Chapitre 2 - Couleur de l'âme (2/2)

📖 Une danse avec la Mort ✍️ Lexie_dzk 📝 684 mots

Quand j’arrivai sur le seuil, Mirabella était déjà présente, adossée contre la rambarde en face. Son visage penché sur son Prisma, ses yeux métalliques connectés à l’appareil, elle ne fit pas attention à moi. 

Elle portait une robe bleu nuit parsemée de fleurs, qui épousait ses formes avec élégance. Son sac à main doré flottait le long de son buste. 

Lorsque je me positionnai à ses côtés, ses iris redevinrent bleus. 

— Tu sais où se trouve le bar ? demandai-je alors qu’on quittait le hall. 

L’air encore chaud du soir fit danser les mèches de mes cheveux. 

— Ouais, c’est pas loin. 

— OK.

Je me laissai guider par Mirabella et nous empruntâmes les escaliers en pierre qui descendaient dans l’agitation de la ville. Ce n’était peut-être pas le comportement approprié que de se reposer sur elle, mais je devais admettre que ça calmait l’anxiété de toutes ces nouveautés. Mon autarcie me rendait démunie face aux interactions sociales, pourtant, depuis le premier jour, Mirabella me mettait à l’aise. Je souhaitais apprendre à la connaître davantage.

— Ta vie d’avant te manque ? 

Elle tourna son visage vers moi, les sourcils levés.

— Pas spécialement, non.

Elle continua son ascension sans me retourner la question, et j’en vins à me demander si elle aussi avait des lacunes sociales. Le GPS en mode Prismage projetait une direction d’une lueur verte devant nous.  

— Ton binôme de gardien te manque ? 

La question de Mirabella me détrompa sur mes réflexions précédentes. 

Normalement, les altruistes étaient confiés à deux gardiens, dans un souci de contrôle. Chaque parent devait remettre des rapports au Grand Conseil et s’assurer que chacun fasse son devoir correctement. Plus tard, je me verrais également attribuer un binôme dans l’exercice de mes fonctions. 

Seulement, mon père faisant partie du Grand Conseil, se voyait accorder la faveur d’assurer mon éducation seul. À ce titre, je n’avais jamais connu son binôme. Du moins, pas à mon souvenir.

J’expliquai tout ceci à Mirabella, qui m’écouta attentivement. Quand j’évoquai son appartenance au Grand Conseil, son expression se figea. Les néons roses et bleus lui donnaient un air mélancolique. Elle reporta son attention sur la route, sans ajouter un mot de plus. Au fond de moi, j’eus l’impression d’avoir fait une maladresse. D’un geste du bras, je l’incitai à s’arrêter.

— Tout va bien ?

Ses lèvres pincées restaient statiques. Son front se creusa. Ses yeux fouillaient la rue, à la recherche potentielle d’un endroit où fuir. 

Ce qu’il fallait savoir, c’était qu’il était interdit de critiquer le Grand Conseil. Tout ce qui s’apparentait à du complotage ternissait notre nom, pouvant même avoir des conséquences très graves. Comme la suppression de notre âme, par exemple.

À cet effet, je comprenais parfaitement pourquoi Mirabella paniquait à l’idée de côtoyer le fils d’un membre du Grand Conseil. Avoir des liens avec une organisation qui pouvait détruire votre vie en un instant, ce n’était pas très optimal. Seulement, après tout ce que mon père avait pu me raconter à propos du Grand Conseil, nous ne pouvions pas dire que je les soutenais. 

Prenant garde à ce qu’aucune oreille ne traîne autour de nous, j’expliquai toutes mes réticences à Mirabella. Mon récit eut l’effet escompté, ses poumons reprirent une fonction normale. Puis, sa peau reprit des couleurs. 

— Au fait, je voulais te dire… commença-t-elle, hésitante. 

Je fis un mouvement de la tête pour l’inciter à poursuivre.

— Dans ton âme, il y avait une sorte de lumière rouge… Tu sais ce que c’est ?

Je haussai les épaules. 

— C’est probablement normal, non ? Toi aussi, tu avais une lueur supplémentaire. Enfin, elle était pas rouge mais verte. C’est peut-être une sorte de… noyau ? De point central ? 

Elle pinça ses lèvres en remuant à son tour ses épaules. Comme nous avions encore tout à apprendre de nos âmes et de leur subtilité, je ne me posais pas plus de questions que ça pour le moment. 

Nous prîmes un dernier virage avant que le Prisma de Mirabella nous annonce notre arrivée. La ruelle sombre paraissait hors du temps, presque lugubre. 

— C’est là ? pointa-t-elle du doigt, une grimace de dégoût sur le visage.

💬 Commentaires 0

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
💬

Aucun commentaire pour le moment

Soyez le premier à partager vos impressions !