Lundi 23 novembre
Ce lundi, était le jour de l’inauguration de la nouvelle salle réalisée par Fañch, Younès et Marc pour l’Escape Game de Cesson. Toute l’après-midi, les employés de Matthieu avaient testé la nouvelle infrastructure. A partir de 19h00 était prévu un pot auquel j’étais cordialement invitée.
Etaient également attendus ce soir-là, Gilles et Bertrand, curieux de voir en réel le concept de salle qu’il avait commandé. Younès était frustré d’avoir dû, après les vacances de la Toussaint, retourner au lycée alors que la salle n’était pas achevée. Ce soir-là, dès la fin des cours, il avait sauté dans un bus pour assister à l’inauguration. Quand je suis arrivée, il était déjà là en train d’expliquer le fonctionnement de tous les dispositifs à un homme et à une femme portant un foulard, que j’ai supposé être ses parents. Ils avaient l’air tous les deux autant largués que je l’étais quand Fañch m’expliquait ses MOS, ses lasers, ses catamachins et autres joyeusetés. Younès avait, quant à lui, l’air aussi enthousiaste que Fañch l’était dans ces cas-là.
Marc est arrivé peu de temps après moi. J’étais contente de trouver enfin une tête connue dans cette assemblée. Avant même que je puisse aller le saluer, il a été alpagué par Fañch qui voulait le présenter à tout le monde. Je n’ai pas osé les déranger. Je me suis donc retrouvée toute seule au milieu de gens que je ne connaissais pas, qui ne savaient même pas qui j’étais, ni ce que je faisais là. Je dois reconnaître que m’ennuyais un peu. Pour passer le temps, je me suis servi un verre de cidre (il n’y avait même pas de champagne !) que j’ai bu en grignotant deux-trois biscuits apéro et en me demandant bien pourquoi j’étais venue. J’ai observé Fañch. Lui était radieux, dans son élément. Tout le monde venait lui parler, le plus souvent avec enthousiasme. Visiblement, les tests de l’après-midi pour lesquels il avait pourtant tant angoissé s’étaient plutôt bien passés. Il faut dire aussi que cela faisait une semaine qu’il effectuait vérifications sur vérifications, apportait de menues modifications ici ou là, bref peaufinait son œuvre encore et encore. Soudain son regard a croisé le mien. Il est venu aussitôt à ma rencontre et a déposé un baiser sur mes lèvres.
« Je n’avais pas vu que tu étais arrivée ».
J’étais un peu vexée. Il avait tout de suite vu Marc mais pas moi. A sa décharge, Marc, avec ses presque deux mètres, il est difficile de ne pas le repérer. Moi avec mon mètre soixante, sur la pointe des pieds, je suis vite noyée dans la foule.
« Viens je vais te présenter ! »
Il m’a présenté à tout le monde. Je n’ai retenu aucun nom. J’ai juste pu mettre des visages sur des noms qu’il m’avait déjà cités auparavant : Medhi, Julien, Alice, bien évidemment Matthieu, Gilles et Bertrand, ses boss, enfin ses clients, enfin ceux qui le payaient, quel que soit le nom qu’on leur donne. Trois quadragénaires voire quinquagénaires au milieu de tous ses jeunes, pour la plupart encore étudiants. Tout le monde me connaissait, du moins de nom. J’étais « la fameuse Julie », « la Princesse de Fañch ». Quel portrait avait-il dressé de moi ? Depuis combien de temps parlait-il de notre relation ? Quand Julien m’a dit être ravi de mettre un visage sur « la Julie avec laquelle Fañch nous saoule depuis sept mois », j’ai compris que cela avait été le cas dès le début de notre liaison. Cela m’a plutôt fait plaisir.
« Tu ne leur as jamais montré ne serait-ce qu’une photo de moi ? avais-je demandé à Fañch
- Non pourquoi faire ? Et puis tu ne connais pas ce chacal de Julien. S’il avait vu à quoi tu ressembles, il aurait cherché à me piquer ma meuf. A le voir baver devant toi tout à l’heure, je me suis demandé si j’avais bien fait de te demander de venir ».
Il était donc un peu jaloux, craignait de me perdre. C’était plutôt flatteur.
Nous avons continué notre tour et avons fini par tomber sur Younès et ses parents. Younès nous a présenté et, aussitôt, sa mère a enlacé Fañch en le noyant sous un flot de paroles, lui disant combien elle lui était reconnaissante d’avoir pris son fils sous son aile, combien Younès avait changé depuis et en bien, combien elle avait eu peur, avant cela, qu’il ne tourne mal, lui qui ne faisait plus rien à école, combien de fois elle s’était demandé ce qu’elle allait faire de lui et tout le souci que son fils lui avait donné. Quand elle eût fini, quand elle l’eût enfin relâché, son père a sobrement pris la main de Fañch entre les deux siennes et déclaré : « Merci Monsieur Fañch de m’avoir rendu à ce point fier de mon fils ! ». Et sa mère de reprendre Fañch dans ses bras en lui répétant des « merci Monsieur Fañch ». Je regardais Younès qui regardait lui-même son père. Visiblement, le fait que ce dernier ait dit qu’il était fier de lui l’ébranlait. Son père devait être le genre d’homme avare de compliments et taisant ses sentiments. Disons qu’avec sa mère, ça faisait une moyenne.
Sur ces entrefaites, Marc nous a rejoint et a eu droit, lui aussi, à ses accolades et à ses « Merci Monsieur Marc ».
« J’étais venu vous voir pour vous proposer d’aller manger un morceau, tous les quatre, Fañch, Julie Younès et moi, pour fêter ce succès, a déclaré Marc. Ça ne vous pas dérange, Madame, Monsieur, qu’on vous emprunte Younès pour la soirée ? Promis, on vous le ramène avant minuit, avant qu’il ne se change à nouveau en vilain crapaud ! ».
Ils n’ont évidemment pas dit non mais sa mère a tout de même tenu à préciser : « Younès, pas d’alcool, hein ? ».
Sitôt sortis, Younès a demandé à Marc ce qu’était cette histoire de crapaud et Marc a dû rentrer dans de laborieuses explications sur les contes où les princes étaient transformés en vilains crapauds et toutes les légendes de ce genre, sous l’œil dubitatif d’un Younès qui se demandait s’il n’était pas en train de se moquer de lui. Nous nous sommes rendus dans une crêperie, non loin de l’Escape Game. Ce ne fut pas une bonne idée : le choix de galettes sans porc était assez restreint pour Younès. La cuisine bretonne, c’est quand même pas mal de cochon.
Evidemment, en mangeant, nous avons parlé à nouveau de l’inauguration. Nous avons ri des « Monsieur Fañch » et des « Monsieur Marc ». Marc a voulu savoir comment Fañch envisageait la suite du contrat. Le plan de Fañch était, lorsque Younès était pris les cours au lycée, de faire au maximum du travail de préparation chez lui et quand Younès était avec lui, d’aller sur site pour monter et régler les installations. C’est pendant cette phase qu’être deux permettait de gagner le plus de temps. Younès a osé dire qu’il arrêterait bien ses études pour travailler avec Fañch tout le temps. Il s’est fait rembarrer par Marc.
« Fañch a les moyens de te payer comme alternant mais pas comme salarié à temps plein. Et puis crois moi, il va te falloir des bases théoriques plus solides que celle que tu as si tu veux continuer dans cette voie avec ou sans Fañch
- Mais c’est nul ce qu’on apprend en cours. Du français, de l’histoire-géo, ça sert à rien !
- Dis pas cela à mon père, lui a répondu Fañch, il est prof d’histoire-géo ! Et puis Marc à raison sur ce coup-là, J’aurais besoin que tu progresses en électronique, en programmation pour que tu puisses m’aider davantage, pendant les phases de préparation.
- Mais j’apprends plus quand je suis avec toi qu’avec mes cons de profs !
- Allez, c’est juste pour deux ans. Après j’espère que je pourrais t’embaucher à plein temps. Bertrand m’a parlé de plein de projets qu’il avait avec des propriétaires de sites en forêt de Brocéliande qui auraient besoin d’attirer plus de visiteurs et qui envisagent pour ce faire, de proposer des animations que je pourrais, que nous pourrions concevoir et réaliser. Si on réussit ce contrat, il y en aura peut-être d’autres ».
Evidemment Fañch a voulu également tout savoir du nouveau boulot de Marc. Selon l’intéressé, tout se passait pour le mieux. C’était, comme il l’avait pressenti pile poil le boulot qu’il lui fallait. Il travaillait en amont des chantiers, à leur préparation et à leur organisation et ça, prétendait-il, c’était son point fort. L’ayant vu à l’œuvre ave Fañch, je ne pouvais guère le contredire. Il travaillait également en aval, à leur réception pour contrôler que tout était conforme à ce qui avait été prévu et surtout essayer de comprendre où avait été les difficultés, histoire d’améliorer l’organisation des chantiers suivants. Il bossait essentiellement sur de grosses installations industrielles, leur alimentation électriques avec ou sans panneaux photovoltaïques, avec ou sans stockage. Il faisait pas mal de déplacements, ses chantiers étaient un peu partout en France mais quand même principalement dans le Grand Ouest. Apparemment, il s’éclatait dans son nouveau taf. La preuve : il n’avait pas encore traité son supérieur de connard, ce qui était un net progrès par rapport à son précédent job.
Evidemment, Marc a voulu en retour tout savoir ce que, moi, je devenais. Je lui ai parlé de la campagne promotionnelle sur laquelle j’avais travaillé tout l’été et qui, selon mon chef, ne marchait pas aussi bien qu’espéré. Je lui ai parlé aussi de mon entretien de fin d’année qui s’était plutôt mal passé, de mes espoirs de promotion envolés.
« Tu devrais songer à changer de job, Julie, tu n’as aucun avenir dans ce type de boite. Le système hiérarchique des grosses entreprises est un étouffoir qui empêche les talents d’émerger.
- Comment tu peux dire cela ? Tu as pourtant fait des pieds et des mains pour rentrer dans la grosse boite où tu es maintenant ?
- Moi ce n’est pas pareil. D’abord, je n’ai aucun talent à faire émerger et puis il y a une chose que j’ai et que toi tu n’as pas, c’est une paire de couilles.
- Et alors, ça te rend plus intelligent ?
- Non, mais cela fait que les gens me croient plus intelligent. Nuance. Dans les grosses boites, ce n’est pas le talent qui compte, c’est de faire croire que tu en as. Et les gens sont plutôt enclins à croire que les mecs sont bourrés de talent et qu’une gonzesse leur sera toujours inférieure.
- C’est n’importe quoi ce que tu dis là, n’ai-je pu m’empêcher de réagir.
- Non, c’est scientifiquement prouvé ! Emma m’a raconté qu’ils ont fait des études dans des classes de primaire. Les instits se comportent différemment avec les garçons et les filles. Un garçon en difficulté, ils vont l’aider, l’encourager, parce que ce n’est pas normal qu’un garçon ne sache pas faire surtout si c’est des maths ou de la science. Une fille que ne sait pas répondre, ils vont considérer que c’est normal, qu’elle n’est naturellement pas douée pour ces matières. Ça se voit aussi sur les bulletins. Un garçon qui a dix-douze de moyenne, le prof écrira qu’il devrait faire davantage d’efforts. Une fille avec la même moyenne, le prof constatera seulement qu’elle a des difficultés dans la matière, malgré tous les efforts qu’elle fait.
- C’est qui cette Emma ? a demandé Fañch.
- C’est pas le sujet. Ce que je veux dire c’est qu’il ne faut pas s’étonner après cela que les porteurs de couilles se sentent plus en confiance que celles qui n’en n’ont pas. C’est culturel. Nous sommes conditionnés pour. Et tu sais le pire dans cette étude ? C’est que ce sont les femmes instits qui tombent le plus dans ce travers. Un comble ! Tiens, Emma m’a aussi parlé d’une autre étude ! Ils ont demandé à des collégiens de répondre à un test de math. Pour chaque question, ils demandaient à l’élève d’évaluer son degré de confiance dans la réponse. Et bien le résultat a été que les filles avaient globalement un bien meilleur niveau que les garçons mais que les notes de confiance que les garçons s‘attribuaient pour leur réponse était plus élevées. Même ils répondaient de la merde, les garçons pensaient avoir juste, alors que même quand elles répondaient juste, les filles n’étaient pas sûres d’elles. C’est comme cela, c’est culturel.
- Mais justement il faut se battre contre cela.
- Mais tu n’y arriveras pas dans une grande entreprise, parce que pour t’élever dans une telle structure hiérarchique, il faut avoir un sacré sens de la compétition. Et pour avoir le sens de la compétition il faut avoir confiance en soi. C’était ça la conclusion de la recherche dont me parlait Emma. Ils ont, pour finir, fait passer un autre test de math à deux groupes d’élèves, dans des collèges d’Ille-et-Villaine, donc chez nous. Pour un groupe, ils ont annoncé qu’ils allaient classer les meilleures réponses et que les gagnants se verraient attribuer une récompense. Et bien, pour ce groupe, les garçons ont eu, en moyenne, de meilleurs résultats que pour les filles, alors que dans le groupe test, où il n’était pas question de classement et de compétition, les filles étaient meilleures. Elles étaient même meilleures que les filles du premier groupe alors qu’à l’inverse les garçons du premier groupe ont obtenu de meilleures performances que leurs homologues du groupe sans enjeu. Pour les garçons, la compétition ça les stimule, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, pour les filles au contraire ça les inhibe. Question de confiance en soi. Question de conditionnement dès l’enfance. Et les grosses entreprises sont des structures où la compétition est permanente.
- Je ne trouve pas moi, ai-je rétorqué dubitative.
- Parce que justement tu n’es pas dans la compétition, toi. Ton chef oui. Il se sert de toi pour monter. Si tu réussis, il dira que c’est son équipe qui a réussi, grâce à lui. C’est pour cela qu’il a passé son été à mettre son grain de sel partout. Pour pouvoir revendiquer le succès du projet, au cas où. A l’inverse si c’est un échec, il prétendra que c’est de ta faute, qu’il a essayé par ses interventions de redresser le tir, mais que cela n’a pas suffi. Il a fait pareil, d’après ce que tu m’as raconté, le jour où tu as présenté le projet. Il t’a laissé parler. Si la direction avait dit que c’était de la merde, il serait allé s’excuser pour dire qu’il avait eu tort de te faire confiance. Quand il a vu qu’ils accrochaient, il t’a soutenue. Pas vrai ?
- Si, mais…
- Il n’y a pas de mais. Lui la joue tactique, toi tu la joues naïve et tu t’étonnes à la fin de te faire entuber. Tu lui as dit au moins le fond de ta pensée à ce trouduc lors de l’entretien ou depuis ?
- Ben non !
- Moi je l’aurais fait. Parce que j’ai, en tant que porteur de couilles, été conditionné pour rentrer dans le lard que ceux qui me marchent sur les pieds. Et toi pour t’excuser auprès du mec qui t’a marché sur les pieds.
- Et il n’y aurait rien à y faire selon toi ?
- Si, mais tu n’y arriveras pas de l’intérieur. Il faut que tu niques le système de l’extérieur. Dans des petites structures, des mecs sans talent comme moi et sans doute comme ton chef, ne peuvent pas se planquer dans la hiérarchie. Dans une petite boite, ça se voit toute de suite qu’ils sont nuls. De même, dans ces petites structures, ceux qui sont vraiment bons n’ont pas besoin de se battre pour le faire savoir. Ça se voit tout autant. Regarde Fañch ce soir, tout le monde était à ses pieds parce qu’il est bon. Même si lui, il ne fait pas partie de la moyenne des porteurs de couilles. Il n’a aucune confiance en lui, il n’est pas dans la compèt’ et il se ferait broyer tout comme toi dans une grosse structure. Mais au moins, il a l’intelligence de tenter de tracer son chemin en dehors.
- Et Younès il est dans la moyenne des porteurs de couilles lui ? l’ai-je relancé juste pour voir où cela mènerait. J’avais le secret espoir qu’il se prenne les pieds dans le tapis.
- Younès ? Je n’en sais rien s’il porte ses couilles ou pas, lui. Mais lui, ce n’est pas pareil. Il n’y arrivera pas non plus dans une grosse structure compétitive parce qu’il est victime d’un autre préjugé. Il est rebeu. Si encore il faisait l’effort de se faire appeler Youn plutôt que Younès. Youn c’est un prénom breton n’est-ce pas Fañch ?
- Oui, c’est l’équivalent de Yves en breton.
- Mais Youn, ce n’est pas mon prénom. Je ne vais pas me renier, a protesté Younès.
- Je ne te dis pas de renier tes origines. Je te demande juste d’utiliser d’un diminutif pour semer la confusion chez les autres. Parce que ça ne se voit pas tant que ça sur ta gueule que tu es rebeu. T’es pas un black non plus. L’objectif c’est qu’ils en viennent à se demander si tu es breton ou pas et qu’ils t’évaluent pour ce que tu es et pas en fonction de leurs préjugés. Fañch c’est bien aussi un diminutif de… comment on dit déjà François en breton ?
- Frañsez, avec également un tilde sur le « n ».
- Mais je ne suis pas breton ! a protesté Younès.
- T’es né où ?
- Ben à Rennes.
- Donc t’es breton. Pourquoi tu renies cette part de toi ? Assume là, surtout si cela peut te procurer des avantages ! ».
Ni Younès ni moi n’étions convaincus de sa démonstration. Trop de cas particuliers qui invalidaient sa théorie que je trouvais un peu fumeuse tout de même. Elle ne marchait que pour lui, nous étions tous des exceptions. Mais je n’avais pas envie de polémiquer ni de me fâcher avec Marc. Et puis il commençait à être tard. Marc a proposé de ramener Younès chez lui.
En se quittant, Fañch a tout de même posé la question :
« Tu me diras un jour qui est cette Emma ?
- Si t’es sage ! Allez, bisous mon gros, porte-toi bien, occupe-toi bien de ta Julie et du gamin aussi. Allez Youn, en voiture, tu me guides, ton quartier, je connais pas ! »
En rentrant chez nous j’ai demandé à Fañch quelle était son hypothèse concernant cette fameuse Emma.
« Je pense que c’est sa nouvelle copine, l’objet de ses mystérieux rendez-vous qui l’obligent à partir parfois. Tu te souviens le jour où ils sont venus casser l’ancienne salle de bain ? Il a dit devoir partir plus tôt.
- Et pourquoi ne veut-il pas en parler ?
- Je ne sais pas. Peut-être qu’il n’assume pas. Ou qu’il craint que ça ne dure pas entre eux.
- Et qu’est-ce que ça change si ça ne dure pas.
- Comme il n’aura pas dit qu’il sortait avec, il n’aura pas à s’humilier en avouant qu’elle l’a largué. Ou qu’il a fait une erreur si c’est lui qui la largue. Je ne sais pas moi !
- Mais toi, tu n’as pas hésité à parler de moi à tes potes, dès le début.
- Je n’ai pas trop eu le choix. Tu te souviens le premier matin, j’ai été appelé pour un dépannage à l’Escape Game. Ils n’ont cessé de me harceler jusqu’à ce que je leur avoue ce que j’avais fait de ma nuit.
- Et tu leur as dit la vérité ?
- Pourquoi j’aurais menti ?
- Je ne sais pas moi, ce n’était pas leur affaire. A moins que tu aies voulu te vanter d’avoir réussi à draguer une fille.
- Un, je ne t’ai pas dragué, c’est toi qui m’as dragué. Je n’avais pas grand mérite. Deux, je ne savais même pas si tu me rappellerais, surtout que j’étais un peu parti comme un voleur.
- Et toi, tu n’as pas eu peur comme Marc des conséquences si ça cassait ensuite.
- Même si ça n’avait duré, qu’une nuit, qu’une semaine, qu’un mois, j’aurais été fier qu’une fille comme toi ait voulu d’un type comme moi tout ce temps.
- Là, ça va faire sept mois.
- Et je n’en reviens toujours pas que tu sois encore avec moi. Je n’ai toujours pas compris ce que tu me trouvais ».
Trop mignon ! Nous nous sommes couchés directement en arrivant. J’étais fatiguée.
« Julie ?
- Oui ?
- Je suis trop excité après cette journée. Tout s’est si bien passé cet après-midi et ce soir. Je n’arrive pas à dormir.
- Qu’est-ce que je peux y faire.
- On pourrait faire un câlin.
- Un câlin comment ?
- Un gros !
- Un gros comment ?
- Un gros avec la zigounette dans la foufounette, la saucisse dans la galette, la totale quoi.
- En gros tu proposes de m’utiliser comme somnifère. De tirer ton coup pour pouvoir mieux t’endormir.
- Non, ce n’est pas cela !
- Un peu quand même ! Mais, je suis fatiguée. Et puis, demain, je me lève tôt. Une autre fois.
- Ok. Je peux toucher tes seins quand même, juste pour m’aider à faire dodo ?
- Ce serait bien la première fois que tu demandes la permission.
- Et ça te gêne ?
- Non tu peux, j’aime bien quand tu me touches les seins.
- Bonne nuit alors.
- Bonne nuit. »
Il s’est positionné dans mon dos, une main sur mon sein.
J’ai quand même eu des remords. Il m’avait quand même dit plein de choses gentilles ce soir, et moi je le rejetais. Je me sentais un peu honteuse. Je n’avais certes pas à me forcer si je n’en avais pas envie mais ça n’aurait pas été non plus un énorme sacrifice. J’aimais bien qu’il me fasse l’amour, c’était toujours un moment agréable, voir plus qu’agréable. Et lui était toujours disponible quand j’en avais envie. Là, j’avais juste la flemme. Alors que c’était idiot car je pouvais aussi le laisser tout faire, juste me laisser faire et apprécier le moment passé dans ses bras.
En plus, je n’arrivais pas non plus à m’endormir. Sa main sur mon sein peut-être ? J’étais sur le point de me décider à me tourner vers lui pour répondre à ses avances quand j’ai entendu comme un léger ronflement dans mon dos. Mon chat ronronnait. Sa respiration était régulière, la pression de sa main sur mon sein s’était faite plus légère. Il dormait. Finalement il n’y aurait pas de câlin ce soir. J’ai tout de même ressenti de la frustration.
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