SAISON 2 - Épisode 4 - NO MERCY
PHILADELPHIE - LA GARE - 10 H 17
Le bruit de la disqueuse résonnait dans toute la station.
Pas un petit bruit.
Un bruit capable de réveiller un mort, de le faire descendre de son cercueil et de lui donner envie d’aller demander poliment à J s’il pouvait fermer sa gueule.
Nicky arriva sur le quai avec un café.
S’arrêta.
Regarda.
La R34 était toujours sur le pont.
Sans pare-chocs.
Sans roues.
Avec une partie du tableau de bord démontée.
Et maintenant sans sièges.
Elle resta immobile.
— J.
Aucune réponse.
— J.
Une tête apparut derrière la voiture.
Lunettes de protection.
Masque relevé.
— Quoi ?
— Où est ma voiture ?
J regarda la Skyline.
Puis Nicky.
— Là.
— Ça, c’est un cadavre.
— C’est une R34.
— Hier c’était une R34.
J posa sa disqueuse.
— Tu veux qu’elle soit rapide ?
— Oui.
— Alors casse-toi.
Nicky but son café.
— J’aime beaucoup la manière dont le mec à qui j’ai offert une Skyline me parle.
J remit son masque.
— Tu me l’as pas offerte.
— Ah bon ?
— Tu l’as gagnée.
— Pour toi.
— Donc elle est à moi.
— Oui.
— Donc casse-toi.
La disqueuse repartit.
Nicky le regarda quelques secondes.
— Putain de Coréen.
Depuis l’autre côté de la Gare :
— J’AI ENTENDU !
— C’ÉTAIT LE BUT !
Sur l’ancien quai, Seek & Destroy reconstruisait.
Pour de vrai.
Vale avait transformé l’ancien bureau du chef de gare en mélange de vestiaire, stockage, pharmacie, fausses plaques, vêtements et matériel d’infiltration.
Dex avait trouvé une vieille table.
Personne ne savait pourquoi elle pesait cent cinquante kilos.
Il l’avait déplacée seul.
Elle était maintenant au milieu du quai.
Il mangeait dessus.
Marco travaillait sur l’Alfa.
Switch, lui, n’avait pratiquement pas quitté son poste depuis la veille.
Six écrans fonctionnaient désormais.
Deux autres attendaient.
Des racks militaires récupérés dans les caisses de Joe clignotaient derrière lui.
Câbles.
Routeurs.
Modules de communication.
Serveurs.
Un bordel absolument magnifique.
Nicky s’approcha.
— Alors ?
— Alors quoi ?
— On est riches ?
Switch continua à taper.
— Non.
— Moins pauvres ?
— Non.
— Pourquoi on a risqué de se faire défoncer hier ?
— Pour être pauvres avec des pneus neufs.
Nicky réfléchit.
— Ça a quand même plus de gueule.
Vale passa derrière eux.
— Et on a payé le carburant.
— Magnifique. On est pauvres et mobiles.
Switch ouvrit un tableau.
— Si J continue comme ça avec la R34…
J hurla :
— J’ENTENDS TOUT !
Switch baissa la voix.
— …on est très pauvres.
— J’ENTENDS AUSSI QUAND TU PARLES MOINS FORT !
Nicky se retourna.
— TU PEUX ARRÊTER D’ÉCOUTER ET FINIR LA PUTAIN DE VOITURE ?
Silence.
Puis :
— Non.
Nicky regarda Switch.
— Je vais le tuer.
— Ça coûtera plus cher de finir la R34.
— Bon argument.
Switch changea de fenêtre.
— Par contre…
Nicky connaissait ce ton.
— Non.
— J’ai rien dit.
— Tu vas dire une connerie chère.
— Très chère.
Il fit apparaître une photographie.
Nicky regarda.
Une Lexus LFA blanche.
Elle se pencha.
— Oh.
Marco venait d’arriver.
Il regarda l’écran.
— Oh putain.
Vale :
— Quoi ?
Dex s’approcha avec son sandwich.
— C’est quoi ?
J apparut soudain.
Personne ne l’avait entendu arriver.
Il fixa l’écran.
— Non.
Nicky tourna la tête.
— Putain, mais c’est votre mot préféré aujourd’hui ?
J pointa la photo.
— Celle-là, tu la touches pas.
— Pourquoi tout le monde part du principe que je vais toucher aux trucs ?
Cinq personnes la regardèrent.
Nicky :
— Allez vous faire foutre.
Switch ouvrit le dossier.
— Lexus LFA. V10 4,8 litres. Cinq cent soixante chevaux. Production limitée. Châssis carbone.
J :
— Quatre cent quatre-vingts exemplaires.
Switch :
— Cinq cents.
— Vingt Nürburgring.
— Donc cinq cents.
— C’est différent.
— Mathématiquement non.
J regarda Switch avec un mépris profond.
— Voilà pourquoi t’es pas mécanicien.
Nicky :
— Elle est à qui ?
Switch agrandit une photo.
MARCUS VALE — 38 ANS.
Nicky regarda Vale.
Vale regarda l’écran.
Puis Nicky.
— Commence même pas.
— J’ai rien dit.
— Ton visage l’a dit.
Switch continua.
Marcus Vale.
Pas de lien avec Valeria.
Investisseur.
Collectionneur.
Quelques clubs privés.
Beaucoup de voitures.
Très peu de photos.
Et une réputation dans un circuit de courses clandestines qui n’avait rien à voir avec les parkings remplis de Civic et de mecs torse nu.
Ici, l’entrée coûtait cher.
Très cher.
Et surtout :
— Il ne court pas pour l’argent.
Nicky :
— Pourquoi ?
— Parce qu’il en a déjà beaucoup trop.
Dex :
— J’aime bien son problème.
Switch fit défiler les informations, il agrandit le dossier.
— Et avant de devenir riche à en être indécent, Marcus Vale était pilote professionnel. GT, endurance, championnat international. Le mec a couru sur trois continents, gagné des courses que j’arrive même pas à prononcer et son palmarès fait quatre pages.
Nicky regarda l’écran.
— Donc il sait conduire.
Switch leva les yeux.
— Nicky… ce mec-là, pendant dix ans, conduire vite, c’était littéralement son métier.
— Il organise un run ce soir. Quatre manches. Navigation variable. Checkpoints communiqués en direct. Certaines routes changent pendant la course.
Marco :
— Donc faut quelqu’un derrière les écrans.
Switch sourit.
— Voilà.
Nicky regarda encore la LFA.
— Et il la joue ?
— Pas officiellement.
— Donc tu me montres une voiture qu’on peut pas gagner.
— Officiellement.
Petit silence.
Nicky sourit.
— Ah.
J :
— Non.
LA GARE — 12 H 03
Switch avait un problème.
Plus précisément, Switch avait quatre problèmes.
Et les quatre étaient fabriqués par une entreprise dont le nom avait été soigneusement arraché du matériel militaire de Joe.
— Pourquoi ça communique pas ?
Il changea un câble.
Rien.
Redémarra le module.
Rien.
Ouvrit une console.
Erreur.
— Putain.
Il regarda l’écran.
Quelques secondes.
Puis ouvrit une petite fenêtre.
Il tapa.
DIANA ?
Attente.
Rien.
Encore.
DIANA ?
Toujours rien.
— Putain.
Une autre fenêtre apparut.
Visioconférence entrante.
JOE.
Switch décrocha.
Joe apparut.
Chemise ouverte.
Lunettes de soleil.
Caïpirinha.
Piscine derrière.
— Bonjour, mon petit hacker.
— Tonton Joe.
— Ça va ?
— Non.
— Excellent. C’est là qu’on apprend.
Switch montra le rack.
— Ton système est complètement débile.
— Merci.
— Les deux modules refusent de communiquer.
— Oui.
— Tu savais ?
— Oui.
Switch attendit.
Joe but.
— Et ?
— Et quoi ?
— Comment je fais ?
Joe réfléchit.
— Avec tes mains.
— Tonton Joe.
— Oui ?
— Diana est là ?
Joe sourit.
— Ah.
— Quoi, ah ?
— Rien.
— Tu peux l’appeler ?
— Bien sûr.
Switch attendit.
Joe ne bougea pas.
— Tu vas l’appeler ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce qu’elle a neuf ans.
— ELLE A PRIS LE CONTRÔLE DE TOUT LE RÉSEAU HIER !
— Justement. C’est humiliant.
Switch ferma les yeux.
Joe posa son verre.
— Rack quatre.
Switch regarda.
— Quoi, rack quatre ?
— Regarde-le.
— Je le regarde.
— Plus intelligemment.
— Tonton Joe…
— Bisous.
— JOE !
Écran noir.
Switch resta immobile.
Dex passa derrière lui.
— Tonton Joe a raison.
— Tu sais même pas de quoi on parle.
— Oui, mais statistiquement Tonton Joe a souvent raison.
Switch :
— Va manger quelque chose.
— Déjà fait.
— Encore.
— Bonne idée.
Il repartit.
Switch regarda le rack quatre.
Longtemps.
Puis remarqua quelque chose.
Une liaison physique indépendante.
Il se pencha.
— Oh, fils de pute…
Il tira un panneau.
Derrière :
un module de routage isolé.
Il sourit.
— Putain de Tonton Joe.
18 H 46 — WEST PHILADELPHIA
La Supra descendit lentement la rampe.
L’Alfa derrière.
Cette fois, pas de musique hurlante.
Pas de foule immense.
Pas de néons partout.
Un ancien complexe logistique privé.
Une quarantaine de voitures.
Mais des voitures qui faisaient immédiatement comprendre que les gens présents avaient cessé de compter l’argent depuis longtemps.
911 GT3 RS.
458 Speciale.
McLaren 650S.
Corvette Z06.
Viper ACR.
Une Aventador.
Nicky regarda.
— Ah ouais.
Vale :
— Quoi ?
— Là on est chez les connards premium.
Marco sourit.
— Ça change des connards classiques.
— Même bite. Meilleure montre.
Ils descendirent.
Quelques regards se tournèrent vers eux.
Puis vers la Supra.
Puis vers Nicky.
Des murmures.
Elle les entendit.
Foster.
Une autre voix.
Seek & Destroy.
Elle continua.
Pas de sourire.
Mais quelque chose avait changé.
Trois semaines plus tôt, elle aurait probablement cherché le premier regard de travers.
Maintenant elle enregistrait.
Qui regardait.
Qui parlait.
Qui ne parlait pas.
Qui surveillait Marco.
Qui surveillait Vale.
Qui surveillait les sorties.
Elle remarqua un homme appuyé contre une Mercedes.
Pas intéressé par les voitures.
Trop intéressé par eux.
Elle passa près de Vale.
— Mercedes grise. Onze heures.
Vale ne tourna même pas la tête.
— Vu.
Nicky continua.
— Je mûris.
— Tu veux une médaille ?
— Une bière.
— Après.
— Je retire ce que j’ai dit sur la maturité.
Un homme arriva.
Costume sans cravate.
Trente-huit ans.
Calme.
Marcus Vale.
— Nicole Foster.
Nicky :
— Ça dépend qui demande.
— Marcus.
— Ça dépend toujours.
Il sourit.
— On m’avait prévenu.
Nicky leva légèrement les yeux.
— De quoi ?
— Que vous étiez difficile.
— Qui ?
Marcus la regarda une seconde.
Puis :
— Votre réputation.
Et partit.
Nicky le suivit des yeux.
Marco :
— Il est bizarre.
— Ouais.
Elle regarda autour.
— Donc parfaitement à sa place.
19 H 12
Le briefing était simple.
Donc évidemment il ne l’était pas.
Quatre manches.
À chaque manche, les pilotes recevaient un premier checkpoint.
Une fois franchi, le suivant apparaissait.
Routes ouvertes.
Trafic réel.
Aucun itinéraire fixe.
Des points bonus permettaient d’accéder à la finale.
Et une règle :
aucune aide extérieure officielle.
Nicky regarda Marco.
Puis son oreillette.
— J’adore les règles.
Switch :
— Moi aussi.
Nicky :
— Surtout quand elles sont décoratives.
Depuis la Gare, Switch avait désormais huit écrans.
J travaillait derrière lui.
Dex mangeait.
Encore.
Joe était absent.
Diana aussi.
Switch inspira.
— Je vous ai.
Nicky :
— T’as intérêt.
MANCHE 1
Six voitures.
Supra comprise.
Une 911.
Une Corvette.
Une AMG GT.
Une Nissan GT-R.
Une Audi R8.
Le signal passa au vert.
La Supra partit.
Nicky se retrouva troisième au premier virage.
— Checkpoint ?
Switch :
— Deux kilomètres. South 52nd. Ensuite je sais pas.
— Très rassurant.
— C’est le principe.
— Ton principe a une tête de merde.
Premier checkpoint.
L’écran changea.
Switch reçut les données.
— À droite dans quatre cents mètres.
Nicky regarda.
— C’est bouché.
Switch :
— Je sais.
— Alors pourquoi tu me dis droite ?
— Parce qu’à gauche c’est pire.
Nicky aperçut une ruelle.
— Et tout droit ?
— Y a pas de route.
Nicky braqua.
— Maintenant si.
— NICKY—
La Supra passa entre deux entrepôts.
Un chariot élévateur.
Un camion.
Deux types sautèrent de côté.
— PUTAIN !
Nicky :
— Bonsoir !
Elle ressortit devant la Corvette.
Switch resta silencieux.
— Switch ?
— J’essaye de comprendre pourquoi je continue à faire des cartes.
— Pour te sentir utile.
Elle termina deuxième.
Pas assez.
Mais propre.
Elle ne toucha personne.
MANCHE 2
Marco prit l’Alfa.
Nicky resta cette fois près de Vale.
Elle observa.
Pas uniquement la course.
Les gens.
La Mercedes grise était toujours là.
Le même homme.
Nicky :
— Il regarde pas Marco.
Vale :
— Non.
— Il regarde moi.
— Oui.
— Bellandi ?
— Peut-être.
Nicky sourit.
— Qu’il profite.
Vale la regarda.
— Tu vas rien faire ?
Nicky :
— Il me regarde. C’est gratuit.
Petit silence.
— S’il me touche, ça devient payant.
Vale sourit.
— Voilà. J’avais peur que tu sois devenue raisonnable.
Marco partit.
Depuis la Gare :
— Deuxième checkpoint déplacé !
Switch travaillait.
Pas assez vite.
Une fenêtre refusait de répondre.
— Putain !
Il chercha.
Son regard passa sur l’historique.
La configuration de Diana.
Il hésita.
Puis ferma la fenêtre.
— Non.
Il ouvrit son propre routage.
Modifia une passerelle.
Deux caméras apparurent.
Puis quatre.
— Voilà.
Marco :
— SWITCH !
— Gauche !
Marco braqua.
— Maintenant droite !
— TU VIENS DE DIRE GAUCHE !
— OUI, MAIS MAINTENANT JE DIS DROITE !
— VOUS ÊTES TOUS COMME ÇA DANS CE CREW ?
Nicky :
— OUI !
Marco évita un camion.
Trouva le checkpoint.
Deux voitures devant se retrouvèrent coincées par une fermeture de route.
Marco freina.
Observa.
Une entrée de parking.
Il entra.
Nicky suivait la caméra.
— Allez…
Marco traversa le niveau inférieur.
Remonta.
Sortit de l’autre côté.
Premier.
Nicky sourit.
— Putain oui.
Marco franchit la ligne deuxième au classement général de la manche.
Suffisant.
21 H 03
Ils avaient accès à la troisième manche.
Et c’est là que Marcus fit ouvrir le transporteur.
J regardait depuis la Gare.
La rampe descendit.
Blanc nacré.
Une silhouette basse.
Puis le V10 démarra.
Même à travers les micros de Switch, le son remplit la Gare.
J se retourna lentement.
— Non.
Dex :
— Encore ?
La Lexus LFA descendit.
Nicky resta silencieuse.
Pour une fois.
Marco :
— Putain…
Vale :
— D’accord.
Switch regardait son écran.
— C’est elle.
Nicky :
— Elle quoi ?
Switch ne répondit pas.
Nicky le comprit.
— Ah.
Marcus descendit de la LFA.
— Madame Foster.
— Nicole.
— Vous êtes encore là.
— Déçu ?
— Curieux.
Il regarda la Supra.
— Vous aimez cette voiture.
Nicky posa la main sur le toit.
— Beaucoup.
— Suffisamment pour la jouer ?
— Non.
Marcus sourit.
— Alors nous n’avons rien à nous dire.
Il commença à partir.
Nicky :
— T’as peur ?
Il s’arrêta.
Se retourna.
— De quoi ?
— De perdre une voiture que tu peux racheter contre une fille qui refuse de jouer la seule qu’elle a pas envie de perdre.
Petit silence.
Marcus sourit.
— Vous êtes insolente.
— C’est moins cher que d’être riche.
Il revint.
— Et vous proposez quoi ?
Nicky :
— Je gagne la prochaine.
— Et ?
— Tu me laisses courir contre toi.
— Pour quoi ?
Nicky regarda la LFA.
— Elle.
Marcus rit.
— Et vous ?
— Les gains de ce soir.
— Ils ne valent même pas les pneus.
— Alors refuse.
Elle partit.
Marcus la regarda.
— Foster.
Nicky se retourna.
— Gagnez la prochaine.
Petit sourire.
— Après, on parlera.
MANCHE 3
Nicky repartit.
Cette fois, quelque chose clochait.
Switch le vit avant elle.
— Nicky.
— Quoi ?
— Deux voitures derrière toi sont pas inscrites.
— Ah.
Elle regarda le rétro.
Deux Charger noires.
— Ça devient traditionnel.
Vale :
— Mercedes grise vient de partir.
Nicky :
— Bellandi.
Switch :
— Probable.
Nicky :
— Continue la course.
— Quoi ?
— Continue.
— T’as deux voitures qui—
— Switch.
Silence.
Sa voix avait changé.
Calme.
— Continue la course.
Il comprit.
— Reçu.
Une Charger accéléra.
Tentative de contact.
Nicky ne répondit pas.
Elle se décala.
Laissa passer.
— Oh.
Switch regarda.
— Quoi ?
— Rien.
Nicky resta derrière.
La Charger tenta de la bloquer.
Elle observa.
Une fois.
Deux fois.
Le conducteur revenait toujours fermer du même côté.
Nicky sourit.
— D’accord.
Elle feinta à gauche.
Le Charger ferma.
Nicky plongea à droite.
Passa.
Sans contact.
— Salut, connard.
Deuxième Charger.
Celui-là était meilleur.
Il la poussa vers un camion.
Nicky freina brutalement.
Le Charger passa devant.
Elle se plaça derrière.
Switch :
— Tu fais quoi ?
— J’apprends.
Le Charger attaqua le prochain virage.
Trop vite.
Nicky attendit.
Freina tard.
Coupa à l’intérieur.
Le laissa partir large.
Et ressortit devant.
— Putain.
Switch sourit.
— Quoi ?
— Rien.
— Dis-le.
— Tu deviens meilleure.
Nicky :
— Va te faire foutre.
— Voilà, ça va mieux.
Puis la première Charger revint.
Cette fois, un passager sortit quelque chose.
Vale le vit sur une caméra.
— ARME !
Switch :
— NICKY !
Elle plongea.
Coup de feu.
Vitre arrière explosée.
Nicky baissa la tête.
— AH LES FILS DE PUTES !
La maîtrise dura exactement trois secondes.
— SWITCH, TROUVE-MOI UN ENDROIT OÙ JE PEUX LEUR FAIRE RENTRER LEURS CHARGERS DANS LE CUL SANS RAYER MA CAISSE !
— C’est extrêmement spécifique !
— C’EST TON BOULOT !
Switch chercha.
Caméras.
Plan.
Barrières.
Chantiers.
Rack quatre.
Il trouva.
— Continue tout droit.
— Y a une barrière.
— Je sais.
— Switch…
— Fais-moi confiance.
— Je déteste cette phrase !
— Trois…
La barrière resta fermée.
— DEUX…
Nicky arrivait dessus.
— SWITCH !
— UN.
La barrière s’ouvrit.
Supra à travers.
Première Charger suivit.
Switch referma.
La deuxième explosa la barrière.
— Putain.
— Ça devait marcher !
Nicky :
— ELLE A UNE PUTAIN DE VOITURE DE DEUX TONNES !
Dex regarda l’écran.
— Deux tonnes une.
Switch :
— MERCI DEX !
21 H 31 — À PIED
La course était foutue.
Ou presque.
Nicky avait dû abandonner temporairement le tracé pour éviter les tirs.
Elle entra dans un ancien parking industriel.
Freina.
— Vale ?
— On arrive.
Trois hommes sortirent d’un Charger.
Un quatrième.
Nicky descendit.
Elle ferma la Supra.
Très calmement.
Le premier homme rit.
— Sérieusement ?
Nicky vérifia que la portière était bien verrouillée.
— Quoi ?
— Tu fermes ta caisse ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Nicky retira sa veste.
— Parce que vous allez pas rester longtemps.
Le premier chargea.
Avant, elle aurait frappé immédiatement.
Cette fois elle attendit.
Un pas.
Deux.
Épaule droite.
Poids en avant.
Elle vit le coup.
Esquiva.
Low kick.
Le genou plia.
Coude.
Il tomba.
Deuxième.
Elle recula.
Il lança.
Elle bloqua.
Clinch.
Genou au ventre.
Deuxième genou.
Il tenta de l’attraper.
Elle pivota.
Projection contre le capot du Charger.
— Un.
Le troisième arriva derrière.
Elle prit le coup.
Pommette.
Recule.
Crachat de sang.
Elle sourit.
— Ah.
Le type hésita.
— Toi t’es moins con.
Il attaqua.
Nicky recula encore.
Pas par faiblesse.
Elle regardait ses pieds.
Il arma.
Elle entra.
Direct.
Coude.
Balayage.
Sol.
Étranglement.
Il tapa.
Nicky relâcha immédiatement.
— Deux.
Le quatrième avait sorti un couteau.
Nicky soupira.
— Putain mais vous avez vraiment besoin d’accessoires pour tout ?
Il avança.
Elle recula autour du Charger.
— T’as peur ?
— Non, je cherche juste quelle partie de ta gueule va coûter le moins cher à réparer.
Il attaqua.
Elle évita.
Main sur poignet.
Coude.
Le couteau tomba.
Elle l’envoya contre la portière.
Le type glissa.
Nicky récupéra le couteau.
Le regarda.
Puis le lança loin.
— Trois.
Une voix derrière :
— T’as compté quatre mecs.
Nicky se retourna.
Le premier s’était relevé.
— Ah oui.
Il fonça.
Marco surgit sur le côté et lui mit un coup monumental.
Le type s’écroula.
Marco secoua sa main.
— Quatre.
Nicky :
— J’allais le faire.
— Oui.
— J’avais un plan.
— Bien sûr.
Vale arriva.
Dex derrière.
Dex regarda les quatre hommes.
— J’ai raté ?
Nicky :
— Oui.
— Putain.
Un moteur démarra.
La Charger restante.
Vale :
— Ils se cassent !
Nicky regarda.
Puis la Supra.
Puis l’heure.
Switch dans l’oreillette :
— Nicky.
— Quoi ?
— Le checkpoint ferme dans quatre minutes.
Marco la regarda.
Nicky sourit.
— On retourne courir.
Vale :
— T’es sérieuse ?
— J’ai promis à un connard riche que j’allais gagner.
Elle remit sa veste.
— J’aime tenir mes promesses.
RETOUR COURSE
La Supra repartit.
Trois minutes trente.
Switch travaillait comme un malade.
— Itinéraire normal impossible.
— Trouve autre chose.
— Je cherche !
Nicky dépassa un camion.
— Plus vite.
— JE SAIS !
J regarda les écrans depuis derrière.
— Utilise le canal de maintenance.
Switch :
— Quoi ?
J pointa.
— Les anciens accès techniques. Le système de Joe en a plein.
Switch ouvrit.
Une carte secondaire.
— Oh putain.
Nicky :
— Quoi ?
Switch sourit.
— J’ai trouvé.
— Diana ?
Il regarda l’écran.
— Non.
Petit silence.
— Moi.
Nicky sourit.
— Alors envoie.
Switch ouvrit une grille.
Puis une autre.
Feux de maintenance.
Passage industriel.
Nicky plongea.
Un tunnel.
Sortie.
Elle réapparut à deux cents mètres du checkpoint.
— SWITCH !
— Quoi ?
— JE T’AIME !
— Je sais !
— PROFITE, ÇA VA PAS DURER !
Elle franchit.
DEUX SECONDES AVANT FERMETURE.
22 H 06
Marcus attendait.
LFA derrière lui.
Nicky descendit.
Pommette gonflée.
Sang séché sur la lèvre.
Veste déchirée.
— J’ai gagné.
Marcus la regarda.
— On m’a dit que vous aviez quitté le tracé.
— On m’a tiré dessus.
— Et vous êtes revenue.
— Ouais.
— Pourquoi ?
Nicky regarda la LFA.
— J’aime bien finir ce que je commence.
Marcus regarda ses hommes.
Puis elle.
— Très bien.
Il tendit la main.
— Finale.
Nicky serra.
LA FINALE
LFA contre Supra.
Pas de foule énorme.
Pas besoin.
Tout le monde regardait.
Marcus au volant.
Nicky dans la Supra.
Switch à la Gare.
Marco près de la ligne.
Vale observait les alentours.
Dex surveillait les Charger.
J avait abandonné la R34.
Il regardait la LFA comme si quelqu’un avait mis la Joconde sur une ligne de départ.
Le signal tomba.
Le V10 hurla.
La LFA partit devant.
Nicky sourit.
— Putain qu’elle marche.
J :
— CONCENTRE-TOI !
— C’est pas toi qui conduis !
— JUSTEMENT !
Premier checkpoint.
LFA devant.
Deuxième.
Toujours devant.
Marcus était excellent.
Pas riche qui joue au pilote.
Pilote.
Nicky attaqua.
Il ferma proprement.
Elle recula.
Switch :
— Tu pouvais passer.
— Non.
— Si.
— Pas sans le toucher.
Silence.
Switch comprit.
Nicky attendit.
Troisième checkpoint.
Marcus répétait quelque chose.
Pas une erreur.
Une préférence.
À chaque changement tardif, il sécurisait toujours l’intérieur immédiatement.
Nicky regarda.
Une fois.
Deux fois.
— Je l’ai.
Switch :
— Quoi ?
— Rien.
Dernier changement de checkpoint.
Switch reçut l’adresse.
Son visage tomba.
— Merde.
— Quoi ?
— Marcus a la meilleure route.
— Alternative ?
— Aucune.
— Switch.
— Je cherche.
LFA creusa.
Switch ouvrit les cartes.
Caméras.
Maintenance.
Réseaux.
Le matériel de Joe.
Pas Diana.
Pas de miracle.
Puis il vit une ancienne voie logistique.
Condamnée.
Une grille.
Deux accès.
Il se leva.
— Nicky.
— Ouais ?
— Fais-moi confiance.
— Putain, encore ?
— Sortie à gauche dans trois cents mètres.
— Y a pas de sortie.
— Si.
Nicky regarda.
Mur.
— SWITCH, JE VOIS DU BÉTON !
— Moi aussi.
— C’EST PAS RASSURANT !
— Deux cents.
— Si je meurs je te hante.
— Cent.
— SWITCH !
Une grille coulissa dans le béton.
Nicky ouvrit grand les yeux.
— OH LE FILS DE PUTE !
Elle braqua.
La Supra disparut.
Marcus continua.
Puis comprit.
Trop tard.
Passage technique.
Étroit.
Sale.
Nicky ne ralentit presque pas.
— TU M’AS ENVOYÉ DANS QUOI BORDEL ?
Switch :
— TECHNIQUEMENT UNE VOIE DE SERVICE !
— ARRÊTE DE DIRE TECHNIQUEMENT LA PUTAIN DE TOI!
Sortie.
Grille.
Lumière.
La Supra jailli dans un bon gigantesque, deux putain de mètres au dessus de l'asphalte, rotation, drift, contre drift, trois fois d'affilée.
Devant la LFA.
Marcus la vit.
Et éclata de rire.
— Putain, elle est terrifiante…
Dernier kilomètre.
La LFA revenait.
Vite.
Très vite.
Nicky regarda le rétro.
Pas de zigzag.
Pas de blocage débile.
Pas de vengeance.
Elle conduisit.
Simplement.
Propre.
Marcus arriva à sa hauteur, elle commença a ralentir légèrement.
Deux cents mètres.
Cent.
La Supra passa la ligne.
Une demi-voiture.
Silence.
Puis la Gare explosa.
Dex :
— OUIIIII !
J :
— PUTAIN !
Vale :
— ELLE L’A FAIT !
Marco leva les bras.
Switch resta assis.
Regarda ses écrans.
Et sourit.
22 H 51
Marcus sortit de la LFA.
Nicky de la Supra.
Ils se regardèrent.
Marcus tendit la main.
Nicky la serra.
— Belle course.
— Ouais.
Il sortit les clés.
Les lui tendit.
Nicky regarda la LFA.
Puis les clés.
Puis son oreillette.
— Switch.
— Ouais ?
— Viens ici.
— Pourquoi ?
— Parce que je te le demande gentiment avant de venir te chercher par les couilles.
— J’arrive.
23 H 19
Switch arriva.
Regarda la LFA.
Puis Nicky.
— Quoi ?
Elle lui lança les clés.
Il les attrapa.
Regarda.
— Non.
Nicky :
— Putain, vous vous êtes tous passé le mot aujourd’hui ?
— Nicky…
— T’as gagné ta caisse.
— C’est toi qui conduisais.
— Et sans toi je finissais troisième, morte ou dans un mur.
Dex :
— Probablement les trois.
Nicky :
— Merci Dex.
Switch regarda les clés.
— Une LFA…
Nicky :
— Ouais.
— Tu sais combien ça vaut ?
— Beaucoup beaucoup.
Switch sourit.
Nicky lui donna une tape sur l’épaule.
— Fais pas le con avec.
J explosa :
— C’EST TOI QUI DIS ÇA ?!
Nicky :
— J, va démonter quelque chose.
— JE VAIS DÉMONTER TA SUPRA !
Silence total.
J regarda Nicky.
Nicky regarda J.
J :
— Je plaisante.
— Je préfère.
00 H 31 — LA GARE
Le V10 résonna sous les voûtes.
La LFA entra lentement.
J marchait à côté.
Comme un prêtre accompagnant une relique.
Dex :
— Tu veux lui tenir la main ?
— Ta gueule.
Switch coupa le moteur.
Silence.
Supra.
Alfa.
R34.
LFA.
Deux emplacements encore vides.
Vale regarda son emplacement.
Puis Nicky.
Nicky la vit.
— Quoi ?
— Rien.
— Dis.
Vale sourit.
— Rien.
Nicky plissa les yeux.
— Putain, vous devenez tous inquiétants.
Un écran s’alluma.
Joe.
— BONSOIR LES ENFANTS !
Tout le monde :
— TONTON JOE !
Nicky :
— Oh non.
Joe vit la LFA.
Retira ses lunettes.
— Oh.
Switch leva les clés.
— J’ai appris.
Joe regarda le rack derrière lui.
Puis Switch.
— Tout seul ?
— Ouais.
Joe hocha lentement la tête.
— Bien.
Une seconde.
Juste une.
Puis :
— Maintenant arrête immédiatement de toucher à mes réglages.
Switch :
— TES RÉGLAGES ÉTAIENT À CHIER !
— Mes réglages fonctionnaient parfaitement en Afghanistan.
— ON EST À PHILADELPHIE !
— Voilà pourquoi ça marche moins bien.
Dex :
— Logique.
Nicky :
— NON, C’EST PAS LOGIQUE !
Joe :
— Elle boude encore.
Nicky pointa l’écran.
— JE VAIS PRENDRE UN AVION POUR LE BRÉSIL ET TE NOYER DANS TA PUTAIN DE CAÏPIRINHA.
Joe :
— Tu vois ? Beaucoup d’émotion. C’est mauvais pour le teint.
Vale :
— Tonton Joe ?
— Oui, La Jefa ?
Elle désigna les deux places vides.
— Il en manque deux.
Joe regarda Nicky.
Petit sourire.
— Ah.
Nicky :
— Quoi « ah » ?
— Rien.
— Joe.
— Rien du tout.
— JOE.
— Je pensais juste à quelque chose.
— À quoi ?
Joe but.
— Aux devoirs de la semaine prochaine.
Nicky :
— Je te déteste.
Joe :
— Moi aussi je t’aime, Barbie.
Écran noir.
Nicky resta devant.
— Un jour…
Dex :
— Tu parles mal de Tonton Joe.
Nicky se retourna.
— DEX, JE TE JURE QUE JE VAIS TE FAIRE BOUFFER CETTE TABLE.
Dex regarda l’énorme table.
— Ça va être long.
Marco éclata de rire.
Puis Vale.
Switch.
Même J.
Nicky les regarda.
Sa Gare.
Son crew.
Quatre voitures.
Deux places vides.
Elle sourit malgré elle.
— Bande de connards.
02 H 26 — QUELQUE PART À PHILADELPHIE
Marcus était seul.
Le transporteur était fermé.
L’emplacement de la LFA vide.
Il sortit son téléphone.
Écrivit.
Elle l’a prise.
Réponse quelques secondes plus tard.
EMMANUEL
Proprement ?
Marcus regarda la route vide.
Puis tapa.
Très.
Une seconde.
Et les autres ?
Marcus réfléchit.
Il revit la course.
Les changements de route.
L’Alfa.
Les caméras.
La fille mexicaine qui surveillait tout.
Le grand type qui avait passé la soirée à regarder les accès.
Le gamin devant ses écrans qu’il n’avait presque jamais vu.
Puis Nicky Foster.
Le sang sur sa bouche.
Revenue finir une course après qu’on lui avait tiré dessus.
Ils apprennent vite.
Pas de réponse.
Marcus sourit.
Écrivit :
Tu savais.
Rien.
Il attendit.
Puis :
Je comprends pourquoi tu regardes.
Toujours rien.
Marcus rangeait déjà son téléphone lorsqu’il vibra.
Un seul message.
🤙
Marcus eut un petit rire.
Regarda une dernière fois l’emplacement vide.
— Putain, Foster…
Téléphone dans la poche.
COSTA DA CAPARICA — 07 H 26
Océan.
Vent léger.
Emmanuel était assis sur le poste de secours.
Capuche noire.
Café.
Cigarette.
Dark installée à côté de lui.
Vador un peu plus bas, massif, occupé à regarder quelque chose que lui seul semblait considérer comme une menace stratégique.
Le téléphone d’Emmanuel reposait dans sa main.
Le message de Marcus.
Ils apprennent vite.
Il relut.
Puis ouvrit une autre conversation.
Aucun nom visible.
Il tapa simplement :
Salut mon pote.
Trois petits points apparurent.
Emmanuel regarda l’océan.
Puis son téléphone.
Une réponse arriva.
Il sourit.
Rangea l’appareil.
Dark leva la tête.
— Quoi ?
Le chat ne répondit évidemment pas.
Emmanuel tira sur sa cigarette.
Au loin, une série commençait à lever.
Petit sourire.
— On continue.
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