La légende de Nans

📖 Lucis Eterne Splendor ✍️ libellule 📝 3591 mots

« J’ose le dire : dans l’état présent où est l’Europe, il n’est pas possible que la religion catholique y subsiste cinq cents ans. »

Montesquieu, Lettres Persanes (1721)

14 Août 2221

Des coups de sabots retentissaient à travers le jardin des Montcoeur depuis plusieurs minutes.

— Chérie, peux-tu t'occuper de ton cheval s'il te plaît ? s'écria la voix de ma mère depuis la cuisine.

Je courus jusqu'à la fenêtre de ma chambre et me penchai. Cicéron, mon mérens au tempérament ordinairement calme, avait passé la journée entière dans sa stalle, à l’abri de la chaleur du mois d’août. Il secoua la tête pour se défaire du licol qui le retenait au mur de l’écurie, en vain. Je sentais son impatience monter. Ses piaffements s’intensifièrent, au point de soulever un nuage de poussière autour de lui.

Soudain, il leva une oreille et s'immobilisa.

Je m’étais glissée le long du mur pour lui passer la selle et le sangler. Il me laissa le toucher sans broncher. Petite en taille, je n’avais pourtant aucune chance de le contraindre ; mais Cicéron n’obéissait qu’à moi. Je m’appuyai sur l’étrier et m’élançai en toute légèreté sur son dos, le drapé fleuri de ma jupe provoquant un bref courant d’air qui fendit l’air chaud. Assise en amazone, je relevai mes cheveux pour dégager ma nuque. Cet art de la posture se transmettait de mère en fille ; dans ma famille, être élégante en toutes circonstances était de rigueur. De plus, monter en jupe était très agréable en été.

Cicéron renâcla. J’étais bien la seule personne ici à savoir dompter ce vieux mérens. Je le connaissais depuis qu’il était tout petit, et j’avais appris à le débourrer avec l’aide de mes parents. Depuis, nous ne nous lassions jamais de partir en vadrouille, explorant les moindres recoins de la vallée.

Ni une, ni deux, je donnai un léger coup de talon à mon compagnon de route, qui m’emmena à petit trot hors du domaine familial. Nous traversâmes la grille et rejoignîmes un chemin de terre isolé du monde. Lorsque je montais à cheval, j’avais l’impression de voler. L’air s’engouffrait dans mes cheveux lourds et tournoyait dans les pans de ma jupe. Je passai la main dans le cou de mon cheval qui accéléra le pas. Je savais exactement quel sentier valait la peine d’être parcouru, quand raccourcir les rênes pour ralentir, où éviter la roche traîtresse sous la mousse ; les environs n’avaient pas de secrets pour moi. Je connaissais chaque contour qui formait les falaises, chaque entaille creusée par la pluie, mais surtout chaque galerie souterraine au creux de la roche calcaire. Car rien au monde ne me fascinait autant que la source du Lison, cœur battant du village de Nans-sous-Sainte-Anne. Son écoulement rythmait la vie des habitants, changeait de couleur et de débit en fonction des saisons, et s’insinuait dans les sillons des forêts telle une toile d’araignée méticuleusement tissée, jusqu’à s’épandre dans la vallée en reflets argentés.

Je ressentis un pincement au cœur au contact du cours d’eau. Née sous le prénom d’Aloïse, j’avais hérité du surnom de Lison, en hommage à la rivière pour laquelle j'éprouvais tant de fascination. À l’âge de quatre ans, alors que mes parents s’étaient momentanément détournés de moi, je tombai dans le courant et faillis y perdre la vie. Par un miracle inexpliqué, ils me retrouvèrent, trempée mais indemne, assise au bord de l’eau. Depuis ce jour, mon surnom s’imposait comme une évidence, tant la rivière paraissait s’être glissée jusque dans mon âme.

Une fois arrivée au belvédère des feuilles, je pris le temps de contempler la vue que je connaissais pourtant par cœur. Un vent tiède s’était abattu sur les collines, parcourant les arbres et les méandres du Lison à vive allure. Le ciel se couvrait.

— Un orage se prépare, murmurai-je. Rentrons, Cicéron.

Et, comme si ma vie en dépendait, je lançai mon cheval au triple galop, m’amusant à faire la course avec le ciel noir qui envahissait progressivement le paysage.

* * *

Qu'y avait-il de plus beau qu'un amas de nuages en pleine fusion avec les dernières lueurs rosées du soir ? Je me posais cette question en sortant de l'écurie, les mains couvertes d'une fine couche de poils après avoir caressé Cicéron. Le soleil tentait de se frayer un chemin à travers le peu d'espace qui lui restait, s'étalant en taches orangées sur le toit de ma maison. En la contournant, j'aperçus une voiture garée devant l'entrée. Le coffre était ouvert, rempli de bagages.

Marie !

J'accourus jusqu'à l'escalier orné de roses et montai jusqu'à la porte d'entrée. Je me maudissais d'avoir manqué l'arrivée de ma grande soeur et de son mari ; je les avais attendus avec impatience pendant tout l'été. La porte céda avec un léger grincement familier, et je pénétrai dans le couloir d'entrée. Je fus aussitôt enveloppée d'une ambiance particulière que seules possèdent les vieilles demeures de famille ; le café qui avait brûlé sur le feu, l'humidité du linge sorti de la machine et la poussière des meubles embaumait les lieux. Les murs étaient couverts de portraits d'ancêtres aux ports de tête altiers, dont les cadres dorés étincelaient faiblement dans les dernières lueurs du jour.

J'habitais ce genre de maison dont on ne savait pas très bien si elle appartenait encore au monde ou déjà au souvenir d'un temps révolu.

Au centre du couloir s'étirait le grand tapis persan rouge, légèrement usé en son milieu par des générations de pas. Sur une table bouillotte reposait un vase de porcelaine débordant de fleurs fraîchement coupées. Leur parfum se mêlait à une autre odeur, plus chaude, plus rassurante : celle du dîner qui mijotait quelque part dans la cuisine. Maman devait s'affairer aux fourneaux depuis des heures.

Un courant d'air traversa la maison. Les fenêtres ouvertes laissèrent entrer un vent tiède qui faisait frissonner les rideaux et frémir les feuilles des plantes posées en leurs recoins. Dehors, le ciel avait englouti le soleil ; l'orage gronda au loin. J'accélérai le pas, inquiète de traîner davantage dans l’obscurité. Je n'aimais pas les orages. Au bout, la porte du salon était entrouverte. Une lumière douce s'en échappait — celle des lampes déjà allumées malgré l'heure — et avec elle montaient des éclats de rire, ainsi que le tintement léger de verres que l'on pose sur une table. Mon cœur bondit : ils étaient bien là. La maison, qui m'avait semblé si calme une seconde plus tôt, s'était soudain remplie de vie.

Je poussai la porte entrouverte et mes yeux se posèrent instinctivement sur le couple au milieu du salon. Debout, ma soeur tenait son nourrisson au creux des bras. Il était habillé d'une petite salopette, le haut du crâne couvert d'un duvet brun. Mes autres soeurs formaient un cercle autour de lui, certaines se battant pour lui tenir le petit doigt, d'autres cherchant à le faire rire ou à presser ma sœur Marie de mille et une questions. Grégoire, son mari, s'installa dans un coin du canapé, laissant à la famille la joie de se réunir pour la première fois autour du nouveau-né.

- Marie ! m'exclamai-je en poussant la porte.

Mes soeurs se tournèrent vers moi. Elles se ressemblaient toutes, mais à mieux les connaître, on savait discerner en chacune cette petite particularité qui la distinguait des autres. Marie, ma soeur aînée, posa ses yeux cernés sur moi. J'eus de la peine à la reconnaître. L'accouchement avait modelé ses traits juvéniles en un visage marqué, celui d'une femme qui traversait un changement de vie dont je n'étais pas encore en mesure de saisir la portée. Je la respectais pour la féminité qu’elle adoptait sans artifice : non dans l’excès, mais dans un équilibre simple et vrai qui se déployait comme une évidence. Sa douceur n’excluait pas sa force, et sa fragilité, assumée sans honte, devenant la source même de sa puissance d'âme. Elle ne pouvait pas mieux guider notre fratrie. Laetitia, qui la suivait d’un an, resplendissait par son enthousiasme communicatif. Elle était la plus belle à mes yeux, une lumière vive illuminait son teint jusque dans le mouvement de ses boucles de cheveux lorsqu'elle riait. Cependant, un brin d’impulsivité venait nuancer son attitude solaire, la rendant, par là même, plus insaisissable ; je ne savais jamais ce qu'elle pensait, ou ce qu'elle ressentait au plus profond d'elle-même. Iphigénie, quant à elle, se tenait dans une discrétion presque silencieuse, loin de l’énergie débordante de Laetitia. Je l'entendais rarement prendre la parole, sauf lorsqu'elle le jugeait nécessaire. Elle était la douceur incarnée, cette présence à peine perceptible qui, dans toute la beauté de sa retenue, se démarquait des autres. Elle était celle à qui je me sentais le plus intimement liée, malgré l’écart d’âge qui nous séparait.

À elles trois, elles semblaient ne faire qu’une, comme de véritables triplées. Quant à moi, j’étais leur petite protégée, entourée de tendresse dès ma naissance.

— Bonjour ma Lison, dit Marie en me serrant avec son seul bras valide.

Pressée contre elle, je ris d'enfin retrouver ma soeur chérie. Elle m'embrassa la joue, puis afficha une moue déçue.

— Tu ne m'attendais pas à la grille comme d'habitude... Où étais-tu donc ?

— A cheval, voyons ! s'esclaffa Laetitia en me prenant par les épaules. Elle y passe ses journées depuis que maman a ramené Cicéron à l'écurie.

Mon regard s'était arrêté sur le bébé. Il n'avait rien d'un Montcoeur. Je jetai un coup d'oeil à Grégoire, mon beau-frère, qui me salua avec un grand sourire.

— Il a ton nez, lui dis-je alors, peu convaincue.

Marie éclata de rire. Grégoire afficha une mine offensée, puis releva le menton pour révéler ses meilleurs atouts.

— Je ne comprends pas, tu n'aimes pas mon magnifique profil ?

— Moi, je l'adore, le rassura Marie.

— Tu es charmant, je ne dis pas le contraire ! le détrompai-je en jouant avec le doigt de mon neveu. N’oublie pas que si tu es là, c'est uniquement parce que tu as obtenu l’approbation de trois filles avant de pouvoir épouser ma sœur, ajoutai-je avec un clin d'oeil.

— Comme c'est flatteur... dit-il, le nez plongé dans son journal.

— Eudes est vraiment adorable, conclus-je. Je peux le prendre, dis ? S'il te plaît ?

Marie accepta sans hésiter. Elle me confia son bébé avec une telle aisance que je ressentis aussitôt la responsabilité de le prendre avec soin, consciente de la délicatesse avec laquelle je devais le tenir.

— Oh qu'il est mignon ! m'extasiai-je, happée par les yeux bleus du bébé. Iphigénie, tu as pu le porter toi aussi ?

Ma soeur acquiesça avec un sourire, ses cheveux coupés au carré effleurant ses épaules dénudées. Elle portait une robe blanche à bretelles que je convoitais depuis des années. Elle commençait à être légèrement trop courte pour elle, et en petite soeur digne de ce nom, j'attendais avec impatience d'en hériter.

— J'aime beaucoup ta robe, lui glissai-je.

— Je sais, murmura-t-elle, amusée.

Elle caressa la joue du bébé et retourna s'asseoir à côté de Grégoire. A cet instant précis, ma mère fit irruption dans le salon en s'essuyant les mains dans son tablier de cuisine.

— Ah parfait, tout le monde est là. Le dîner est prêt.

Je connaissais des femmes qui, passé l’âge de quarante ans, prenaient conscience du chemin parcouru dans leur vie avec plus ou moins d’orgueil. Il suffisait de voir l’aigreur marquer les premières rides de leur visage, et de les écouter disserter sur le monde pour comprendre que certaines certitudes n’étaient peut-être que la forme la plus digne qu’elles avaient trouvée pour habiller leurs regrets.

Ma mère avait traversé une période difficile quelques années auparavant. Le travail de mon père, gardien d’un captage d’eau stratégique dont dépendaient les plus grandes villes, nous condamnait à une existence presque coupée du monde. Notre civilisation, malgré la sophistication de ses technologies, demeurait paradoxalement dépendante d’une poignée de lieux naturels comme les sources du Jura.  Mon père était l’un des derniers à connaître chaque repli de cette vallée, que les dirigeants ne considéraient plus qu’à travers des cartes et des relevés.

Lorsqu’il tomba gravement malade, ma mère dut reprendre sa charge pour que l’État ne retirât pas l’exploitation de la vallée. Nous aimions notre vie à la campagne, et le métier de mon père nous laissait une chance d’y rester. Pendant des mois, elle porta presque seule le poids de cette responsabilité. Cette épreuve aurait pu laisser sur elle la même empreinte d’amertume que j’avais vue chez tant d’autres femmes.

Pourtant, ce fut avec une résilience remarquable et une infinie patience qu’elle emprunta le chemin inverse. Elle s’ouvrit peu à peu à une sagesse qui ne se contentait pas de lui apporter la sérénité, mais qui lui permettait surtout d’être disponible aux autres. La disponibilité d’une mère était, pour moi, ce que j’avais reçu de plus précieux pour grandir en toute plénitude. Elle accueillait les événements comme ils venaient, sans se laisser démonter, et se donnait de bon cœur aux tâches ingrates auxquelles personne ne prêtait attention. 

Certes, ses cheveux grisonnaient, mais elle donnait à la maison toute sa lumière.

— Alors, père, s’exclama Grégoire pendant que l’on s’installait tous autour de la table. Comment s’est passée votre journée ? 

Papa revenait tout juste de la cave avec une bouteille de vin rouge. Il la posa sur la table avec la fermeté instinctive des hommes habitués aux travaux de force, puis frotta ses mains rugueuses, marquées par les saisons passées dehors.

— Bonne, je te remercie. 

Un sourire crispé accompagna ses mots. Je sus alors que quelque chose l’embêtait. Le vent s’était mué en lourdes bourrasques qui s’engouffraient par les fenêtres, soulevant les voilages blancs et les faisant danser follement dans la salle à manger. Les partitions, posées sur le piano droit encastré au coin de la pièce, s’envolèrent. Iphigénie se dépêcha de refermer la fenêtre.  

— Henri, chéri, va te laver les mains, ou tu vas encore salir ma belle nappe, lui dit maman en déposant un plat de légumes sur la table.

— Papa, qu’est ce qu’il y a ? demandai-je, inquiète.

— Oh, rien ! C’est juste que… 

Il s’engouffra dans la cuisine pour se laver brièvement les mains, puis revint vers nous. Celles-ci étaient toujours aussi noires.

— J’ai peur que nos capteurs ne marchent plus très bien. 

Un éclair jaillit dans le ciel, suivi du tonnerre dans la seconde qui suivit. J’entendis mon cheval hennir dehors. J’accourus jusqu’à la fenêtre qui donnait sur l’écurie pour m’assurer que tout allait bien. Cicéron trépignait dans sa stalle. La pluie s’abattit alors, plongeant le jardin dans un brouillard noir qui m’empêcha d’en voir plus.

— Ce n’est pas la première fois, si ? l’interrogea Marie.

— Non, ça arrive… mais ils émettent quand même un signal, ils nous préviennent des changements météorologiques ! Là, rien, nada. Même le débit de la source n’a pas augmenté. On dirait que l’orage est arrivé par surprise, constata-t-il. 

Les algorithmes surveillaient les capteurs, mais papa inspectait encore les grottes ; il connaissait les moindres variations de la résurgence. C’était lui qui m’avait tout appris. Le captage principal sur lequel il travaillait était entièrement enfoui dans la falaise, et de l'extérieur, on ne voyait presque rien : quelques bâtiments bas en pierre et en bois, conçus pour se fondre dans le paysage. Sous terre, plusieurs kilomètres de galeries suivaient les conduits naturels. L'eau était prélevée en amont de la résurgence, directement dans les nappes karstiques, afin de préserver le débit naturel de la rivière. Les conduites principales partaient ensuite profondément sous terre vers les grandes villes, de sorte qu'aucun aqueduc ne défigurât la vallée. 

— Rien de trop grave, alors, finit par déclarer maman avec un grand sourire. Dînons ! 

Je pris soin d’effectuer mon plus beau signe de croix. Maman eut à peine le temps de finir de bénir le repas que papa s’assit, s’empara de sa fourchette et s’exclama d’un air mystérieux : 

— Et si c’était elle ? 

— Qui donc ? m’étonnai-je. 

— Notre Dame de Nans, voyons ! Qui d’autre ?

Laetitia leva les yeux au ciel et marmonna un “ Pas encore… “ dans sa barbe. J’eus un petit gloussement face à l’enthousiasme de mon père. Nous avions piqué la curiosité de Grégoire ; celui-ci reposa sa fourchette, un sourcil haussé. 

— Il y a eu une apparition, ici ? 

— Quoi, tu ne connais donc pas l’histoire de notre village, mon cher Grégoire ? Depuis le temps que tu es marié à ma fille, je n’ai pas eu l’occasion de te la raconter ? 

— Papa, non ! On la connaît par coeur, votre histoire ! râla Laetitia. 

— Tant mieux. Plus tu l’entendras, plus tu pourras la méditer dans ton coeur, jeune fille. Tu en as bien besoin en ce moment. 

— Comment ça ? s’offusqua-t-elle.

— Je sais que tes études à Paris ne te font pas le plus grand bien, il vaut peut-être mieux que tu y réfléchisses cet été, la réprimanda-t-il gentiment. 

— Mais… 

— Ton père a raison, l’interrompit maman. Nous en reparlerons plus tard. Chéri, raconte-nous donc ce qui s’est passé.  

Je croisai le regard dubitatif d’Iphigénie. J’ignorais de quoi nos parents parlaient, mais il était certain que Laetitia n’avait pas apprécié leurs remarques. Son visage s’était rembruni, et ses coups de fourchette s’étaient affaiblis. Je me promis alors de m’assurer de son état après le repas. 

— Pour certains, il s’agit d’une simple légende. Pour d’autres, elle a marqué l’Histoire de notre village. Pendant la Révolution française, des tailleurs de pierre faisaient tout simplement leur boulot, et auraient trouvé en cassant la roche une petite statuette de la Vierge Marie. 

— Trouvée là, comme ça, toute faite ? s’étonna Grégoire. 

— C’est ça, dans une brèche. Comme si elle y avait toujours été. Ils ont décidé de l’apporter au curé de la paroisse, qui l’aurait apparemment déposée dans l’église du village, près du tabernacle. Mais au petit matin, la statue avait disparu. Elle était retournée dans sa brèche ! 

Le tonnerre accueillit la fin de sa phrase. Je sursautai malgré moi alors que je connaissais cette légende sur le bout des doigts. 

— Quelqu’un l’a volée ? supposa Grégoire. 

Papa secoua la tête.

— Non, car cela s’est reproduit plusieurs fois de suite alors qu’elle était cachée chez le prêtre. A cette époque, celui qui était à la charge du comté était un de nos ancêtres… 

— François de Moncoeur ! m’exclamai-je vivement. C’est le monsieur qui est en peinture dans l’entrée. 

— Eh bien, il a décidé de faire construire une chapelle en haut de la montagne rien que pour cette statuette. Il était persuadé qu’elle était un signe d’espoir dans cette révolution sanglante. Un emplacement tout particulier lui a été dédié au-dessus du tabernacle. 

— Et elle y est restée, conclut Marie. Pendant un certain temps, du moins. 

— Il y a eu des miracles. Des pèlerins venaient jusqu’ici pour recevoir des grâces particulières. Mais la chapelle a été vandalisée. On ne l’a plus jamais retrouvée, soupira mon père. 

— Depuis, ton beau-père a l’espoir qu’elle revienne quelque part dans les falaises, rit Marie. 

— Avec la foi, tout est possible, dit Grégoire en acquiesçant.

Laetitia sortit de son mutisme : 

— En tout cas, Lison a toujours autant d’étoiles dans les yeux quand vous la racontez, papa. 

Je confirmai ses propos d’un mouvement de tête, un petit sourire aux lèvres. J’étais passionnée par l’histoire de mon village, car ma famille y avait vécu pendant des siècles. J’étais fière d’appartenir à une si jolie légende, vraie ou non.

— C’est qu’elle n’est pas si nulle que ça, cette histoire, répondit mon père en penchant la tête vers Laetitia. 

— Je m’excuse, bredouilla-t-elle en posant sa tête contre la sienne. 

Sa voix se perdit dans le fracas des coups qui éclatèrent soudain derrière la porte d’entrée. Ma mère se leva aussitôt et disparut dans le couloir. Le cœur battant, je me levai à mon tour, me demandant ce que quelqu’un pouvait bien vouloir venir faire ici en ce temps pareil. Elle revint la tête baissée, suivie de Pierre, le sacristain de la paroisse. Il parcourut la pièce d’un regard empreint de douleur, puis prononça ces quelques mots qui marquèrent mon existence à jamais :

— J’ai une terrible nouvelle à vous annoncer. Père Jacques est mort.



💬 Commentaires 6

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Capitaine_Céleste • 1 mois, 3 semaines
Super chapitre ! J'ai adoré l'ambiance familiale !! 😁 Tout est très joli dans ce premier chapitre ! J'aime beaucoup tes petites descriptions et la légende de la statuette ! J'ai très hâte de poursuivre ma lecture !!
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Redlyone • 2 mois, 1 semaine
Je suis tellement heureuse de te retrouver sur ce nouveau roman, toi et ta plume que j'adore tant. Les descriptions de ce premier chapitre m'ont laissé sur ma faim tant elles sont agréables à lire.
J'ai tellement hâte de découvrir ce qui unit ces deux générations.

Je voulais te demander : le village de Nans existe-il ? Si oui, pourquoi l'as-tu choisie ?
Cette légende m'a intriguée.
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libellule Auteur • 2 mois, 1 semaine
Merci pour ta lecture <3
Le village existe bel et bien ! Je l'ai visité avec mes parents quand j'étais plus jeune, j'avais trouvé les sources du Lison magnifiques. Pourquoi lui en particulier... parce qu'il est plongé dans une vallée, au milieu de nulle part, et que je rêverai d'habiter dans un endroit comme ça x) et qu'il fait partie de ma région que j'aime tant !
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Magda • 2 mois, 1 semaine
Je ne m'attendais pas du tout à ce saut dans le temps. Il semblerait que l'on va évoluer entre présent et passé, super sympa comme concept. J'ai hâte de voir où ces deux générations vont se rencontrer.

Est-ce que la légende est vraie ?
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libellule Auteur • 2 mois, 1 semaine
Oui je me lance dans ce nouveau challenge fait avec moi même, j'essaye de sortir de mon confort et de me lancer dans un bond dans le futur (trèèès) osé. J'espère que ça va marcher.

La légende est vraie, mais elle ne s'est pas déroulée à Nans Sous Sainte Anne. Elle s'est passée à Chateauneuf, et ce n'était pas dans la falaise, mais dans un chêne. J'avais trouvé ça passionnant, alors je m'en suis inspirée !
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Magda • 2 mois, 1 semaine
Je n'ai aucun doute que tu vas merveilleusement réussir ce défi. :)
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