SAISON 1 - Episode 7 - BONUS STAGE
PHILADELPHIE - 2016
Nicky Foster avait un problème.
Pas Marco.
Pas les Maldini.
Pas la Ferrari qui ressemblait désormais à une compression de César.
Pas sa dent.
Sa dent allait très bien.
Enfin.
Elle n'était plus là.
Mais à part ça, tout allait très bien.
Son problème s'appelait Emmanuel Elga.
Et depuis trois jours, Emmanuel Elga lui cassait prodigieusement les couilles sans même être présent.
— Encore.
Switch leva les yeux de son écran.
— Non.
Nicky était debout derrière lui.
— Quoi, non ?
— Non.
— Je t'ai demandé de chercher.
— Et moi je t'annonce que j'ai cherché.
— Cherche mieux.
Switch pivota lentement sur sa chaise.
— Foster.
— Quoi ?
— Tu sais ce que je fais dans la vie ?
Nicky regarda les six écrans devant lui.
— Tu regardes du porno avec beaucoup de fenêtres ouvertes ?
Dex éclata de rire depuis le canapé.
— Je savais que c'était ça.
Switch ferma les yeux.
— Je travaille.
— Moi aussi.
— Tu es debout derrière moi depuis quarante-sept minutes.
— Supervision.
— Harcèlement.
— Management.
Vale, allongée sous une Porsche avec une clé à cliquet, leva une main.
— Je vote harcèlement.
— Personne t'a demandé.
— Je vote quand même.
À l'autre bout du garage, Ji-ho avait la tête sous le capot de l'Alfa Romeo 155 de Marco.
Marco était à côté.
Dix-sept ans.
Jean.
T-shirt noir.
Baskets blanches.
Une clé dans une main.
L'air très concentré de quelqu'un qui essayait surtout de donner l'impression qu'il savait ce qu'il faisait.
Ji-ho tendit la main.
— Douze.
Marco lui donna une quatorze.
Ji-ho regarda la clé.
Puis Marco.
— Douze.
— C'est presque pareil.
— Non.
— Deux millimètres.
— Deux millimètres, c'est la différence entre réparer ta voiture et niquer ton écrou.
Dex leva la tête.
— J'ai déjà entendu cette phrase dans un autre contexte.
Vale, toujours sous la Porsche :
— Ferme ta gueule, Dex.
— Je partage.
Ji-ho prit lui-même la douze.
Marco regarda vers Switch.
— C'est le mec de la Supra ?
Silence.
Nicky tourna lentement la tête.
— Quoi ?
Marco désigna les écrans.
— Emmanuel.
— Pourquoi tu connais son prénom ?
— Parce que vous le répétez depuis trois jours.
— Je ne le répète pas.
Switch leva un doigt.
— Cinquante-deux fois hier.
— T'as compté ?
— Non. L'ordinateur.
Nicky regarda l'écran.
— Pourquoi ton ordinateur compte combien de fois je dis Emmanuel ?
— Il ne le faisait pas avant que ça devienne drôle.
Dex :
— Ça devient inquiétant.
Nicky lui fit un doigt.
Marco sourit.
— Donc c'est bien le mec de la Supra.
— Oui.
— Celui qui t'a récupérée après la Ferrari ?
— Oui.
— Celui du milk-shake ?
Nicky se figea.
— Comment tu sais pour le milk-shake ?
Marco regarda Vale.
Nicky regarda Vale.
Deux jambes dépassaient toujours sous la Porsche.
— Vale.
— Quoi ?
— Pourquoi il sait pour le milk-shake ?
— J'ai peut-être raconté.
— À qui ?
— Des gens.
Dex leva la main.
— Moi, j'ai raconté la dent.
Ji-ho :
— Moi, les freins.
Switch :
— Moi, rien.
Nicky le regarda.
— Merci.
— J'ai les vidéos.
— Je vous emmerde tous.
Marco réfléchit.
— Et c'est lui qui t'a offert la voiture télécommandée quand t'étais petite ?
Nicky resta immobile.
— QUOI ?
Marco recula.
— Ça, c'était Dex.
Dex se redressa.
— Balance pas.
Nicky pointa un doigt vers tout le garage.
— Plus personne ne parle de ma vie.
Vale :
— C'est littéralement notre activité principale.
— Pourquoi ?
— Parce que tu rends les autres sujets moins intéressants.
Nicky ouvrit la bouche.
La referma.
Puis se retourna vers Switch.
— Alors ?
Switch soupira.
Il pivota vers ses écrans.
— Emmanuel Elga.
Il ouvrit une fenêtre.
— Français.
Une autre.
— Né à Nice.
Nicky se pencha.
— Je savais.
— Félicitations.
— Continue.
— Passeport français. Entrées aux États-Unis.
Une carte apparut.
— Philadelphia.
Une autre.
— New York.
Une autre.
— Texas.
Puis plusieurs points.
— Mexique.
Nicky fronça les sourcils.
— Combien de fois ?
— Beaucoup.
— Pourquoi ?
— C'est généralement la partie qu'on cherche quand on cherche quelqu'un.
— Continue.
Switch ouvrit d'autres fenêtres.
— France. Italie. Allemagne. Russie. Japon. Lituanie. Hongrie...
Marco regarda l'écran.
— Il vend quoi ?
Dex :
— De la drogue.
Vale :
— Pourquoi forcément de la drogue ?
— Parce que quand tu voyages autant, soit tu vends de la drogue, soit t'es chanteur.
Ji-ho :
— Ou pilote.
Dex réfléchit.
— Il chante ?
Nicky :
— Ta gueule.
Switch continuait.
Des sociétés.
Des contrats.
Des entrées.
Des sorties.
Quelques photographies administratives.
Des références à des organismes.
Puis des trous.
Beaucoup de trous.
— Et après ?
Switch ne répondit pas.
— Switch.
— C'est ça qui m'emmerde.
Nicky regarda l'écran.
— Quoi ?
— Il y a trop de choses.
— Ça veut rien dire.
— Si.
Il fit défiler.
— Normalement, quand quelqu'un veut disparaître, tu trouves rien.
Il ouvrit une nouvelle fenêtre.
— Lui, je trouve plein de choses.
Encore une.
— Mais jamais ce que je cherche.
— C'est-à-dire ?
Switch se retourna.
— Je sais où il était.
— Super.
— Je sais parfois avec qui.
— Encore mieux.
— Je sais quand il est entré dans certains pays.
— Donc ?
— Je sais pas pourquoi.
Nicky resta silencieuse.
Switch tapota l'écran.
— Et parfois, c'est pire.
— Comment ça ?
— Certaines données existent dans un système et pas dans l'autre. Certaines références renvoient à des dossiers qui n'existent plus. Certaines autorisations sont d'un niveau que je devrais même pas pouvoir voir...
Il s'arrêta.
Nicky se pencha davantage.
— Et ?
Switch la regarda.
— Et je vais pas essayer.
— Pourquoi ?
— Parce que je suis curieux.
— Ça n'a aucun sens.
— Si. Les gens curieux vivent longtemps quand ils savent quand arrêter d'être curieux.
Nicky le fixa.
— T'es sérieux ?
— Très.
Ça calma légèrement la pièce.
Même Dex ne dit rien.
Nicky regarda Emmanuel sur l'écran.
Une photo de passeport.
Visage neutre.
Plus jeune.
Insupportablement normal.
— Soit ton ami est extrêmement chiant à chercher...
Switch ferma une fenêtre.
— ...soit quelqu'un est extrêmement compétent pour qu'on ne trouve jamais la bonne chose.
Nicky regardait toujours la photo.
— Continue.
— Foster.
— Continue.
— Non.
Elle tourna la tête.
— Pourquoi ?
— Parce que la dernière autorisation que je viens de voir appartient à des gens qui peuvent probablement venir m'expliquer physiquement pourquoi je devais pas la voir.
Dex leva la tête.
— Genre FBI ?
Switch :
— Genre j'ai pas envie de savoir.
Marco regarda Nicky.
— Il est flic ?
— Non.
— Militaire ?
Nicky ne répondit pas.
— Espion ?
— Marco.
— Quoi ?
— Va aider J.
Marco regarda Ji-ho.
Ji-ho regarda Marco.
— Non.
— Tu vois ? Il veut pas.
Ji-ho pointa la clé de douze.
— Parce qu'il est dangereux.
Marco sourit.
— Moi ?
— Pour la mécanique.
PLUS TARD
Le bureau de son père n'avait pratiquement pas changé.
Bois sombre.
Baies vitrées.
Philadelphia derrière.
Tableaux hors de prix.
Nicky regarda le mur.
Le monochrome blanc était toujours là.
Elle le désigna.
— Sérieusement ?
Son père leva les yeux.
— Bonjour, Nicky.
— T'as toujours ce truc ?
— C'est un Whiteman.
— C'est blanc.
— Oui.
— Je peux t'en faire douze.
— J'en doute.
Nicky s'assit.
Son père continua à lire.
Une minute.
Elle attendit.
Trente secondes.
— Papa.
— Oui ?
— Tu connais Emmanuel Elga depuis quand ?
La page s'arrêta.
Une fraction de seconde.
Puis reprit.
— Longtemps.
Nicky resta immobile.
— Non.
Son père leva les yeux.
— Non quoi ?
— Tu vas pas commencer.
— Commencer quoi ?
— Ça.
— Quoi, ça ?
— Répondre comme lui.
Son père retira ses lunettes.
— Je ne comprends pas.
— « Longtemps. » C'est pas une durée.
— Si.
— Non.
— Si.
Nicky le regarda.
— Putain.
— Ton vocabulaire.
— J'ai dix-neuf ans.
— Et ?
— Tu peux plus me punir.
— Je peux modifier ton testament.
— Connard.
Son père remit ses lunettes.
— Merci.
Nicky se pencha sur le bureau.
— Depuis quand ?
Il soupira.
— Avant ta naissance.
Nicky s'arrêta.
— Quoi ?
— Je connaissais déjà des personnes avec lesquelles Emmanuel travaillait.
— Qui ?
— Plusieurs groupes.
— Lesquels ?
— Nicky.
— Quoi ?
— Pourquoi cette soudaine obsession ?
Elle se recula.
— C'est pas une obsession.
Son père la regarda.
— D'accord.
— C'est pas une obsession.
— Tu viens de traverser Philadelphia pour me demander depuis combien de temps je connais un homme qui t'a ramenée chez toi.
— Il m'a pas ramenée chez moi.
— Au garage.
— C'est différent.
— Radicalement.
Nicky croisa les bras.
— Il était là quand j'avais six ans.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Il négociait.
— Je sais. Je veux savoir quoi.
Son père posa son stylo.
— Des contrats.
— Quels contrats ?
— Mécanique de précision principalement. Certains composants. D'autres choses.
— Pour toi ?
— Non.
Nicky s'arrêta.
Enfin.
Une réponse.
— Pour qui ?
— Les gens avec lesquels je travaillais.
— Qui ?
Son père la regarda.
— À l'époque ? Plusieurs.
Nicky ferma les yeux.
— Putain, mais vous êtes tous pareils.
— Qui ?
— Lui. Damon. Toi.
Son père fronça légèrement les sourcils.
— Qu'est-ce que Damon t'a dit ?
— Rien.
— Alors pourquoi...
— EXACTEMENT !
Son père la regarda.
Nicky se leva.
Marcha jusqu'à la fenêtre.
Puis revint.
— Je pose des questions et tout le monde me répond quelque chose qui ressemble grammaticalement à une réponse sans jamais répondre à la putain de question.
— Peut-être que tu ne poses pas les bonnes questions.
Nicky se retourna.
— Ah non.
Son père sourit.
— Quoi ?
— Ça, c'était complètement lui.
— Emmanuel ?
— Oui.
Son père remit ses lunettes.
— Peut-être qu'il a raison.
— Je vais finir par vous tuer tous.
— Commence par éviter de te tuer toi-même.
Silence.
La Ferrari passa entre eux sans être nommée.
Nicky regarda ailleurs.
Son père reprit son dossier.
— Il n'a jamais travaillé pour moi.
Nicky releva les yeux.
— Quoi ?
— Emmanuel. Il n'a jamais travaillé pour moi.
— Alors pourquoi il venait ici ?
— Parce qu'il représentait parfois ceux avec lesquels je négociais.
— Une entreprise ?
— Parfois.
— Un gouvernement ?
Son père ne répondit pas.
Nicky le regarda.
— Papa.
Rien.
— Putain...
Elle prit son téléphone.
— Tu sais où il est ?
— Non.
— Tu pourrais le contacter ?
— Probablement.
Nicky se figea.
— Ne dis pas probablement.
Son père sourit.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il dit ça.
Elle rangea brutalement son téléphone.
Puis s'arrêta.
Quelque chose venait de lui revenir.
— Quand j'avais six ans...
Son père attendit.
— La Lamborghini.
— Oui.
— Pourquoi il m'avait apporté ça ?
— Demande-lui.
— Je PEUX PAS LE TROUVER !
Son père sourit franchement cette fois.
— Ça ressemble assez à Emmanuel.
Nicky commença à partir.
Puis s'arrêta à la porte.
— Pourquoi il s'intéresse à moi ?
Son père ne répondit pas immédiatement.
Nicky se retourna.
— Papa.
Il la regarda.
— Tu devrais peut-être lui demander pourquoi il s'intéresse toujours à toi.
Silence.
Nicky fronça les sourcils.
— Toujours ?
Son père remit ses lunettes.
— Bonne journée, Nicky.
Elle resta là.
— Papa.
Il avait déjà repris son dossier.
— Papa.
Rien.
— PAPA.
— J'ai une réunion.
Nicky ouvrit la porte.
— Vous êtes vraiment une famille de psychopathes.
— Je t'aime aussi.
Elle claqua la porte.
Son père continua de lire.
Quelques secondes.
Puis il posa son stylo.
Regarda la porte.
Et sourit.
SEEK AND DESTROY - 18 H 42
— Il me suivait.
Vale venait de poser son téléphone sur la table.
Nicky était devant Switch.
— Quoi ?
— Emmanuel.
Switch ouvrit une fenêtre.
— J'ai peut-être trouvé une société intermédiaire qui...
— Non.
Nicky s'était retournée.
Vale avait changé de visage.
— Quoi ?
— Marco.
Tout le monde s'arrêta.
— Quoi, Marco ?
— Quelqu'un l'a suivi.
Nicky ne regarda même plus l'écran.
— Où il est ?
— Il vient de partir récupérer une pièce.
Ji-ho se redressa.
— Où ?
Vale donna l'adresse.
Nicky prit sa veste.
Switch :
— Foster.
— Quoi ?
— J'ai trouvé quelque chose.
— Après.
Elle attrapa ses clés.
Puis regarda la table.
Ses clés.
Celles de la Supra.
Un instant.
— Dex.
Il était déjà debout.
— Ouais.
— Tu viens.
Vale attrapa sa veste.
— Moi aussi.
— J ?
Ji-ho regarda son Alfa.
Puis Nicky.
— Quelqu'un touche à Marco, je le tue.
Dex sourit.
— Ça veut dire oui.
Switch leva les mains.
— Et moi ?
Nicky ouvrit la porte.
— Tu trouves Marco.
— Je sais où il est.
— Alors trouve ceux qui le suivent.
Switch sourit.
— Ça, c'est mieux.
La porte claqua.
L'écran Emmanuel Elga resta ouvert.
Seul.
Oublié.
Marco Maldini avait remarqué la berline noire depuis quatre rues.
Il n'était pas idiot.
Son grand-oncle disait souvent que la différence entre un homme paranoïaque et un homme prudent était généralement déterminée après l'enterrement.
Marco avait toujours trouvé la phrase un peu excessive.
Il commençait à la comprendre.
Il tourna.
La berline tourna.
— D'accord.
L'Alfa 155 grondait.
Marco regarda son rétroviseur.
— Vous voulez jouer ?
Il accéléra.
La berline aussi.
Marco sourit.
— Très bien.
Son téléphone sonna.
NICKY.
Il décrocha.
— Salut.
— T'es où ?
— Je roule.
— Je sais. Où ?
— Pourquoi ?
— MARCO.
Il donna la rue.
— T'as une berline noire derrière toi ?
Marco regarda le rétroviseur.
— Peut-être.
— Depuis combien de temps ?
— Quatre rues.
— Et tu pensais me prévenir quand ?
— Quand je saurais s'ils me suivent.
— ILS T'ONT SUIVI SUR QUATRE PUTAINS DE RUES.
— C'est pas une preuve scientifique.
Nicky ferma probablement les yeux à l'autre bout.
— Marco.
— Oui ?
— Tu vas faire exactement ce que je te dis.
— D'accord.
Petit silence.
Nicky ne s'attendait visiblement pas à ça.
— D'accord ?
— Oui.
— Ah.
— Tu voulais que je discute ?
— Non.
— Alors pourquoi t'es surprise ?
— Ferme-la.
— D'accord.
Elle réfléchit.
— Tu ralentis.
— Quoi ?
— Tu ralentis.
— Mais...
— Tu viens de dire que tu ferais ce que je dis.
Marco soupira.
— Putain.
— Voilà. Maintenant ralentis.
L'Alfa ralentit.
La berline aussi.
Nicky était dans la Supra.
Dex à côté.
Vale derrière.
Nicky conduisait vite.
Très vite.
Dex regarda la route.
— Tu sais que c'est pas ta voiture ?
— Si.
— Non.
— Si.
— C'est celle d'Elga.
— Il me l'a laissée.
— Ça veut pas dire donnée.
Nicky prit un virage.
La Supra glissa.
Vale s'accrocha.
— On peut débattre du droit de propriété plus tard ?
Dex regarda le compteur.
— J'essaye de nous maintenir en vie.
Nicky :
— Tu me déconcentres.
— C'est précisément ce qui m'inquiète.
Dans l'oreillette, Switch :
— J'ai Marco.
— Et la berline ?
— Plaque fausse.
— Évidemment.
— Deux occupants.
— Armes ?
— Je vois pas.
— Où ils vont ?
— Là où va Marco.
— Très drôle.
Switch :
— Tourne dans deux cents mètres.
Nicky regarda devant.
Intersection.
Feu orange.
Son pied resta sur l'accélérateur.
Puis quelque chose.
Un souvenir.
Une Supra.
Des sirènes.
Le feu est orange.
Elle freina.
Dex partit légèrement en avant.
— Pourquoi tu...
Une voiture de police traversa l'intersection.
Silence.
Feu vert.
Nicky repartit.
Vale regarda Dex.
Dex regarda Vale.
Nicky les vit.
— Quoi ?
— Rien, dit Vale.
— Pourquoi vous me regardez ?
— Personne te regarde.
— Vous me regardez.
Dex sourit.
— Continue.
— Je vais vous foutre dehors.
— À cette vitesse ?
— Bonne remarque.
Marco s'arrêta devant un petit entrepôt.
La berline s'arrêta derrière lui.
— Nicky ?
— Deux minutes.
— Ils descendent.
— Reste dans ta voiture.
Marco regarda les deux hommes.
— Trop tard.
— MARCO.
Il sortit.
— Putain de petit con !
Deux hommes approchèrent.
Pas des gamins.
Pas des coureurs.
Costumes sombres.
L'un d'eux regarda Marco.
— Maldini.
— Ça dépend.
— De quoi ?
— De qui demande.
L'homme désigna la berline.
— Monte.
Marco regarda la voiture.
Puis lui.
— Non.
— C'était pas une question.
Marco réfléchit.
— Pourtant, votre intonation...
— Marco.
Il s'arrêta.
— Oui ?
— Monte dans la voiture.
Marco sourit.
— Voilà. Là c'était beaucoup plus clair.
L'homme l'attrapa par le bras.
Mauvaise idée.
Marco pivota.
Pas assez vite.
L'autre lui envoya un coup dans le ventre.
Marco plia.
Le premier le repoussa contre l'Alfa.
— On veut juste parler.
Marco reprit son souffle.
— Vous avez une drôle de méthode.
Un moteur arriva.
Très vite.
La Supra noire entra dans la rue.
Freinage.
Rotation.
Elle s'immobilisa en travers.
Dex regarda Nicky.
— Tu pouvais juste te garer.
— Je sais.
Les portières s'ouvrirent.
Nicky sortit.
Vale.
Dex.
Les deux hommes lâchèrent Marco.
Nicky avança.
— Vous avez un problème ?
L'homme regarda Dex.
Puis Vale.
Puis Nicky.
— Ça te concerne pas.
Nicky continua.
— Il est avec moi.
Marco releva légèrement la tête.
L'homme sourit.
— Justement.
Nicky s'arrêta.
— Alors ça me concerne.
— C'est une affaire de famille.
— Super.
Elle désigna Marco.
— Ma famille est là.
Petit silence.
Marco la regarda.
Quelque chose venait de changer.
Très légèrement.
L'homme s'approcha.
— Fais attention, Foster.
Nicky ne bougea pas.
Damon lui avait appris ça.
Ne jamais reculer parce qu'un homme avançait.
S'il voulait entrer dans ta distance, c'était son problème.
Il arriva près d'elle.
Trop près.
Dex se tendit.
Nicky leva deux doigts.
Il s'arrêta.
Comme sur le parking.
Comme toujours.
L'homme regarda Dex.
Puis Nicky.
— Tu penses pouvoir gérer tout ce qui arrive autour de toi ?
Nicky sourit.
— Jusqu'ici, ça va.
— Ta Ferrari pense autrement.
Le sourire disparut.
Une demi-seconde.
L'homme l'avait vue.
— Ah.
Nicky inclina légèrement la tête.
— Donc vous savez qui je suis.
— Tout le monde sait qui tu es.
— Ça doit être chiant pour vous.
— Pourquoi ?
— Parce que moi, j'ai aucune idée de qui vous êtes.
Dex sourit derrière.
L'homme regarda Marco.
— Dis à ton oncle que certaines choses ne se règlent pas avec des gamins.
Nicky :
— Alors pourquoi vous êtes venus chercher un gamin ?
Silence.
Vale baissa légèrement les yeux.
Pour cacher son sourire.
L'homme regarda Nicky.
Longtemps.
Puis :
— Tu vas finir par avoir un problème que tu ne pourras pas résoudre en frappant quelqu'un.
Nicky aurait pu répondre.
Une insulte.
Une menace.
Quelque chose.
Elle sentit son corps déjà prêt.
Damon.
Ses entraînements.
Ses réflexes.
Elle pouvait frapper le premier.
Gorge.
Genou.
Coude.
Dex prendrait le second.
Quatre secondes.
Peut-être cinq.
Et après ?
Deux hommes au sol.
Et toujours aucune idée de qui les avait envoyés.
La pensée la surprit.
Elle détesta immédiatement ça.
Parce qu'elle connaissait exactement la voix qui aurait pu la lui dire.
T'avais déjà gagné.
Nicky expira.
— Très bien.
L'homme attendit.
— Dites à celui qui vous envoie que s'il veut parler...
Elle désigna le garage derrière elle.
— Il sait où me trouver.
— C'est tout ?
— Non.
Elle s'approcha.
— La prochaine fois, il vient lui-même.
Elle regarda sa main.
Celle qui avait attrapé Marco.
— Et vous touchez plus au gamin.
L'homme sourit.
— Sinon ?
Nicky sourit aussi.
— Sinon je recommence à résoudre les problèmes comme avant.
Dex souffla :
— Voilà.
L'homme retourna vers la berline.
Son partenaire avec lui.
Ils partirent.
Silence.
Marco se redressa.
Nicky se retourna.
— Ça va ?
— Oui.
Elle lui donna une claque derrière la tête.
— Aïe ! Putain !
— Ça, c'est pour être sorti de la voiture.
— Ils allaient venir !
Deuxième claque.
— Ça, c'est pour pas m'avoir appelée.
— Mais...
Troisième.
— Et ça ?
— Préventif.
Dex hocha la tête.
— Bonne méthode.
Marco se frotta la tête.
— Vous êtes tous complètement malades.
Nicky regarda l'Alfa.
— Elle roule ?
Ji-ho dans l'oreillette :
— QU'EST-CE QU'ILS ONT FAIT À LA VOITURE ?
Nicky ferma les yeux.
— Comment il sait ?
Switch :
— Je lui ai dit.
Ji-ho :
— MARCO !
Marco regarda le téléphone.
— Oh non.
Dex posa une main sur son épaule.
— Là, mon frère...
Il secoua la tête.
— Je peux rien faire pour toi.
LE LENDEMAIN
Salvatore avait choisi un restaurant italien.
Évidemment.
Nicky entra seule.
Il était déjà installé.
Costume.
Verre de vin.
Assiette devant lui.
Il leva les yeux.
— Miss Foster.
— Monsieur Maldini.
— Asseyez-vous.
Nicky s'assit.
— Vos deux connards ont frappé Marco.
— Ils ne travaillent pas pour moi.
Nicky s'arrêta.
— Ah.
— Voilà pourquoi je voulais vous voir.
Il but une gorgée.
— Marco se trouve entre plusieurs intérêts qui existaient avant lui.
— Et maintenant ?
— Maintenant, il est avec vous.
— Oui.
Salvatore la regarda.
Longtemps.
Puis quelque chose qui ressemblait presque à de l'amusement passa dans ses yeux.
— Il est tel qu'on vous a décrit.
Nicky fronça les sourcils.
— Qui ?
Salvatore prit tranquillement son verre.
Nicky le regarda.
Puis comprit.
— Non.
Il ne répondit pas.
— Non, non, non.
Salvatore sourit.
— Quoi ?
— Elga.
Silence.
— C'est Emmanuel qui vous a parlé de moi.
Salvatore reposa son verre.
— Monsieur Elga connaît beaucoup de monde.
Nicky regarda le plafond.
— Mais putain...
Deux personnes se retournèrent.
Elle baissa légèrement la voix.
— Mais je suis la seule personne de Philadelphia qui connaît pas ce mec ou quoi ?
Salvatore eut un petit rire.
— Vous le connaissez.
— Non.
— Peut-être davantage que vous ne le pensez.
— Ça, c'est exactement le genre de phrase qui me donne envie de retourner une table.
— Évitez. C'est celle de ma mère.
Nicky regarda la table.
— D'accord. Respect.
Salvatore sourit.
Puis redevint sérieux.
— Emmanuel m'avait parlé de vous.
— Quand ?
— Avant Marco.
— Combien de temps avant ?
— Suffisamment.
Nicky ferma les yeux.
— Vous avez tous fait une école ?
— Pardon ?
— « Longtemps. » « Suffisamment. » « Probablement. » Vous avez un putain de manuel ?
Salvatore rit.
— Non.
— Pourquoi il vous a parlé de moi ?
Salvatore réfléchit.
— Il ne m'a pas demandé de vous aider.
Nicky attendit.
— Il ne m'a pas demandé non plus de vous protéger.
— Alors quoi ?
— De vous laisser faire.
Nicky ne comprit pas.
— Faire quoi ?
— Vos choix.
Silence.
Salvatore coupa un morceau de viande.
— Il m'a simplement dit que si un jour Nicky Foster se retrouvait mêlée à certaines affaires...
Il mangea.
Nicky attendit.
— ...il fallait la laisser choisir comment elle voulait en sortir.
Elle le fixa.
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas.
— Vous avez pas demandé ?
— Si.
— Et ?
Salvatore sourit.
— Il m'a répondu : « Je regarde. »
Nicky resta silencieuse.
Cette fois longtemps.
— Ce fils de pute...
Salvatore leva son verre.
— Il est tel qu'on vous l'a décrit.
Nicky releva les yeux.
La phrase.
Elle comprit maintenant.
Pas Marco.
Elle.
— Vous parliez de moi.
— Oui.
— Quand vous avez dit ça.
Salvatore but.
— Oui.
— À qui ?
Il sourit.
— Certaines conversations ne concernent pas les personnes qui n'y sont pas invitées.
Nicky le regarda.
Puis posa ses deux mains sur la table.
— Alors fallait pas venir la faire chez moi.
Salvatore éclata de rire.
Cette fois franchement.
Nicky sourit malgré elle.
— Vous êtes chiant.
— On me l'a déjà dit.
Elle se leva.
— Encore une phrase à lui et je vous frappe.
— Vous voyez ?
Nicky s'arrêta.
— Quoi ?
Salvatore leva son verre.
— Il vous connaît bien.
Elle partit.
— Va te faire foutre.
— Bonne soirée, Miss Foster.
01 H 13
Le garage était calme.
Marco était assis sur le capot de son Alfa.
Nicky à côté.
Une bière pour elle.
Un soda pour lui.
La Supra noire était garée quelques mètres plus loin.
Marco la regardait.
— C'est quand même une belle caisse.
— Ouais.
— Elle est à lui ?
— Non.
— Elle est à toi ?
— Oui.
— Donc elle est à lui.
Nicky le regarda.
— Comment t'arrives à cette conclusion ?
— Parce que tu viens de répondre trop vite.
— Elle est à moi.
— Il te l'a donnée ?
— Il m'a laissé les clés.
— C'est pas pareil.
— Si.
— Non.
Nicky but.
— T'as dix-sept ans.
— Et ?
— Tu sais rien.
Marco sourit.
Nicky se figea.
Encore.
Elle regarda son soda.
Puis lui.
— Arrête.
— Quoi ?
— Rien.
Silence.
Philadelphia continuait au loin.
Marco balança doucement ses jambes.
— C'est qui ?
Nicky savait immédiatement.
— J'en sais rien.
— Emmanuel.
— J'avais compris.
— Tout le monde le connaît.
— Merci, Marco.
— Ton père.
— Oui.
— Ton frère.
— Oui.
— Salvatore.
Nicky tourna la tête.
— Comment tu sais pour Salvatore ?
— Il m'a appelé.
— Évidemment.
Marco regarda la Supra.
— Et toi, tu sais rien.
Nicky but encore.
— Je sais qu'il est français.
— Impressionnant.
— De Nice.
— Attention.
— Qu'il voyage partout.
— James Bond.
— Qu'il connaît mon père depuis avant ma naissance.
Marco se tut.
Puis :
— Ah.
— Voilà.
— Et il te suit depuis quand ?
Nicky regarda sa bière.
— J'en sais rien.
— Pourquoi ?
— J'en sais rien.
— Il veut quoi ?
— J'en sais rien.
Marco réfléchit.
— Tu sais vraiment rien.
Nicky lui donna un coup d'épaule.
— Ferme-la.
Il sourit.
Quelques secondes.
— Pourquoi tu veux tellement savoir qui il est ?
Nicky allait répondre immédiatement.
Puis elle ne répondit pas.
Pourquoi ?
Parce qu'il lui avait offert une Countach ?
Parce qu'il connaissait son père ?
Parce qu'il l'avait sortie d'une Ferrari détruite ?
Parce qu'il savait conduire ?
Parce que Damon le connaissait ?
Parce que Salvatore le connaissait ?
Parce qu'elle avait l'impression absurde qu'Emmanuel connaissait des choses sur elle qu'elle-même n'avait pas encore comprises ?
Elle regarda la Supra.
— Parce que tout le monde semble savoir quelque chose sur moi qu'il savait avant moi.
Marco fronça les sourcils.
— Ça veut rien dire.
— Je sais.
Silence.
— Et ça me casse les couilles.
Marco sourit.
— Ça, je comprends.
Le téléphone de Nicky vibra.
Elle le sortit.
Numéro inconnu.
Une photo.
Nicky resta immobile.
La Ferrari F50.
Détruite.
Marco se pencha.
— C'est quoi ?
Nicky lut le message sous la photographie.
T'avais déjà gagné.
Elle sentit quelque chose lui remonter dans la poitrine.
— Ce fils de pute...
— C'est lui ?
Deuxième message.
Occupe-toi de Marco.
Nicky ne bougea plus.
Marco lut.
— Ah.
Elle tourna lentement la tête vers lui.
— Quoi, ah ?
— Rien.
— Pourquoi t'as dit ah ?
— Parce qu'il sait.
— Je vois qu'il sait !
Elle tapa immédiatement.
T'ES OÙ ?
Envoyé.
Rien.
Nicky fixa l'écran.
Dix secondes.
Vingt.
Trente.
Marco but son soda.
— Il va répondre ?
— Oui.
Une minute.
— T'es sûre ?
— Oui.
Deux minutes.
— Peut-être qu'il...
Le téléphone vibra.
Nicky regarda.
Un seul mot.
Ailleurs.
Elle ferma les yeux.
Très lentement.
Marco essaya de ne pas rire.
Mauvaise idée.
— Ne ris pas.
— Je ris pas.
— Tu ris.
— Non.
— Marco.
Il se mordit la lèvre.
Nicky tapa :
VA TE FAIRE FOUTRE.
Elle attendit.
Trois petits points apparurent.
Puis disparurent.
Revinrent.
Nicky se pencha sur l'écran.
Réponse.
Probablement.
Marco éclata de rire.
Nicky regarda le téléphone.
Puis le ciel.
— Je vais le tuer.
— Qui ?
Elle rangea son téléphone.
— Personne.
Marco souriait toujours.
Nicky regarda la Supra.
Puis Marco.
Puis son téléphone.
Elle ignorait où se trouvait Emmanuel Elga.
Elle ignorait ce qu'il faisait.
Elle ignorait pourquoi il la suivait depuis des années.
Elle ignorait pourquoi son père connaissait son nom.
Pourquoi Damon refusait d'en parler.
Pourquoi Salvatore semblait attendre quelque chose d'elle.
Elle ignorait presque tout.
Mais elle venait d'apprendre quelque chose.
Au moment exact où Vale avait prononcé le nom de Marco, elle avait oublié Emmanuel.
Complètement.
Pas réfléchi.
Pas hésité.
Marco d'abord.
Elle ne savait pas encore pourquoi cela avait de l'importance.
Quelque part, Emmanuel, lui, le savait probablement.
Et cette idée lui cassa encore davantage les couilles.
Nicky termina sa bière.
Marco regarda la Supra.
— Je peux la conduire ?
— Non.
— Juste...
— Non.
— Sur le parking ?
— Marco.
— Quoi ?
Nicky descendit du capot.
— Grandis.
Marco leva les bras.
— J'ai dix-sept ans !
Elle commença à marcher.
Puis s'arrêta.
Une phrase lui traversa étrangement l'esprit.
Elle ne savait pas encore d'où elle venait.
Pas exactement.
Elle regarda Marco.
— Et touche pas à ma caisse.
Marco regarda la Supra.
Puis elle.
— Celle d'Emmanuel ?
Nicky lui lança sa canette.
Marco l'évita en éclatant de rire.
— Connard !
Le rire résonna dans le garage.
Et pendant quelques secondes, entre une guerre qui commençait doucement à s'approcher, un gamin qu'elle venait de prendre sous son aile et un homme impossible à trouver qui semblait toujours avoir trois coups d'avance sur elle, Nicky Foster oublia de chercher des réponses.
Elle vivait.
Pour l'instant, ça suffisait.
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