SAISON 1 - Épisode 9 - YOU LOSE !
Philadelphie - 11 h 18.
J regardait l’Alfa depuis vingt-sept minutes.
Personne n’osait lui parler.
Ce n’était pas une règle.
C’était de la survie.
La 155 était montée sur le pont, vitre arrière remplacée provisoirement par un plastique transparent, aile gauche ouverte, pare-chocs déposé. Trois impacts étaient entourés au marqueur blanc.
Un quatrième avait traversé le coffre.
J passa lentement un doigt dans le trou.
— Ne fais pas ça.
Marco était assis sur un établi, une poche de glace contre la tempe.
— Quoi ?
— Me parler.
— J’ai rien dit.
— Tu pensais.
Marco regarda Vale.
— Il devient vraiment inquiétant.
J se retourna.
— TU AS PRIS DES PUTAIN DE VRAIES BALLES.
— C’est pas moi qui tirais.
— Ah bah ça va alors.
— Techniquement...
— Marco.
— Ouais ?
— Ferme ta gueule.
Marco obéit.
Trois secondes.
— Tu peux la réparer ?
J ferma les yeux.
Nicky éclata de rire depuis le canapé.
Elle le regretta immédiatement.
— Putain...
Une main sur les côtes.
Vale leva les yeux de son café.
— Bien fait.
— Merci.. salope.
Nicky avait meilleure mine que la veille.
Ce qui signifiait simplement qu’elle ressemblait désormais à quelqu’un qui s’était battu contre quatre hommes au lieu de huit.
Arcade recollée.
Lèvre gonflée.
Jointures abîmées.
Un énorme bleu commençait à apparaître sur son flanc.
Dex était installé sur une chaise à côté d’elle, sa propre blessure lui donnant l’air d’un homme de quatre-vingt-dix ans qui aurait très mal choisi son établissement de retraite.
Switch, lui, n’avait pas quitté ses écrans.
Deux Charger.
Huit hommes.
Une carte.
BELLANDI LOGISTICS.
Et depuis sept heures du matin, il cherchait.
Nicky regarda Marco.
— Bon.
Marco ne bougea pas.
— Bon quoi ?
— Bellandi.
Il soupira.
— On peut faire ça après ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce qu’hier huit mecs ont essayé de te foutre dans une Charger.
Elle réfléchit.
— Et j’aimerais beaucoup découvrir que c’était pour ton anniversaire.
Vale posa son café.
Dex releva la tête.
Marco regarda tout le monde.
— C’est compliqué.
Nicky :
— Je déteste cette phrase.
— Pourquoi ?
— Parce qu’elle précède toujours une explication qu’on aurait dû me donner avant.
Marco posa la glace.
— Les Bellandi connaissent ma famille.
— Ça, j’avais deviné avec le nom italien et la tentative d’enlèvement.
— Depuis longtemps.
— Combien ?
— Avant moi.
Nicky le fixa.
— Tu te fous de ma gueule ?
— Non.
— Vous avez tous pris des cours avec Emmanuel Elga pour répondre aux questions ?
Marco fronça les sourcils.
— Quoi ?
— Rien.
Elle se redressa.
Mauvaise idée.
Ses côtes protestèrent.
Elle continua quand même.
— Qu’est-ce qu’ils veulent ?
Marco hésita.
— J’en sais rien.
— Marco.
— Je te jure.
Il était sérieux.
— Je connais le nom. Je sais que nos familles ont des affaires ensemble. Enfin... avaient. Je sais qu’il y a des tensions depuis quelques mois.
— Quelles tensions ?
— J’en sais rien.
Nicky le regarda.
Marco leva les mains.
— C’est justement le principe quand ta famille veut pas que tu sois dans ses affaires.
Cette fois, Nicky ne répondit pas immédiatement.
Ça avait du sens.
— Ton père ?
— Il m’en parle pas.
— Salvatore ?
Marco eut un petit rire.
— Encore moins.
Nicky :
— Super famille.
Marco :
— La tienne est normale ?
Silence.
Nicky hocha lentement la tête.
— Point pour l’Italien.
On frappa à la porte du garage.
Trois coups.
Switch leva les yeux vers une caméra.
Puis son expression changea.
— Euh...
Nicky :
— Quoi ?
Switch pivota son écran.
Deux berlines noires devant le garage.
Quatre hommes.
Et Salvatore.
Marco murmura :
— Merde.
Nicky regarda l’écran.
— Ton anniversaire continue.
Salvatore entra seul.
Ses hommes restèrent dehors.
Costume sombre.
Manteau.
Pas un cheveu déplacé.
Il regarda d’abord Marco.
Longtemps.
Puis son visage tuméfié.
Puis l’Alfa sur le pont.
Puis Nicky.
Lèvre.
Arcade.
Mains.
Il avait manifestement suffisamment d’informations.
— Marco.
— Salvatore.
— Ils t’ont touché ?
Marco :
— Un peu.
Depuis sous la 155 :
— UN PEU ?
Tout le monde regarda J.
Une paire de jambes dépassait de sous la voiture.
J continua :
— Ils ont tiré dans le différentiel !
Marco :
— Moi aussi j’ai pris des coups.
— TOI TU CICATRISES !
Salvatore regarda Nicky.
Elle haussa les épaules.
— Il traverse une dure épreuve, faut l'excuser.
Salvatore revint à Marco.
— Ton père sait ?
— Probablement.
— Certainement.
Il se tourna vers Nicky.
— Je voudrais vous parler.
— Vous me parlez.
Salvatore regarda les autres.
Nicky comprit.
— Ils restent.
— Nicky...
— Seek & Destroy.
Elle désigna Marco.
— Lui aussi.
Salvatore observa le groupe.
Puis hocha légèrement la tête.
— Très bien.
Il retira ses gants.
— Ce qui s’est passé hier soir ne vous concernait pas.
Nicky eut un petit rire.
— Ah ouais j'adore.
Salvatore continua.
— Vous avez ramené Marco. Je vous en remercie.
— De rien.
— Maintenant, vous restez en dehors de ça.
Nicky regarda Vale.
Puis Dex.
Puis Marco.
Puis Salvatore.
— Non.
— Ce n’était pas une question.
— Ça tombe bien, généralement, ici, c'est moi qui les poses en premier.
Salvatore la fixa.
Nicky se leva.
Lentement.
Ses côtes lui faisaient mal.
Elle n’en montra rien.
— Ils ont tiré sur un membre de mon crew.
— Ils ont tiré sur un Maldini.
Nicky désigna Marco du menton.
— Hier soir, c’était les deux.
Silence.
Marco baissa légèrement les yeux.
Salvatore, lui, ne bougea pas.
Puis quelque chose changea presque imperceptiblement dans son regard.
Il venait de comprendre que le problème avait évolué.
— Asseyez-vous.
Nicky sourit.
— Là, c’était une question ?
— Un conseil.
— Ah.
Elle se rassit.
— J’aime mieux.
Salvatore posa ses gants sur une table.
— Vincent Bellandi.
Switch tourna immédiatement légèrement son écran.
Salvatore le remarqua.
— Vous pouvez chercher.
Switch :
— Merci.
— Vous ne trouverez pas ce qui vous intéresse.
Switch sourit.
— On me dit souvent ça.
Nicky :
— Et ?
Salvatore reprit.
— Vincent et ma famille se connaissent depuis près de trente ans. Nous avons travaillé ensemble. Parfois très bien. Parfois moins.
— Mafia.
Marco ferma les yeux.
— Nicky...
Salvatore, lui, eut presque un sourire.
— Si vous préférez.
— Je préfère quand les mots veulent dire quelque chose.
— Alors oui.
Nicky s’adossa.
— Mafia.
— Crime organisé.
— C’est mafia avec une cravate et des gants de velour.
Vale étouffa un rire dans son café.
Salvatore continua comme si rien ne s’était passé.
— Les Bellandi possèdent plusieurs entreprises de transport et de logistique. Les Maldini également. Certaines infrastructures portuaires sont utilisées par les deux familles depuis longtemps.
Switch intervint :
— Bellandi Logistics.
Salvatore le regarda.
— Entre autres.
Switch avait déjà trois fenêtres ouvertes.
— Transport routier. Stockage. Import-export.
Une autre fenêtre.
— Deux sociétés radiées.
Encore une.
— Trois changements de propriétaires en cinq ans.
Salvatore :
— Vous êtes rapide.
Switch :
— Je m’ennuie facilement.
Nicky :
— Qu’est-ce qu’ils veulent ?
Salvatore regarda Marco.
— Un accès que nous contrôlons.
— À quoi ?
— Plusieurs entrepôts. Des sociétés de transit. Certaines zones portuaires.
— Pour faire quoi ?
Salvatore ne répondit pas.
Nicky :
— Des voitures ?
Silence.
— Des armes ?
Toujours rien.
— Drogue ?
Salvatore :
— Tout ce qui peut entrer dans un container peut intéresser quelqu’un.
Nicky hocha la tête.
— Voilà une réponse.
— Vincent négocie depuis plusieurs mois.
— Et vous dites non.
— Exactement.
— Donc il enlève Marco.
Salvatore secoua la tête.
— Non.
Nicky fronça les sourcils.
— Non quoi ?
— Vincent n’aurait pas fait ça.
— Vous en êtes sûr ?
— Oui.
— Vous lui faites confiance ?
— Absolument pas.
Nicky sourit.
— J’aime bien votre monde.
Salvatore remit légèrement sa manche.
— Mais je le connais.
Et cette fois, son ton changea.
— Anthony Bellandi.
Marco releva la tête.
— Tony ?
Salvatore le regarda.
— Oui.
Nicky :
— Qui ?
Marco répondit.
— Son fils.
Salvatore corrigea :
— Son neveu.
— C’est important ?
— Dans cette famille, oui.
Nicky :
— Et lui ?
Salvatore resta quelques secondes silencieux.
— Tony pense que les hommes de notre génération parlent trop.
Nicky :
— J’allais dire pareil.
Vale lui donna un petit coup de pied.
— Aïe.
— Tais-toi.
Salvatore continua :
— Il considère les accords comme une faiblesse. Les frontières comme des choses temporaires. Et la patience comme un défaut.
— Donc il prend Marco.
— Il essaie.
Marco regarda Nicky.
— Essaie.
Nicky sourit.
Salvatore, pas du tout.
— Ne sous-estimez pas ce qui s’est passé hier.
— Je sous-estime rien.
— Si.
Nicky cessa de sourire.
Salvatore la regarda droit dans les yeux.
— Vous pensez avoir gagné.
Nicky haussa légèrement les épaules.
— Huit contre une, j’appelle ça une bonne soirée.
— C’est précisément ce qui m’inquiète.
Silence.
Même J avait cessé de taper sous l’Alfa.
Salvatore reprit :
— Dans notre monde, quand huit hommes sont par terre, il n’en reste pas huit de moins.
Il remit ses gants.
— Il en arrive seize.
Nicky ne répondit pas.
Parce que, quelque part derrière cette phrase, une Ferrari blanche venait de réapparaître.
Une Zonda dans une glissière.
Une dent sur le bitume.
T’avais déjà gagné.
Elle chassa l’image.
Salvatore se dirigea vers la porte.
— Marco rentre avec moi.
Marco :
— Non.
Salvatore s’arrêta.
— Pardon ?
— Je reste.
— Marco.
— Je reste ici.
Salvatore regarda l’Alfa.
— Avec ça ?
J :
— Elle roulera.
Tout le monde se tourna vers lui.
Marco sourit.
— Je savais que tu m’aimais.
J sortit enfin de dessous la voiture.
— J’ai dit qu’elle roulera. Toi, j’ai encore rien décidé.
Salvatore revint à Marco.
— Ton père...
— Mon père peut m’appeler.
— Il l’a fait.
Marco regarda son téléphone posé sur l’établi.
Écran noir.
— Ah.
— Dix-sept fois.
— J’avais plus de batterie.
Switch :
— Tu l’as éteint.
Marco :
— Personne t’a demandé.
Salvatore soupira.
— Vous êtes tous idiots.
Nicky :
— Ça aussi, c’est Seek & Destroy.
Salvatore la regarda une dernière fois.
— Restez en dehors de cette guerre.
Nicky ne répondit pas.
Il partit.
Vale attendit que la porte se referme.
Puis :
— Tu vas rester en dehors de cette guerre ?
Nicky :
— Bien sûr.
Dex éclata de rire.
Quarante-trois minutes plus tard.
Switch leva la tête.
— J’ai trouvé une Charger.
Nicky se redressa.
— Où ?
— Enfin... la police en a trouvé une.
— Laquelle ?
— Une des deux d’hier.
— Où ?
— Bridesburg. Derrière un entrepôt. Brûlée.
Nicky se leva.
Vale :
— Non.
Nicky :
— Quoi non ?
— Je connais cette façon de te lever.
— J’ai plusieurs façons de me lever.
— Celle-là veut dire qu’on va faire une connerie.
Switch :
— Attendez.
Il tapait.
Une fenêtre.
Puis une autre.
— L’autre Charger a été filmée à 4 h 12.
— Où ?
Switch zooma.
Zone portuaire.
Un véhicule noir entrait dans un complexe industriel.
Logo sur le portail.
Nicky s’approcha.
BELLANDI LOGISTICS.
Elle sourit.
Vale :
— Non.
— J’ai rien dit.
— Ton visage parle.
Nicky attrapa sa veste.
— On va regarder.
Dex :
— Salvatore vient littéralement de dire...
— Salvatore est pas mon père.
Marco :
— Moi je viens.
Nicky le regarda.
— Non.
— Pourquoi ?
Elle désigna sa tête.
— Parce que tu ressembles à une pub contre la violence domestique.
— Et toi ?
— Moi c’est différent.
— Pourquoi ?
Nicky réfléchit.
— Parce que c’est moi qui décide.
Marco :
— Argument incroyable.
Nicky se tourna vers Vale.
— Tu viens ?
Vale soupira.
— Évidemment.
Nicky regarda Switch.
— Tu nous regardes.
Switch :
— C’est littéralement ce que je fais toute ma vie.
— Parfait.
J sortit la tête du capot de l’Alfa.
— Vous prenez quelle voiture ?
Nicky :
— La mienne.
— Bien.
Il replongea.
— Pourquoi ?
— Parce que comme ça, quand tu la détruiras, je m’en foutrai.
15 h 52.
Bellandi Logistics ne ressemblait absolument pas à un repaire mafieux.
C’était probablement le problème.
Un immense complexe industriel.
Entrepôts.
Semi-remorques.
Containers.
Bureaux vitrés.
Portiques.
Employés en gilet fluorescent.
Des camions entraient.
Des camions sortaient.
Normal.
Tellement normal que Nicky en fut presque déçue.
Elle et Vale étaient garées plusieurs centaines de mètres plus loin.
Vale regardait avec de petites jumelles.
— Je vois des gens travailler.
Nicky :
— Terrifiant.
— Des chariots élévateurs.
— Ça confirme la mafia.
— Un type mange un sandwich.
— Chef probable.
Vale baissa les jumelles.
— Tu peux être sérieuse trente secondes ?
— Non.
Téléphone.
Switch.
— Vous avez une caméra au coin du bâtiment nord.
Nicky regarda.
— Je la vois.
— Elle vous voit aussi.
— Tu peux la couper ?
— Oui.
— Fais-le.
— Non.
Nicky fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce qu’une caméra qui s’éteint, ça se remarque. Une caméra qui continue de montrer une rue vide, beaucoup moins.
Nicky sourit.
— C’est pour ça que je te garde.
— Je pensais que c’était mon charme.
— Non.
Vale :
— Clairement pas.
Switch :
— Je vous entends.
Elles entrèrent à pied par l’arrière.
Grillage.
Cour secondaire.
Containers.
Vale murmura :
— Salvatore a dit de rester dehors.
Nicky :
— On est dehors.
Vale la regarda.
— Tu vas mourir à cause d’une vanne un jour.
— Probablement.
Elles longèrent un entrepôt.
Nicky aperçut une porte entrouverte.
À l’intérieur :
voitures.
Beaucoup.
Une BMW sans plaques.
Deux Mercedes partiellement démontées.
Une Porsche sur chandelles.
Une Lexus dont le tableau de bord avait disparu.
Plus loin, des palettes de pièces.
Moteurs.
Boîtes de vitesses.
Jantes.
Vale souffla :
— Putain.
Nicky ne plaisantait plus.
Une voiture entrait ici entière.
Elle pouvait en ressortir sous vingt formes différentes.
Switch murmura dans le téléphone :
— Je viens de trouver quatre sociétés qui utilisent cette adresse.
Nicky :
— Quatre ?
— Pour l’instant.
— Ça veut dire quoi ?
— Que si j’étais fiscaliste, j’aurais une érection.
— Heureusement que tu l’es pas.
— Merci.
Elles continuèrent.
Voix.
Nicky leva la main.
Vale s’arrêta.
Des hommes approchaient.
Elles se glissèrent derrière une pile de palettes.
Trois hommes.
Puis un quatrième.
Trente ans environ.
Manteau noir.
Pas particulièrement massif.
Pas particulièrement impressionnant.
Ce qui le rendait immédiatement plus intéressant que les autres.
Il marchait sans regarder autour de lui.
Les autres regardaient pour lui.
Tony Bellandi.
Nicky ne le savait pas encore.
Mais elle le comprit presque.
À côté de lui marchait un homme.
Visage gonflé.
Œil violet.
Nicky le reconnut.
Numéro trois.
Celui qui lui avait ouvert la lèvre.
Vale aussi.
Elle murmura :
— C’est un d’hier.
Nicky hocha la tête.
Tony s’arrêta.
Regarda l’homme.
— Huit ?
L’homme ne répondit pas.
Tony :
— J’ai demandé huit hommes pour récupérer un gamin.
— C’était pas prévu qu’elle...
— Elle ?
Silence.
— Foster.
Tony attendit.
— Nicky Foster.
Tony regarda son visage détruit.
Puis :
— Et elle était combien ?
L’homme baissa les yeux.
Tony comprit.
Un léger sourire.
Pas amusé.
Presque curieux.
Nicky, derrière les palettes, leva un sourcil.
Vale lui murmura :
— Ne fais rien.
Nicky :
— Je fais rien.
— Je te connais.
— C’est vexant.
Tony reprit sa marche.
Et c’est précisément à ce moment-là que le téléphone de Vale vibra.
BZZZT.
Vale ferma les yeux.
Nicky la regarda.
— Sérieusement ?
— J’avais mis silencieux !
Un homme tourna la tête.
— Hé !
Vale :
— Merde.
Nicky :
— Là, tu peux courir.
Elles partirent.
— ELLES SONT LÀ !
Des pas derrière.
Vale courait devant.
Nicky suivait.
Ses côtes explosèrent au troisième virage.
— Putain...
Vale :
— Ça va ?
— SUPER !
Un homme surgit devant elles.
Nicky ralentit à peine.
Direct au visage.
Il tomba.
Elle continua.
Un deuxième arriva par la droite.
Elle lui mit un coup de pied dans le genou.
Pas de combat.
Pas le temps.
— NICKY !
— JE VIENS !
Elles sortirent de l’entrepôt.
Switch dans le téléphone :
— Trois hommes arrivent par votre gauche.
Nicky :
— Quelle gauche ?
— TA GAUCHE !
— J’AI PLUSIEURS GAUCHES QUAND JE COURS !
— NON !
Vale :
— PAR LÀ !
Elles bifurquèrent.
Derrière elles :
— ARRÊTEZ-LES !
Nicky aperçut leur voiture.
— Voilà.
Vale :
— On est venues regarder !
— J’AI REGARDÉ !
— AVEC TOI ÇA FINIT TOUJOURS EN COURSE !
Elles montèrent.
Moteur.
Nicky partit.
Le portail principal approchait.
Une voiture noire sortit d’une allée.
Nicky braqua.
Passa derrière.
Vale s’accrocha.
— Doucement !
— C’est une poursuite !
— ON N’EST PAS POURSUIVIES !
Une seconde voiture apparut dans le rétro.
Vale regarda.
— Correction.
Nicky sourit.
— Merci.
— C’ÉTAIT PAS UNE BONNE NOUVELLE !
Nicky écrasa l’accélérateur.
Containers.
Camions.
Semi-remorques.
La voiture Bellandi revenait.
Elle tenta de se placer à côté.
Nicky freina.
La laissa passer.
Puis plongea derrière un semi-remorque qui quittait une zone de chargement.
Vale :
— Tu fais quoi ?
— Je regarde.
— QUOI ?
Le camion coupa la trajectoire de la voiture Bellandi.
Nicky passa de l’autre côté.
La voiture poursuivante dut freiner.
Vale regarda Nicky.
— Tu trouves ça drôle ?
— Un peu.
— T’es malade.
— Beaucoup.
Une deuxième voiture arrivait devant.
Nicky vit un passage entre deux containers.
Très étroit.
Vale le vit aussi.
— Non.
Nicky regarda.
— Ça passe.
— NON.
— Ça passe largement.
— NICKY.
Elle commença à tourner.
Vale hurla :
— ON EST VENUES REGARDER !
Nicky redressa immédiatement.
— D’accord !
— Putain de miracle.
Elle prit l’autre sortie.
La voiture Bellandi voulut suivre.
Nicky passa derrière un chariot élévateur.
Le conducteur pila.
Un concert de klaxons.
Puis :
route.
Libre.
Nicky accéléra.
Quelques secondes.
Plus personne derrière.
Vale expira.
— On est sorties.
Nicky regarda son rétro.
— Ouais.
Son téléphone sonna.
Switch.
— Vous êtes complètement connes.
Nicky :
— Merci.
— Ils ont votre plaque.
Silence.
Nicky perdit légèrement son sourire.
— Ah.
Switch :
— Et plusieurs caméras vous ont vues.
Vale regarda Nicky.
— On est venues regarder.
Nicky :
— Oui bon.
— On a bien regardé ?
— Très bien.
— EUX AUSSI.
Nicky ne répondit pas.
Pour la première fois depuis leur départ.
Tony Bellandi regardait un écran.
Image arrêtée.
Une voiture.
Plaque visible.
Puis une autre image.
Nicky et Vale entrant dans l’entrepôt.
Tony s’assit.
L’homme au visage tuméfié était encore là.
— C’était elle ?
— Ouais.
Tony zooma.
Nicky Foster.
Un homme entra avec une chemise cartonnée.
La posa devant lui.
— Foster Industries.
Tony ouvrit.
Quelques pages.
— Son père ?
— Oui.
Page suivante.
Tony s’arrêta.
DAMON FOSTER.
Photo.
Il leva les yeux.
— Le combattant ?
— Son frère.
Tony revint à Nicky.
Seek & Destroy.
Street racing.
Plusieurs rapports.
Photos.
Voitures.
Marco.
Tony referma le dossier.
— Pourquoi elle protège Maldini ?
— Je sais pas.
Tony réfléchit.
Puis secoua lentement la tête.
— Non.
L’homme attendit.
Tony regarda encore la photo de Nicky.
— C’est pas elle qui protège Maldini.
Silence.
— Maldini est avec elle.
Il repoussa le dossier.
— Ça change les choses.
— On fait quoi ?
Tony regarda l’homme.
— Rien.
— Rien ?
— Pour l’instant.
Il se leva.
— On apprend.
19 h 37.
Seek & Destroy.
Switch avait transformé une table en centre de renseignement.
Plans.
Impressions.
Sociétés.
Adresses.
Nicky était debout devant.
Marco à côté.
Vale racontait leur intrusion pour la troisième fois.
Dex secouait la tête.
— Vous êtes entrées ?
Nicky :
— Oui.
— Après que Salvatore t’a dit de pas entrer ?
— Techniquement, il a dit de rester en dehors de la guerre.
Vale :
— Et elle a considéré que l’entrepôt était pas la guerre.
Nicky :
— C’était un bâtiment.
Switch interrompit :
— J’ai quelque chose.
Switch agrandit une carte.
— Bellandi Logistics reçoit un container demain soir.
— Et ?
— Et normalement, je m’en foutrais.
Il afficha plusieurs documents.
— Sauf qu’il a changé trois fois de numéro de manifeste.
Vale :
— Ça veut dire ?
— Qu’ils veulent vraiment pas qu’on sache ce qu’il y a dedans.
Nicky s’approcha.
— Où ?
Switch pointa un entrepôt près du port.
— Là.
Marco regarda.
— C’est leur cargaison ?
— Probablement importante.
Nicky réfléchit.
Longtemps.
Elle ne souriait plus.
Marco :
— Quoi ?
Nicky regardait la carte.
Hier, elle avait frappé huit hommes.
Aujourd’hui, elle avait vu leur système.
Voitures.
Containers.
Transport.
Argent.
Salvatore avait raison sur une chose.
Huit hommes de moins ne changeaient rien.
Alors peut-être qu’il fallait arrêter de frapper les hommes.
Nicky posa un doigt sur le container.
— On leur prend ça.
Vale la regarda.
— Quoi ?
— Leur cargaison.
Dex :
— Nicky...
Elle leva les yeux.
— Ils veulent Marco parce qu’ils veulent quelque chose des Maldini.
Elle indiqua le port.
— Donc on leur prend quelque chose à eux.
Marco :
— Et après ?
Nicky le regarda.
— Après, ils négocient.
Silence.
Switch regarda la carte.
Puis Nicky.
— C’est...
Elle attendit.
— Quoi ?
— Pas complètement con.
Nicky sourit.
— Merci.
— J’ai dit pas complètement.
Elle regarda encore le container.
Pour la première fois depuis le début de cette histoire, elle ne cherchait pas quelqu’un à frapper.
Elle cherchait où frapper.
Et ça lui semblait beaucoup plus intelligent.
Elle ignorait seulement une chose.
Pendant qu’elle venait de découvrir le levier de Tony Bellandi...
Tony Bellandi venait de découvrir le sien.
SEEK & DESTROY.
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