SAISON 1 - Épisode 12 - K.O
Philadelphie - 11 h 46.
Le jour avait eu l'indécence de se lever normalement.
Des gens allaient travailler.
Des bus roulaient.
Des cafés ouvraient.
Quelqu'un promenait un chien.
Et au milieu de tout ça, le garage de Seek & Destroy ressemblait à ce qu'il restait d'une guerre que personne d'autre n'avait remarquée.
Nicky était debout derrière les barrières.
Même pantalon.
Même sweat.
Même sang séché sur la manche.
Elle avait dormi quarante-sept minutes dans la Supra.
Elle le savait parce que son téléphone lui avait affiché :
SLEEP: 47 MIN
Elle avait trouvé ça insultant.
Elle regarda les ruines.
En plein jour, c'était pire.
La nuit avait au moins eu la décence de cacher certaines choses.
Maintenant elle voyait tout.
Le toit.
Les murs noirs.
Les morceaux de verre.
Les établis.
Une carcasse de voiture que J aurait probablement identifiée à trente mètres et dont elle préférait ne pas connaître le nom.
Un pompier passa devant elle.
— Vous êtes la propriétaire ?
Nicky regarda le garage.
— Apparemment plus.
Il ne sut pas quoi répondre.
Elle passa sous la barrière.
— Mademoiselle...
— Je vais pas longtemps.
— C'est dangereux.
Nicky regarda autour.
— Ça aussi, apparemment.
Elle entra.
Le bruit de ses chaussures sur les débris était le seul bruit.
Elle retrouva l'endroit où se trouvait le canapé.
Plus de canapé.
Le bureau de Switch.
Plus de bureau.
Le pont de J.
Tordu.
Une partie du mur portant le logo avait survécu.
SEEK & DES
Le reste avait brûlé.
Nicky passa la main dessus.
Noir sur les doigts.
Son téléphone sonna.
PAPA
Elle regarda.
Laissa sonner.
Puis décrocha.
— Salut.
— Nicole.
— Papa.
— Où es-tu ?
— Au garage.
Silence.
— Pourquoi ?
Elle regarda autour.
— Bonne question.
— J'ai parlé avec l'assurance.
Nicky ferma les yeux.
Évidemment.
Il avait déjà parlé avec l'assurance.
— Papa...
— J'ai également quelqu'un qui peut te trouver un local immédiatement. Il y en a deux disponibles à moins de quinze minutes. Je peux faire transférer...
— Non.
Silence.
— Nicole.
— Non.
— Ce n'est pas le moment de faire preuve d'orgueil.
— C'est pas de l'orgueil.
— Alors explique-moi.
Nicky regarda la carcasse d'une voiture.
Puis ses chaussures dans la cendre.
— J'ai fait ça.
— Ce sont les Bellandi qui ont incendié ton garage.
— Je sais.
— Alors tu n'as pas...
— Papa.
Silence.
— J'ai commencé à jouer avec eux.
Son père ne répondit pas.
— J'ai pris leur truc. Je les ai appelés. Je leur ai dit qu'ils pouvaient pas toucher Marco. Je leur ai montré exactement ce qui comptait pour moi.
Elle regarda le mur.
— Et ils ont regardé.
Son père respira lentement.
— Que veux-tu que je fasse ?
Nicky réfléchit.
C'était probablement la première bonne question qu'on lui posait depuis hier.
— Rien.
— Nicole...
— Pour l'instant.
Silence.
— Je peux te donner un bâtiment demain.
— Je sais.
— Des voitures aussi.
— Je sais.
— Alors pourquoi...
Nicky regarda le logo brûlé.
— Parce que celui-là, je dois le reconstruire moi-même.
Long silence.
Puis son père :
— D'accord.
Nicky releva légèrement la tête.
Elle ne s'attendait pas à ça.
— D'accord ?
— Tu pensais que j'allais faire quoi ? T'acheter un immeuble contre ton gré ?
Nicky réfléchit.
— Oui.
— Charmant.
Elle sourit.
Un tout petit peu.
— Merci, papa.
— Nicole.
— Ouais ?
— Si tu changes d'avis...
— Je sais.
— Et appelle ton frère.
Nicky soupira.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il m'appelle toutes les vingt minutes pour savoir si tu m'as appelée.
Nicky regarda son téléphone.
— Sérieux ?
— Il est extrêmement agaçant.
— Ça doit être génétique.
— Probablement du côté de ta mère.
Il raccrocha.
Nicky resta là.
Puis regarda ses contacts.
DAMON
Elle appuya.
Une sonnerie.
— Où t'es ?
Nicky :
— Bonjour Damon.
— Où t'es ?
— T'es chiant.
— Papa dit pareil. Où t'es ?
— Au garage.
— J'arrive.
— Non.
— Nicky.
— Damon.
Silence.
— Tu veux que je vienne ?
Elle regarda les ruines.
— Ouais.
Damon :
— J'arrive.
— Mais tu touches personne.
Silence.
— Damon ?
— J'essayais de déterminer si cette phrase était insultante.
— Elle l'est.
— Vingt minutes.
Il raccrocha.
Nicky regarda le téléphone.
— Connard.
12 h 03.
Nicky créa un message.
SEEK & DESTROY
Elle tapa :
Vous allez bien ?
Effaça.
On doit parler.
Effaça.
Désolée.
Elle regarda longtemps.
Effaça.
Puis :
13H. CALLOWHILL. PARKING 6. VENEZ COMME VOUS ÊTES.
Envoyer.
Vale répondit la première.
J'AI PLUS DE VOITURE
Nicky :
J'AI DIT COMME TU ES
Dex :
je suis sous morphine ça compte ?
J :
non
Dex :
personne t'a demandé
Switch :
Je viens.
Marco :
UN POUCE
J :
PUTAIN PAS LE POUCE
Marco :
DEUX POUCES
Nicky regarda l'écran.
Quelque chose revint.
Pas encore un sourire.
Mais quelque chose.
12 h 24.
Une Aston Martin DB9 British Racing Green s'arrêta devant le garage.
Propre.
Stock.
Discrète.
Évidemment.
Damon sortit.
Il regarda le bâtiment.
Puis Nicky.
Puis le bâtiment.
— Putain.
— Ouais.
Il s'approcha.
Nicky avait les bras croisés.
— Tu vas me faire la morale ?
— Non.
— Me dire que tu m'avais prévenue ?
— Non.
— Me demander pourquoi j'ai volé un container d'armes à la mafia ?
Damon la regarda.
— Tu as quoi ?
Nicky cligna des yeux.
— Papa t'a pas raconté ça ?
— Non.
— Ah.
Damon regarda encore le garage.
— Un container entier ?
— C'était pas censé avoir des armes dedans.
— Ça améliore énormément l'histoire.
Nicky eut malgré elle un petit rire.
Damon s'approcha du mur noirci.
— Tout le monde ?
— Vivant.
— Blessés ?
— Dex. Rien de nouveau, ça s'est rouvert. Quelques brûlures. Des coups. Rien de grave.
— Marco ?
— Vivant.
— Toi ?
— Je vais bien.
Damon la regarda.
— Question idiote.
— Très.
Il se retourna vers elle.
— Tu veux que j'intervienne ?
Nicky savait exactement ce que cela signifiait.
Pas seulement Damon Foster.
Champion UFC.
Son nom.
Ses relations.
Son argent.
Les gens qu'il connaissait.
Et probablement les gens qu'il pouvait appeler.
Elle secoua la tête.
— Non.
— Très bien.
— C'est tout ?
— Tu viens de répondre.
Nicky regarda le sol.
— Tu peux rester cinq minutes.
Damon sourit.
— Ça, je peux faire.
Ils restèrent côte à côte.
Sans parler.
Au bout d'un moment :
— Je vais pas les attaquer.
Damon tourna la tête.
— Les Bellandi.
— J'avais compris.
— Pas aujourd'hui.
Damon observa sa sœur.
Longtemps.
— Quoi ?
— Rien.
— Arrête de me regarder comme ça.
— Comme quoi ?
— Comme lui.
Damon sourit.
— Lui qui ?
Nicky lui fit un doigt.
— Voilà. Là je te reconnais.
Il commença à partir.
Nicky :
— Damon.
Il se retourna.
— Tu sais pourquoi Emmanuel me regarde ?
Damon resta immobile.
Puis :
— Peut-être.
— Et ?
— Et peut-être que tu commences à répondre toute seule.
— Vous êtes vraiment tous des connards mystérieux.
— Non. Lui surtout.
Il monta dans l'Aston.
Nicky :
— Damon !
La vitre descendit.
— Quoi ?
— Merci.
Il acquiesça.
L'Aston partit.
13 h 07.
Parking 6.
Vale arriva en taxi.
Elle descendit.
Regarda Nicky.
Puis la Supra.
Puis encore Nicky.
— J'ai plus de Porsche.
— Je sais.
— Elle était magnifique.
— Je sais.
— J'avais passé trois ans dessus.
— Je sais.
Vale s'approcha.
— Je t'en veux.
Nicky hocha la tête.
— Je sais.
Silence.
— Beaucoup.
— Je sais.
Vale regarda ailleurs.
Puis :
— On fait quoi ?
Nicky leva les yeux.
Vale était toujours là.
— J'attends les autres.
— OK.
Un bus passa.
Dex en descendit.
Vale le regarda.
Dex s'arrêta.
— Non.
Vale :
— Quoi ?
— Personne dit rien.
Bracelet d'hôpital.
Bandage.
Sac plastique contenant ses affaires.
Vale :
— J'allais juste demander si t'avais pris un abonnement.
— Va te faire foutre.
— T'as composté ?
— VALE.
Nicky rit.
Cette fois vraiment.
Dex arriva devant elle.
— J'ai plus de Viper.
— Je sais.
— Elle était mieux que sa Porsche.
Vale :
— Va te faire foutre.
Dex :
— Objectivement.
Puis il regarda Nicky.
— T'as un plan ?
— Pas encore.
Dex acquiesça.
— Bien. Ceux d'hier étaient merdiques.
Nicky encaissa.
— Ouais.
Dex attendit peut-être qu'elle se défende.
Elle ne le fit pas.
Il hocha simplement la tête.
Puis se plaça à côté de Vale.
Un Uber arriva.
Switch sortit.
Sac à dos.
Puis J.
J tenait une caisse métallique noircie.
Nicky regarda.
— C'est quoi ?
J posa la caisse.
L'ouvrit.
Quelques outils.
Un multimètre.
Deux clés.
Trois douilles.
Un tournevis à moitié fondu.
Vale :
— C'est tout ?
J la regarda.
— Non.
Un moteur se fit entendre.
Tout le monde tourna la tête.
L'Alfa Romeo 155 entra sur le parking.
Métallique grise.
Cabossée.
Marquée.
Vivante.
Marco se gara près de la Supra.
Sortit.
J désigna l'Alfa.
— J'ai encore ça.
Marco :
— C'est ma voiture.
— Pas quand tu la casses.
— Elle roule.
— Malgré toi.
Marco regarda Nicky.
— Salut.
— Salut.
— Désolé pour les deux pouces.
J :
— Je vais te tuer.
Marco sourit.
Puis ouvrit le coffre.
Il sortit quelque chose.
Un morceau de tôle.
Noirci.
Tordu.
Nicky reconnut quelques lettres.
SEEK & DESTROY
Le morceau du logo.
Marco le posa contre le muret.
— J'ai réussi à le prendre avant que les flics ferment tout.
Personne ne parla.
Switch ouvrit son sac.
Trois disques durs.
Un ordinateur portable.
Dex :
— T'as sauvé ça ?
— Non.
— Alors ?
— Backups.
Nicky :
— T'as tout ?
— Non.
Switch regarda les disques.
— J'ai perdu du plastique. Pas mes données.
J :
— Moi j'ai perdu du plastique à cent cinquante mille dollars.
— Tes outils étaient pas en plastique.
— FERME TA GUEULE.
Ils rirent.
Pas longtemps.
Mais ils rirent.
Puis le silence revint.
Tous regardèrent Nicky.
Elle comprit.
C'était son crew.
Donc c'était à elle.
Elle inspira.
— J'ai merdé.
Personne ne bougea.
— Je pensais qu'en prenant leur cargaison, on pouvait les forcer à reculer. J'ai cru que si je trouvais leur point faible...
Elle regarda Vale.
Puis Dex.
Switch.
J.
Marco.
— ...ils chercheraient pas le mien.
Vale baissa légèrement les yeux.
Nicky continua.
— J'ai eu tort.
Silence.
— Je peux pas vous rendre vos voitures aujourd'hui. Je peux pas rendre ses outils à J. Je peux pas remettre le garage debout.
J :
— Clairement.
Nicky le regarda.
— Merci.
— De rien.
— Mon père peut.
Tout le monde releva les yeux.
— Il peut probablement nous acheter un garage avant demain soir.
Dex :
— J'aime beaucoup ton père.
— J'ai refusé.
Dex :
— J'aime moins ton père.
Vale sourit.
Nicky :
— Damon peut nous aider aussi.
Marco :
— Et ?
— J'ai refusé.
Dex :
— T'es vraiment devenue pauvre volontairement ?
— Ferme ta gueule.
Puis Nicky regarda chacun.
— Si quelqu'un veut partir, je comprendrai.
J :
— Putain.
Nicky :
— Quoi ?
— C'était bien jusque-là.
— J...
— Tu nous as fait venir pour nous dire qu'on peut partir ?
— Je...
J ramassa sa caisse.
La posa plus près de l'Alfa.
— Moi j'ai du travail.
Marco :
— Sur ma voiture.
— TA GUEULE.
Vale se plaça à côté de Nicky.
— J'ai pas pris un taxi jusqu'ici pour démissionner.
Dex :
— Moi j'ai pris le bus.
— On sait, répondit Vale.
Switch ouvrit son ordinateur.
— J'ai déjà commencé à chercher.
Nicky :
— Chercher quoi ?
Switch la regarda comme si la question était stupide.
— La suite.
Nicky ne répondit pas.
Marco s'appuya contre l'Alfa.
— Et moi j'ai gagné ma première course.
Tout le monde le regarda.
— Quoi ?
Nicky :
— T'étais toujours pas prêt.
Marco sourit.
— J'ai quand même gagné.
Cette fois Nicky sourit aussi.
— Ouais.
Elle regarda les cinq.
Ils avaient presque tout perdu.
Et ils étaient là.
Elle comprit enfin quelque chose.
Le garage n'était pas revenu.
Les voitures non plus.
Mais Seek & Destroy, si.
15 h 32.
Salvatore Maldini reçut Nicky seul.
Pas Marco.
Pas le crew.
Restaurant fermé entre deux services.
Il posa un espresso devant elle.
— Vous avez mauvaise mine.
— Merci.
— C'était une observation.
— Moi aussi.
Salvatore s'assit.
— Votre père m'a appelé.
Nicky leva immédiatement les yeux.
— Pourquoi ?
— Pour me demander si Marco était en sécurité.
Elle se détendit.
À peine.
— Il l'est.
— Je sais.
Salvatore but.
— Vincent Bellandi n'avait pas autorisé l'attaque du garage.
— Ça change quoi ?
— Beaucoup.
— Pour moi, pas vraiment.
Salvatore eut un petit sourire.
— Vous apprenez.
Nicky attendit.
— Tony a perdu une cargaison qui ne lui appartenait pas entièrement. Il a attiré la police sur plusieurs sociétés. Il a attaqué un Maldini. Puis il a incendié un commerce lié à la fille de Foster.
— C'était mon garage.
— C'est précisément ce qui pose problème.
Nicky fronça les sourcils.
— Pour lui ?
— Pour Vincent.
Salvatore posa sa tasse.
— Tony voulait montrer qu'il pouvait régler un problème.
— Il l'a réglé.
— Non.
Salvatore regarda Nicky.
— Il l'a rendu visible.
Silence.
— Dans notre monde, c'est souvent pire.
Nicky pensa au container.
À la police.
Aux caméras.
Au garage.
— Qu'est-ce que Vincent va faire ?
— Ce que Vincent estime nécessaire.
— Et vous ?
— Rien.
Nicky sourit légèrement.
— Ça devient populaire.
Salvatore se pencha.
— Vous voulez un conseil ?
— Pas vraiment.
— Parfait.
Il le donna quand même.
— Ne faites rien non plus.
Nicky le regarda.
— Tony attend votre colère.
— Je sais.
— Il attend que vous veniez.
— Je sais.
— Il pense que vous êtes impulsive.
Nicky :
— Il a pas complètement tort.
— Non.
Salvatore sourit.
— Mais il ne sait plus ce que vous allez faire.
Nicky se leva.
— Moi non plus.
Salvatore la regarda partir.
— Mademoiselle Foster.
Elle se retourna.
— Oui ?
— Marco reste avec vous ?
Nicky haussa les épaules.
— Demandez-lui.
Salvatore sourit.
Cette réponse-là lui plut.
17 h 08.
Bellandi Logistics.
Vincent Bellandi posa un dossier sur la table.
Tony resta debout.
— Assieds-toi.
— Je préfère...
— Assieds-toi.
Tony s'assit.
Vincent ouvrit le dossier.
Photos.
Container saisi.
Police.
Garage incendié.
Articles.
Plaques.
Sociétés.
— Tu as perdu combien ?
Tony ne répondit pas.
— Je vais reformuler. Combien m'as-tu fait perdre ?
— Foster nous avait pris...
— Une cargaison.
— Elle nous provoquait.
— Et maintenant ?
Tony serra la mâchoire.
Vincent poussa une photo du garage.
— Tu as brûlé ça.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Pour qu'elle comprenne.
Vincent le regarda.
— Quoi ?
— Qu'elle n'est pas intouchable.
Vincent resta silencieux.
Puis :
— Tu voulais montrer que tu étais plus fort.
Il poussa les autres documents.
Police.
Douanes.
Maldini.
Foster.
— Maintenant tout le monde sait que tu existes.
Tony ne répondit pas.
— Salvatore me parle du port. La police regarde mes sociétés. Des gens veulent savoir pourquoi leurs armes sont dans un commissariat. Et Damon Foster demande des noms.
Tony releva la tête.
— Elle lui a demandé ?
— Non.
Ça sembla l'inquiéter davantage.
Vincent referma le dossier.
— C'est ça que tu n'as pas compris.
— Quoi ?
— Elle n'a appelé personne.
Silence.
— Pas son père.
— Comment tu...
— Je sais.
Vincent se leva.
Il sortit.
Tony resta seul.
Pour la première fois depuis longtemps, il ne semblait plus certain d'avoir gagné.
18 h 51.
ATLAS.
Quelque part aux États-Unis.
Le général feuilletait un dossier.
FOSTER, NICOLE
Un officier attendait devant son bureau.
— Chronologie ?
— Attaque à 03 h 28. Garage détruit. Plusieurs véhicules perdus. Aucun décès.
— Bellandi ?
— Oui.
— Intervention extérieure ?
— Maldini après les faits.
— Foster Industries ?
— Non.
Le général leva les yeux.
— Damon Foster ?
— Non.
— Elga ?
— Aucun signal.
Le général regarda encore le dossier.
— Aucun ?
— Non, Général.
Quelques pages.
Photographie de Nicky.
Six ans.
Puis dix-neuf.
Puis Seek & Destroy.
Le général referma le dossier.
— Ils se sont dispersés.
— Oui.
— Et ?
— Ils se sont regroupés ce midi.
Le général leva les yeux.
— Qui les a regroupés ?
— Foster.
Silence.
Le général se cala dans son fauteuil.
— Elga est intervenu ?
— Je viens de vous dire que non.
Le général regarda la photographie.
Puis murmura :
— Alors pourquoi est-ce qu'il la regarde ?
L'officier n'avait pas la réponse.
Le général non plus.
21 h 14.
Philadelphie.
Le parking dominait une partie de la ville.
Deux voitures.
C'était tout ce qu'il restait de la flotte Seek & Destroy.
La Supra noire.
L'Alfa Romeo grise.
J était sous le capot de l'Alfa.
Évidemment.
Marco tenait une lampe.
— Plus à gauche.
Marco bougea.
— Mon autre gauche.
— J'en ai qu'une.
— Ça explique beaucoup de choses.
Vale était assise sur le muret.
Dex à côté, bandage sous le sweat.
Switch sur son ordinateur.
Nicky debout devant Philadelphie.
— J'ai trouvé six endroits, dit Switch.
Nicky se retourna.
— Pour quoi ?
— Garage.
Elle regarda l'écran.
Prix.
Locations.
Photos.
Surfaces.
Elle secoua la tête.
— Pas maintenant.
Switch :
— Pourquoi ?
— Parce qu'on a pas de fric.
Dex :
— Techniquement, toi si.
— Nous, non.
Vale la regarda.
Cette distinction était nouvelle.
J sortit de sous le capot.
— Donc on fait quoi demain ?
Nicky regarda la ville.
— On bosse.
— Où ?
— J'en sais rien.
— Avec quoi ?
— Ce qu'on a.
J leva son tournevis noirci.
— C'est-à-dire ça ?
— Ouais.
— Fantastique.
Marco :
— On peut utiliser l'Alfa.
J :
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que maintenant c'est cinquante pour cent de notre patrimoine automobile.
Vale éclata de rire.
Dex :
— Et l'autre cinquante pour cent appartient même pas à Nicky.
Nicky se retourna.
— Techniquement...
J :
— Ne commence pas.
Nicky leva les mains.
— OK.
Elle regarda son crew.
Ils étaient rincés.
Fauchés.
À pied pour quatre d'entre eux.
Sans garage.
Sans outils.
Avec deux voitures dont l'une avait déjà reçu des balles.
Et pourtant...
ils riaient.
Nicky regarda le morceau de plaque que Marco avait posé contre le muret.
SEEK & DESTROY
Tordu.
Brûlé.
Toujours lisible.
Son téléphone vibra.
Numéro inconnu.
Elle regarda.
Un message.
T'as perdu.
Nicky fronça les sourcils.
Puis comprit.
— Oh putain.
Vale :
— Quoi ?
— Rien.
Elle répondit.
NICKY
Merci, Sun Tzu.
Costa da Caparica.
02 h 17.
L'Atlantique était noir.
Une ligne blanche apparaissait parfois quand une vague cassait plus loin.
Les lumières de Caparica brillaient derrière la plage.
Sur le haut d'un poste de lifeguard, une silhouette noire regardait l'océan.
Capuche.
Cigarette.
Bière.
Emmanuel Elga.
À sa gauche, Dark.
Chatte noire.
À sa droite, Vador.
Chat noir.
Tous les trois regardaient l'Atlantique avec le sérieux disproportionné d'un conseil de guerre extrêmement mal organisé.
Le téléphone vibra.
Manu regarda.
Merci, Sun Tzu.
Un coin de sa bouche bougea.
Dark leva la tête.
— Quoi ?
Dark ne répondit pas.
— Exactement.
Manu tira sur sa cigarette.
Puis écrivit.
Une bataille.
Nicky regarda.
Nouveau message.
MANU
Pas la guerre.
Elle souffla du nez.
Puis tapa.
NICKY
J'ai plus de garage.
Une seconde.
NICKY
Vale, Dex et Switch ont plus de caisse.
Puis :
NICKY
J a plus rien.
Elle regarda Marco.
NICKY
J'ai failli perdre tout le monde.
Caparica.
Manu lut.
Océan.
Bière.
Cigarette.
Il répondit.
MANU
Et pourtant ils sont revenus.
Philadelphie.
Nicky s'arrêta.
Elle regarda Vale.
Dex.
Switch.
J.
Marco.
Personne ne savait ce qu'elle lisait.
Elle regarda le morceau de plaque.
Puis tapa :
NICKY
Et maintenant ?
Caparica.
Manu lut la question.
Il posa sa bière.
Dark s'approcha de la bouteille.
— Non.
Le chat continua.
— T'es mineur sister.
Vador regardait toujours l'océan.
Manu écrivit.
MANU
Regarde ce qu'il te reste.
Nicky lut.
La Supra.
L'Alfa.
Cinq personnes.
Elle.
Le logo brûlé.
Elle resta longtemps devant l'écran.
Puis releva les yeux vers Philadelphie.
Quelque chose venait de changer.
Pas autour d'elle.
En elle.
Vale :
— Qu'est-ce qu'il raconte ?
Nicky rangea son téléphone.
— Des conneries.
J :
— Qui ?
Nicky :
— Personne.
Elle marcha vers la Supra.
Marco :
— Tu vas où ?
Nicky ouvrit la portière.
Puis s'arrêta.
Regarda la ville une dernière fois.
Les Bellandi étaient quelque part là-dessous.
Tony aussi.
Ils avaient voulu lui apprendre quelque chose.
Ils avaient réussi.
Nicky sourit.
Pas le sourire de la fille qui venait de gagner une course.
Pas celui de la fille qui allait casser une gueule.
Quelque chose de beaucoup moins rassurant.
Elle murmura :
— Vous auriez mieux fait de me tuer...
Elle monta.
Moteur.
J leva immédiatement la tête.
— Nicky.
Accélérateur.
— NICKY.
La Supra partit.
Arrière décroché.
Contre-braquage.
Fumée.
Un immense drift balaya le parking.
Vale se leva.
— PUTAIN !
J :
— MES PNEUS !
Dex :
— C'EST MÊME PAS TA CAISSE !
— JE SAIS !
La Supra pivota.
Nicky remit droit.
Plein gaz.
Elle plongea vers la rampe.
Marco éclata de rire.
Vale :
— Elle va où ?
Switch referma son ordinateur.
— Aucune idée.
Dex regarda la fumée.
— Elle non plus.
La Supra disparut.
Et dans la nuit de Philadelphie, on entendit encore son moteur longtemps après qu'on ne la vit plus.
Costa da Caparica.
02 h 31.
Même océan.
Même poste.
Même bière.
Nouvelle cigarette.
Dark s'était couché.
Vador n'avait toujours pas bougé.
Manu prit son téléphone, il envoya un message à Joe.
T'as toujours les clés de la Gare ?
Quelques secondes.
JOE
Oui.
Puis :
Pourquoi ?
Manu ne répondit pas.
Trois petits points.
JOE
Depuis quand t'as une passion pour les petits trains ?
Manu regarda l'écran.
Rien.
Joe insista.
JOE
Attends.
Puis :
La petite Foster ?
Manu tira sur sa cigarette.
JOE
J'ai entendu pour le garage.
Puis :
Finalement ta Barbie sans bras, c'était bien vu.
Manu regarda Dark.
Le chat dormait.
Il regarda Vador.
Toujours l'océan.
Joe :
Là ils viennent carrément de l'amputer.
Manu sourit enfin.
Puis tapa simplement :
MANU
J'ai vu ce qu'elle a fait à Ken avec un seul bras.
Une seconde.
Dernier message.
MANU
Et crois-moi, c'était pas joli à voir.
Manu verrouilla son téléphone.
But une gorgée.
Devant lui, une vague explosa dans le noir.
💬 Commentaires 2
Pas besoin de l'aide de Papa.
Elle veut réparer seule ses erreurs, ses mauvais choix. Un jour elle va grandir c'est sûr.