SAISON 2 - Épisode 7 - 1 UP
PHILADELPHIE - LA GARE - 10 H 42
La Lamborghini Gallardo Superleggera violette était garée au milieu de la Gare.
Depuis vingt-sept minutes.
Et depuis vingt-sept minutes, Valeria tournait autour.
Sans la toucher.
Nicky était assise sur l’ancienne table de Dex, café à la main.
Elle observait.
— Tu comptes lui parler ou la conduire ?
Vale continua son tour.
— Je regarde.
— Elle va pas s’enfuir.
— Avec toi dans les parages, je préfère vérifier.
Nicky leva son majeur.
À quelques mètres, J était sous la Supra.
Complètement sous la Supra.
On ne voyait que ses chaussures.
Nicky regarda dans sa direction.
— J.
Silence.
— J.
Rien.
— J ?
Une clé tomba au sol.
Puis sa voix.
— Non.
Nicky fronça les sourcils.
— J’ai posé aucune question.
— Je prends de l’avance.
— Elle va bien ?
Silence.
Nicky descendit de la table.
— J.
Il sortit lentement de dessous la voiture.
Combinaison ouverte à la taille.
Graisse sur la joue.
Expression d’un médecin qui devait annoncer à une famille que leur fils avait tenté de traverser l’Atlantique avec un grille-pain.
Il regarda Nicky.
— Ne me parle pas.
— Elle va bien ?
— Ne.
Il pointa un doigt.
— Me.
Deuxième doigt.
— Parle.
Nicky regarda la Supra.
— Donc elle va bien.
J ferma les yeux.
— Elle a volé.
— Ouais.
— Une Toyota Supra.
— Ouais.
— A volé.
— Pas longtemps.
J ouvrit les yeux.
— NE DIS PAS ÇA COMME SI C’ÉTAIT UNE PUTAIN DE CARACTÉRISTIQUE CONSTRUCTEUR !
Un écran s’alluma derrière eux.
Diana apparut.
Pyjama.
Bol énorme posé devant elle.
— Elle est restée en l’air zéro virgule quatre-vingt-sept seconde.
J se retourna très lentement.
— Toi non plus, je veux pas te parler.
Diana prit une cuillère.
— D’accord.
— Et arrête de calculer combien de temps mes voitures passent dans les airs.
— Ce ne sont pas tes voitures.
J regarda l’écran.
Diana mangea.
J pointa Nicky.
— C’est toi qui lui apprends ça ?
Nicky :
— Non, elle était déjà casse-couilles quand on l’a trouvée.
Diana :
— Vous ne m’avez pas trouvée.
Switch passa derrière.
— Techniquement, c’est elle qui nous a trouvés.
Nicky :
— Toi aussi, ferme ta gueule.
Dex arriva avec un paquet de chips.
— Pourquoi J crie ?
Marco, occupé sur l’Alfa :
— La Supra a volé.
Dex :
— Ah oui.
Il réfléchit.
— C’était beau.
J :
— ALLEZ TOUS VOUS FAIRE FOUTRE.
Vale ouvrit enfin la Gallardo.
Elle s’installa.
J se retourna instantanément.
— ATTENDS !
Vale ressortit la tête.
— Quoi ?
J traversa le quai.
— Tu fais quoi ?
— Je m’assois dans ma voiture.
— Non.
Vale regarda Nicky.
— C’est contagieux ?
Nicky :
— Apparemment.
J posa la main sur le toit.
— Celle-là, faut que tu l’apprennes.
Vale sourit.
— J, je sais conduire.
— Tout le monde sait conduire jusqu’à ce qu’il achète italien.
Marco leva la tête.
— Italienne... HOT !
Vale attrapa une clé plate sur un établi.
Marco :
— Je retire.
Elle la reposa.
J ouvrit la portière.
— Embrayage différent. Arrière plus léger que ce que tu crois. Elle pardonne jusqu’au moment où elle décide que non.
Vale passa la main sur le volant.
— Ça me plaît.
Nicky :
— Évidemment.
Vale démarra.
Le V10 remplit la Gare.
Tout le monde se tut.
Même J.
Vale regarda Nicky.
Nicky leva son café.
— La Jefa.
Vale sourit.
Et donna un petit coup d’accélérateur.
Le moteur hurla sous les anciennes voûtes ferroviaires.
Dex regarda les voitures.
Supra.
Alfa.
R34.
LFA.
Gallardo.
Puis l’emplacement vide à côté.
Il mâcha une chips.
— Il manque la mienne.
Tout le monde le regarda.
Dex :
— Quoi ?
Nicky :
— Rien.
Switch :
— Rien.
Vale :
— Rien.
Marco :
— Rien.
J :
— Rien.
Dex regarda l’écran.
Diana :
— Rien.
Dex plissa les yeux.
— Vous êtes flippants là.
PHILADELPHIE — 19 H 16
Cinq voitures traversaient la ville.
Pas pour gagner quelque chose.
Pas pour tuer quelqu’un.
Pas même parce qu’on leur avait tiré dessus.
Ce qui, depuis quelque temps, constituait déjà une amélioration statistique remarquable.
La Supra ouvrait.
L’Alfa derrière.
La Gallardo.
La LFA.
Et enfin la R34.
J avait accepté de la sortir.
À condition que personne ne prononce les mots :
pont, saut, rampe, raccourci ou Diana.
Dex était passager de Marco.
Ce qui constituait provisoirement l’intégralité de son patrimoine automobile.
Philadelphia glissait autour d’eux.
Bitume encore chaud.
Lumières.
Stations-service.
Enseignes.
Reflets violets sur la Gallardo.
Blanc nacré de la LFA.
Bleu profond de la Skyline.
La Supra devant.
Quelques voitures ralentissaient pour regarder passer le convoi.
À un feu, un type baissa sa vitre.
— SEEK & DESTROY !
Nicky tourna la tête.
Le type leva le poing.
Le feu passa au vert.
Nicky repartit.
Vale dans l’oreillette :
— T’as souri.
— Non.
— Si.
— Regarde la route.
Marco :
— Elle a souri.
J :
— Confirmé.
Switch :
— J’ai pas vu.
Diana, connectée depuis Budapest :
— Caméra de circulation numéro douze. Elle a souri.
Nicky :
— MAIS T’AS PAS AUTRE CHOSE À FOUTRE EN HONGRIE ?
Diana :
— Si.
— ALORS FAIS-LE !
— Je le fais en même temps.
Dex :
— C'est une enfant légèrement hyperactive.
Diana :
— Je t’entends toujours.
Dex :
— Je sais.
La radio grésilla.
Puis une voix inconnue.
— Belle collection, Foster.
Nicky regarda son rétro.
Une Mazda RX-7 FD jaune venait de se placer à côté d’elle.
Elle sourit.
— Oh non.
Rico Alvarez baissa sa vitre.
— Tu me manquais aussi.
— Tu nous suis depuis combien de temps ?
— Assez pour confirmer que t’as toujours aucune notion du clignotant.
Nicky leva son majeur.
Rico éclata de rire.
La RX-7 plongea devant elle.
Nicky :
— Connard.
Rico :
— Salope.
Vale :
— Vous vous aimez beaucoup.
— C’est culturel.
Rico rejoignit le convoi.
Et pendant quelques kilomètres, Philadelphia regarda passer quelque chose qui n’existait plus quelques semaines auparavant.
Un garage avait brûlé.
À sa place, il y avait maintenant ça.
LA GARE — 21 H 38
Switch avait cessé de sourire.
Six fenêtres ouvertes.
Trois bases de données.
Deux connexions chiffrées.
Un schéma qui commençait à ressembler à une maladie mentale.
Au centre :
VANTAGE CONSOLIDATED.
Nicky posa une bière près de lui.
— Cadeau.
— Merci.
— Alors ?
— Rien.
— Putain, elle était chère cette bière.
Switch zooma.
— Bellandi utilise quatre sociétés qu’on connaît. Elles passent par deux holdings. Deux autres apparaissent dans des transferts vers Vantage.
— Donc Bellandi travaille pour eux.
— Peut-être.
— Ça fait trois jours que tu dis peut-être.
— Parce que j’aime bien avoir raison avant de parler.
Nicky :
— Concept intéressant.
Une fenêtre apparut.
Diana.
— Il a raison.
Nicky :
— Oh non, vous allez vous reproduire.
Diana partagea son écran.
Des sociétés.
Noms.
Dates.
Administrateurs.
Certaines sociétés avaient vécu six mois.
D’autres trois ans.
Quelques-unes avaient été liquidées.
Deux administrateurs étaient morts.
Un autre n’existait probablement pas.
Diana :
— J’ai remonté dix-sept structures.
Switch :
— Et ?
— Rien.
Silence.
Nicky regarda Switch.
Puis Diana.
— Attends.
Elle pointa l’écran.
— Toi, t’as rien trouvé ?
Diana :
— Non.
Nicky sourit.
Diana :
— Pourquoi tu souris ?
— Je savoure.
— Quoi ?
— Le moment.
— Quel moment ?
Nicky leva sa bière.
— Diana Zrupkó vient de dire « je sais pas ».
Diana :
— J’ai dit que je n’avais rien trouvé.
— C’est pareil.
— Non.
— Presque.
— Non.
Dex passa.
— Elle est cassée ?
Diana :
— Non.
— On peut redémarrer Nobel ?
— Dex.
— Oui ?
— Va te faire foutre.
Dex s’arrêta.
Regarda l’écran.
Puis Nicky.
— Elle apprend vite.
Nicky posa une main sur son cœur.
— Je suis tellement fière.
Diana coupa sa caméra.
Switch :
— Tu l’as vexée.
Une ligne apparut immédiatement sur son écran.
NON.
Nicky éclata de rire.
COSTA DA CAPARICA — 03 H 14
L’océan était noir.
Quelques lumières au loin.
Emmanuel était assis devant une table extérieure.
Dark dormait sur une chaise.
Vador fixait l’obscurité de la plage avec l’expression d’un vigile persuadé qu’une invasion était imminente.
L’ordinateur d’Emmanuel affichait quelques éléments envoyés par Joe.
Vantage.
Structures.
Noms.
Des choses que Switch avait trouvées.
Des choses que Diana avait trouvées.
Et surtout ce qu’ils n’avaient pas trouvé.
Joe apparut en visioconférence.
Le Brésil derrière.
Musique beaucoup trop forte.
— Alors ?
— Rien.
Joe retira ses lunettes.
— Nobel trouve rien ?
— Non.
— Putain.
— Ouais.
Joe but.
— C’est presque rassurant.
Emmanuel regarda l’écran.
— Pourquoi ?
— Parce que si elle trouvait absolument tout à neuf ans, on pourrait directement lui donner les codes nucléaires et aller boire.
— T’as pas attendu.
Joe regarda sa caïpirinha.
— Gestion proactive.
Emmanuel fit défiler les sociétés.
— C’est pas technique.
Joe hocha la tête.
— Non.
— Les structures sont faites pour qu’on trouve les structures.
Joe cessa de sourire.
— Tu penses à quoi ?
Emmanuel regarda une société liquidée huit ans auparavant.
Puis une autre.
— À quelqu’un qui regarde les gens avant les comptes.
Joe comprit.
Un sourire.
— Ah.
Emmanuel prit son téléphone.
— Ouais.
Joe leva son verre.
— Fais-lui un bisou de ma part.
— Non.
— Emmanuel.
— Bonne nuit Joe.
— Dis-lui que Tonton...
Écran noir.
Emmanuel ouvrit ses contacts.
NATHALIE.
Il tapa.
BARCELONE — 04 H 19
Un téléphone vibra sur une table.
Une main apparut.
Le récupéra.
Nathalie Elga ouvrit un œil.
Puis l’autre.
Regarda l’heure.
Regarda le nom.
EMMANUEL.
Elle ouvrit.
MANU :
Tu connais Vantage Consolidated ?
Nathalie resta immobile.
Puis tapa.
NATHALIE :
Bonjour Emmanuel.
Trois petits points.
MANU :
Salut Nat.
NATHALIE :
Voilà.
Nous progressons.
Emmanuel :
Tu connais ?
Nathalie s’assit dans son lit.
Pourquoi ?
Curiosité.
Elle sourit.
Tu mens toujours aussi mal par écrit.
Quelques secondes.
J'ai quand même fait des efforts.
Nathalie éclata de rire toute seule.
Puis son visage changea.
Envoie.
Un dossier arriva.
Elle l’ouvrit.
Et ne se recoucha pas.
PHILADELPHIE — LA GARE — 11 H 52
Un écran géant s’alluma.
Joe apparut.
Chemise ouverte.
Lunettes.
Piscine.
Dex :
— TONTON JOE !
— MON GROS !
Nicky :
— Pourquoi vous êtes heureux comme ça ?
Joe :
— Parce qu’il m’aime.
Dex :
— Oui.
Nicky :
— Ça devient grave votre truc.
Joe regarda la Gare.
Puis la R34.
Puis la LFA.
Puis la Gallardo.
— Oh putain.
Vale :
— Quoi ?
— Ça commence à ressembler à quelque chose.
J :
— Ça ressemblait déjà à quelque chose.
Joe :
— Non, avant ça ressemblait à un dépôt SNCF après une guerre civile.
Switch :
— C’est américain.
— C’était une métaphore.
Nicky :
— Une mauvaise métaphore.
Joe :
— Barbie.
— Tonton alcoolique.
Joe posa une main sur son cœur.
— Elle m’a adopté.
Nicky :
— RÊVE PAS.
Dex :
— Elle a dit Tonton.
Silence.
Nicky réalisa.
— Non.
Vale sourit.
Marco aussi.
Switch se retourna lentement.
J sortit la tête de la R34.
Dex :
— Elle a dit Tonton Joe.
Nicky :
— C’ÉTAIT IRONIQUE.
Joe essuya une larme imaginaire.
— J’attendais ce jour.
— VA TE FAIRE FOUTRE.
— Je t’aime aussi, ma petite.
Nicky prit une clé.
— Je peux casser l’écran ?
Switch :
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il coûte cher.
— Putain.
Joe :
— Très bien. Puisque nous sommes désormais officiellement une famille…
— ON N’EST PAS...
— J’ai quelque chose pour vous.
Switch s’approcha.
Un fichier apparut.
FIGHT NIGHT — PHILADELPHIA — 48 H
Nicky regarda.
— Course ?
— Plusieurs.
— Gains ?
Joe haussa les épaules.
— Variables.
Dex :
— Voitures ?
Joe regarda Dex.
Puis l’emplacement vide.
— Peut-être.
Dex sourit.
Nicky plissa les yeux.
— Joe.
— Quoi ?
— Qu’est-ce que tu sais ?
— Beaucoup de choses.
— Sur ça.
— Beaucoup moins.
— Tu mens.
Joe sourit.
— Ça doit être familial.
Écran noir.
Nicky :
— JOE !
L’écran se ralluma.
— Oui ?
— Je te déteste.
— Je sais.
Écran noir.
Nicky resta immobile.
Switch :
— Tonton Joe ?
Nicky se retourna.
— Je vais tous vous éclater la tronche
.
BARCELONE — 15 H 26
La table de Nathalie avait disparu.
À sa place :
dossiers.
Ordinateur.
Carnet.
Trois cafés.
Un quatrième en préparation.
Vantage Consolidated n’était pas intéressante.
C’était précisément le problème.
Des structures propres.
Des comptes propres.
Des dirigeants sans histoires.
Une architecture parfaite pour occuper quelqu’un qui cherchait une architecture.
Nathalie ne cherchait plus Vantage.
Elle cherchait les gens qui avaient eu affaire à Vantage.
Anciens procès.
Divorces.
Liquidations.
Disparitions.
Plaintes retirées.
Un avocat mort d’une crise cardiaque.
Un directeur financier parti vivre en Argentine.
Un autre ayant soudainement vendu sa maison et disparu des registres professionnels.
Elle posa son stylo.
— Voilà.
Elle prit son téléphone.
Appela quelqu’un.
— C’est Nathalie.
Silence.
— Oui, ça fait longtemps.
Elle regarda un nom.
— J’ai besoin que tu me racontes pourquoi tu as retiré une plainte en 2011.
Long silence.
Nathalie écouta.
Ne tapa rien.
Puis :
— Je n’ai pas demandé ce qu’il y avait dans le dossier.
Elle regarda par la fenêtre.
— Je te demande qui t’a fait peur.
Silence.
Et cette fois, elle prit son stylo.
PHILADELPHIE — 23 H 07
La soirée n’avait aucun intérêt stratégique.
Et c’était précisément pour ça qu’elle était importante.
Rico avait ramené deux bouteilles.
Dex avait ramené de la nourriture.
Beaucoup trop.
J avait interdit de manger à moins de trois mètres des voitures.
Personne n’avait respecté.
Vale était assise contre sa Gallardo.
Marco sur le capot de l’Alfa jusqu’à ce que J lui explique que les capots n’étaient pas des chaises.
Switch avait branché de la musique.
Nicky était sur le toit de la Supra.
J :
— DESCENDS.
— Non.
— NICKY.
— Elle a porté plus lourd.
— C’EST PAS LE PROBLÈME.
Rico leva sa bière.
— Elle était déjà comme ça à dix-sept ans.
Nicky :
— Merci Rico.
— De rien.
Diana apparut sur un petit écran.
Dex :
— Nobel !
— Bonsoir.
Rico regarda.
Puis Nicky.
Puis l’écran.
— C’est elle ?
Nicky :
— Ouais.
— La gamine ?
Diana :
— J’ai un nom.
Rico se redressa.
— Elle m’entend ?
— Oui.
Diana :
— Ricardo Alvarez.
Rico regarda Nicky.
— Pourquoi elle connaît mon nom complet ?
Nicky :
— Parce qu’elle est flippante.
Diana :
— Mazda RX-7 FD. Trois arrestations. Aucune condamnation. Deux licences suspendues.
Rico :
— Mais putain...
Nicky éclata de rire.
Diana :
— Et tu dois encore cent vingt dollars d’amende de stationnement.
Rico :
— OK, éteignez l’enfant.
Diana :
— Non.
Rico :
— Je comprends pourquoi tu l’aimes bien.
Nicky :
— Je l’aime pas.
Diana :
— Si.
Nicky :
— Nobel.
— Oui ?
— Va te coucher.
— Non.
— T’as cours demain.
— Vacances universitaires.
Rico regarda l’écran.
— Elle vient vraiment de dire universitaires ?
Dex :
— Ouais.
— Elle a quel âge déjà ?
Tout le monde :
— NEUF.
Rico but.
— D’accord.
Il regarda sa bière.
— J’en prends une deuxième.
BARCELONE — 01 H 11
Nathalie avait enfin un motif.
Pas une preuve.
Mieux.
Une peur.
Elle avait remonté trois personnes qui n’avaient aucun lien apparent entre elles.
Même comportement.
Même période.
Même intermédiaire.
Et un détail géographique revenait.
France.
Côte d’Azur.
Nice.
Elle envoya un message.
COSTA DA CAPARICA — 00 H 13
Emmanuel marchait pieds nus sur le sable.
Téléphone dans la main.
Nathalie.
J’ai trouvé ton fantôme.
Manu s’arrêta.
Nom ?
Réponse immédiate.
Pas encore.
Alors t’as rien trouvé.
Trois petits points.
Je savais que tu dirais ça.
Manu sourit.
Puis le message suivant arriva.
Mais j’ai trouvé quelqu’un qui a peur de lui.
Le sourire disparut.
Qui ?
Nathalie envoya :
Bellandi.
Emmanuel regarda l’écran.
Un autre message.
Ton Bellandi ne paie pas Vantage comme on paie un patron.
Puis :
Il paie comme quelqu’un qui veut qu’on le laisse tranquille.
Emmanuel s’arrêta complètement.
Tu as quoi ?
Nathalie :
Des retraits. Des intermédiaires. Deux plaintes enterrées. Trois personnes qui refusent encore de parler quinze ans après.
Puis :
Et une piste française.
Emmanuel :
Où ?
Quelques secondes.
...Nice.
Emmanuel regarda l’océan.
Longtemps.
Puis un petit sourire apparut.
Nathalie :
Tu dois probablement sourire, non ?
Évidemment.
Puis :
Et Manu ?
Oui ?
La prochaine fois que tu réveilles ta sœur à quatre heures du matin, commence par “bonjour”.
Emmanuel :
Je l’ai fait.
Nathalie :
Après rappel.
Manu :
Ça compte.
Nathalie :
Non.
Quelques secondes.
Fais attention.
Emmanuel regarda les vagues.
Toujours.
Nathalie répondit immédiatement :
Ça aussi c’est un mensonge.
Manu sourit.
Bonne nuit Nat 🤙
Bonne nuit petit frère. ❤️
Il rangea son téléphone.
Puis le ressortit presque immédiatement.
Chercha un autre contact.
Très ancien.
Il tapa seulement :
Salut.
La réponse arriva moins d’une minute plus tard.
Putain.
Emmanuel sourit davantage.
PHILADELPHIE — 16 H 33
Switch regardait la liste des inscrits à la Fight Night.
Il fronça les sourcils.
— Nicky.
— Quoi ?
— Viens voir.
— Si c’est encore un tableur...
— Viens.
Elle s’approcha.
Plusieurs inscriptions venaient d’être validées.
Pas de noms de pilotes.
Seulement nationalités et véhicules.
FRANCE.
Ford GT.
Porsche Carrera GT.
Mercedes CLK 63 AMG Black Series.
Nissan GT-R.
Dodge Viper ACR.
Aston Martin V12 Vantage.
Nicky resta silencieuse.
Dex arriva.
— Oh.
J apparut derrière eux.
— Putain.
Vale :
— Ils viennent tous ensemble ?
Switch :
— Même dossier d’inscription.
Marco :
— Crew ?
— Probablement.
Nicky regarda les voitures.
Puis sourit.
— Enfin.
Switch :
— Enfin quoi ?
— Des gens qui ont du goût.
J :
— Tu conduis une Toyota de vingt ans.
Nicky se retourna.
— Répète.
— Rien.
Diana apparut.
— J’ai essayé de récupérer leur système de communication.
Switch :
— Et ?
Diana ne répondit pas immédiatement.
Switch se tourna.
— Diana ?
— Quelqu’un m’a vue.
Silence.
Switch se rapprocha de l’écran.
— Quoi ?
— Quand je suis entrée.
— Et ?
— Il m’a sortie.
Switch regarda Nicky.
Nicky regarda Diana.
— Attends.
— Oui.
— Quelqu’un t’a virée ?
Diana fronça les sourcils.
— Je n’ai pas dit ça.
— Si.
— Non.
— Un peu.
Diana :
— Il a fermé la porte.
Nicky sourit.
— Donc il t’a virée.
Diana croisa les bras.
— Je vais rentrer.
Switch :
— Diana, non.
— Pourquoi ?
— Parce que si le mec t’a vue une fois...
— Justement.
Switch soupira.
Nicky :
— Elle est vénèr.
Diana :
— Je ne suis pas vénèr.
Nicky éclata de rire.
— Oh putain.
Diana :
— Quoi ?
— Rien.
Nicky regarda les voitures françaises.
— Je sens qu’on va bien s’entendre.
QUELQUE PART AU-DESSUS DE L’ATLANTIQUE — 19 H 48
Un homme regardait un ordinateur.
Cheveux plus courts qu’à seize ans.
Quelques rides.
Même calme.
Sébastien Morel.
À côté de lui, Ethan Miller dormait.
Ou semblait dormir.
Seb regarda une alerte.
INTRUSION BLOQUÉE.
Il tourna l’écran.
Plus loin, Jin Chen leva les yeux.
— Elle est revenue ?
— Pas encore.
Chiara Bellini passa entre les sièges.
— Elle ?
Jin sourit.
— Une gamine.
Kara s’arrêta.
— Quelle gamine ?
— Très bonne.
— Quel âge ?
Jin hésita.
— Neuf ans.
Kara le regarda.
Puis Seb.
Puis Jin.
— Manu.
Seb :
— Probablement.
Kara ferma les yeux.
— Putain de Manu.
Depuis derrière :
— Vous pouvez fermer vos gueules ?
Bernard Fabre dormait avec un sandwich posé sur le ventre.
Karim regarda le sandwich.
— Nanar.
— Quoi ?
— Tu dors avec de la bouffe.
— Elle était là avant.
Lisa Mercier leva les yeux de son livre.
— Ça veut rien dire.
— Pour moi si.
Ethan ouvrit finalement un œil.
— On arrive quand ?
Seb :
— Quelques heures.
— Bien.
Il referma les yeux.
Lisa regarda par le hublot.
— Vous savez pourquoi il nous fait venir ?
Personne ne répondit.
Puis Kara :
— Il nous fait jamais venir.
Karim :
— Voilà.
Petit silence.
Lisa regarda son téléphone.
Un ancien message d’Emmanuel.
Trois mots.
Besoin d’un service.
Elle sourit.
— Ça va encore être une connerie.
Seb :
— Évidemment.
Ethan, yeux fermés :
— Sinon il aurait appelé quelqu’un d’autre.
PHILADELPHIE — 02 H 17
Plusieurs transporteurs entrèrent dans un entrepôt privé.
Les rampes descendirent.
La première voiture apparut.
Ford GT.
Basse.
Noire.
Préparation discrète.
Mais suffisamment de détails mécaniques pour faire comprendre à n’importe quel spécialiste que quelqu’un avait passé beaucoup trop de nuits dessus.
Ethan descendit.
Regarda.
— Elle a bougé ?
Un technicien :
— Non.
— Bien.
Deuxième transporteur.
Porsche Carrera GT.
Seb passa une main sur le toit.
Troisième.
Mercedes CLK 63 AMG Black Series.
Karim sourit.
Quatrième.
Nissan GT-R R35.
Jin ouvrit immédiatement le coffre et vérifia trois équipements avant même de regarder autour.
Cinquième.
Viper ACR.
Nanar regarda la voiture.
Puis son sandwich.
Puis la voiture.
Il termina le sandwich.
Priorités.
Sixième.
Aston Martin V12 Vantage.
Lisa descendit.
Kara, elle, n'avait aucune voiture.
Seulement deux sacs.
Ordinateurs.
Matériel.
Beaucoup trop de matériel.
Puis un dernier camion entra.
Différent.
Plus long.
La rampe descendit lentement.
Sous les éclairages de l’entrepôt, quelque chose apparut.
Noir.
Puis pétrole.
Puis violet.
Puis cuivre.
Selon l’angle.
Maserati MCXtrema.
Ethan siffla.
— Toujours discrète.
Une femme descendit du transporteur.
Ingrid Nugo.
Elle regarda Philadelphie.
Puis les autres.
— Tout est là ?
Ethan :
— Ouais.
— Kara ?
— Ouais.
— Nanar ?
Nanar leva la main.
— Malheureusement.
— Lisa ?
— Présente.
Ingrid sortit son téléphone.
Un contact qu'elle n'avait jamais supprimé.
MANU.
Elle tapa :
On est là.
Réponse presque immédiate.
Je sais.
Ingrid regarda autour d'elle.
Personne.
Elle sourit.
Quelques secondes.
Toujours aussi en retard.
Ingrid éclata de rire.
Va te faire foutre Manu. ❤️
Pas de réponse.
Elle attendit.
Puis son téléphone vibra.
Content de te voir aussi.
Ingrid resta quelques secondes devant l'écran.
Lisa passa derrière elle.
Vit son visage.
— Il a répondu ?
Ingrid rangea le téléphone.
— Ouais.
Lisa sourit.
— Toujours pareil ?
Ingrid regarda Philadelphie.
Puis les six voitures.
Puis toute cette vieille bande de Nice qui venait de traverser l'Atlantique parce qu'un mec qu'ils connaissaient depuis l'âge de seize ans avait simplement écrit :
Besoin d'un service.
— Ouais.
Elle sourit.
— Toujours pareil.
À quelques kilomètres de là, dans une ancienne gare abandonnée, Nicole Foster dormait sur un canapé avec ses chaussures.
Sa Supra était enfin réparée.
Diana essayait déjà de rentrer une troisième fois dans le système de Jin.
Switch dormait devant ses écrans.
J avait posé une couverture sur sa R34.
Dex rêvait probablement de sa future voiture.
Vale avait laissé les clés de sa Gallardo sur la table.
Marco terminait quelque chose sur l'Alfa.
Personne ne savait encore qui venait d'arriver.
Mais deux mondes construits autour du même homme étaient désormais dans la même ville.
L'un connaissait Emmanuel Elga depuis que personne ne l'appelait Emmanuel Elga.
L'autre commençait seulement à comprendre qu'il existait.
Et quelque part, à plusieurs milliers de kilomètres de là, Emmanuel regardait l'océan.
Son téléphone vibra.
JOE.
Ils sont arrivés ?
Manu :
Oui.
Joe :
Tous ?
Tous.
Trois petits points.
Putain. Ça va être drôle.
Emmanuel sourit.
Pour nous.
Joe :
Et Barbie ?
Emmanuel regarda la série qui levait dans le noir.
Puis répondit :
Elle va se démerder.
Joe :
Donc tu penses qu'elle peut gagner.
Long silence.
Emmanuel écrivit finalement :
J'ai pas dit ça.
Joe regarda le message depuis le Brésil.
Son sourire disparut une seconde.
Parce qu'il connaissait suffisamment Emmanuel pour comprendre la différence.
Il tapa :
Ah.
Emmanuel ne répondit plus.
Joe posa son téléphone.
Puis se mit à rire.
— Putain de Manu...
À Philadelphie, Ingrid passa une main sur le toit de sa Maserati.
À Budapest, Diana sourit devant une nouvelle faille qu'elle venait d'apercevoir.
À la Gare, Nicky ouvrit les yeux sans savoir pourquoi.
Et pour la première fois depuis longtemps, Seek & Destroy n'était plus le crew le plus dangereux qui venait d'entrer dans la partie.
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