SAISON 2 - Épisode 3 - THREE, TWO, ONE FIGHT !
BUDAPEST - 16 H 07
La cloche ne sonna pas.
Dans ce genre d’endroit, on considérait probablement que les gens capables de comprendre ce qui était écrit sur les tableaux étaient également capables de regarder une montre.
Les portes vitrées de l’université s’ouvrirent.
Une première vague d’étudiants descendit les marches.
Vingt ans. Vingt-deux. Vingt-cinq.
Des sacs d’ordinateur, des cafés froids, des livres épais, des conversations dans lesquelles revenaient des mots qu’une partie raisonnable de l’humanité avait décidé de ne jamais apprendre.
Un garçon descendait les marches à reculons, parlant rapidement à quelqu’un derrière lui.
— Mais si tu pars de cette hypothèse, ton résultat ne peut pas être stable.
Une voix lui répondit.
Petite.
Très petite.
— Parce que ton hypothèse est fausse.
Le garçon s’arrêta.
La personne derrière lui apparut.
Elle devait faire un mètre trente.
Peut-être un peu plus avec les chaussures.
Petit manteau sombre. Sac à dos. Cheveux attachés à la va-vite. Un livre énorme serré contre elle dont le titre contenait suffisamment de symboles pour faire passer une déclaration fiscale pour un coloriage.
Diana Zrupkó.
Neuf ans.
Le garçon devait en avoir vingt-deux.
— Elle n’est pas fausse.
Diana ouvrit son livre.
Tourna trois pages.
Pointa une ligne.
— Là.
Il regarda.
Silence.
Diana tourna encore une page.
— Et là.
Nouveau silence.
— Ah.
— Voilà.
— Merci, Diana.
— De rien.
Elle referma le livre et descendit les marches.
Autour d’elle, personne ne semblait particulièrement surpris.
C’était peut-être le détail le plus inquiétant.
Une gamine de neuf ans venait de sortir d’une des universités les plus prestigieuses de Budapest en expliquant à un adulte pourquoi ses mathématiques étaient mauvaises.
Elle traversa le parvis.
Puis s’arrêta.
À quelques dizaines de mètres, assis à une table extérieure, un homme en noir fumait tranquillement une cigarette.
Un café devant lui.
Un échiquier.
Emmanuel leva les yeux.
— Salut.
Diana consulta sa montre.
— Tu es en retard.
— Bonjour Diana.
— Quarante-trois secondes.
— Ça va être une longue après-midi.
Elle posa son sac.
— Tu es en retard de quarante-trois secondes.
— Porte plainte.
Elle s’assit.
Regarda l’échiquier.
Puis Emmanuel.
— Blancs.
— Pourquoi ?
— J’ai perdu hier.
— Et avant-hier.
Elle leva les yeux.
— Blancs.
Emmanuel lui fit signe.
— Fais-toi plaisir.
Diana avança son pion.
Onze minutes plus tard, Emmanuel posa son cavalier.
— Échec et mat.
Diana ne bougea plus.
Elle regarda le plateau.
Puis Emmanuel.
Puis le plateau.
Elle recommença mentalement.
Une fois.
Deux fois.
Emmanuel but son café.
— Ça va refroidir.
— Tais-toi.
— Neuf ans et déjà mauvaise perdante.
— Encore.
— Non.
— Encore.
— T’as cours.
— Dans vingt-sept minutes.
— Raison de plus.
Diana croisa les bras.
Emmanuel la regarda.
— Tu boudes ?
— Non.
— Si.
— Je réfléchis.
— Avec les bras croisés et cette tête-là ?
Diana détourna les yeux.
Emmanuel sourit.
— Elle boude.
Son téléphone vibra.
JOE.
Il décrocha.
— Ouais.
Une basse énorme lui explosa dans l’oreille.
— Putain, Joe.
— ATTENDS !
La musique baissa.
À quelques milliers de kilomètres de là, au Brésil, Joe était derrière une console de mixage, casque sur une oreille, chemise ouverte, caïpirinha à portée de main et deux femmes qui dansaient derrière lui.
— Voilà. Là je t’entends.
— Moi malheureusement aussi.
Joe rigola.
— Elle va comment, ta Nobel hongroise ?
Emmanuel regarda Diana.
Toujours les bras croisés.
— Elle boude.
Diana tourna immédiatement la tête.
— Je ne boude pas.
— Elle boude beaucoup.
Joe éclata de rire.
— Encore les échecs ?
— Ouais.
— T’as gagné ?
— Ouais.
— Emmanuel, elle a neuf ans.
— Elle est à l’université.
— Ça change pas son acte de naissance.
Diana se pencha vers le téléphone.
— Bonjour Joe.
— Bonjour, Nobel !
— Ne m’appelle pas comme ça.
— Bien, Nobel.
Emmanuel sourit.
Puis son visage changea à peine.
— Joe.
— Ouais ?
— On passe à la phase deux.
La main de Joe resta sur le potentiomètre.
La musique continua deux secondes.
Puis il la coupa.
Complètement.
— Attends.
Diana regarda Emmanuel.
Joe retira son casque.
— Tu veux vraiment faire ça ?
— Oui.
— Maintenant ?
— Maintenant.
Plus de plaisanterie.
— Manu...
— Quoi ?
— Une fois que tu commences à les rapprocher, tu pourras plus les remettre chacun dans son coin.
Emmanuel écrasa sa cigarette.
— Je sais.
— Barbie aussi ?
— Surtout Barbie.
— Elle vient juste de reconstruire.
— Justement.
Joe resta silencieux.
Il savait.
Le garage.
Bellandi.
Les voitures.
La Gare.
Les six qui étaient revenus.
Tout.
— Et les autres ?
Emmanuel regarda Diana.
Elle ne boudait plus.
Elle écoutait.
— Progressivement.
— Putain...
Joe passa une main sur son visage.
Puis un sourire apparut.
— Le vieux recommence à jouer.
Emmanuel regarda l’échiquier.
— J’ai jamais arrêté.
— Et moi ?
— Tu continues.
— C’est précis.
— Tu les aides.
— Ça, je fais déjà.
— Sans faire à leur place ce qu’ils peuvent faire eux-mêmes.
Joe prit sa caïpirinha.
— Donc je peux boire ?
— Ça, manifestement, j’ai abandonné.
— Excellent management.
Emmanuel raccrocha.
Diana le regardait.
— Qui est Barbie ?
— Personne.
— Joe vient de dire...
— T’as cours.
— Qui est Barbie ?
Emmanuel remit son téléphone dans sa poche.
— Tu vas être en retard.
— Emmanuel.
Il ramassa sa veste.
Diana plissa les yeux.
— Philadelphie ?
Il s’arrêta une demi-seconde.
Mauvaise demi-seconde.
Diana sourit.
Emmanuel la regarda.
— Va en cours.
— D’accord.
Elle prit son sac.
Fit trois pas.
Se retourna.
— Je boude pas.
— Bien sûr.
Elle repartit.
Emmanuel la regarda disparaître dans l’université.
PHILADELPHIA — LA GARE
— Non.
J avait les deux bras plongés sous le capot de la R34.
Nicky s’arrêta.
— J’ai rien dit.
— T’allais parler.
— Oui.
— Non.
— Tu sais même pas ce que j’allais dire.
J sortit la tête.
— Tu allais demander quand elle roule.
— Quand elle roule ?
— Non.
Nicky soupira.
La Gare commençait à ressembler un peu moins à un tombeau ferroviaire.
Quelques rampes fonctionnaient désormais.
Une partie de l’ancien quai était éclairée.
L’Alfa de Marco était sur un pont.
La Supra stationnait devant l’ancien guichet.
Et la Skyline R34, capot ouvert, avait déjà perdu suffisamment de pièces pour donner l’impression qu’ils l’avaient gagnée afin de l’assassiner.
Nicky regarda autour d’elle.
— On a besoin de fric.
Vale leva la tête depuis une caisse de matériel.
— Beaucoup.
Switch regardait trois écrans.
— Beaucoup beaucoup.
Dex ouvrit un placard.
— On peut vendre ça ?
J hurla depuis la R34 :
— TOUCHE PAS !
Dex referma.
— D’accord.
Marco arriva avec deux cafés.
— Combien ?
Switch fit pivoter son écran.
— Si on veut pièces, pneus, carburant, consommables, remettre deux autres ponts en route et éviter de manger des rats...
Dex :
— Ça se mange.
Nicky :
— Dex.
— Je pose la question.
Switch donna le chiffre.
Silence.
Nicky regarda.
— Putain.
Vale :
— Voilà.
Marco posa un café devant elle.
— Courses ?
Switch sourit.
— Courses.
J passa la tête.
— Pas la R34.
Nicky :
— Personne a parlé de ta putain de R34.
— Bien.
— Et techniquement elle est à nous.
J referma lentement le capot.
— Répète.
Nicky :
— Rien.
Trois courses.
Trois endroits.
Cash uniquement.
Pas de voiture.
Pas de garage.
Pas de miracle.
De l’argent.
La première se déroula sous une autoroute.
La deuxième sur une ancienne zone industrielle.
La troisième beaucoup plus tard, dans les entrepôts du nord de Philadelphia.
Nicky prit la première.
Marco la deuxième.
La troisième devait payer presque autant que les deux précédentes réunies.
Seek & Destroy recommençait à circuler dans les conversations.
Le garage avait brûlé.
Le crew, non.
Et ça se savait.
PREMIÈRE COURSE
Un type regarda la Supra.
Puis Nicky.
— C’est la voiture de ton mec ?
Nicky retira tranquillement ses lunettes.
— Non.
— Parce que...
— Mais si t’as besoin d’imaginer une teub quelque part pour comprendre une voiture, je peux te dessiner un schéma.
Vale étouffa un rire.
Le type ne répondit plus.
Marco :
— C'était précis.
— J'essaie d'être pédagogique.
La course partit.
Nicky gagna.
Pas de contact inutile.
Pas de vengeance.
Pas de connerie après la ligne.
Elle freina.
Revint.
Récupéra l’argent.
Vale la regarda.
— C'est tout ?
— Quoi ?
— T'as gagné et personne n'est mort.
Nicky rangea les billets.
— Je mûris.
Dex :
— C'est inquiétant.
LA GARE - 22 H 41
Switch travaillait seul devant les écrans.
Il brancha un module militaire récupéré dans une caisse de Joe.
Une fenêtre s’ouvrit.
Il fronça les sourcils.
La referma.
Elle se rouvrit.
— Quoi...
Le curseur bougea tout seul.
Switch retira ses mains.
Une ligne apparut.
TU LE FAIS MAL.
Switch fixa l’écran.
Il tapa.
QUI ÊTES-VOUS ?
Réponse immédiate.
DIANA.
DIANA QUI ?
Quelques secondes.
DIANA.
Switch regarda autour de lui.
— Très drôle.
NON.
— Comment vous êtes entrée ?
FACILEMENT.
— Sortez.
NON.
Le curseur se déplaça.
Une série de fenêtres s’ouvrit.
Architecture réseau.
Caméras.
Diagnostics.
Switch regarda son propre système se faire réorganiser devant lui.
— Putain...
JOE A MAL CONFIGURÉ LE ROUTAGE.
Switch tapa :
VOUS CONNAISSEZ JOE ?
Pause.
OUI.
Puis :
ET EMMANUEL.
Switch cessa de respirer deux secondes.
DEUXIÈME COURSE
Marco plaça l’Alfa sur la ligne.
Une Camaro à sa gauche.
Une Mustang à droite.
Nicky se pencha à sa fenêtre.
— Tu sais quoi faire.
Marco :
— Oui.
— Alors fais-le.
— C'est tout ?
— Tu veux un bisou ?
— Non.
— Alors casse-toi.
Marco sourit.
Départ.
Cette fois Nicky ne donna rien.
Elle regarda.
Marco se fit enfermer.
Attendit.
La Mustang et la Camaro se bouffèrent mutuellement leur trajectoire.
Marco trouva l'espace.
Passa.
Nicky sourit.
— Voilà.
Il gagna.
Deuxième enveloppe.
BUDAPEST - 23 H 18
Une lampe éclairait une petite chambre.
Livres.
Cahiers.
Formules.
Un animal en peluche coincé entre deux ouvrages universitaires.
Et devant un ordinateur :
Diana.
Neuf ans.
En pyjama.
Dreamcast, Sonic Adventure en pause.
Elle regardait le système de Switch.
Un bol de céréales à côté.
Sur un autre écran :
NICOLE FOSTER.
Photos.
Courses.
Seek & Destroy.
Philadelphia.
Diana mangea une cuillère.
— Barbie...
Puis retourna dans le système.
PHILADELPHIA - TROISIÈME COURSE
Cette fois, ça payait vraiment.
Et quand ça payait vraiment, les gens devenaient généralement vraiment cons.
Nicky le savait.
Elle gagna quand même.
Le problème arriva après.
L'organisateur tendit l’enveloppe.
Un autre homme posa sa main dessus.
— Y a un problème.
Nicky regarda la main.
— Oui.
— Quoi ?
— Elle est encore attachée à ton bras.
Silence.
— Vous avez triché.
Nicky regarda Switch dans son oreillette.
— On a triché ?
Switch, depuis la Gare :
— Non.
Une voix féminine inconnue ajouta :
— Non.
Nicky s’arrêta.
— C’était qui ?
Switch :
— C’est compliqué.
— Switch.
— Plus tard.
L’homme tira l’enveloppe.
Nicky ne lâcha pas.
— Tu vas me rendre ça.
— Non.
— Dernière fois.
— Va te faire...
Le front de Nicky frappa son nez.
Sec.
Le bordel commença.
Marco en prit un.
Vale envoya un autre contre une voiture.
Dex apparut derrière un troisième.
— Salut.
Le type se retourna.
Mauvaise idée.
Nicky esquiva un crochet, low kick, coude, clinch, genou.
Un autre arriva.
Elle prit un coup à la pommette.
Recule.
Respira.
Regarda.
Deux hommes.
Pas les poings.
Les pieds.
Elle vit lequel allait partir avant lui.
Se décala.
Il percuta son propre pote.
— Merci.
Puis elle le coucha.
— NICKY !
Marco.
D’autres voitures arrivaient.
Vale :
— On se casse !
Ils sautèrent dans l’Alfa et la Supra.
Les moteurs hurlèrent.
LA POURSUITE
Switch avait quatre écrans.
— Prenez à droite !
Diana :
— Non.
Switch s’arrêta.
— Quoi ?
À GAUCHE.
— Pourquoi ?
Trois caméras s’ouvrirent.
Deux voitures attendaient à droite.
Switch :
— À gauche !
Nicky :
— Tu viens de dire droite !
— J'AI CHANGÉ D'AVIS !
— EN DEUX SECONDES ?
Diana :
— Dis-lui d'accélérer.
Switch :
— Accélère.
Nicky :
— MAIS JE SUIS À FOND !
Diana :
— Non.
Switch regarda l'écran.
— Elle dit non.
— ELLE QUI ?
Diana prit le contrôle d’une caméra.
Puis d’une deuxième.
Une barrière industrielle s’ouvrit.
Switch regarda.
— Comment t'as...
PLUS TARD.
La Supra passa.
L’Alfa derrière.
Barrière refermée.
Une voiture poursuivante la percuta.
Nicky éclata de rire.
— SWITCH !
— Ouais ?
— ÇA C'ÉTAIT PUTAIN DE BEAU !
Switch regarda l’écran.
— Merci.
DE RIEN.
Switch grimaça.
Nicky :
— C'était encore la voix ?
— Oui.
— C'est qui ?
— Diana.
— Diana qui ?
Switch regarda la conversation.
— Diana.
— SWITCH, JE VAIS TE...
Une autre voiture surgit.
Diana :
— Gauche.
Nicky braqua.
Évita le choc.
— OK. Elle est bonne.
Switch :
— Très.
— C'est qui ?
Silence.
— Switch.
— Une hackeuse.
Diana tapa :
NON.
— Très bien, une informaticienne.
NON.
— Diana, aide-moi un peu !
Nicky :
— Elle a quel âge ?
Switch ferma les yeux.
— Neuf ans.
Silence radio.
Nicky :
— Quoi ?
— Neuf.
— Neuf quoi ?
— Ans.
La Supra faillit mordre le trottoir.
— PUTAIN DE QUOI ?!
Diana, depuis Budapest, mangea tranquillement une céréale tout en feuilletant un manga de Saint Seiya.
— Elle conduit bien.
Ils sortirent avec l’argent.
Tout l’argent.
Pas de nouvelle voiture.
Mais assez pour commencer sérieusement à reconstruire.
Et surtout, quelque chose d'autre venait d'entrer dans la Gare.
02 H 13 — LA GARE
Joe apparut sur l’écran géant.
Caïpirinha.
Évidemment.
— Bonjour les enfants.
Dex leva la main.
— Tonton Joe !
— Mon gros !
Nicky ferma les yeux.
— Non.
Joe :
— Alors. Quelques règles. Le matériel militaire à gauche, personne n'y touche sans demander.
Dex :
— Oui, Tonton Joe.
Switch :
— Compris, Tonton Joe.
J, sans quitter la R34 :
— Oui... Tonton Joe.
Vale :
— D'accord, Tonton Joe.
Marco :
— Promis Tonton.
Nicky les regarda.
— Mais vous êtes sérieux les mecs ?
Joe :
— Deuxième règle : les caisses marquées rouge, vous ouvrez pas.
Dex :
— Oui, Tonton Joe.
— Les détonateurs...
Nicky :
— LES QUOI ?
Joe :
— Rien qui te concerne, Barbie.
Nicky se retourna vers les autres.
— Putain les mecs, c'est pas notre putain de tonton !
Dex fronça les sourcils.
— Parle mieux à Tonton Joe toi !
Nicky resta bouche ouverte.
J :
— Il nous prête du matériel.
Vale :
— Et une gare.
Switch :
— Et techniquement il avait raison sur le routage.
Joe :
— Merci.
Nicky :
— Techniquement, je devrais vous éclater la geule un par un.
Marco :
— Oui, Tonton Joe.
Tout le monde se retourna vers lui.
Marco :
— Pardon. C'est contagieux.
Joe était ravi.
— Mes petits...
Nicky pointa l’écran.
— ILS SONT PAS TES PETITS !
Joe :
— Elle boude.
Silence.
Switch se mit à rire.
Dex suivit.
Puis Vale.
Même J sous son capot.
Nicky :
— Je boude pas !
Elle attendit que les autres se calment.
Puis posa les mains sur la table.
— Bon.
Joe but.
— Bon.
— Diana.
Joe ne broncha pas.
— Quoi Diana ?
— Ne joue pas au con.
— Je joue jamais.
Tous les autres le regardèrent.
Joe :
— D'accord, rarement.
Nicky :
— Pourquoi une gamine de neuf ans qui va à l'université à Budapest vient de prendre le contrôle de notre putain de système ?
Joe haussa les épaules.
— Parce que vous le faisiez mal ?
Switch :
— C'est exactement ce qu'elle a dit.
Nicky se retourna.
— TOI, TA GUEULE.
Joe souriait.
Nicky revint à lui.
— Elle connaît Emmanuel.
— Oui.
— Toi aussi.
— Oui.
— Elle te connaît.
— Oui.
— Tu nous connais tous.
— Oui.
— Emmanuel me connaît depuis que j'ai six ans.
— Oui.
— Et maintenant, par le plus grand des hasards, une gamine qu'il connaît apparaît dans notre système.
Joe réfléchit.
— Dit comme ça, effectivement, le hasard travaille beaucoup.
— Joe.
Il but.
Nicky attendit.
Et pour une fois, Joe répondit presque sérieusement.
— Emmanuel rencontre beaucoup de gens.
— Ça, j'avais compris.
— Non, Barbie. Beaucoup.
Petit silence.
— Certains, il les oublie.
Joe regarda Nicky à travers l'écran.
— Certains, non.
Nicky ne dit rien.
— Il regarde ce qu'ils deviennent. Parfois longtemps. Il les laisse vivre. Se planter. Recommencer. Se débrouiller.
Vale avait cessé de sourire.
Marco aussi.
Joe continua :
— Et puis parfois...
Il regarda sa caïpirinha.
— Il décide que deux personnes qui n'avaient aucune raison de se rencontrer devraient peut-être savoir que l'autre existe.
Nicky :
— Pourquoi ?
Joe sourit.
Le Tonton Joe revenait.
— Parceque c'est Emmanuel Elga, et il est chiant.
Dex :
— Ça se tient.
— Merci, mon petit.
Nicky :
— Joe.
— Quoi ?
— Pourquoi ?
Joe réfléchit.
Puis :
— Aucune idée.
Il leva son verre.
— Mais généralement, quand Emmanuel commence à présenter ses amis à ses ennemis...
Petit sourire.
— ...quelqu'un finit par passer une très mauvaise journée.
Dex :
— Nous ?
Joe secoua la tête.
— Non. Très généralement les mecs d'en face.
Dex sourit.
— J'aime bien Tonton Joe.
Nicky :
— C'EST PAS NOTRE PUTAIN DE TONTON !
Joe :
— Bonne nuit, les enfants.
— JOE !
Écran noir.
BUDAPEST - 08 H 04
Diana sortit de l'université.
Même sac.
Même énorme livre.
Même absurdité visuelle : une enfant au milieu d'étudiants deux fois plus âgés.
Emmanuel l'attendait.
Échiquier.
Café.
Elle posa son sac.
S'assit.
— J'ai rencontré Barbie.
Emmanuel s'immobilisa.
Très légèrement.
— Ah.
— Elle dit beaucoup de gros mots.
— Oui.
— Elle conduit trop vite.
— Oui.
— Son système était mal configuré.
— Ça, c'est Switch.
— Je l'ai réparé.
— Évidemment.
Diana plaça les pièces.
Emmanuel la regarda.
— Joe t'a donné son nom ?
— Non.
— Switch ?
— Non.
— Alors comment...
Diana leva les yeux.
— Tu m'as dit de trouver.
Emmanuel réfléchit.
Puis sourit.
— C'est vrai.
Diana avança son pion.
— Blancs.
— Encore ?
— Encore.
Ils jouèrent.
Quelques minutes.
Emmanuel déplaça sa tour.
Diana fixa le plateau.
Son visage tomba.
— Non.
— Si.
Elle vérifia.
Mat.
Elle croisa les bras.
Emmanuel but son café.
— Elle boude.
— Je ne boude pas.
Son téléphone sonna.
Joe.
Emmanuel décrocha.
— Ouais.
Joe avait déjà recommencé à mixer.
— Alors ?
— Elle boude.
— Nobel ou Barbie ?
Emmanuel regarda Diana.
— Nobel.
— Barbie aussi.
— Pourquoi ?
— Elle vient de découvrir que je suis devenu Tonton Joe.
Emmanuel éclata de rire.
Diana leva les yeux.
Joe continua :
— Et accessoirement, ta Nobel a pris le contrôle de la Gare, de Switch, de trois caméras municipales et d'une barrière industrielle.
Manu regarda Diana.
Elle fixa innocemment l'échiquier.
— Diana.
— Quoi ?
Joe riait.
— Phase deux, hein ?
Emmanuel regarda la petite fille.
Puis l'échiquier.
Puis son téléphone.
Au loin, les étudiants entraient dans l'université.
À Philadelphia, Nicky comptait l'argent de trois courses.
J démontait sa R34.
Switch cherchait encore comment une enfant avait traversé ses sécurités.
Vale inventoriait le matériel.
Dex avait écrit au feutre TONTON JOE sur une caisse.
Marco travaillait sur l'Alfa.
Personne ne savait ce qu'ils étaient en train de devenir.
Même Emmanuel ne connaissait pas encore la forme que tout cela prendrait.
Joe remonta progressivement la musique.
— Bon...
Petit silence.
— On joue ?
Emmanuel regarda Diana.
Elle avait déjà replacé les pièces.
Il sourit.
— On joue.
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