SAISON 2 - Épisode 6 - HYPER FIGHTING
PHILADELPHIE - LA GARE - 09 H 14
J était couché sous la Supra.
Nicky arriva.
S’arrêta.
Regarda les deux jambes dépasser sous la voiture.
Puis regarda la R34.
Puis de nouveau les jambes.
— J.
Aucune réponse.
— J.
Une main apparut.
— Quoi ?
— Qu’est-ce que tu fous sous ma caisse ?
— Je regarde.
— Regarde avec tes yeux.
— C’est ce que je fais.
— De loin.
J sortit lentement de sous la Supra.
Il avait une lampe frontale, des gants noirs et l’expression profondément irritée d’un chirurgien auquel le patient venait de demander pourquoi il avait besoin d’un scalpel.
— Tu veux courir ce soir ?
Nicky s’immobilisa.
— Comment tu sais ?
— Parce que Switch sait.
Nicky regarda vers le fond de la Gare.
— SWITCH !
Depuis les écrans :
— QUOI ?
— T’AS ENCORE OUVERT TA GUEULE ?
— J’AI RIEN DIT !
J :
— Il a imprimé ça.
Il lui tendit une feuille.
Nicky la prit.
Une photographie.
Une Lamborghini Gallardo Superleggera.
Violette.
Basse.
Agressive.
Magnifique.
Nicky resta silencieuse.
Marco arriva derrière elle.
Regarda.
— Oh.
Vale passa.
Regarda à son tour.
S’arrêta.
Marco tourna lentement la tête vers elle, petit clin d'œil.
— Italienne.
Vale ferma les yeux.
— Marco...
— Je dis juste.
— Ne dis rien.
— Elle te va bien.
— Je vais t’étrangler avec une courroie.
J :
— Pas une courroie de distribution on est en rupture de stock.
Vale :
— Merci J.
Nicky retourna la feuille.
— Elle est à qui ?
Switch arriva.
— Alessandra Moretti.
Nicky regarda la photo de la femme.
Longs cheveux roux bouclés.
Cuir noir.
Gothique.
Bijoux.
Regard qui indiquait assez clairement qu'elle ne demandait l'autorisation de personne pour quoi que ce soit.
— Ah ouais.
Vale :
— Quoi ?
— Rien.
— Nicky.
— Je comprends juste pourquoi Marco kiffe les Italiennes.
Marco :
— Je parlais de la voiture.
Nicky :
— Bien sûr.
Marco :
— Va te faire foutre.
— Avec plaisir.
Switch posa son ordinateur sur la table.
— Trente-huit ans. Italo-américaine. Miami, New York. Transport automobile de prestige. Convoyage. Fixer. Ancienne pilote.
J :
— Quelle catégorie ?
Switch fit défiler.
— Plusieurs.
— Résultats ?
— Beaucoup.
— Ça veut rien dire.
— Elle a couru sur circuits, rallyes privés, runs longue distance, événements internationaux. Et apparemment...
Il s'arrêta.
Nicky :
— Apparemment quoi ?
Switch regarda l'écran.
— Elle est complètement tarée.
Nicky sourit.
— Ah.
Vale :
— Voilà.
— Quoi ?
— Le sourire.
— Quel sourire ?
— Celui qui annonce qu'on va encore devoir réparer quelque chose.
J :
— NON.
Nicky :
— Personne t'a parlé.
— JE PRÉFÈRE ANTICIPER.
Dex arriva avec un paquet de céréales.
— Elle est rapide ?
Switch :
— Très.
Une voix sortit soudain de l'écran géant.
— Non.
Tout le monde se retourna.
Joe venait d'apparaître.
Chemise ouverte.
Lunettes.
Piscine.
Caïpirinha.
À dix heures du matin.
Nicky regarda l'écran.
— Mais tu bois déjà ?
Joe :
— Barbie, au Brésil, l'heure est un concept beaucoup plus souple.
Dex leva la main.
— Bonjour Tonton Joe.
— Bonjour mon gros.
Nicky :
— Putain...
Joe regarda la photo de Sandra.
— Vous disiez ?
Switch :
— Sandra est très rapide.
Joe :
— Non.
— Non quoi ?
— Rapide, c'est vous.
Petit silence.
Joe prit son verre.
— Sandra, elle considère les limitations de vitesse comme des recommandations administratives.
Nicky regarda de nouveau la photo.
— Elle est si bonne que ça ?
Joe sourit.
— Emmanuel l'a déjà laissée conduire.
Silence.
Nicky leva les yeux.
— Et ?
Joe but.
— Il a repris le volant.
J cessa immédiatement de travailler.
Marco regarda l'écran.
Vale aussi.
Nicky :
— Et alors ?
Joe :
— Alors rien.
— Joe.
— Sandra m'a juste dit un jour qu'elle n'avait jamais vu un mec conduire comme Emmanuel de toute sa putain de vie.
Nicky resta silencieuse.
Une seconde.
Deux.
Puis son sourire revint.
Vale :
— Oh non.
Nicky :
— Quoi ?
— Je connais cette tête.
Nicky regardait la Gallardo.
— Maintenant j'ai envie de voir ce qu'elle vaut.
Joe leva sa caïpirinha.
— Voilà pourquoi je vous aime, les enfants.
Nicky :
— On n'est pas tes enfants.
Dex :
— Moi ça me dérange pas.
— TOI, T'ES ADOPTÉ.
Joe :
— Ça me va.
PHILADELPHIE - 15 H 42
La Gallardo entra dans la ville.
Pas de musique.
Pas besoin.
Le V10 suffisait.
Alessandra Moretti conduisait d'une main.
Lunettes noires.
Cuir.
Cheveux roux tombant sur ses épaules.
Elle ne roulait pas comme quelqu'un qui cherchait à aller vite.
Elle roulait comme quelqu'un pour qui aller vite était simplement la manière normale de se déplacer.
Une bretelle.
Deux voitures.
Une ouverture.
Elle passa.
Pas de coup de volant.
Pas de freinage théâtral.
Rien.
Propre.
Précis.
Puis son téléphone vibra.
Un message.
INCONNU :
Bienvenue à Philadelphie.
Sandra regarda.
Supprima.
Deuxième vibration.
Belle voiture.
Son visage changea.
Très légèrement.
Elle regarda son rétroviseur.
Rien.
Puis devant.
Deux SUV noirs.
Sandra ralentit.
Les deux SUV aussi.
— Ah.
Un troisième apparut derrière.
Sandra soupira.
— Putain de ville de merde.
16 H 03 — PARKING INDUSTRIEL
Sandra coupa le moteur.
Le silence revint.
Elle sortit.
Sept hommes.
Un huitième près de la sortie.
Elle regarda autour.
— C'est beaucoup pour demander un autographe.
Un homme avança.
— Les clés.
Sandra sourit.
— Non.
— Madame Moretti...
— Sandra.
— Donnez-nous les clés.
— Non.
— On veut pas vous faire de mal.
Elle regarda les huit hommes.
— Vous êtes venus à huit pour me rassurer ?
L'homme tendit la main.
— Les clés.
Sandra les fit tourner autour de son doigt.
— Viens les chercher.
Il vint.
Mauvaise idée.
Coup de genou.
Main retournée.
Coude.
Le type s'effondra contre la Gallardo.
Sandra :
— Pas sur la peinture, connard.
Deuxième.
Elle esquiva.
Troisième.
Elle prit un coup.
Recule.
Elle savait se battre.
Assez pour surprendre.
Pas assez pour huit.
Un homme lui attrapa les cheveux.
Elle lui écrasa le pied.
Coude en arrière.
Libérée.
Puis une matraque frappa son épaule.
Elle tomba contre la Lamborghini.
Un type récupéra les clés.
— Merci.
Une voix arriva derrière eux.
— Oh.
Tout le monde se retourna.
Au bout du parking :
Nicky Foster.
Seule.
Capuche blanche.
Lunettes roses.
Elle regarda Sandra.
Les hommes.
Puis les clés.
Puis la Gallardo.
— Des Italiens sont sérieusement en train d'essayer de braquer une Italienne à une Italienne ?
Sandra, toujours au sol :
— Je suis américaine.
Nicky la regarda.
— Maintenant ?
Sandra réfléchit.
— Italienne.
— Merci.
Un type s'avança.
— Casse-toi, Foster.
Nicky retira ses lunettes.
Les rangea soigneusement dans sa poche.
— Putain Foster, encore...
Elle regarda les huit.
— Moi qui allais proposer qu'on se branle tous en cercle et qu'on discute calmement.
Sandra la fixa.
— C'est elle...
L'homme sourit.
— Bellandi avait raison sur toi.
Nicky :
— Ah oui ?
— T'es qu'une petite pute avec une grande gueule.
Nicky regarda les autres.
Puis lui.
— Et pourtant vous êtes huit à essayer de me baiser et y en a toujours pas un qui y arrive.
Petit sourire.
— Ça doit être génétique chez vous.
Le premier partit.
Nicky aussi.
LE PARKING
Premier coup.
Esquive.
Direct.
Low kick.
Coude.
Le type tomba.
Deuxième.
Nicky recula.
Il ne frappa pas.
Il attendit.
Elle comprit.
— Ah.
Le troisième arriva derrière.
BAM.
Nicky prit le coup dans les côtes.
Elle se retourna.
Un quatrième entra immédiatement.
Ils savaient.
Pas tout.
Mais assez.
Ils avaient étudié ses combats.
Sandra le comprit aussi.
— Foster !
Trop tard.
Un homme attrapa Nicky.
Un autre lui envoya un coup dans le ventre.
Puis au visage.
Elle tomba sur un genou.
Sang.
Le type aux clés sourit.
— Bellandi t'a regardée travailler.
Nicky cracha par terre.
— C'est mignon petite merde.
Elle se releva.
— Moi aussi.
Il fronça les sourcils.
— Quoi ?
Nicky regarda leurs positions.
— Je vous regarde depuis trente secondes.
Elle partit sur celui qui tenait les clés.
Pas pour le frapper.
Pour l'obliger à reculer.
Le deuxième intervint.
Nicky pivota.
Le deuxième percuta le premier.
Elle attrapa son bras.
Projection.
Troisième derrière.
Elle le savait.
Coude arrière.
Nez.
Elle recula immédiatement.
Pas de poursuite.
Un autre arriva à gauche.
Elle changea de niveau.
Genou.
Cheville.
Il tomba.
Sandra se redressa.
— Ils sont encore six !
Nicky :
— Reste là.
— Tu plaisantes ?
Nicky essuya le sang sous son nez.
— Non.
— Ils sont six !
Nicky sourit.
— Ouais, tant mieux... Ça m'évite de chercher qui je dois éclater en premier.
Le suivant avait une matraque.
Elle la prit sur l'avant-bras.
Douleur.
Vraie.
Elle recula.
Le mec frappa encore.
Cette fois elle entra dans la distance.
Poignet.
Coude.
Épaule.
Elle lui arracha la matraque.
La regarda.
La jeta.
— J'aime pas les accessoires.
Un autre la frappa au visage.
Sa tête partit.
Sandra grimaça.
Nicky revint.
Sourit.
— Toi...
Le type hésita.
— Toi, t'as réussi à me faire mal.
Une seconde.
— Ça va être chiant pour toi.
Trois coups.
Pas quinze.
Trois.
Le type au sol.
Nicky repartit déjà.
Elle séparait.
Déplaçait.
Forçait les angles.
Utilisait les voitures.
Une portière.
Un pilier.
Un capot.
Jamais deux adversaires devant elle quand elle pouvait en avoir un.
Puis le dernier sortit un couteau.
Nicky s'arrêta.
— Évidemment, le fils de pute galactique.
Il avança.
— T'as dit Quoi ?
— Rien.
Elle soupira.
— Vous avez vraiment besoin d'un objet à la main chaque fois que votre bite vous déçoit ?
Sandra éclata de rire malgré elle.
Le type attaqua.
Nicky recula.
Une fois.
Deux.
Troisième attaque.
Elle avait le rythme.
Entrée.
Poignet.
Rotation.
Couteau au sol.
Front contre nez.
CRAC.
L'homme tomba.
Silence.
Nicky resta debout.
Respiration lourde.
Arcade ouverte.
Lèvre fendue.
Avant-bras douloureux.
Côtes en feu.
Elle regarda autour.
Un des hommes rampait vers les clés.
Sandra le vit.
Nicky aussi.
Elle marcha jusqu'à lui.
Ramassa les clés avant sa main.
— Presque.
Puis lui donna un coup de pied sec dans la tête.
— Ça, c'est pour la peinture.
Elle lança les clés à Sandra.
Sandra les attrapa.
Regarda Nicky.
Longtemps.
— T'es complètement tarée.
Nicky remit ses lunettes malgré le sang.
— On me l'a déjà dit.
Sandra regarda son visage.
— La course est annulée.
Nicky s'arrêta.
Se retourna.
— Quoi ?
— Regarde-toi.
Nicky regarda son t-shirt.
Son bras.
Le sang.
— Ouais.
Puis elle regarda la Gallardo.
Au loin, la Supra attendait.
Elle revint sur Sandra.
— On la fait, cette putain de course.
Sandra resta immobile.
— Foster...
— Ils sont venus pour empêcher la course.
Silence.
— Alors maintenant, si on la fait pas, ces fils de pute ont gagné.
Sandra la regarda.
Puis sourit.
Lentement.
— D'accord.
Nicky :
— D'accord quoi ?
Sandra ouvrit la Gallardo.
— Essaie de suivre.
Nicky sourit.
LA GARE - 17 H 11
— ELLE A QUOI ?!
J venait de voir Nicky.
— Rien.
— T'AS DU SANG DANS LES CHEVEUX !
— C'est décoratif.
— TES CÔTES ?
— Elles sont là.
— C'EST PAS UNE RÉPONSE !
J souleva son t-shirt.
Nicky :
— Eh !
Il regarda.
— Contusion.
— Merci docteur.
— Je suis mécanicien.
— JE SAIS.
— Alors pourquoi tu me laisses regarder tes côtes ?
Nicky réfléchit.
— Va te faire foutre.
— Voilà.
Vale arriva.
— T'as fait ça seule ?
— Sandra était occupée.
— À quoi ?
— À se faire braquer.
Switch :
— Bellandi ?
— Ouais.
Silence.
Marco :
— Ils voulaient la Gallardo ?
Nicky :
— Ou empêcher la course.
Vale regarda la Lamborghini au loin.
Puis Sandra.
Sandra la regarda également.
Une seconde.
Pas davantage.
Marco le vit.
Petit sourire.
Vale :
— Quoi ?
— Rien.
— Marco.
— Italienne, c'est hot baby !
— JE VAIS TE TUER.
BUDAPEST — 18 H 19
Sous un lit parfaitement normal se trouvait un bunker qui ne l'était absolument pas.
Diana Zrupkó portait un pyjama Badtz-Maru.
Neuf ans.
Cheveux attachés n'importe comment.
Un bol de nachos sur les genoux.
Devant elle :
écrans.
Serveurs.
Cartes.
Une Dreamcast.
Des câbles partout.
Sur l'écran central :
SOULCALIBUR.
Athéna.
Difficulté maximale.
Diana jouait.
À la télévision, Inspecteur Gadget parlait hongrois.
Dans les enceintes :
The Cure.
Et sur quatre autres écrans :
Philadelphie.
Dex apparut en visioconférence.
Il regarda.
— C'est quoi ton pyjama ?
Diana ne détourna pas les yeux.
— Badtz-Maru.
— C'est un pingouin ?
— Oui.
— Il a l'air énervé.
— Oui.
Dex réfléchit.
— J'aime bien.
Diana :
— Moi aussi.
K.O.
Switch apparut.
— Diana, j'ai envoyé la télémétrie.
— J'ai vu.
— Tu peux surveiller les axes secondaires ?
— Oui.
Dex regarda derrière elle.
— Tu regardes quoi ?
— Inspecteur Gadget.
— Pourquoi il parle comme ça ?
— Parce qu'il parle hongrois.
— Ah.
Silence.
— Et tes parents ?
— Au théâtre.
Dex :
— À cette heure-là ?
Diana :
— Oui.
— Ils regardent quoi ?
Diana changea de personnage.
— Phèdre.
Dex :
— C'est qui ?
Switch :
— Racine.
Dex :
— C'est qui ?
Diana :
— Laisse tomber.
Dex regarda Switch.
— Elle vient de me prendre pour un con ?
Switch :
— Oui.
— D'accord.
Diana croqua un nacho.
Switch entendit la musique.
— Attends.
Il regarda.
— Tu joues à SoulCalibur, t'écoutes The Cure, tu regardes Inspecteur Gadget et tu surveilles une course clandestine à Philadelphie ?
— Oui.
— En même temps ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Diana le regarda enfin.
— Parce que je peux.
Dex hocha la tête.
— Très bonne réponse.
Switch :
— Et t'as pas cours demain ?
— Non.
— On est mercredi.
— Vacances.
— À l'école ?
Diana fronça les sourcils.
— À la fac.
Silence.
Dex :
— Ah oui.
Puis :
— J'oublie toujours.
Diana :
— Moi non.
Dex regarda Switch.
— Elle est violente.
— Elle a neuf ans.
Diana :
— Je vous entends.
Dex :
— Je sais.
Joe apparut soudain dans une troisième fenêtre.
Caïpirinha.
— BONSOIR LES ENFANTS !
Dex :
— TONTON JOE !
Diana :
— Bonjour Joe.
Joe :
— Nobel !
— Non.
— Très bien, Nobel.
Diana :
— Je peux couper ta connexion.
Joe :
— Diana.
— Oui ?
— Je t'ai toujours considérée comme une jeune femme extrêmement raisonnable.
Diana reprit un nacho.
— Menteur.
Joe regarda Switch.
— Elle grandit tellement vite.
PHILADELPHIE - 20 H 37
La ligne de départ n'avait rien de spectaculaire.
C'était précisément ce qui la rendait impressionnante.
Pas cinq cents personnes.
Pas de DJ.
Pas de flammes.
Une trentaine de voitures.
Des pilotes.
Des gens qui savaient.
Et deux voitures devant.
Toyota Supra blanche nacrée.
Lamborghini Gallardo Superleggera.
Sandra descendit.
Nicky aussi.
Sandra regarda sa démarche.
— Tu boites.
— Non.
— Si.
— C'est mon style.
— Tu saignes encore.
— C'est aussi mon style.
Sandra sourit.
— Tu peux encore annuler.
Nicky s'approcha.
— Tu veux récupérer ta voiture ?
Sandra regarda la Gallardo.
Puis Nicky.
— Tu crois vraiment que je vais la jouer ?
— Je crois que si je te bats, elle repart pas avec toi.
Sandra rit.
— Emmanuel m'avait prévenue.
Nicky s'immobilisa.
— Quoi ?
Une fraction de seconde.
Sandra comprit qu'elle venait peut-être de parler trop vite.
— Rien.
Nicky :
— Non non non.
Sandra retourna vers sa voiture.
— À tout de suite Foster.
— SANDRA.
Porte.
Moteur.
V10.
Nicky resta là.
— Putain de Elga...
Marco :
— Quoi ?
— Rien.
— Elle a dit Emmanuel ?
Nicky le regarda.
— Toi aussi t'as entendu ?
— Oui.
— Fait chier.
Vale :
— Concentre-toi.
Nicky regarda la Gallardo.
Puis Vale.
— Tu la veux ?
Vale resta silencieuse.
Marco :
— Italienne forever baby !
Vale :
— MARCO.
Nicky sourit.
— Je prends ça pour oui.
QUELQUES CENTAINES DE MÈTRES PLUS HAUT
Un homme était adossé à une structure métallique.
Capuche noire.
Cigarette.
Personne autour.
Emmanuel regardait la ligne.
Son téléphone vibra.
JOE.
— Ouais.
— T'es là.
— Ouais.
— Je savais.
— Non.
— Pourquoi tu regardes pas ça tranquillement avec une bière ?
Emmanuel regarda la Supra.
— C'est pas pareil.
Joe sourit.
— Tu veux voir quoi ?
Manu ne répondit pas.
— Barbie ou Sandra ?
Toujours rien.
Joe comprit.
— Ah.
Emmanuel :
— Quoi ?
— Rien.
— Joe.
— Tu veux voir ce que Barbie fait quand quelqu'un est vraiment meilleur qu'elle.
Silence.
Manu tira sur sa cigarette.
— Bonne soirée Joe.
— Connard.
Emmanuel raccrocha.
Petit sourire.
21 H 02 — DÉPART
Feu.
VERT.
La Gallardo partit.
Pas vite.
Très vite.
Nicky passa deuxième.
Troisième.
Quatrième.
Le V10 s'éloignait.
Nicky ouvrit grand les yeux.
— Oh putain.
Switch :
— Quoi ?
— Rien.
— Nicky ?
Elle souriait.
— Elle est vraiment bonne.
J :
— CONCENTRE-TOI !
— JE SUIS CONCENTRÉE !
Premier échangeur.
Sandra entra.
Propre.
Aucun mouvement inutile.
Nicky essaya de fermer.
Trop tard.
Gallardo sortie.
Trente mètres.
Puis cinquante.
Switch :
— Elle te prend.
— J'avais remarqué.
— Je donne l'information.
— Donne-moi une meilleure.
Diana, depuis Budapest :
— Elle freine onze mètres plus tard que toi.
Nicky :
— Merci.
— De rien.
— C'était sarcastique.
— Pourquoi ?
Nicky :
— Laisse tomber.
21 H 08
Deux cent quarante.
Deux cent cinquante.
Deux cent soixante.
La Gallardo était toujours devant.
Nicky ne la perdait pas.
Mais elle ne revenait pas.
Sandra regarda son rétroviseur.
Supra.
Toujours là.
— Bien.
Elle accéléra encore.
Nicky vit la Lamborghini partir.
— Oh la salope.
Joe :
— Langage, Barbie.
Nicky :
— JOE, QU'EST-CE QUE TU FOUS SUR MA RADIO ?
— Soutien parental.
— DÉGAGE.
Dex :
— Parle mieux à Tonton Joe.
— DEX !
Joe :
— Concentre-toi sur la dame devant toi.
Nicky :
— Je vais vous tuer tous les deux.
Diana :
— Tu perds encore du temps.
Silence.
Nicky :
— Merci Diana.
— De rien.
Joe explosa de rire.
21 H 11
Sandra attaqua un échangeur.
Nicky vit l'ouverture.
Intérieur.
Elle pouvait passer.
Elle plongea.
Une demi-seconde.
Puis relâcha.
Sandra passa.
Switch :
— POURQUOI T'AS LEVÉ ?
— Pas la place.
— Si !
— Non.
— Nicky, j'avais les caméras !
— Et moi j'avais son cul à deux mètres.
Switch :
— Ça passait !
Nicky :
— Pas pour nous deux.
Silence.
Vale regarda l'écran.
Marco aussi.
J ne dit rien.
Sandra avait vu.
Dans son rétro, elle regarda la Supra.
Petit sourire.
— D'accord, toi tu triches pas...
21 H 14 - BUDAPEST
Diana venait de mettre Athéna en pause.
C'était suffisamment rare pour être inquiétant.
Elle regardait une carte.
Un chantier autoroutier.
Elle zooma.
Puis encore.
Plans.
Données altimétriques.
Images.
Une portion d'autoroute parallèle au parcours.
Inachevée.
Le tablier s'arrêtait.
Plus bas :
la route utilisée par Sandra.
Diana pencha légèrement la tête.
Switch :
— Diana ?
Aucune réponse.
— Diana.
Ses doigts partirent.
Données véhicule.
Masse.
Répartition.
Vitesse.
Empattement.
Pente.
Distance.
Différence de hauteur.
Suspensions.
Angle de réception.
Trois secondes.
Switch regarda ce qu'elle faisait.
Son visage se décomposa.
— Non.
Diana :
— Si.
— Non.
— Si.
— DIANA, Y A PLUS DE PONT.
— Je sais.
— ALORS C'EST PAS UNE ROUTE !
— Si.
— ELLE S'ARRÊTE !
Diana réfléchit.
— Temporairement.
Switch resta bouche ouverte.
Joe regarda les données.
Retira lentement ses lunettes.
— Oh putain.
Dex :
— Quoi Tonton Joe ?
Joe se rapprocha.
— Nobel vient de transformer Barbie en projectile.
J arriva.
— En quoi ?
Switch :
— J, non.
— QUOI ?
— Ne regarde pas.
J regarda.
Silence.
Puis :
— ELLE VA DÉTRUIRE LA SUPRA.
21 H 15 — PHILADELPHIE
Des marqueurs apparurent sur le GPS de Nicky.
Un.
Deux.
Trois.
Une ligne.
Nicky :
— C'est quoi ça ?
Switch :
— Diana.
— Quoi Diana ?
Puis Nicky vit.
L'autoroute en construction.
Le tablier.
Et surtout :
le vide.
Elle resta silencieuse.
Une seconde.
Puis :
— Ooooooh putain.
Switch :
— NON.
Nicky sourit.
— Diana ?
— Oui.
— C'est sérieux ?
— Oui.
Switch :
— NON, C'EST PAS SÉRIEUX !
Diana :
— Cent quatre-vingt-douze.
Nicky :
— Quoi ?
— Kilomètres heure.
Switch :
— DIANA !
— Pas moins de cent quatre-vingt-neuf. Pas plus de cent quatre-vingt-quinze.
J :
— NICKY, TU TOUCHES PAS À CETTE PUTAIN DE RAMPE !
Nicky :
— C'EST PAS UNE RAMPE !
Switch :
— C'EST JUSTEMENT LE PROBLÈME !
Marco :
— NICKY, FAIS PAS ÇA !
Vale :
— NICKY !
Dex :
— Moi je dis fais-le sister.
Tout le monde :
— DEX !
— Quoi ?
Joe était mort de rire.
— Les enfants, j'interviens normalement en tant qu'adulte responsable...
Nicky :
— AH BON ?
Joe :
— ...mais là j'ai vraiment envie de voir.
Nicky :
— Merci Tonton Joe.
Silence général.
Joe :
— Elle m'a appelé Tonton Joe.
Nicky :
— FERME TA GUEULE !
Diana :
— Nicky.
Sa voix était calme.
Tout disparut.
— Premier marqueur.
Nicky regarda.
Corrigea.
— Vitesse.
191.
— Plus un.
Nicky accéléra.
192.
— Garde.
Le bord approchait.
Nicky ne souriait plus.
Concentration totale.
— Deuxième marqueur.
Correction.
Minuscule.
— Diana.
— Oui ?
— Si je meurs, je viens personnellement hanter tes putains de maths.
Diana croqua un nacho.
— Tu ne mourras pas si tu suis les marqueurs.
— C'est rassurant.
— Troisième.
Nicky plaça la Supra.
192.
Le vide arrivait.
Switch ne respirait plus.
Vale non plus.
J avait les deux mains sur la tête.
Joe souriait.
Manu, au-dessus du parcours, regardait.
Diana :
— Maintenant ne touche plus au volant.
Nicky vit la Gallardo en dessous.
Sandra.
La route descendante.
Le bord.
— Diana ?
— Oui ?
Nicky sourit de nouveau.
— T'es complètement tarée.
Diana prit un nacho.
— Saute.
LA SUPRA DÉCOLLA.
Plus de route.
Plus de pneus.
Plus rien.
Presque dix mètres.
Pendant une fraction de seconde, la Toyota Supra noire de Nicky Foster vola au-dessus de Philadelphie.
Sandra entendit quelque chose.
Leva les yeux.
Et vit une voiture.
AU-DESSUS D'ELLE.
Ses yeux s'ouvrirent.
— Mais qu'est-ce que...
La Supra passa devant.
Retomba.
BOUM.
Compression.
Le dessous toucha.
Étincelles.
L'arrière partit.
Nicky contrebraqua.
La voiture partit de l'autre côté.
Deuxième correction.
Pneus.
Fumée.
Puis :
DROITE.
Nicky écrasa l'accélérateur.
La Supra repartit.
DEVANT LA GALLARDO.
LA GARE
Silence.
Dex regardait l'écran.
— Bro.
Personne ne répondit.
— Bro.
Switch :
— Je sais.
Dex pointa.
— BRO.
Joe explosa de rire.
Marco avait les mains sur la tête.
Vale regardait Nicky disparaître sur l'écran.
— Elle l'a fait...
J :
— MA SUPRA !
Switch :
— ELLE VA BIEN !
J :
— COMMENT TU SAIS ?
Diana :
— Accélération normale. Température stable. Géométrie probablement légèrement affectée.
J :
— PROBABLEMENT ?!
Diana avait déjà repris sa manette.
ROUND TWO.
Switch la regarda.
— Tu viens vraiment de calculer ça en trois secondes ?
— Oui.
— Et maintenant tu rejoues ?
— Oui.
— POURQUOI ?
PERFECT.
Diana prit un nacho.
— Le saut est fini.
Dex resta silencieux.
Puis :
— Diana ?
— Quoi ?
— Je t'aime bien.
— Merci.
— Tu veux devenir ma nièce ?
Switch :
— DEX.
— Quoi ? On a déjà Tonton Joe.
Joe :
— Excellente idée mon gros.
Diana :
— Non.
Dex :
— Pourquoi ?
Diana le regarda.
— Tu es Irlandais Dex...
Silence.
Nicky arriva sur la radio en plein virage.
— ELLE VIENT VRAIMENT DE DIRE ÇA À DEX ?!
Switch éclata de rire.
Dex :
— Oui.
Nicky riait maintenant au volant.
— PUTAIN, JE L'ADORE CETTE GAMINE !
Diana :
— Merci.
Puis :
— Sandra revient.
Nicky regarda le rétro.
Le V10 hurlait.
— Ouais.
Son sourire disparut.
— Maintenant, c'est à moi.
LES TROIS DERNIERS KILOMÈTRES
Sandra revenait.
Pas vexée.
Pas furieuse.
Elle riait.
Seule dans sa Gallardo.
— Putain d'Elga, putain de Foster...
Elle tomba un rapport.
Le V10 hurla.
Nicky entendit presque la Lamborghini avant de la voir.
Deux cent trente.
Deux cent cinquante.
La Gallardo revint à gauche.
Nicky ne bloqua pas.
Sandra arriva à hauteur.
Les deux femmes se regardèrent.
Une seconde.
Sandra souriait.
Nicky aussi.
Plus de Bellandi.
Plus d'Emmanuel.
Plus de garage brûlé.
Plus rien.
Deux femmes.
Deux voitures.
Une route.
Et la question la plus vieille du monde :
laquelle va arriver devant ?
Sandra prit l'avantage.
Un mètre.
Deux.
Nicky resta.
Prochain virage.
Elle connaissait maintenant Sandra.
Pas sa voiture.
Elle.
Son freinage.
Son regard.
Sa manière de sécuriser l'entrée avant de réaccélérer très tôt.
Nicky attendit.
Sandra freina.
Nicky aussi.
Plus tard.
Pas beaucoup.
Juste assez.
La Supra entra.
Sandra la vit.
— Non...
Nicky tenait.
Sortie.
Turbo.
Gallardo.
Supra.
Côte à côte.
Switch :
— CINQ CENTS MÈTRES !
Nicky :
— JE SAIS !
Joe :
— Mesdames, Messieurs, Barbie Foster !
— TA GUEULE !
Diana :
— Trois cent quatre-vingt-sept.
— DIANA AUSSI !
Diana :
— D'accord.
Deux cents mètres.
Sandra revint.
Cent.
Pare-chocs.
Aile.
Capot.
La ligne.
SUPRA.
De presque rien.
Mais Supra.
SILENCE.
Puis la Gare explosa.
— OUIIIIIIIII !
Dex souleva Switch de sa chaise.
— DEX ! PUTAIN ! POSE-MOI !
Vale cria.
Marco frappa la table "Aldenté" .
Joe leva sa caïpirinha " longue vie à Barbie" .
J regarda immédiatement les données moteur.
— Température ?
Switch :
— ELLE VIENT DE GAGNER !
— TEMPÉRATURE ?!
— NORMALE !
— Suspensions ?
Diana :
— Avant droit à vérifier.
J :
— MERCI DIANA !
Diana :
— De rien.
Puis J s'arrêta.
— Attends.
Il regarda l'écran.
— Je viens de remercier une gamine de neuf ans d'avoir fait sauter ma Supra au-dessus d'un pont.
Dex :
— Notre Supra.
J :
— Ta gueule.
21 H 31 — ARRIVÉE
Nicky sortit.
Ou essaya.
Elle posa un pied.
Puis l'autre.
Son corps lui rappela immédiatement la baston.
— Ah...
Sandra descendit.
Elle avait perdu.
Et elle souriait.
Elle marcha vers Nicky.
Regarda la Supra.
Puis le pont, très loin derrière.
Puis Nicky.
— C'était quoi, ça ?
Nicky :
— Une gamine de neuf ans.
Sandra resta immobile.
— Pardon ?
— Longue histoire.
Sandra éclata de rire.
— Évidemment.
Puis elle regarda Nicky sérieusement.
— Tu aurais pu mourir.
— Ouais.
— Pour une voiture ?
Nicky secoua la tête.
— Non.
Elle regarda Sandra.
— Pour gagner.
Sandra resta silencieuse.
Nicky ajouta :
— La voiture, c'est pour elle.
Elle pointa Vale.
Sandra tourna la tête.
Vale était restée quelques mètres derrière.
Sandra la regarda.
Une seconde.
Deux.
Puis revint vers Nicky.
Quelque chose venait de se mettre en place.
Elle sortit les clés de sa poche.
Les lança.
Nicky les attrapa.
Les regarda.
Puis :
— Vale.
Vale :
— Non.
Nicky :
— Oh putain, recommence pas.
— Nicky...
Elle lui lança les clés.
Vale les attrapa.
Silence.
Elle regarda le taureau Lamborghini.
Puis Sandra.
Sandra :
— Prends-en soin.
Vale :
— Je vais essayer.
Sandra :
— Mauvaise réponse.
Vale leva les yeux.
Sandra sourit.
— Fais-la vivre.
Vale regarda les clés.
Petit sourire.
— Ça, je peux.
Marco arriva derrière.
Regarda la Gallardo.
Puis Vale.
— Italienne baby !
Vale ferma les yeux.
— Marco...
— J'avais raison.
— Marco.
— Elle te va parfaitement.
Vale se retourna.
— COURS.
Marco partit en riant.
Vale derrière.
— JE VAIS TE TUER !
Nicky les regarda.
Sourit.
Puis grimaça à cause de ses côtes.
Dex arriva.
— T'as mal ?
— Non.
— Tu mens.
— Oui.
— Tonton Joe dit...
— Dex.
— Oui ?
— Je viens de faire voler une Supra.
Dex réfléchit.
— Oui... C'est vrai.
— Laisse-moi cinq minutes avant Tonton Joe.
— Accordé soldat.
Deux secondes.
— Quatre minutes cinquante-huit.
— DEX.
22 H 04 — LA GARE
Le V10 entra sous les voûtes.
Gallardo.
Vale au volant.
Marco passager, probablement parce qu'il tenait à mourir.
Elle se gara.
Supra.
Alfa.
R34.
LFA.
Gallardo.
Une seule place vide.
Dex regarda.
— Plus qu'une.
J :
— Et après on arrête.
Tout le monde le regarda.
J :
— Quoi ?
Nicky :
— Tu crois vraiment ça ?
J réfléchit.
— Non.
L'écran géant s'alluma.
Joe.
— BONSOIR LES ENFANTS !
Tout le monde :
— TONTON JOE !
Nicky :
— Bonsoir Tonton Joe.
Silence absolu.
Joe retira ses lunettes.
Dex ouvrit la bouche.
Switch regarda Nicky.
Vale aussi.
Joe posa lentement sa caïpirinha.
— Barbie...
Nicky :
— Profite. Ça arrivera plus jamais.
Joe posa une main sur son cœur.
— Je peux mourir maintenant.
Nicky :
— Je peux aider.
Joe :
— Voilà. Elle est revenue.
Diana apparut dans un coin de l'écran.
Toujours en pyjama.
Toujours avec ses nachos.
Inspecteur Gadget continuait derrière.
Nicky la vit.
— Toi.
Diana :
— Quoi ?
— T'es complètement malade.
— Tu me l'as déjà dit.
— Ouais.
Petit silence.
Nicky sourit.
— Beau calcul.
Diana haussa les épaules.
— Beau saut.
Nicky la regarda.
Quelque chose venait de se passer.
Pas une grande déclaration.
Pas besoin.
Switch le sentit.
Joe aussi.
Nicky :
— Diana ?
— Oui ?
— La prochaine fois...
Switch :
— NON.
J :
— NON.
Vale :
— NON.
Marco :
— NON.
Joe :
— Absolument.
Dex :
— Pourquoi pas ? C'était... Sympa.
Nicky éclata de rire.
Diana reprit un nacho.
— D'accord.
23 H 17 - PHILADELPHIE
Sandra marchait seule.
Une passerelle.
Quelques lumières.
La ville derrière.
Elle s'arrêta.
Quelqu'un fumait contre la rambarde.
Capuche noire.
Elle sourit.
— Je savais que t'étais là.
Emmanuel :
— Non.
— Si.
— Alors pourquoi t'as mis vingt minutes à me trouver ?
Sandra resta silencieuse.
— Toujours aussi chiant.
— Toujours aussi rapide.
Elle arriva à côté de lui.
— Elle m'a battue.
— J'ai vu.
— Elle a sauté un putain de pont Manu.
— J'ai vu aussi.
Sandra regarda Emmanuel.
— Ça, tu l'avais prévu ?
Manu tira sur sa cigarette.
— Non.
Sandra sourit.
— Ah.
— Quoi ?
— Rien.
— Sandra.
— Ça fait du bien.
— Quoi ?
— De découvrir qu'il existe encore des trucs que t'avais pas prévus.
Emmanuel sourit légèrement.
Sandra regarda la ville.
— La gamine ?
— Diana.
— Neuf ans ?
— Ouais.
— C'est elle qui a calculé ça ?
— Ouais.
Sandra secoua lentement la tête.
— Et Foster l'a fait.
— Ouais.
— Sans réfléchir.
Emmanuel la regarda.
— Non.
Sandra tourna la tête.
— Quoi ?
— Elle a réfléchi.
Petit silence.
— Et elle l'a fait quand même.
Sandra sourit.
— C'est pire.
— Ouais.
Au loin, une voiture passa.
Sandra regarda Emmanuel.
— Pourquoi moi ?
Pas de réponse.
— Emmanuel.
Il fuma.
— Pourquoi tu m'as appelée ?
— T'avais une voiture.
— Va te faire foutre.
Petit sourire.
— Elle est belle.
— C'est pas pour Foster.
Emmanuel ne répondit pas.
Sandra comprit.
— Valeria.
Silence.
— C'était elle.
Manu regardait la ville.
Sandra :
— Tu voulais voir Foster contre moi.
Rien.
— Mais tu voulais que je voie Valeria.
Toujours rien.
Sandra se mit à rire.
— Putain de toi.
Elle s'appuya contre la rambarde.
Puis son visage devint plus sérieux.
— Tu fais quoi avec Nicky Foster ?
Emmanuel :
— Rien.
— Arrête.
— Je regarde.
— Depuis combien de temps ?
Manu ne répondit pas.
Sandra le fixa.
— T'as un but précis avec elle ?
Le vent passa.
Emmanuel regarda au loin.
Quelque part sous Philadelphie, six jeunes adultes étaient probablement en train de se disputer autour d'une Lamborghini.
À Budapest, une enfant de neuf ans jouait à SoulCalibur sous son lit.
Au Brésil, Joe devait déjà avoir repris sa musique.
Emmanuel tira une dernière fois sur sa cigarette.
Puis :
— Non.
Sandra attendit.
Manu continua :
— J'essaie juste de voir jusqu'où elle ira quand personne ne lui dira où s'arrêter.
Sandra ne répondit pas.
Plusieurs secondes.
— Tu savais déjà qu'elle était comme ça ?
Emmanuel regarda la ville.
— Je savais qu'elle pouvait le devenir.
Il écrasa sa cigarette.
— C'est pas pareil.
Sandra le regarda.
Longtemps.
Puis :
— Putain de toi.
Emmanuel commença à partir.
— Emmanuel.
Il se retourna.
Sandra sourit.
— J'ai toujours jamais vu un mec conduire comme toi.
Manu regarda au loin.
Vers l'endroit où la Gallardo avait disparu avec Vale.
Puis vers la ville.
— Elle non plus.
Sandra fronça les sourcils.
— Qui ?
Petit sourire d'Emmanuel.
— Pas encore.
Il partit.
Sandra resta seule.
Et pour la première fois depuis longtemps, Alessandra Moretti ne savait pas exactement ce qu'Emmanuel Elga venait de lui dire.
Elle savait simplement une chose.
Il avait encore plusieurs coups d'avance.
Ou peut-être pas.
Et c'était probablement ça, le plus inquiétant.
BUDAPEST - 00 H 41
La porte de l'appartement s'ouvrit.
Des voix.
Les parents de Diana rentraient.
— Diana ?
Aucune réponse.
Sa mère ouvrit doucement la porte de sa chambre.
Dans le lit :
une petite silhouette sous la couverture.
Elle sourit.
Referma.
Sous le lit :
Diana était devant huit écrans.
Pyjama Badtz-Maru.
Nachos.
The Cure.
Inspecteur Gadget.
SoulCalibur.
Et sur un écran secondaire :
les données du saut de Nicky.
Elle les regarda.
Modifia une valeur.
Enregistra le fichier :
FOSTER_JUMP_01
Puis reprit sa manette.
Dans son casque, une voix.
Dex.
— Diana ?
Elle soupira.
— Quoi ?
— T'es réveillée ?
Diana regarda autour d'elle.
— Non.
Silence.
Dex :
— Ah.
Puis :
— Bonne nuit alors.
— Bonne nuit Dex.
— Bonne nuit ma nièce.
Diana ferma les yeux.
— Je ne suis pas ta nièce.
— D'accord ma nièce.
Elle coupa la connexion.
Deux secondes.
La fenêtre se rouvrit.
JOE.
— Bonne nuit Nobel !
Diana coupa.
Nouvelle fenêtre.
SWITCH.
— Tu peux m'envoyer les calculs du...
Elle coupa.
Nouvelle fenêtre.
NICKY.
Diana hésita.
Décrocha.
Nicky était dans la Gare.
Un énorme bleu sur la joue.
La Supra derrière.
— Salut.
— Salut.
— J'ai une question.
— Quoi ?
Nicky regarda autour d'elle.
Puis revint vers la caméra.
— Tu savais vraiment que ça allait passer ?
Diana réfléchit.
— Oui.
Nicky :
— À cent pour cent ?
Petit silence.
Diana :
— Non.
Nicky se figea.
— Pardon ?
Diana mangea un nacho.
— Bonne nuit Nicky.
Écran noir.
Nicky resta immobile.
Puis :
— DIANA ?!
À Budapest, sous son lit, Diana remit tranquillement SoulCalibur.
Petit sourire.
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