Apparition
Je montai l’échelle qui menait à ma chambre, l’esprit encore embrumé des récents événements. L’annonce du sacristain avait interrompu nos retrouvailles et jeté un froid à notre table pourtant pleine de vie quelques minutes plus tôt. Nous mesurions tous la portée de la mort du Père Jacques ; non seulement nous le connaissions depuis notre naissance, mais il était aussi le dernier prêtre que le diocèse avait daigné assigner à la région.
Depuis des décennies, les évêques regroupaient les paroisses, fermaient les presbytères et administraient les campagnes depuis leurs bureaux des villes. Ce qui n’avait été, trois siècles plus tôt, qu’une réponse au manque de prêtres, était devenu la règle. Les clochers s’étaient tus les uns après les autres, et les derniers séminaires avaient fermé. Ceux qui voulaient encore devenir prêtres devaient partir vers les rares communautés qui subsistaient, à Paris ou au-delà des frontières, parfois jusqu’à quitter la France pour tenter de bâtir ailleurs ce qui n’avait plus sa place ici.
À cela s’étaient ajoutées les vieilles divisions de l’Église. Depuis les querelles liturgiques nées au lendemain du concile Vatican II, les catholiques s’étaient peu à peu éloignés les uns des autres. La Tradition peina à survivre aux décisions des papes et aux politiques toujours plus favorables à la laïcité, tandis que le rite ordinaire, à force de libertés prises avec la liturgie, finit par perdre son unité. L’Église elle-même avait cessé d’être véritablement universelle : à vouloir satisfaire toutes les sensibilités, elle était devenue le reflet des volontés des ceux qu’elle prétendait guider.
Pendant ce temps, dans nos campagnes, la foi s’effaçait sans bruit, et la pratique religieuse devint une habitude sociale.
On baptisait encore les enfants, on se mariait à l’église et, à Noël, les bancs retrouvaient un peu de leur ancienne foule. Le reste de l’année, seuls quelques vieillards et quelques touristes franchissaient encore les portes. Notre diocèse avait pu survivre quelques temps grâce à des prêtres venus d’Afrique, mais leurs propres églises avaient manqué d’hommes à leur tour. On avait cessé de nous en envoyer. Ils avaient bien assez à faire chez eux.
Ainsi, au fil des générations, notre vallée avait lutté pour conserver la messe dominicale.
Père Jacques était l’incarnation de ce combat.
Il était arrivé avant ma naissance et n’était jamais reparti. Pour nous, il n’était pas seulement le curé de la paroisse : il était devenu une présence aussi immuable que les sources du Lison.
En mourant, il emportait avec lui la dernière présence sacerdotale de la vallée.
Que va-t-on devenir… pensai-je, un sanglot dans la gorge.
Je remontai la couverture jusqu'à mon nez dans un vain espoir de me protéger des angoisses qui assaillaient mon esprit. Ce fut impossible. J’étais bien consciente de mon manque d’espérance et me culpabilisais de faillir aussi facilement, mais la situation était trop difficile. Mes pensées fusaient au rythme des minutes qui s’écoulaient, une somnolence s’emparant peu à peu de mon corps jusqu’à me plonger dans les méandres de mon âme. Les draps dans lesquels je m’étais emmêlée glissèrent du lit pour s’écraser sur une dalle de marbre froid, et les murs autour de moi blanchirent tandis qu’une rosace émergeait lentement du vitrail qui me faisait face. Je reconnus la petite église de mon village, qui offrait peu d’espace, mais dont la luminosité rehaussait les moindres ornements.
Père Jacques se tenait au milieu de la nef, habillé sa fidèle soutane noire, le regard braqué vers le tabernacle. La joie de le revoir inonda mon cœur, chassant toutes mes craintes. Je m’approchai alors de lui, demandant doucement :
— Mon Père ?
Il ne se tourna pas vers moi. Surprise par son manque de réaction, je tentai de lui toucher l’épaule, mais ma taille diminua soudainement, et j’eus l’impression de retrouver mon corps de petite fille. Je tirai le pan de son habit avec vigueur.
— Père Jacques, dis-je plus fort.
Enfin, il m’accorda un regard. Il me parut très grand de là où j’étais. Je cherchais à établir une interaction visuelle, mais compris qu’il ne me voyait pas vraiment ; dans le bleu de ses yeux s’ouvrait un vide insondable. J’eus la désagréable sensation d’être ignorée. Il était perdu entre deux mondes, présent physiquement avec moi dans cette église tandis que son esprit s’éloignait vers quelque chose qui nous dépassait. Dans une dernière tentative, je lui attrapai la jambe et m’y agrippai de toutes mes forces pour ne plus le quitter. Les larmes montèrent, et des sanglots d’enfant jaillirent de mes lèvres, comme ceux d’une petite fille implorant la présence d’un père.
Soudain, il glissa ses mains sous mes bras, me souleva et me porta jusqu’à l’autel. Il me déposa à ses côtés et s’agenouilla face à la présence réelle. Cette brutalité, pourtant pleine de douceur dans l’intention, m’ébranla. Je m’agenouillai à mon tour pour observer l’hostie entourée de fins rayons d’or. Mes genoux devinrent rapidement douloureux.
— Mon Père… pourquoi faut-il se mettre à genoux devant ce petit rond ? demandai-je.
Je ne savais pourquoi j’avais prononcé ces mots. Non seulement j’en connaissais la raison, mais elle avait du sens pour moi. Je me rappelai alors avoir prononcé cette phrase à l’âge de sept ans, juste avant de faire ma première communion.
— Ce petit rond, c’est Jésus notre Sauveur, répondit-il simplement.
— Mais j’ai mal…
— Crois-tu qu’Il se plaignait, lorsqu’Il souffrait le martyre sur la croix ?
Je n’osais imaginer ce qu’Il avait enduré. Alors je joignis les mains, levai les yeux et cherchai désespérément, en cette divine présence, un signe de vie. Un geste de réconfort. Peut-être même une main tendue, telle une arche, qui relierait nos deux âmes en peine afin de leur permettre de se retrouver au-delà du fleuve de leurs maux. Il souffrait de mon manque d’amour, tandis que moi, je subissais l’idée que l’on me vole le peu qu’il me restait de Lui. Pouvoir Le contempler grâce à ce tout petit bout de pain, telle était ma joie de jeune femme, à l’aube de mes vingt ans.
Une larme brûlante naquit au coin de mon oeil. Elle ne s’écoula pas. Je la retenais de toutes mes forces, mais ma vision se troubla peu à peu ; à travers le voile de mon chagrin apparut alors, dans un halo de lumière, l’ostensoir en lévitation. Le corps du Christ rayonnait de blancheur, tandis qu’en son cœur perlait une goutte de sang. Je fus prise d’un frisson d’effroi.
— Oh, mon Père ! m’écriai-je en me réfugiant contre lui. Qui a bien pu Lui faire ça ?
— N’aie pas peur, murmura-t-il en me prenant par les épaules.
— Quels criminels…
— Toi. Moi. Nous lui avons tous fait ça.
Au moment où mes larmes roulèrent le long de mes joues, la perle pourpre glissa de l’ostensoir et tâcha la nappe de l’autel.
— Il va mourir ! gémis-je.
— Il est déjà mort, me dit le vieil homme. Il le sera toujours, quelque part.
Le temps s’arrêta. Père Jacques avait quitté les marches de l’autel pour se mettre devant moi, l’hostie sanglante dans la main.
— Le corps du Christ, déclara-t-il.
Plus il l’approchait de mon visage, plus mon corps se tendait. Cette vision d’un Jésus en sang, défiguré, je la rejetais. Je n’étais pas prête à affronter cette violence. Toute ma vie, on m’avait entourée de douceur, on m’avait protégée du mal. C’était impossible pour moi de concevoir que notre propre créateur, le Tout-Puissant, était passé par les pires épreuves de la condition humaine.
Et que j’allais les connaître aussi.
Au moment où l’hostie frôla ma langue, je me réveillai en sursaut dans mon lit. Tremblante, j’allumai instinctivement ma lampe de chevet pour chasser les dernières images de mon rêve qui se dissipaient dans la pénombre.
Quel cauchemar…
Le réveil indiquait six heures du matin. J’essuyai vivement mon front couvert de sueur, mes joues trempées de larmes, puis sortis de mon lit. La lumière du jour commençait à se laisser deviner à travers les rideaux de ma fenêtre. Je n’étais plus fatiguée. Je pris la décision de m’habiller et d’aller marcher dehors pour me changer les idées. Mon corps tremblait encore au contact de mes vêtements, que j’eus grand mal à enfiler.
J’ai besoin de prendre un bon bol d’air frais, voilà tout.
Je descendis les escaliers le plus discrètement possible pour ne pas réveiller ma famille. Lorsque j’ouvris la porte d’entrée, un vent frais, presque froid, vint me caresser la figure, comme pour me réconforter de la vision d’horreur qui avait gâché mon sommeil. L’orage avait fait des dégâts ; il avait tellement plu que des multitudes de ruisseaux serpentaient entre les graviers de la cour. Les feuilles des arbres étaient tombées par centaines, jaunissant dans les hautes herbes d’été qui n’avaient pas encore été coupées. Je troquai alors mes sandales contre des bottes de pluie, bien embêtée de devoir à nouveau enfermer mes pieds. Je décrochai le premier pull en laine qui traînait sur le porte-manteau, nattai grossièrement mes cheveux et m’engouffrai dans la lumière naissante du jour. Je rentrai les poings dans mes manches, frémissante. Je repensai à notre soirée d’hier. Au choc que j’avais ressenti en comprenant que je serai privée de Jésus. Au désarroi qui avait progressivement envahi le visage de mon père après nous avoir raconté l’histoire de Notre Dame de Nans avec tant d’enthousiasme.
Je retins mes larmes, émue par cette pensée. Sans vraiment savoir pourquoi, je pensai au Creux Billard. À son gouffre enfoui sous les arbres, au murmure de ses eaux souterraines. J’y avais toujours trouvé une forme de paix, comme si le monde, là-bas, ralentissait un peu. Les cascades devaient déjà déborder des falaises à l’heure qu’il était. Peut-être même que je pouvais trouver un moyen de réparer les capteurs de papa. Cela valait le coup d’aller jeter un oeil. Je longeai l’écurie depuis laquelle mon pauvre cheval m’implorait du regard. Bien que l’envie de l’emmener avec moi me tentait, je baissai la tête et rejoignis le sentier qui longeait la forêt. Il faisait encore sombre, mais à l’horizon, les ténèbres commençaient doucement à pâlir. L’automne pointait le bout de son nez, je le sentais à l’odeur de l’humidité qui imprégnait l’air. À travers les branches détrempées, j’aperçus bientôt le modeste laboratoire de mon père.
Il fallait connaître l’endroit pour savoir qu’il s’agissait seulement du réceptacle de tout un monde invisible. Car l’essentiel se trouvait sous terre.
Je ralentis en passant devant.
Sous ces bâtiments s’étendait tout un réseau de galeries que j’avais parcourues enfant avec ma famille. Je me souvenais encore de l’odeur de pierre mouillée, du froid qui saisissait la peau dès les premiers mètres et du grondement sourd de l’eau qui circulait dans les profondeurs.
Je jetai un coup d’œil aux petits boîtiers fixés contre la paroi. L’un des voyants était allumé. Je fronçai les sourcils. Hier encore, papa s'inquiétait de l'absence de signal. L’orage l’avait probablement rétabli. Je posai le doigt contre l'écran, pensant à un faux contact, mais les chiffres ne bougèrent pas ; tout fonctionnait bien. Je poursuivis mon chemin sans m’interroger davantage. À mesure que je m'enfonçais dans la forêt, le mugissement des cascades s’intensifia. L'orage avait gonflé la source du Lison ; elle dévalait les pentes en filets furieux, arrachant des feuilles mortes et de petits morceaux de terre. Mes bottes s'enfonçaient dans la boue à chaque pas. Je regrettai presque de ne pas avoir pris Cicéron. Le sentier s'élargit enfin pour laisser le Creux Billard apparaître entre les arbres. Il était exactement comme je l’avais laissé la veille, et pourtant, une sensation de malaise s’emparait de moi en m’approchant.
Je n'entendais rien.
Le grondement de l'eau avait disparu. Je tournai la tête. Les ruisseaux coulaient pourtant toujours, et les couronnes d’arbres bruissaient dans le souffle du vent. Je m'approchai lentement, de plus en plus inquiète. Le gouffre s'ouvrait devant moi comme une bouche immense. L'eau s'y engouffrait d'ordinaire avec une telle violence que je devais presque crier pour m'entendre parler. Cette fois, le silence était absolu.
Que se passe-t-il ?
Je m'avançai jusqu'à la paroi. C'est alors que je remarquai le capteur de température fixé à la roche. Son voyant clignotait.
Une fois.
Deux fois.
Puis il s'éteignit.
Je reculai d’un pas.
— Papa ?
Aucune réponse. Je levai la tête et regardai tout autour de moi ; j'étais seule. Je posai alors la main contre la roche humide. Elle était glacée. Une pensée me traversa d’une violence inattendue.
Notre Dame de Nans.
Je retirai aussitôt ma main et secouai la tête.
— C'est une légende.
Au moment où je m'apprêtais à m’enfoncer dans les cavités, une branche craqua derrière moi. Je me retournai brusquement, prête à prendre mes jambes à mon cou. Il s’agissait seulement d’un merle en quête de nourriture. Je soufflai, presque honteuse de ma peur, avant de me retourner vers la falaise. Je cessai alors de respirer.
La fissure était là.
Je la connaissais depuis mon enfance. Je l'avais explorée des dizaines de fois. Je savais exactement à quoi ressemblait cette portion de roche. Elle avait toujours été vide, jusqu’à cet instant précis ; quelque chose brillait désormais dans la cavité. Je fis quelques pas hasardeux avant de sentir mon souffle se perdre contre la pierre. Une petite silhouette blanche reposait au fond de la fissure. Je portai mes deux mains à ma bouche.
Non.
Ce n'était pas possible.
La statuette de Notre Dame de Nans était revenue. Je restai immobile, incapable de comprendre ce que mes yeux me montraient. Peut-être que papa l'avait trouvée. Peut-être qu'il me faisait une plaisanterie. Peut-être qu'un collectionneur l'avait découverte quelque part et... Non. Je connaissais cette statue. Je connaissais les photographies anciennes conservées dans les archives du village. C'était elle. Je tendis la main. Mes doigts effleurèrent la pierre, et une chaleur douce parcourut ma paume. Je la retirai vivement ; la chaleur disparut. Je serrai les lèvres et, dans un désir immodéré de la posséder, je l’attrapai et la renfermai au creux de mes mains. Elle était devenue froide. Je me mis à trembler.
— Je deviens folle.
Une larme coula sur ma joue. Je ne savais pas pourquoi. Peut-être parce que, depuis la mort de Père Jacques, j'avais l'impression qu'une porte venait de se refermer sur toute ma vie. Mon cas était devenu désespéré. Maintenant, cette petite Vierge réapparaissait dans la roche, exactement comme mon père l'avait raconté la veille, alors qu’elle n’avait pas été vue depuis des siècles.
Je tombai à genoux.
— Si Vous êtes vraiment là...
Je ne trouvai rien d'autre à dire. Alors je pleurai. Je pleurai pour tous ceux qui avaient grandi avec la certitude que Dieu habiterait toujours l’âme de la France et qui assistaient, génération après génération, à leur pays qui s’effondrait. Je baissai la tête.
— Je ne veux pas que ça disparaisse.
Ma voix se brisa.
— Je ne veux pas perdre tout ça.
Une goutte tomba de la paroi. J’appuyai la statuette contre mon cœur de peur qu’elle ne disparût. La roche se mit à luire d’une lumière douce, comme si elle en gardait la clarté en son sein. Je fermai les yeux.
Ce n'est que la lumière du matin.
— Aloïse.
Je me figeai. Personne ne m'appelait jamais ainsi à part maman. Je rouvris les yeux et m’exclamai :
— Maman ?
Aucune réponse.
— Aloïse.
Cette fois, la voix était plus proche. Je regardai la statuette. Ses lèvres n'avaient pas bougé. Je me mis à trembler.
— Qui êtes-vous ?
— Celle que tu as cherchée sans le savoir.
Je ne comprenais pas. Je voulus me relever, mais mes jambes refusèrent de m'obéir. La lumière se refléta dans les gouttes d'eau suspendues à la paroi.
— J'ai entendu ta souffrance.
Les paroles de Père Jacques me revinrent avec une précision terrible.
Il est déjà mort.
— Tu étais son enfant. Il t’aimait, me dit-elle tendrement. Maintenant, tu dois maintenir l’héritage qu’il t’a transmis.
La voix n'était ni forte ni douce. Elle s’écoulait au rythme de l’eau qui glissait le long de la paroi. Comme si elle ne venait pas de la roche, mais d'un endroit où le temps n'existait plus. Je vis alors deux pieds s’avancer vers moi sur un tapis de roses. Je n’osais relever la tête, trop choquée par ce qui était en train de m’arriver.
— Chaque fois que je suis venue, j’ai espéré vous voir… dis-je à mi-voix. Comment est-ce possible ?
— Tu as été choisie par le Seigneur, Aloïse. Il vient toujours en temps et en heure, peut être de façon inattendue pour chacun. Mais Il est là. Et tu as un grand rôle dans Ses plans.
Je secouai la tête.
— Je ne suis pas assez forte.
— Non.
Le mot me surprit.
— Tu n'es pas assez forte.
La lumière s'intensifia.
— C'est pourquoi tu ne partiras pas seule.
— Partir ? Où dois-je aller ?
La réponse vint aussitôt.
— À Paris.
Mon cœur se serra. La ville où Laetitia étudiait, que je ne connaissais qu'à travers les récits, les images et les rares conversations de mes sœurs.
— Tu dois y rencontrer quelqu’un de très important, poursuivit-elle.
Je restai immobile et, comme suspendue à ses paroles, je demandai du bout des lèvres :
— Qui ?
Deux mains, douces comme de la soie, enveloppèrent les miennes. Il m’était toujours impossible de lever les yeux. L’une était brûlante, l’autre glaciale. Ce mélange de sensations m’arracha un long frisson. Je clignai des yeux, soudain gagnée de fatigue. Les derniers mots de la Mère du ciel résonnèrent dans la cavité tandis que je me sentais tomber en arrière :
Celui qui rendra à la France la mémoire de mon Fils.
Un cri me sortit de mon sommeil. Lorsque j’ouvris les yeux, je tombai sur mon père, à genoux, qui me tenait dans ses bras. J’étais à moitié allongée au bord de la source, dans un lit de feuilles craquelées, mon pull en laine gorgé d’eau. Les paupières battantes, je peinai à répondre au second appel de mon père tant mes membres étaient engourdis.
— Tu as perdu la tête ? Dormir ici après cet orage ? Et les crues, tu y as pensé ? Tu aurais pu finir noyée !
Il était fou d’inquiétude. Peinée de l’avoir mis dans tous ses états, je me jetai à son cou, mon ruban s’échappant de mes cheveux en désordre. Je n’avais aucune idée de ce que je faisais ici, pourtant, une seule obsession me revenait en tête.
— Lison, tout va bien ? s’enquit-il, pris au dépourvu.
— Papa…
Je marquai une pause, puis déclarai :
— Papa, je dois aller à Paris le plus vite possible.
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