SAISON 1 - Episode 10 - COUNTER HIT

📖 FOSTER - EPISODE 1 - PHILADELPHIA LOVE ✍️ Splinter 📝 2698 mots


Philadelphie - 21 h 06.

Switch regardait le plan du port depuis douze minutes.

Nicky le regardait regarder le plan depuis onze.

— Alors ?

— Non.

— Je t’ai rien demandé.

— Si.

— J’ai dit « alors ».

— Chez toi, « alors » veut toujours dire : Switch, est-ce que tu peux commettre plusieurs crimes fédéraux avant le dîner ?

Nicky réfléchit.

— Il est neuf heures.

— Voilà. Même le dîner est en retard.

Marco était assis sur le canapé, un bleu magnifique autour de l’œil.

Vale mangeait des nouilles dans une boîte en carton.

Dex avait les pieds sur une chaise.

J remontait quelque chose sur l’Alfa qui, à en juger par les jurons, n’avait aucune envie d’être remonté.

Sur l’écran :

un plan.

Un container.

Une heure.

23:40

Bellandi Logistics.

Nicky posa les deux mains sur le bureau.

— Tu peux voler un container ?

Switch tourna lentement la tête.

— Physiquement ?

— Non.

— Alors oui.

Vale leva les yeux de ses nouilles.

— Ça me rassure énormément que tu aies demandé la précision.

Nicky :

— Comment ?

Switch agrandit le terminal.

— Un container ne se promène pas tout seul. Il a un manifeste, un numéro, un quai, un tracteur, un chauffeur, une destination, des autorisations.

— Donc ?

— Donc personne ne vole un container.

Il tapa quelques touches.

— On lui explique simplement qu’il devait aller ailleurs.

Nicky sourit.

— Je t’aime.

— Non.

— Un peu.

— Non.

— Professionnellement.

— Encore pire.

Marco se leva.

— Je viens.

Nicky :

— Non.

— On recommence ?

— Oui.

— C’est ma famille.

— Oui.

— Les Bellandi ont essayé de m’enlever.

— Oui.

— Donc je viens.

— Non.

Marco écarta les bras.

— Pourquoi ?

Nicky le regarda.

— Parce que justement, tu l'as très bien résumé, les Bellandi ont essayé de t’enlever.

Marco resta immobile.

— C’est complètement circulaire comme raisonnement.

— Et pourtant on arrive toujours à non.

— Nicky...

Elle se retourna.

Plus de sourire.

— Ils te veulent, Marco.

Silence.

— Donc ce soir, le seul endroit où tu dois surtout pas être, c’est avec nous.

Marco serra la mâchoire.

— C’est mon problème.

Nicky le regarda quelques secondes.

Puis :

— Non.

Elle désigna le garage.

Vale.

Dex.

J.

Switch.

Elle-même.

— Maintenant, c’est le nôtre.

Marco ne répondit pas.

Quelque chose venait de se passer.

Petit.

Mais réel.

J leva la tête depuis l’Alfa.

— Et puis si tu viens, qui surveille ma caisse ?

Marco sourit.

— Tu viens de dire ma caisse ?

J :

— J’ai rien dit.

— Si.

— Ferme ta gueule.


22 h 31.

Le plan était simple.

Ce qui inquiétait énormément tout le monde.

Switch avait trouvé le transporteur sous-traitant chargé de récupérer le container Bellandi à 23 h 40.

Il avait ensuite trouvé son système informatique.

Puis son prestataire.

Puis le serveur de son prestataire.

Puis une faille.

Puis il s’était plaint pendant dix minutes de la qualité des mots de passe américains.

Le container n° MSCU 714309-6 ne devait désormais plus rejoindre l’entrepôt Bellandi de Bridesburg.

Selon le système, il devait être transféré vers une zone de stockage temporaire à South Philadelphia.

Le chauffeur ne savait rien.

Le port ne savait rien.

Bellandi Logistics ne savait encore rien.

Et, surtout, personne n’allait braquer personne.

Nicky regardait l’écran.

— C’est tout ?

Switch :

— Quoi ?

— On change une ligne et on vole un container ?

— Plusieurs lignes.

— C’est décevant.

— Désolé que le crime organisé manque de spectacle.

Vale ajustait une veste réfléchissante.

— Pourquoi c’est moi qui dois entrer ?

Nicky :

— Parce que t’as l’air normale.

Silence.

Vale :

— C’est la première fois que tu me fais un compliment et je le déteste.

Dex lui tendit un badge.

— Melissa Grant.

Vale le regarda.

— Je ressemble à une Melissa Grant ?

Dex :

— Aucune idée.

— C’est qui ?

Switch :

— Une responsable logistique qui travaille à Newark.

Vale :

— Elle sait que je suis elle ?

— Probablement pas.

— Probablement ?

Switch :

— Elle dort.

Vale regarda Nicky.

— Ton plan est merdique.

— C’est pas mon plan. C’est le sien.

Switch :

— Hé.

Nicky :

— Mais oui, il est merdique.

J arriva avec des clés.

— Camion prêt.

Tout le monde le regarda.

Dex :

— Depuis quand tu sais conduire un semi ?

J :

— Depuis jamais.

Silence.

Nicky :

— Ah.

J :

— C’est toi qui conduis.

— Moi ?

— Oui.

— Pourquoi ?

J la fixa.

— Parce que si quelqu’un ici doit détruire un camion qui vaut cent cinquante mille dollars, autant choisir directement la personne responsable.

Nicky sourit.

— Je suis touchée.

— Moi aussi. Par l’angoisse.


23 h 26.

Le port était une ville à l’intérieur de la ville.

Projecteurs.

Containers empilés comme des immeubles sans fenêtres.

Grues.

Semi-remorques.

Bips de recul.

Moteurs diesel.

Des hommes minuscules sous des montagnes d’acier.

Nicky conduisait.

J était à côté d’elle.

Il regardait alternativement la route et Nicky.

Puis la route.

Puis Nicky.

— Arrête.

— Quoi ?

— De me regarder.

— Je surveille.

— Quoi ?

— Tout.

— Je roule à vingt kilomètres-heure.

— C’est largement suffisant pour toi.

Téléphone posé sur le tableau de bord.

Switch :

— Continue tout droit. Zone C.

Nicky :

— Je vois.

— Je sais que tu vois. Je te guide.

— Pourquoi ?

— Parce que c’est mon travail.

— Ton travail c’est hacker.

— Mon travail, depuis que je te connais, c’est empêcher tes idées de tuer tout le monde.

J :

— Il est sous-payé.

Nicky :

— Il est pas payé.

Switch :

— EXACTEMENT.

À trois cents mètres, Vale entra dans le bureau administratif.

Badge.

Veste réfléchissante.

Téléphone.

Sourire.

— Bonsoir.

Le garde regarda son badge.

— Melissa ?

— Malheureusement.

Il rit.

Vale aussi.

Elle n’avait aucune idée de pourquoi.

— Newark ?

— Ouais.

— Vous êtes loin de chez vous.

— Si vous saviez.

Il regarda son écran.

Vale sentit son cœur accélérer.

Switch dans son oreillette :

— Ne parle pas.

Le garde fronça les sourcils.

Vale :

— Je parle pas.

Le garde leva les yeux.

— Pardon ?

— Rien.

Switch :

— J’AI DIT NE PARLE PAS.

Vale sourit au garde.

— Longue journée.

— Je connais.

L’écran changea.

AUTHORIZED.

Le garde lui rendit son badge.

— Bonne soirée, Melissa.

— J’espère.

Elle passa.

Puis murmura :

— Je vais tuer Switch.

Dans l’oreillette :

— Tu devras faire la queue.


23 h 39.

Le container descendit.

Lentement.

Énorme.

J regardait par le pare-brise.

— Voilà.

Nicky :

— C’est lui ?

— Le numéro correspond.

Le container se posa sur la remorque.

CLANG.

J attendit.

Nicky attendit.

Switch attendit.

Personne ne cria.

Personne ne sortit d’arme.

Personne ne courut.

Un employé leur fit signe.

Nicky engagea la vitesse.

Le camion avança.

J regarda derrière.

Puis devant.

Puis Nicky.

— Je comprends pas.

— Quoi ?

— Ça marche.

Nicky sourit.

— Évidemment que ça marche.

J secoua la tête.

— Non.

Il regarda le container.

— Avec nous je veux dire.


00 h 07.

Ils sortirent du terminal.

Vale les rejoignit avec une voiture.

Dex suivait plus loin dans une autre.

Switch était resté au garage avec Marco.

Nicky prit la route.

Une minute.

Deux.

Trois.

Rien.

J commençait presque à respirer.

Puis Switch parla.

— Attendez.

Nicky :

— Quoi ?

— Rien.

— Switch.

— Je vérifie quelque chose.

— Quoi ?

Silence.

— Switch.

— Bellandi vient de demander où est son container.

J ferma les yeux.

— Voilà.

Nicky :

— Et ?

— Et le terminal lui explique qu’il est en transfert temporaire.

— Donc ?

— Donc Bellandi lui explique qu’il ne l’est pas.

J :

— Voilà.

Nicky :

— Arrête de dire voilà.

J :

— Voilà.

Switch :

— Vous avez peut-être quinze minutes.

Nicky :

— Pour quoi ?

— Avant que quelqu’un comprenne que le container est actuellement conduit par une blonde psychopathe et un mécanicien suicidaire.

J :

— Je suis pas suicidaire.

Il regarda Nicky.

— Je suis son otage.


00 h 31.

Ancien atelier industriel.

Portes fermées.

Container à l’intérieur.

Tout le crew était là.

Marco avait évidemment refusé de rester au garage.

Nicky le regarda descendre d’une voiture.

— Qu’est-ce que tu fous là ?

— Je surveillais l’Alfa.

— Elle est au garage.

— J’ai fini.

— Marco...


J :

— Plus tard.

Il regardait le container.

— Ouvrez.

Dex coupa le scellé.

Portes.

Métal.

J tira.

L’intérieur apparut.

Palettes.

Caisses.

Pièces automobiles.

Deux moteurs.

J entra.

Puis s’arrêta.

— Oh putain.

Nicky :

— Quoi ?

J approcha d’un moteur.

— Tu sais ce que c’est ?

— Un moteur.

J la regarda comme si elle venait d’insulter sa mère.

— Sors.

— Quoi ?

— Sors de mon container.

— C’est mon container.

— PLUS MAINTENANT.

Vale entra.

— On a volé un container à la mafia et vous allez vous battre pour un moteur ?

J :

— Tu sais combien ça vaut ?

Switch :

— Beaucoup ?

— Beaucoup.

Dex, derrière une caisse :

— Euh...

Personne ne l’écouta.

— Les gars.

J continuait.

— Et ça, là...

Dex :

— LES GARS.

Tout le monde se retourna.

Une caisse était ouverte.

Mousse.

Métal.

Armes.

Silence.

Nicky descendit du container.

S’approcha.

Une autre caisse.

Dex l’ouvrit.

Même chose.

Vale :

— Ah.

Marco :

— Merde.

Switch regardait.

— Ça vaut combien ?

J :

— Beaucoup.

Dex ne quittait pas les armes des yeux.

— Il parlait pas du moteur.

J :

— Ah.

Nicky regarda les caisses.

Puis les moteurs.

Puis le container.

Son sourire avait disparu.

Marco :

— Salvatore avait raison.

— Sur quoi ?

— Le corridor.

Nicky se tourna.

— Ça transite par là.

Switch :

— Et si Bellandi utilise ses sociétés pour déplacer ça...

Il réfléchit.

— C’est pas seulement des voitures.

Vale :

— On fait quoi ?

Personne ne répondit.

Nicky regardait les armes.

Elle venait de comprendre quelque chose.

Tony ne voulait pas simplement un entrepôt.

Il voulait une autoroute.

Une autoroute où personne ne regardait ce qui passait.

Et eux venaient de garer un morceau de cette autoroute dans un hangar.

Dex :

— On devrait appeler Salvatore.

Nicky :

— Non.

Marco :

— Pourquoi ?

Nicky sortit son téléphone.

— Parce que c’est pas à lui qu’on a pris ça.

Vale la regarda.

— Oh non.

Nicky :

— Quoi ?

— Je connais encore cette tête.

— Quelle tête ?

— Celle où tu vas faire une connerie en pensant que c’est une idée.

Nicky chercha un numéro.

Switch :

— Tu fais quoi ?

— Je négocie.

Marco :

— Avec qui ?

Nicky lança l’appel.

— Tony Bellandi.

Tout le monde :

— NICKY !

Tony répondit au quatrième appel.

— Oui ?

Nicky :

— Anthony Bellandi ?

Silence.

— Qui demande ?

— Nicky Foster.

Nouveau silence.

Plus long.

Puis :

— Miss Foster.

Nicky regarda Vale.

Lui aussi savait déjà.

— Tony.

— Je préfère Anthony.

— Moi Nicky.

— Je sais.

— Parfait. On gagne du temps.

Tony :

— Vous avez quelque chose qui m’appartient.

— Ah, donc toi aussi t’as un Switch.

Switch leva un majeur.

Tony :

— Où est-il ?

— En sécurité.

— Vous avez ouvert le container ?

Nicky regarda les armes.

— Ouais.

Silence.

Le ton de Tony changea.

À peine.

— Vous avez fait une erreur.

— On me dit beaucoup ça.

— Vous ne savez pas ce que vous avez pris.

Nicky regarda encore les caisses.

— Maintenant si mec.

Marco l’observait.

Vale aussi.

Tony :

— Qu’est-ce que vous voulez ?

Nicky sourit légèrement.

Voilà.

Ça fonctionnait.

— Marco.

Marco fronça les sourcils.

— Vous laissez Marco tranquille.

Elle regarda son crew.

— Et Seek & Destroy.

Tony :

— En échange ?

— Tu récupères ton container.

Silence.

— Vous pensez pouvoir négocier avec moi ?

Nicky :

— Je suis en train de le faire.

— Vous ne connaissez pas les règles.

— Ça tombe bien. J’aime pas beaucoup les règles.

Tony eut un petit rire.

— Votre frère doit être fier.

Le visage de Nicky changea.

— Laisse Damon en dehors.

Tony entendit immédiatement la différence.

Petit silence.

— Bien sûr.

Nicky comprit trop tard qu’elle venait de lui donner quelque chose.

Elle continua.

— Marco. Mon crew. Tu les touches plus.

Tony :

— Vous tenez beaucoup à eux ?

Nicky ne répondit pas.

Tony :

— Vos amis.

Toujours rien.

Tony eut presque un sourire dans la voix.

— C’est ce que je pensais.

Il raccrocha.

Nicky resta avec le téléphone contre l’oreille.

Vale :

— Qu’est-ce qu’il a dit ?

Nicky baissa lentement le téléphone.

— Rien.

Switch la regardait.

— Non.

— Quoi non ?

— Il a dit quelque chose.

Nicky regarda son crew.

Puis le container.

— On bouge.


00 h 58.

Switch vit les voitures en premier.

— Nicky.

Elle était déjà dans le camion.

— Quoi ?

— Trois véhicules quittent Bellandi Logistics.

— Direction ?

Switch tapa.

Caméras.

Plaques.

Trafic.

— Vous.

J :

— Évidemment.

Vale monta dans sa voiture.

Dex dans une autre.

Marco ouvrit une portière.

Nicky :

— Marco !

— Va te faire foutre !

Nicky resta une demi-seconde bouche ouverte.

Marco monta avec Dex.

J sourit.

— Il apprend.

— J’vais le tuer.

— Fais la queue, encore et encore.


01 h 11.

Le camion roulait vers le sud.

Nicky au volant.

J à côté.

Vale devant.

Dex et Marco derrière.

Les trois véhicules Bellandi approchaient.

Switch :

— Deux minutes.

Nicky :

— Options ?

— Police.

— Non.

— Abandonner le container.

— Non.

— Arrêter d’être stupide.

— Option réaliste.

— J’en ai plus.

J regarda le rétro.

— Je les vois.

Première voiture.

Puis deuxième.

Troisième.

Nicky accéléra.

Le camion protesta.

J :

— Doucement !

— Ils arrivent !

— C’EST UN CAMION !

— J’avais remarqué !

Une voiture Bellandi passa sur le côté.

Chercha à remonter.

Vale la bloqua.

— Dégage !

Elle donna un coup de volant.

L’autre voiture recula.

Switch :

— Vale, prochain carrefour à droite !

— Je vois !

Nicky :

— Pourquoi elle a le droit de dire je vois ?

Switch :

— PARCE QU’ELLE M’ÉCOUTE !

J :

— Tout le monde t’écoute sauf toi.

Une seconde voiture remonta côté conducteur.

Nicky regarda.

Homme à la fenêtre.

Pas d’arme.

Ils voulaient le camion.

Pas détruire la cargaison.

Nicky comprit.

Elle ralentit brutalement.

La voiture dépassa.

Puis elle remit les gaz.

J regarda devant.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Je conduis.

— REGARDE LA ROUTE BORDEL !

La voiture Bellandi tenta de bloquer la voie.

Vale arriva derrière elle.

Dex sur l’autre côté.

Pendant quelques secondes, Seek & Destroy fonctionna comme sur une ligne de départ.

Sans parler.

Position.

Espace.

Vitesse.

Dex força la voiture Bellandi à s’écarter.

Vale passa.

Nicky trouva l’ouverture.

Le semi traversa.

Marco regardait depuis la voiture de Dex.

— Putain...

Dex :

— Quoi ?

— Elle conduit toujours comme ça ?

Dex :

— Non.

Marco :

— Ah.

Dex :

— Des fois c’est pire.

Switch regardait les caméras.

Puis quelque chose lui vint.

— Nicky.

— Ouais ?

— J’ai une idée.

— Bonne ?

— Comparée aux tiennes, probablement Nobel.

— Vas-y.

— Vous pouvez pas garder le container.

— Merci.

— Bellandi peut pas le perdre.

— Merci.

— Alors donne-le à quelqu’un qu’ils peuvent pas attaquer.

Nicky comprit.

Un sourire apparut.

J la regarda.

— Non.

— Quoi ?

— Ton sourire.

Nicky :

— Switch.

— Oui.

— Trouve-moi des flics.

Silence.

Switch :

— Je suis désolé ?

— Des flics.

— Là, tout de suite ?

— Beaucoup.

Switch sourit.

— Ah.

J :

— Pourquoi vous dites tous « ah » ?

Nicky :

— Parce qu’on va rendre le container.

— À Bellandi ?

Nicky :

— Non.


01 h 24.

Un appel anonyme arriva aux autorités.

Container suspect.

Armes.

Adresse.

Numéro.

Informations suffisamment précises pour que personne ne puisse l’ignorer.

Nicky prit la sortie.

Vale :

— Où on va ?

— Donner notre butin.

— À qui ?

— Aux flics.

Silence radio.

Puis :

— QUOI ?

Dex éclata de rire.

Vale :

— On vient de voler un container pour le donner à la police ?

— Ouais.

— On gagne quoi ?

Nicky regarda dans son rétro.

Les Bellandi toujours derrière.

Puis devant.

Au loin.

Premières lumières bleues.

Elle sourit.

— Rien.

Vale :

— Super casse.

Nicky regarda encore les gyrophares.

— Et eux, non plus.


01 h 29.

Le camion entra dans une rue industrielle.

Deux véhicules de police arrivaient en sens inverse.

Puis trois.

Les Bellandi ralentirent.

Nicky détacha sa ceinture.

J :

— Qu’est-ce que tu fais ?

— On descend.

— Le camion roule !

— Plus pour longtemps.

— NICKY !

Elle freina.

Camion immobilisé en travers.

Vale s’arrêta.

Dex aussi.

Tout le monde sortit.

Une ruelle latérale.

Course.

Derrière eux, les premières voitures de police entouraient le camion.

Nicky courait.

Ses côtes lui rappelèrent immédiatement qu’elles existaient.

— Putain...

Vale :

— Ça va ?

— FERME TA GUEULE !

Sirènes.

Ordres.

Portes.

Puis quelqu’un ouvrit le container.

Et la nuit changea de catégorie.


02 h 03.

Tony Bellandi ne cria pas.

C’était pire.

Il regardait la télévision.

Images lointaines.

Police.

Camion.

Container ouvert.

Agents.

Un journaliste parlait déjà de saisie d’armes.

Un homme entra.

— Tony.

Tony ne répondit pas.

— On peut peut-être récupérer...

Tony tourna la tête.

L’homme s’arrêta.

— Récupérer quoi ?

Silence.

Tony regarda de nouveau l’écran.

— Le container ?

Personne ne répondit.

— Les armes ?

Toujours rien.

Il prit la télécommande.

Coupa le son.

— Non.

Il posa la télécommande.

— Maintenant, on récupère rien.

L’homme hésita.

— Vincent va savoir.

Tony :

— Oui.

— Et les autres aussi.

Tony :

— Oui.

Ça, c’était le problème.

Pas l’argent.

Pas seulement.

La cargaison n’était pas entièrement à lui.

Et maintenant elle était sur toutes les radios de police de Philadelphie.

Nicky Foster ne venait pas simplement de lui voler quelque chose.

Elle venait de le rendre inutilisable.

Tony regarda une photo posée sur la table.

Nicky.

Puis une autre.

Seek & Destroy.

Le garage.

Vale.

Switch.

Dex.

J.

Marco.

Tony resta longtemps silencieux.

— On reprend Maldini ?

— Non.

— Foster ?

— Non.

L’homme attendit.

Tony toucha du doigt la photo du garage.

— Elle m’a pris quelque chose.

Il leva les yeux.

— Alors on vas lui prendre quelque chose aussi.


03 h 14.

Garage Seek & Destroy.

Une pizza froide.

Six bières.

Un Marco qui avait repris de la glace.

Un Dex qui ne pouvait toujours pas s’asseoir normalement.

J regardait une vidéo de la saisie.

— Ils vont détruire les moteurs ?

Nicky :

— J.

— C’est une question.

— Il y avait des armes.

— Je sais.

— Beaucoup.

— Je sais.

— Et toi tu penses aux moteurs.

J regarda tout le monde.

— Les armes ont déjà des gens pour s’occuper d’elles.

Il montra l’écran.

— Personne ne pense aux moteurs.

Vale leva sa bière.

— Aux moteurs.

Dex :

— Aux moteurs.

Marco :

— Aux moteurs.

Switch leva sa canette.

— Aux putains de moteurs.

Nicky secoua la tête.

Puis leva la sienne.

— Aux moteurs.

Ils burent.

Quelques secondes de silence.

Puis Vale regarda Nicky.

— Donc.

— Quoi ?

— On a gagné ?

Nicky resta un instant silencieuse.

Elle regarda son crew.

Marco vivant.

Tout le monde là.

Bellandi avait perdu sa cargaison.

Personne n’avait été blessé.

Pas vraiment.

Pas cette fois.

Elle sourit.

— Ouais.

Switch :

— Ça me plaît pas quand tu dis ça.

— Pourquoi ?

— Parce que la dernière fois que quelqu’un a dit ça, Marco a fini dans une impasse avec huit mecs.

Marco :

— J’avais gagné la course.

Nicky le regarda.

— Et t’étais toujours pas prêt.

Marco leva sa bière.

— Mais j’avais gagné. Alors aux moteurs !

Nicky sourit.

— Connard.

Ils rirent.

Puis son téléphone vibra.

Numéro inconnu.

Nicky regarda l’écran.

Une seconde.

Deux.

Elle ouvrit.

Un message.

Aucun texte.

Seulement une photographie.

Le garage.

Prise depuis l’autre côté de la rue.

Quelques minutes plus tôt.

Nicky cessa de sourire.

Vale le vit.

— Quoi ?

Nicky ne répondit pas.

Elle agrandit l'image.

Devant la vitrine.

Leurs voitures.

La porte.

Eux, à l'intérieur.

Une famille sous lumière fluorescente.

Nicky regarda par la fenêtre.

Rue vide.

Elle revint au téléphone.

En bas de l'image, un second message apparut.

MAINTENANT JE SAIS OU FRAPPER.

Nicky resta immobile.

Quelque chose se serra dans son ventre.

Elle pensa à Tony.

À sa question.

Vous tenez beaucoup à eux ?

Elle avait cru négocier.

Elle avait cru lui montrer son point faible.

Sa cargaison.

Son argent.

Son réseau.

Elle comprenait seulement maintenant qu'une négociation avait deux côtés.

Et que pendant qu'elle cherchait celui de Tony...

Tony avait cherché le sien.

Nicky leva lentement les yeux vers Seek & Destroy.

Vale.

Switch.

Dex.

J.

Marco.

Le rire venait à peine de mourir.

Dehors, quelque part dans Philadelphie, un moteur démarra.


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