés, bien exposés, des quartiers propres près des quartiers aisés et les quartiers des déshérités relégués loin du centre. L’un de mes mentors me montra comment dérober des objets sans éveiller les soupçons. Il disait que j’étais doué à ce petit jeu, et c’est vrai que j’ai rapporté quelques belles prises dont nous nous sommes tous régalés ! 


💬 Commentaires 11

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MacAroni • 4 jours, 1 heure
À ce stade de l'histoire, on a bien sûr envie de connaître la suite et ce serait très dommage de la laisser en plan. Mais je m'inquiète pas, tu vas bien nous les pondre, la suite et la fin :)
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vis9vies Auteur • 3 jours, 22 heures
La suite et fin de la première partie, oui, elle attend simplement la fin du défi ^^
Pour les autres parties, faudra être patient ^^
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Anne-C. • 5 jours, 19 heures
Sauf erreur, il me semble que tu l'avais déjà publié sur Scribay. Il va vraiment falloir que mesdames disponibilité et volonté te prennent par la main et t'incitent à poursuivre. Je suis loin d'être férue de SF, mais là j'aimerais bien savoir ce qu'est devenu le gamin qui nous raconte cette histoire.
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vis9vies Auteur • 5 jours, 19 heures
J'ai bien l'intention de finir de l'écrire, mais il faut que je retrouve mes notes ^^
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phillechat • 6 jours, 4 heures
Très bien écrit : bravo !
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vis9vies Auteur • 6 jours, 3 heures
Merci ^^
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Goupil • 6 jours, 14 heures
❤️❤️ Toujours passionnant...
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vis9vies Auteur • 6 jours, 14 heures
Zut ^^ Va falloir que je pousse les chapitres suivants ^^
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Goupil • 6 jours, 14 heures modifié
Prends ton temps et ponds-nous une merveille (Heu ! aucun rapport avec les gallinacées😁)❤️
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vis9vies Auteur • 6 jours, 14 heures
Une merveille, ça m'étonnerait beaucoup que ça y ressemble ^^ J'ai plutôt l'impression que ça sent l'énorme bâclage :D :D

Mais bon, le lecteur est roi, et c'était au départ destiné à un lectorat de pré-ados, alors je ne vais pas faire le difficile ^^
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Goupil • 6 jours, 13 heures
Ne doute jamais de toi... ❤️ Paroles d'un pré-ado plus vieux qu'il n'en a envie😁😁
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