Chapitre XX

📖 Zéro Absolu ✍️ lesecritsdambre 📝 3292 mots

« Quel tour de passe-passe pathétique, s’ennuie S’kyark. Des esprits à ta défense… face à moi, la Faucheuse ?

— Tu n’es pas la Mort. »

Les esprits s’écartent. Esméralda s’avance, son allure aussi déterminée que sa voix. Un blush rose corail confère un éclat frais à ses pommettes. Un trait de crayon noir estompé souligne ses yeux, réhaussé d’une touche de fard bleu irisé. Ses lèvres brillent d’un gloss nude. Sa tenue de prisonnière a été troquée pour une de ville à la mode. Son crop top blanc se complète d’un pantalon cargo gris-noir et de baskets.

Je la reconnais à peine. 

Béatrice rougit furieusement, alors que la situation ne s’y prête pas. Ses anciennes codétenues ont aussi troqué l’uniforme gris pour des vêtements civils. Certaines sont pomponnées, d’autres non. Elles trouvent dans la mort ce que la vie leur a ôté. 

« Aro, Marcus, je suis heureuse de vous rencontrer. »

Esméralda dépasse la Faucheuse pour s’agenouiller aux côtés du couple. Son corps éthéré se nimbe d’éclats de nacre et de lilas. Le parfum de tubéreuse sature le salon, dont les murs semblent avoir été repoussés. Marcus se redresse brutalement, une quinte de toux virulente secouant ses épaules.

« Vous allez mieux ?

— O-oui, croasse Marcus. »

Médusé, il se tourne vers son époux. Ce dernier l’examine, tirant sur son col. Il est guéri ? Béatrice amorce un pas vers eux, bloquée par Aedan. Une faux disproportionnée flotte à portée de mains de S’kyark. L’entité fulmine, ses iris carmin révulsés. Iel pourfend les fantômes.

Un vent s’élève, accompagné d’une odeur de soufre puissante. Le Renard jaillit d’une prisonnière fauchée. Des flammes au bleu cuivré crépitent autour de lui. Une senteur de fleurs oblitère celui du gaz. Le soleil disparaît au profit d’un croissant de lune. Les murs n’existent plus : juste une voûte céleste s’étend autour de la tablée.

« Les filles, réunissez Béa et ses pères. »

Les esprits obéissent à Esméralda, qui rejoint Boucles de Sang.

« Aedan, chuchote Béatrice à l’intention de son ami. Je rêve ?

— Non, mon enfant. Nous sommes bien éveillés. »

Boucles de Sang accule la Faucheuse. Béatrice observe la scène, spectatrice interdite. Ses pères se placent de part et d’autre d’elle, prêts à soutenir le Renard et son amante. Aedan reste toujours entre eux et les entités colériques.

« Tu n’es pas la Mort, répète Esméralda. Tu n’es qu’un de ses instruments. »

En un tintement métallique, la faux tombe sur le sol de pierres.

« Un instrument capricieux, remis à sa place une fois. La Mort doit-elle te la réapprendre ?

— Tu n’es qu’un esprit !

— Une dùuzalienne, lae corrige Esméralda. Ta véritable apparence te rendra plus humble. »

S’kyark s’effondre à genoux. Une fumée épaisse, aux relents de souffre, s’échappe de sa bouche. Le corps enfantin se déforme, grossit et s’allonge pour celui d’une femme. Une lueur grisâtre nimbe la peau translucide, fendillée par endroit. Un simple squelette survit sous la chair étirée. Des lambeaux pendent du visage anguleux, aux dents luisantes. Les yeux au rouge vitreux menacent de choir des orbites. Les lèvres cousues s’agitent sous un râle. Le ventre, attaché par le même fil grossier, gonfle et dégonfle sous un souffle malade. Un paréo l’habille, déchiré et souillé de terre.

« Comment oses-tu ? » siffle-t-iel.

Sa voix oscille entre deux timbres. Tantôt féminin, tantôt masculin, elle n’appartient jamais pleinement à l’un ou l’autre.

« Comment oses-tu blesser mon peuple ? Rétorque Esméralda. Ses esprits sont attachés à cette femme. »

Le Renard se tourne vers Béatrice et les siens, encerclés par les fantômes.

« Celle que tu as choisi comme Protectrice, mais que tu traites comme un insecte nuisible. La lionne est-elle un criquet à tes yeux ? »

Esméralda joue avec les flammes de Boucles de Sang. Sa tête penche sur le côté, comme si elle écoutait une voix inaudible au reste du monde.

« Tu n’es que le Morath ta Tyrvano, crache S’kyark. Un Maudit qui se croit tout puissant, issu d’un peuple qui se déshonore à chaque changement de vents ! »

Un souffle court, haché, s’échappe du Renard. Son rire explose, franc et sans retenue. Ses inspirations bruyantes se mélanges aux éclats de sa voix, comme un moteur qui s’emballe. Ce rire…

« Mon enfant, je préfère qu’on garde nos distances d’eux. »

La demande d’Aedan l’empêche de rejoindre le Renard et son croque-mitaine attitré. Esméralda lui offre ce sourire, celui qui la réchauffe de l’intérieur et apaise le moindre de ses doutes. Béatrice recule d’un pas, le corps vibrant d’anticipations.

« Ramène-nous à Zéro Absolu, si tu es au-dessus de moi, minaude Esméralda. Montre-nous ton infériorité. »

Un ricanement cristallin la secoue, tandis qu’un plus éraillé se déverse du Renard.

« Pardon, ta supériorité. »

Aedan, ils parlent de quoi ? Le Chien se tourne vers Béatrice et ses pères, toujours armés et prêt à en découdre.

« Cette édition du Jeu est en l’honneur du Monde des Trois. »

D’un signe, Béatrice l’invite à continuer. Elle a besoin de détourner son attention d’Esméralda et de sa proximité avec la Faucheuse. Et puis, à force d’en entendre parler, elle a envie d’en savoir plus.

« Eshraïa, Lúthya et Narúnthal composent ce monde.

— Tyrvano en est une cité ? Suppose Aro. »

Il serre l’épaule de Béatrice. Il a compris mon manège.

« Oui. C’est un univers alternatif au nôtre : Zéro Absolu. 

— Pourquoi ce nom pour nous ? S’enquiert Marcus, curieux.

— Selon la légende, il n’existait qu’une étendue de glace. Une déesse décida d’y insuffler la vie en cadeau à son oncle ou son cousin, selon les versions.

— Pourquoi ne jouent-ils pas chez eux, si cette Édition est pour eux ? »

La question d’Aro fait mouche. Aedan se dandine et lâche du bout des babines :

« Leur réalité n’existe plus.

— Pardon ? »

Quelque chose enfle en Béatrice.

« Tout ça pour des macchabés ? »

Les tons graves filtrent dans sa voix à l’accent chantant.

« C’est plus compliqué, tente d’expliquer Aedan. Du point de vue de notre temporalité, la Destructrice – l’équivalent de leur Jugement dernier – a fait son œuvre. Pour eux, elle n’existe pas encore. Pas même sa prophétie. »

Je n’aurai pas dû poser de questions, bordel. Béatrice masse ses tempes. Aro prend le relais.

« Pour en revenir à nos moutons : Boucles de Sang défit la Faucheuse de nous sortir d’une des antichambres de Dùuzal pour retourner à notre réalité, Zéro Absolu ? »

Béatrice hausse un sourcil.

« Esméralda nous a parlé télépathiquement, élude son père.

— Et rafistolé, rajoute Marcus en massant sa gorge.

— Elle sert de voix à Boucles de Sang. » remarque Aedan.

Boucles de Sang et Esméralda tournent autour de S’kyark, tels des vautours intrigués. D’un coup, la bruja arrache un morceau de chair à la Faucheuse. La faux, bloquée à terre, devient incandescente. Des cloques éclatent le long du métal en boulie. Elle se déforme, fond comme cire en un amas informe.

« Alors ? Tu n’y arrives pas ? Le nargue Esméralda.  Répare tes torts envers les miens ou reste ici à jamais. »

Des roches aux cœurs de lave apparaissent et piègent S’kyark. Un tremblement sourd et bref précède l’ouverture du sol en deux, qui engloutit l’entité emprisonnée. Le gouffre se referme en un rac sec. Aedan et les fantômes s’écartent pour accueillir Boucles de Sang et Esméralda.

« Quand sa leçon sera apprise, S’kyark reviendra à Zéro Absolu.

— Merci. » bafouille Béatrice.

Ses yeux naviguent entre Esméralda et Boucles de Sang. Les questions l’accablent, accompagnées d’un maudit mal de tête.

« Tu sers Boucles de Sang, débute-elle en pointant Esméralda. Et tu m’aides par rapport à notre lien ou autre chose ? »

Le Renard s’étire puis s’assoit sur son séant. Le bleu vert de ses flammes s’accentue.

« Tu es venue chercher deux choses : des capacités et une arme consacrée, la recentre Esméralda. Le Bouclier ne te servira pas à grand-chose seul.

— Oui ! Aboie Aedan. S’kyark réclamait un prix indécent.

— Je refuse de sacrifier mes pères, leur révèle Béatrice. Ils me survivront. »

Aro et Marcus l’enlacent.

« Tu ne peux pas le savoir, ma fille.

— L’avenir est affaire de Dieu, ajoute Marcus.

— Si, mes papas. J’en suis aussi sûre que la sincérité de Boucles de Sang. »

Elle fixe le Renard et lui offre :

« Je donnerai tout ce que tu réclameras, sauf eux.

— Une faveur, lui assure Esméralda. Le moment venu, tu sauras de quoi il en retourne. Ni avant, ni après. En échange, je t’accorde un droit d’asile en Dùuzal. Dagmar te guidera et t’expliquera les règles lors de ta première visite. Passé, présent et futur ne recèlent pas de secret pour moi. Si tu t’acclimates à ce monde, tu parviendras peut-être à disposer de ce savoir. Cela risque de ne jamais arriver, tu pourrais n’accéder qu’à des rêves que certains jugeront risibles.

— J’accepte.

— Sage décision. »

Esméralda marque une pause.

« Ton attachement envers tes pères… J’aimerais l’honorer en mémoire du mien. Sans te le promettre, je veillerai à leur survie.

— Merci, Boucles de Sang.

— Pour ton arme, tu l’auras sous peu. Bon réveil. »

Béatrice revient à la réalité en sursaut, imitée par Aedan, Aro et Marcus.

« Oh nom d’Oupouaout ! S’exclame Aedan. Boucles de Sang a emprisonné S’kyark et nous aide…

— Nous devons cacher ça et ma guérison, ajoute Marcus. Je continuerai à signer, pour ne pas aiguiller les Résistants.

— Nous avons la chance que je m’occupe de tes soins, acquiesce Aro. Beatriz, tu avais un comportement… étrange, face à la Faucheuse.

— Je n’arrivais pas à contrôler ni mes émotions ni mes réactions. Comme si quelqu’un appuyait sur le mauvais bouton et mettait le son à fond.

— C’était mon épouse, leur apprend Aedan. Son pouvoir réside dans la manipulation émotionnelle. Même la personne qui se lie à elle n’en est pas immunisée.

— Tu nous dois des explications, enchaîne Béatrice. C’est quoi la célébration de Sa-Iâh ? Un Changé risque-t-il vraiment de surpasser les saeat ? Si oui, pourquoi ?

— Sa-Iâh signifie fils d’Iâh. Ahmès descend donc d’une divinité lunaire. Durant la nouvelle lune, il perd sa part divine. Son côté thaleb prend le dessus.

— Ça ne nous laisse que neuf jours pour attaquer, réalise Béatrice, blêmissante.

— Le moment n’est pas venu, l’arrête Aedan. Les Qatārib envahiront la caserne pour servir de première ligne de défense. Les Afārīt seront positionnés de sorte à prévenir et contenir le moindre soulèvement. Les Ghīlān risquent d’être mis à contribution aussi, en cas d’échec des autres Changés.

— Et en dernière ligne, tous les saeat ? Devine Béatrice, d’une voix désabusée.

— Oui, ils se rassemblent tous au logement occupé par Ahmès. C’était la maison d’un capitaine ? Explique, incertain, Aedan.

— Je vois où laquelle, hoche du chef Béatrice.

— C’est aussi le seul moment où le Crocodile met à disposition des badges, au rez-de-chaussée.

— Avec mon bouclier, nous pourrions les voler et évacuer tous les non-combattants ?

— Oui. Nous avons neuf jours pour nous préparer. Avec la bonne distraction, nous pourrions voler un bus ou un camion de transport. »

Béatrice et Marcus échangent un long regard, avant d’acquiescer mutuellement à leur idée silencieuse. Il suffit de rassembler le bon matériel, des plans du casernement et nous pourrons faire exploser les points stratégiques.

« Tout va trop vite, avoue-t-elle, les mains tremblantes. Nous devons avancer avec prudence, les Frondeurs risquent de nous mettre des bâtons dans les roues.

— Rentrons nous reposer un peu, lui offre Aro. Nous planifierons tout ça au calme, avec du café. »

*

La route du retour s’avère plus pénible. La canicule bat son plein – 42°C dans l’habitacle de la Peugeot. La sueur poisse Marcus et le démange autour de ses blessures récentes. Il l’éponge avec son mouchoir, puis poursuit l’inventaire de son sac. Les derniers événements et la fatigue soudaine de Béatrice le mettent sur ses gardes.

Aro conduit prudemment. Son attention ne se détache pas du goudron fumant. Pourtant, la raideur de sa nuque le trahit. À l’arrière, Aedan veille sur Béatrice. Son état les inquiète tous, même si aucun d’eux ne pipe mot. L’usure de son bouclier creuse ses cernes. L’altercation avec la Faucheuse les a tous secoués.

Un jour, je m’en occuperai…

Son poing tremble à l’idée d’enfoncer ses phalanges dans les petites mâchoires, d’en faire sauter les dents en une giclée carmine. Le vrombissement du moteur l’écarte de cette fantaisie dangereuse. Il entend Béatrice respirer fort puis déglutir. Son teint verdâtre dénonce sa nausée. Elle ne tiendra pas éternellement. Ses épaules tremblent. Ses doigts broient son bas de treillis.

« B-bordel… »

Marcus repose son sac à ses pieds, délaissant ses explosifs pour sa fille. Le buste contorsionné, il se penche vers elle de son mieux. L’espace restreint de la Peugeot 205 joue en sa défaveur. Foutue voiture française ! Une pellicule de transpiration empègue la peau brûlante de sa cadette. Son parfum de fleur d’oranger vacille, presqu’imperceptible. Ses paupières lourdes luttent. Une onde parcourt le bouclier.

Elle grelotte.

« Je… J’en peux plus. »

Son chuchotis le blesse. Il défait sa ceinture, accédant ainsi plus aisément à sa fille. Ses grandes mains empoignent la tête dodelinant. Elle balbutie des paroles inintelligibles, le regard hagard. Le ventre noué, Marcus cherche une solution. Son impuissance lui rit au nez. Lui ? Un père ? Alors qu’il est incapable de soulager ou mettre en sécurité il sua piccola !

« Je la perds, admet Aedan. Un saeat corrompt notre lien… »

Il déglutit, les yeux révulsés.

« Ma force… j’arrive pas à lui donner…

— Marcus, rassies-toi. »

Aro dépasse leur bâtiment, les emmenant à l’opposé de la Résistance. Marcus fouille son sac et récupère un talkie-walkie. Il se met sur la fréquence pré-enregistrée. Ne pouvant pas chiffrer la liaison, ils ont convenu en amont de différents codes avec Nora. Après un grésillement qui s’estompe, Marcus prend contact. Nora lui répond, le timbre prudent. Ils échangent rapidement sur la situation et confirme un renfort à la station-service.

« Vous aviez prévu… cette éventualité, s’étonne Aedan.

— Tu gères la partie mystique. Nous, le militaire.

— On ne se réfugie pas aux caves ?

— Non, on barricade Beatriz. Le bâtiment n’a qu’une entrée et deux fenêtres. On tiendra le front jusqu’à l’arrivée des résistants. »

Marcus se tord à nouveau vers l’arrière. La main de sa fille est si froide, presque glacée. Ses ongles virent au violet. Dieu Tout-Puissant, veille sur elle. Beatriz est chaleur, vie. Elle a évolué au cœur de situations tout aussi dangereuses, violentes et horrifiques. Il l’a préparé autant à l’atrocités de l’Homme, qu’aux bonheurs inhérents du destin. Je t’ai condamnée, par égoïsme.

Il aurait dû la forcer à rejoindre son parrain, reprendre cette existence innocente. Son cœur l’étouffe. Il la voit heureuse loin des fracas du Jeu. L’amertume crépite sur sa langue. Une odeur iodée sature l’habitacle. Une embardée brusque le projette en avant puis en arrière. Son corps le lance. Avec chance, il n’a pas traversé le pare-brise.

Une pluie de cailloux s’abat sur eux, cabossant la carrosserie et menaçant de briser les vitres. Des babouins hamadryas apparaissent, perchés sur les balcons et dans les arbres alentours. Ils crient, tapant branches et sols.

« Bouclier des Cieux ! » hurle et signe Béatrice.

Sa bague rayonne de mille éclats. Le parfum entêtant d’agrume regagne en force et submerge celle de la mer. Béatrice glisse de la banquette pour le tapis usé. Ses bras se tendent au-dessus de sa tête, comme si elle tenait physiquement un bouclier. Elle hurle, s’étire au maximum. Du sang coule de ses oreilles, de ses yeux, de son nez et de sa bouche.

« Le Singe vise notre lien ! Hurle Aedan, dans un état similaire à Béatrice. En m’éloignant… j’affaiblirai son emprise sur nous. Il me prendra en chasse, mais sa horde…

— On la gérera. » le rassure Marcus.

Béatrice tremble comme une feuille sous un vent furieux.

Marcus se penche pour récupérer son sac. Il en sort une grenade et des masques rapidement distribués. Sous sa surveillance, Aedan aide Beatriz à enfiler le sien et serrer les sangles. Bordel. Il écarte le saeat et, en des gestes répétés des milliers de fois, vérifie l’équipement de sa fille.

D’une oreille, il écoute les directives d’Aro en cas d’évolution négative de la situation.

Béatrice vacille. Sa bague disparaît par intermittence, en une vibration éblouissante. Le bouclier se fissure. Un babouin en profite pour sauter sur le capot. Marcus ressent une onde violente, plus qu’il ne la perçoit. Le babouin est expulsé par la magie de sa fille et roule sur une dizaine de mètres derrière eux.

« Papas ! Crie Béatrice.

— Tout va bien. » la rassure Aro.

Le profil de la station-service se détache du paysage désertique. La chaleur a imposé une halte à des travaux. Çà et là gisent des matériaux de construction et des outils. Aro ralentit à l’approche de l’ombre du bâtiment. Les babouins s’éparpillent sur l’espace bétonné et les pompes condamnées.

« C’est trop risqué. »

Pas autant dans les vapes que ça, hein ?

Des larmes se piègent dans les cils de Béatrice.

« Ne pleure pas, piccola mia. Nous sommes avec toi. »

Il abaisse sa fenêtre et lance la grenade fumigène.

La fumée opaque s’enclenche dès le choc et monte en des volutes épaisses. Aro sort en premier, couvrant leurs arrières avec son Beretta AR70/90. Marcus récupère sa fille, Aedan sur ses talons. L’entrepôt regorgent d’étagères et de bric-à-brac. Béatrice lutte dans son étreinte, les yeux écarquillés. Gentiment, Marcus la cache derrière un bureau puis enlève son masque.

Au dehors, des coups de feu retentissent.

« Piccola mia. » chuchote-t-il.

Une alarme stridente s’ajoute au raffut.

Il l’abandonne pour aider Aedan à la barricader. Ils bloquent la porte depuis l’extérieur. Les silhouettes des primates choient les unes après les autres, touchées par les munitions d’Aro. Marcus se joint à lui, équipé aussi de sa mitrailleuse. Les détonations de leurs armes rugissent en symbiose. Aedan a troqué sa forme humaine pour celle d’un chien. Le saeat fonce dans la mêlée, insensible au gaz irritant.

Une immense masse aux poils argentés le pourchasse.

Le combat gagne en intensité. Combien de babouins ont-ils tué ? Trente, cinquante, cent ? Le fumigène se résorbe. Des soldats de la Collaboration qui les prend de revers, leur tirant dessus. Aro et Marcus se réfugient derrière une pompe à essence. Le silence soudain les assourdie. Ils terminent leur prochaine action en signant. Les soldats s’approchent. Marcus dégoupille une grenade offensive, qu’il jette dans leur direction. Il se plaque au sol, devançant le souffle de l’explosion.

Les soldats tirent à l’aveugle.

Le couple s’écrase au sol. De la poussière et des gravats les recouvrent. Ils préparent une nouvelle slave de grenade. Les tirs faiblissent. Aro et Marcus s’apprêtent à dégoupiller. Des craquements les déroutent. Avant qu’ils ne puissent s’enfuir, le préau s’effondre sur eux.

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