SAISON 2 - ÉPISODE 8 - KINGS OF FIGHTERS

📖 FOSTER - EPISODE 1 - PHILADELPHIA LOVE ✍️ Splinter 📝 5041 mots


PHILADELPHIE - LA GARE - 08 H 19

Nicky ouvrit les yeux.

Plafond en béton.

Ancienne horloge arrêtée.

Un tuyau.

Puis une paire de chaussures posée à vingt centimètres de sa tête.

Elle resta quelques secondes à les regarder.

Puis remonta lentement.

Dex mangeait debout à côté du canapé.

— Tu fais quoi ?

— Je mange.

— Pourquoi au-dessus de moi ?

Dex regarda autour de lui, comme si une explication parfaitement rationnelle pouvait être cachée quelque part dans l’ancienne gare.

— Y avait de la place.

Nicky referma les yeux.

— Je vais te tuer.

— Tu viens de te réveiller.

— J’ai des réflexes.

Une musique venait de quelque part.

Des nappes synthétiques.

Lourdes.

Presque liquides.

ECHOES — MEGAS.

Ça flottait sous les voûtes de la Gare avec cette étrange impression de bande-son arrivée avant le film.

Switch était déjà devant ses écrans.

À moitié réveillé.

Un café dans une main.

Des cernes capables d’obtenir une carte de séjour.

J dormait sur une chaise devant la R34.

Pas dans un lit.

Pas sur le canapé.

Devant sa voiture.

Une couverture sur lui.

Une deuxième sur le capot.

Nicky se redressa.

Regarda la Skyline.

Puis J.

Puis de nouveau la Skyline.

— Il a vraiment couvert la caisse ?

Dex hocha la tête.

— Oui.

— Et lui ?

— Après.

Nicky resta silencieuse une seconde.

— Putain de Coréen.

Sans ouvrir les yeux :

— J’AI ENTENDU.

Nicky sourit.

Elle se leva.

La Gare n’avait plus grand-chose à voir avec le mausolée industriel qu’ils avaient investi quelques semaines plus tôt.

La Gallardo de Vale reposait sous les néons.

La LFA blanche de Switch à côté.

L’Alfa de Marco.

La R34.

Sa Supra.

Cinq voitures.

Et cette place vide.

Toujours.

Dex la regardait également.

— Aujourd’hui ?

Nicky suivit son regard.

— Quoi aujourd’hui ?

— Ma voiture.

— J’en sais rien.

— Tonton Joe sait.

— Tonton Joe sait toujours tout après que ça soit arrivé.

Comme invoqué par une malédiction familiale, l’un des écrans s’alluma.

JOE.

Chemise ouverte.

Lunettes noires.

Caïpirinha.

Évidemment.

— Bonjour les enfants.

Dex leva immédiatement les bras.

— TONTON JOE !

Joe ouvrit les siens devant sa caméra.

— MON GROS !

Nicky les regarda.

— Vous avez vraiment besoin de faire ça chaque putain de matin ?

— Absolument.

Joe baissa ses lunettes et observa Nicky.

— Bien dormi, Barbie ?

— Sur un canapé datant probablement de Roosevelt avec Dex qui me mangeait dessus ?

— Une famille quoi.

— Une prise d’otages ouais.

Switch se retourna.

Son visage avait changé.

— Ils sont là.

Le ton suffit.

Nicky regarda immédiatement vers lui.

— Qui ?

Switch agrandit une fenêtre.

Plusieurs véhicules apparurent.

Immatriculations temporaires.

Fichiers d’inscription.

Provenance :

FRANCE.

Les mêmes voitures qu’ils avaient commencé à identifier la veille.

Ford GT.

Porsche Carrera GT.

Mercedes CLK 63 AMG Black Series.

GT-R R35.

Viper ACR.

Aston Martin V12 Vantage.

Puis une dernière fiche.

MASERATI MCXTREMA.

Nicky se pencha.

— C’est quoi ce truc ?

J ouvrit les yeux.

Instantanément.

— Où ?

— Là.

Il fut debout trois secondes plus tard.

Il rejoignit Switch, regarda l’écran et se tut.

— Oh putain de merde !

Nicky tourna la tête.

— Quoi, « oh ...» ?

— MCXtrema.

— J’avais lu.

— Non. Tu comprends pas.

— Explique.

J chercha manifestement une formulation compatible avec des gens qu’il considérait comme mécaniquement déficients.

— C’est une Maserati qui s’est réveillée un matin en décidant que les routes publiques étaient une insulte personnelle.

Nicky regarda de nouveau la voiture.

— Ah.

— Elle n’est même pas homologuée normalement.

— Ça devient intéressant.

Vale venait d’arriver, les cheveux encore humides.

Elle s’arrêta derrière eux.

— Qui conduit ça ?

Switch ouvrit la fiche.

Une photographie apparut.

INGRID NUGO.

Nicky fixa l’écran.

Une femme d’environ trente-sept ans.

Belle.

Calme.

Le genre de visage qui n’avait pas besoin de sourire pour donner l’impression de connaître des choses que les autres ignoraient.

Rien d’ostentatoire.

Mais une présence.

— Elle court ?

Switch parcourut les données.

— Non.

— Pourquoi elle a ramené ça alors ?

Joe prit une gorgée de caïpirinha.

Un geste parfaitement banal.

Sauf que Nicky le vit.

— Joe.

— Quoi ?

— T’as fait une tête.

— J’ai un visage très expressif.

— Qui c’est ?

Joe posa son verre.

— Ingrid.

Nicky désigna l’écran.

— Merci, ça je lis.

— Ingrid Nugo.

Elle attendit.

Joe aussi.

— JOE.

Petit sourire.

— Euh...Première copine de Manu, voilà.

Silence absolu.

Dex :

— Oh.

Vale tourna très lentement la tête vers Nicky.

Marco venait juste d’entrer.

— Quoi ?

Switch répondit sans quitter son écran.

— Première copine d’Emmanuel.

Marco :

— Ah.

Nicky regarda successivement chacun d’eux.

— Pourquoi vous faites tous « ah » ?

Personne ne répondit.

Joe souriait comme un connard.

— Parce que c’est mignon.

— Quoi ?

— Rien.

— JOE.

— Ils avaient seize ans.

— Et ?

— Et rien.

— Pourquoi elle vient ?

Joe reprit son verre.

— Demande à Manu.

— Il répond jamais.

— Voilà.

Nicky lui adressa un majeur.

Joe hocha la tête.

— Elle est probablement émue. Tu vois le genre, Barbie ?

— Va te faire foutre.

— Beaucoup d’émotion.


09 H 02

Switch ouvrit les autres dossiers.

— Ethan Miller.

La photographie apparut.

Trente-sept ans.

Franco-américain.

Ford GT.

J se rapprocha.

Puis s’arrêta.

— Attends.

Il agrandit une photographie du compartiment moteur.

Zooma.

Encore.

— Putain.

Nicky soupira.

— Quoi ?

— Qui a fait ça ?

Switch vérifia.

— Lui.

J ne répondit plus.

Il regardait l’écran avec la concentration d’un adolescent devant un porno particulièrement technique.

— J ?

— Je veux le rencontrer.

— Pour courir ?

— Non.

Petit silence.

— Je veux son cerveau.

Nicky regarda Vale.

— Ça devient sexuel.

— Ferme ta gueule.

Switch passa au suivant.

SÉBASTIEN MOREL.

Carrera GT gris titane.

Peu de données.

Encore moins de photos.

Sur chacune, l’homme avait l’air d’assister à quelque chose dont il connaissait déjà la fin.

Nicky fronça les sourcils.

— Pourquoi il a l’air de s’emmerder sur toutes les photos ?

Joe répondit :

— Seb s’emmerdait déjà à seize ans pendant qu’on essayait de mourir.

Switch leva la tête.

— Comment ça ?

— Demande à Manu ce qu’il faisait avec Ethan et Seb quand il y avait six mètres à La Mortola.

Nicky :

— Six mètres quoi ?

— Vagues.

Silence.

Vale se retourna.

— En Méditerranée ?

— Ouais.

Switch :

— À seize ans ?

— Ouais.

Dex mâchait toujours.

— Ça ferme direct sur la falaise là-bas quand ça devient dangereux, non ? Un espèce de Riviera Mullaghmore, mais en pire parce que les tempêtes en Méditerranée, apparemment, c’est n’importe quoi.

Joe pointa Dex à travers l’écran.

— Exactement, mon gros. T’as parfaitement résumé le cerveau des mecs.

Nicky fixa la photo de Seb.

Puis Ethan.

Petit sourire.

— D’accord.

— Quoi ?

— Je commence à comprendre leur délire.

Switch continua.

KARIM KLIBA.

CLK 63 AMG Black Series noire.

Nicky observa sa photo.

— Lui, il a une tête que j’aime bien.

Vale :

— Pourquoi ?

— Il a l’air d’avoir déjà dit « va te faire foutre » avant qu’on lui pose la question.

Joe :

— Bonne lecture.

JIN CHEN.

GT-R R35 gris canon.

Électronique embarquée.

Systèmes.

Switch cessa immédiatement de sourire.

— Lui...

Une nouvelle fenêtre s’ouvrit.

Diana apparut.

— Lui.

Nicky regarda l’écran.

— Ah, Nobel est réveillée.

Diana fronça les sourcils.

— Il est quinze heures.

— Chez toi.

— Oui.

— Ça compte pas.

Diana regardait uniquement la fiche de Jin.

— C’est lui qui a fermé la porte hier.

Switch se redressa.

— T’es sûre ?

— Oui.

Elle marqua une pause.

— Et il n’était pas seul.

Une deuxième fiche apparut.

CHIARA “KARA” BELLINI.

Pas de voiture.

Opératrice.

Hack.

Communications.

Nicky sourit.

— Deux contre Nobel ?

Diana corrigea immédiatement :

— Deux contre nous.

Switch leva les yeux.

Diana venait de dire nous.

Il ne releva pas.

Nicky, elle, oui.

Son sourire s’élargit légèrement.

— Ah.

— Quoi ?

— Rien.

Fiche suivante.

BERNARD “NANAR” FABRE.

Viper ACR.

Nicky regarda la photographie.

Puis Dex.

Puis Nanar.

Puis Dex.

— Oh putain.

Dex :

— Quoi ?

Joe :

— Voilà.

— Quoi, voilà ?

— Ton âme sœur.

Nicky hocha gravement la tête.

— Il fait ta taille en largeur.

Dex regarda la fiche avec davantage d’intérêt.

— Il mange quoi ?

Joe :

— Tout.

Dex sourit.

— Je l’aime déjà.

Dernière fiche.

LISA MERCIER.

Aston Martin V12 Vantage noire.

Punk-goth.

Guitariste.

Nicky observa la photo.

— Et elle ?

Joe se tut une demi-seconde.

Une demi-seconde suffisait désormais à Nicky pour savoir qu’il y avait une histoire.

— Lisa.

— J’avais remarqué.

— Meilleure amie de Manu.

Nicky tourna la tête.

— Meilleure amie ?

— Ouais.

Vale observa Nicky.

Nicky le sentit.

— Quoi ?

— Rien.

— J’aime pas quand vous dites tous rien.

Joe reprit :

— Elle connaissait Emmanuel avant le Emmanuel.

Nicky fronça les sourcils.

— Ça veut dire quoi, ça encore ?

— Exactement ce que ça veut dire.

— Vous êtes tous teubés, sérieux.

Joe sourit.

— Et t’as encore rien vu.


PHILADELPHIE — 12 H 41

Le parking privé ressemblait moins à une course clandestine qu’à une réunion entre gens dont les conseillers financiers avaient abandonné depuis longtemps l’idée de leur expliquer ce qu’était une dépense raisonnable.

Seek & Destroy arriva ensemble.

La Supra.

L’Alfa.

La R34.

La LFA.

La Gallardo.

Rico suivait avec sa RX-7 jaune.

Nicky descendit la première.

Capuche blanche.

Lunettes roses.

Lucky Strike fumante au coin des lèvres.

Chewing-gum.

Elle observa le parking.

Puis les vit.

Les Français.

Ils n’étaient pas alignés.

N’avaient organisé aucune entrée spectaculaire.

Ils étaient simplement là.

Comme s’ils avaient toujours été là.

Ethan discutait avec Jin devant la Ford GT.

Seb était assis sur une barrière, café à la main.

Karim inspectait sa Mercedes.

Jin avait déjà ouvert un ordinateur.

Kara travaillait à côté de lui.

Nanar mangeait.

Évidemment.

Lisa était appuyée contre son Aston.

Et Ingrid...

Nicky ralentit.

Ingrid était avec Emmanuel.

— Oh, un fantôme...

Vale arrivait derrière.

— Quoi ?

— Il est là.

Manu.

Jean noir.

T-shirt.

Capuche noire.

Cigarette.

Rien de militaire.

Rien de spectaculaire.

Mais il était là.

Et Ingrid lui parlait comme si elle l’avait quitté la veille.

Le pire, c’était qu’elle riait.

Sans gêne.

Sans fascination.

Pas comme quelqu’un retrouvant Emmanuel Elga.

Comme quelqu’un retrouvant Manu.

Elle lui donna un petit coup sur l’épaule.

Il sourit.

Nicky regarda la scène.

— Putain, c’est quoi ce bordel ?

Marco :

— Quoi ?

— Rien.

Vale :

— Ah.

Nicky pivota.

— QUOI, « AH » ?

Vale sourit.

— Rien.

— ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE BORDEL.

Lisa vit Emmanuel regarder vers Seek & Destroy.

Elle suivit son regard.

Repéra Nicky.

Puis regarda de nouveau Emmanuel.

— C’est elle ?

Manu ne répondit pas.

Lisa sourit.

— C’est elle.

— Perspicace Lisa.

— Manu, commence pas à nous casser les couilles, merci.

Petit sourire.

Ethan arriva.

Son regard passa sur la Supra.

Puis Nicky.

Puis Emmanuel.

— Sérieusement, Supra, La Supra ? J’imagine donc que t’as ton plan, comme d’habitude ?

Manu :

— Quoi ?

Ethan désigna la Supra.

— La Légende.

Nicky entendit.

— QUOI ?

Ethan tourna la tête.

Nicky s’approcha.

— QUELLE LEGENDE ?

Il observa la Supra.

— Rien.

— Non. Dis.

Il commença à en faire le tour.

J apparut immédiatement.

— Tu touches pas.

Ethan leva les mains.

— J’allais pas toucher.

— Bien.

Ethan sourit.

— Toi, t’es J ?

J fronça les sourcils.

— Comment tu sais ?

Ethan regarda Emmanuel.

Nicky pivota vers Manu.

— Mais putain Manu, tu leur as envoyé nos fiches ou quoi ?

— Non.

— Alors comment...

Ethan désigna la Skyline.

— Ta R34.

J se tut.

Ethan regarda la voiture.

Longuement.

— Belle base.

J :

— Merci.

Une seconde passa.

Puis J regarda la Ford GT.

— Ta Ford aussi.

— Merci.

Nicky se pencha vers Vale.

— Ils vont éventuellement se marier.

À quelques mètres, Nanar venait d’arriver devant Dex.

Les deux masses se regardèrent.

Silence.

Nanar :

— Tu manges quoi ?

Dex :

— Tout.

Nanar hocha la tête.

— Bien.

Dex :

— Toi ?

— Pareil.

Ils se serrèrent la main.

Le téléphone de Dex vibra.

Joe apparut à l’écran.

— OH NON.

Dex :

— Tonton Joe !

Nanar fronça les sourcils.

— Tonton quoi ?

Joe aperçut Nanar.

— NANAR !

Le Français éclata de rire.

— Putain, Joe, faisait un bail !

Dex regarda l’écran.

Puis Nanar.

— Vous connaissez Tonton Joe ?

— Je connais Joe depuis avant qu’il ait besoin qu’on l’appelle Tonton.

Dex regarda Nanar.

Puis Joe.

Puis Nicky.

— Sister.

Nicky :

— Arrête avec sister.


13 H 22

Kara regardait Diana à travers une connexion sécurisée.

Diana regardait Kara.

Deux secondes.

Trois.

Kara tourna finalement la tête vers Emmanuel.

— Elle a vraiment neuf ans ?

Manu était resté près d’Ingrid.

— Ouais.

— T’es malade.

— Elle est à la fac.

— C’EST PAS UNE RÉPONSE, MANU, MERDE.

Depuis Budapest :

— Techniquement, si.

Kara regarda l’écran.

— Oh non.

Jin sourit.

— Je te l’avais dit.

Switch entra sur le canal.

— Vous êtes deux.

Kara répondit :

— Vous aussi.

Diana :

— Non.

Tout le monde la regarda.

Kara :

— Pourquoi non ?

Diana répondit avec le calme absolu de quelqu’un annonçant la météo.

— Je suis meilleure, c’est tout.

Silence.

Jin éclata de rire.

Kara regarda la gamine.

Puis sourit.

— D’accord mademoiselle.

Une seconde.

— Elle me plaît cette gosse.

Nicky cria depuis derrière :

— ELLE, C’EST LA NÔTRE !

Diana leva les yeux.

Mais elle souriait.


LE BRIEFING

Ils comprirent rapidement que la course n’était pas réellement une course.

C’était un massacre administratif organisé avec des voitures.

Six étapes.

Un système de points.

Une élimination possible à chaque épreuve.

Navigation.

Pilotage pur.

Sections techniques.

Relais.

Infiltration.

Hacking.

Coordination.

Puis une finale.

Deux équipes.

Le crew français.

Seek & Destroy.

Et sous une bâche, une septième voiture.

Nicky la désigna.

— C’est quoi, ça ?

Nanar répondit :

— Le prix.

Dex se redressa.

— Prix ?

Nanar le regarda.

— Si vous gagnez.

Nicky :

— Et si vous gagnez ?

Ethan haussa les épaules.

— On repart avec notre dignité.

Karim :

— Et vos bières.

Nicky :

— Hors de question.

Lisa sourit.

— Merde, j'étais venu que pour les bieres.

Nanar tira la bâche.

La carrosserie noire apparut.

Large.

Brutale.

Dodge Challenger SRT Hellcat.

Dex cessa de respirer.

Ou de cligner des yeux.

Personne ne sut vraiment.

Nanar le regarda.

— Manu m’a dit de ramener un truc capable de te supporter.

Dex tourna lentement la tête vers Emmanuel.

— Sérieux ?

Manu tira sur sa cigarette.

— Gagne, tu verras.

— Ah.

Nanar :

— Voilà.

Nicky regarda Emmanuel.

— Tu fais vraiment ça avec tout le monde ?

— Quoi ?

Elle le fixa.

Puis :

— Rien.

— Alors concentre-toi.

Elle lui adressa son majeur.

Emmanuel sourit.


ÉPREUVE 1 — MÉCANIQUE / RELAIS

J affronta Ethan.

Le principe paraissait simple.

Un premier run.

Arrêt obligatoire dans une zone technique.

Modification mécanique imposée révélée seulement au dernier moment.

Puis retour immédiat sur piste.

J partit confiant.

Il avait raison de l’être.

La R34 était devenue une extension de ses mains.

Il termina le premier segment presque parfaitement.

Ethan arriva quelques secondes derrière.

Les deux sautèrent de leurs voitures.

L’instruction apparut.

Modification du réglage de suspension arrière.

Répartition différente.

Puis départ.

J ouvrit immédiatement son matériel.

Ethan aussi.

Et au bout de quelques secondes, J ralentit.

Pas volontairement.

Il venait de regarder l’autre travailler.

Ethan ne cherchait rien.

Ses mains savaient.

Une clé était déjà dans sa paume avant même que la précédente ait quitté la pièce.

Il démonta.

Ajusta.

Contrôla.

Remonta.

Aucun geste parasite.

Aucune hésitation.

J comprit.

Il n’affrontait pas simplement un mécanicien doué.

Il affrontait vingt années passées à comprendre pourquoi les choses possédant un moteur refusaient parfois de faire ce qu’on leur demandait.

— Oh.

Switch :

— Quoi ?

J reprit immédiatement.

— Rien.

Ethan referma.

Démarra.

La Ford GT repartit.

— Putain !

J termina quelques secondes plus tard et bondit dans la R34.

Il revint.

Fort.

Très fort.

Mais pas suffisamment.

La Ford passa la ligne avant lui.

De presque rien.

PREMIER POINT : RIVIERA

Nicky rejoignit J lorsqu’il descendit.

— J ?

— Quoi ?

— Ça va ?

— Ferme ta gueule.

— D’accord.

Ethan passa près d’eux.

S’arrêta.

— Beau boulot.

J le regarda.

Pas de sarcasme.

Pas de condescendance.

Il hocha la tête.

— Toi aussi.

Et Nicky le vit.

Le respect venait de s’installer avant même la rivalité.


ÉPREUVE 2 — TRAJECTOIRE

Marco affronta Seb.

Alfa contre Carrera GT.

Cette fois, aucun bricolage.

Aucun hack.

Une succession de trajectoires techniques dessinées dans un ancien secteur industriel.

Marco partit très vite.

Seb aussi.

Mais il donnait une étrange impression.

Tout semblait calme.

Presque lent.

Marco observa ses lignes.

Premier virage.

Deuxième.

Même logique.

Même manière de préparer la sortie.

Marco sourit.

Il l’avait compris.

Au troisième virage, il attaqua exactement là où Seb aurait dû reproduire son schéma.

Seb changea tout.

Point de freinage.

Entrée.

Transfert.

Sortie.

Marco mordit dans le piège.

Une fraction de seconde.

Assez.

La Carrera passa.

— Oh, fils de pute.

La voix calme de Seb arriva immédiatement dans son oreillette.

— Merci, mais j’aurais préféré une insulte en italien.

Marco tourna la tête comme si Seb pouvait le voir.

— Il m’entend ?

Switch :

— Ouais.

Seb :

— Toujours.

Marco :

— Ma vattene affanculo !

Seb :

— C’est mieux.

DEUXIÈME POINT : RIVIERA.


ÉPREUVE 3 — PUISSANCE

Dex regarda Nanar.

Nanar regarda Dex.

Puis tous les deux regardèrent le dispositif installé au milieu du relais.

Une masse mécanique probablement conçue par quelqu’un ayant personnellement déclaré la guerre aux vertèbres humaines.

Nicky plissa les yeux.

— Je veux pas savoir qui a inventé cette épreuve.

Joe leva timidement un doigt depuis l’écran.

— Moi...

Tout le monde le regarda.

— Enfin non. Pas exactement.

— JOE.

— C’est... enfin, c’est Manu, quoi.

Emmanuel ne bougea pas.

Joe poursuivit :

— Il m’a juste envoyé un texto : « Imagine les pires configurations pour chaque thème. »

Petit silence.

— J’ai trouvé ça sympa.

Tout le monde :

— ÉVIDEMMENT !

Ingrid regarda dex, puis lui lança ses clefs.

- Fait gaffe à la peinture Musclor !

Dex resta comme un con.

Le départ fut donné.

Viper et  MC12 partirent.

Arrêt.

Dex et Nanar jaillirent.

Ils attrapèrent le mécanisme.

Poussèrent.

Tirèrent.

Le métal hurla.

Dex aussi.

Nanar probablement.

Puis ils remontèrent dans leurs voitures.

Dernier run.

À l’arrivée, Nanar passa devant.

Une seconde.

Pas davantage.

Dex descendit.

Fit trois pas.

Puis s’effondra sur le dos.

Nanar arriva.

S’assit à côté de lui.

— T’as faim ?

— Ouais.

Nanar sortit un sandwich.

Dex le regarda comme si Dieu venait personnellement de se manifester.

— Bro.

— Ouais. C’est du vrai Parme, filet d’huile d’olive, quelques feuilles de basilic. Mortel. Vas-y, teste.

Dex prit une bouchée.

Ses yeux s’ouvrirent.

- Oh putain c'est un orgasme le truc !

Nicky ferma les siens.

— Deux.

Vale :

— Quoi ?

— Maintenant y en a deux putain, Vale !


ÉPREUVE 4 — INFILTRATION / SYSTÈMES

Les voitures furent laissées de côté.

Pour quelques minutes seulement.

Vale entra dans l’ancien complexe logistique.

Son objectif était simple sur le papier : traverser trois zones sécurisées, récupérer une balise physique et ressortir par l’accès nord.

Switch et Diana devaient lui ouvrir le chemin.

En face :

Jin.

Kara.

Et Lisa sur le terrain.

La première porte s’ouvrit.

Vale passa.

Elle se referma derrière elle.

Switch :

— Zone deux.

Diana travaillait déjà.

Une caméra disparut.

Puis une deuxième.

Kara la rétablit.

— Non.

Diana ouvrit un accès secondaire.

Jin le ferma.

Switch regarda ses écrans.

— Diana ?

— Jin.

Une autre porte s’ouvrit.

Kara coupa le canal.

Diana en ouvrit deux autres.

Jin vit l’attaque.

— Pas mal la gamine.

Diana répondit sans cesser de taper :

— Merci confucius.

Kara éclata de rire.

— Elle est polie pendant qu’elle nous attaque.

— Ma mère insiste beaucoup sur la politesse.

Pendant ce temps, Vale atteignit la balise.

La prit.

Changea de direction.

Lisa apparut au bout du couloir.

Les deux femmes s’arrêtèrent.

Lisa regarda la balise.

Puis Vale.

— T’es perdue ?

Vale sourit.

— Complètement.

— Avec ça ?

Vale regarda sa propre main.

— Mauvais accessoire.

Elle partit à gauche.

Lisa suivit.

Vale feinta un escalier.

Revint.

Passa derrière une porte que Diana venait d’ouvrir.

— Sortie dans quinze mètres !

Switch vit Kara reprendre le canal.

— VALE, BOUGE !

Elle courut.

La porte commença à descendre.

Vale plongea.

Trop tard.

CLANG.

Elle resta devant la grille.

Lisa arriva tranquillement derrière.

— T’étais presque passée.

Vale frappa la porte.

— PUTAIN !

Lisa sourit.

— T’es bonne.

Vale se retourna.

— Je sais.

QUATRIÈME POINT : RIVIERA.


ETERNAL PRESSURE

Nicky avait cessé de plaisanter.

Elle observait.

Ce n’était pas leur vitesse.

Ni leur puissance.

Ni même leur expérience individuelle.

C’était autre chose.

Ethan avait à peine besoin de parler à Seb.

Kara savait ce que Jin allait fermer.

Lisa savait où l’obliger à aller.

Nanar connaissait exactement le rythme de Karim.

Une erreur commençait quelque part.

Avant même qu’elle devienne réellement une erreur, quelqu’un d’autre l’avait déjà absorbée.

Joe apparut à côté d’elle sur l’écran d’un téléphone.

— Tu comprends ?

Nicky hocha la tête.

— Ouais.

— Quoi ?

Elle regarda les Niçois.

— Ils pensent ensemble.

Joe sourit.

— Exactement.

— Nous aussi.

— Pas pareil.

Elle tourna la tête.

— Explique.

Joe désigna Seek & Destroy.

— Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ?

Nicky ne répondit pas.

Joe désigna ensuite les autres.

— Eux ?

Il laissa une seconde.

— Vingt ans, Barbie.

Nicky regarda encore.

Ça piquait.

Parce que c’était vrai.


ÉPREUVE 5 — COURSE DE CREW

Cette fois, tout le monde partit.

Et quelque chose avait changé.

Seek & Destroy perdit encore.

Mais plus de la même manière.

J cessa d’essayer d’être plus rapide qu’Ethan.

Il commença à l’anticiper.

Marco refusa le premier piège de Seb.

Switch comprit une partie de la logique de Jin.

Vale lut Lisa avant qu’elle ne ferme son passage.

Dex tint Nanar.

Et Nicky circula entre eux.

Elle ne conduisait plus seulement sa course.

Elle corrigeait Marco.

Couvrait Vale.

Forçait Ethan à changer de ligne pour libérer J.

Créait de l’espace.

La différence fondait.

Ingrid suivait tout depuis la zone centrale.

Elle regarda Emmanuel.

— Ils apprennent vite.

— Ouais.

— Comme nous.

— Ouais.

Elle tourna la tête.

— Tu fais exprès de répondre que « ouais » ?

— Ouais.

Elle lui donna un coup d’épaule.

Il sourit.

Mais les vieux gagnèrent encore.

Et le système d’élimination tomba.

J : OUT.

Vale : OUT.

Marco : OUT.

Dex : OUT.

Puis Kara et Jin coupèrent Switch du réseau principal.

— PUTAIN !

Il tenta une reconnexion.

Rien.

— Je suis plus dans la boucle !

Diana répondit :

— Moi si.

Switch s’arrêta.

— Comment ?

— Kara a oublié un port.

À l’autre bout :

— NON !

Diana :

— Si.

Kara regarda Jin.

— JIN !

— C’ÉTAIT PAS MOI !

Mais c’était trop tard.

Une seule voiture de Seek & Destroy continuait.

La Supra.

Une seule pilote.

Nicky.

Et quelque part à Budapest, une enfant de neuf ans venait de rester accrochée au système avec elle.

NICKY SE RETROUVA SEULE

Les Français parlaient sur le canal.

Pas pour provoquer.

Naturellement.

Comme des gens qui reprenaient une conversation commencée vingt ans plus tôt.

Ethan :

— Manu faisait déjà ça au lycée.

Seb :

— Non. Au lycée il faisait pire.

Karim :

— Vous vous souvenez La Mortola ?

Lisa :

— Ne recommencez pas.

Nanar :

— Six mètres.

Seb :

— Cinq et demi.

Ethan :

— Six.

Manu :

— Vous étiez pas obligés de venir.

Ingrid :

— Toi non plus t'étais pas obligé, ça me faisait flipper ce truc de cons.

Ils rirent.

Nicky entendait tout.

Elle serra le volant.

Encore Manu.

Toujours Manu.

Manu à seize ans.

Manu à Nice.

Manu dans des vagues impossibles.

Manu avec eux.

Joe avec eux.

Lisa connaissait son « intéressant ».

Ingrid connaissait son premier amour.

Ethan connaissait ses conneries.

Seb connaissait ses silences.

Chacun possédait un morceau d’Emmanuel auquel elle n’aurait jamais accès.

Et quelque chose craqua.

Pas de la jalousie.

Autre chose.

Une question d’identité.

Elle ouvrit le canal général.

— OK.

Les conversations cessèrent.

Nicky regarda les voitures devant elle.

— Vous connaissez Emmanuel Elga.

Manu releva légèrement la tête.

— Vous connaissez ses putains de plans.

Elle descendit un rapport.

— Ses bagnoles.

La Supra se rapprocha.

— Ses conneries de gosses.

Encore.

— Ses vagues de six mètres.

Seb :

— Cinq et demi.

Nicky :

— JE M’EN BRANLE.

Un rire traversa les radios.

— Vous connaissez même Tonton Joe avant qu’il soit notre putain de Tonton Joe.

Joe :

— Magnifique.

— TA GUEULE JOE.

— Encore mieux.

Nicky regarda la route.

Puis les voitures.

Et sourit.

— Maintenant...

Elle écrasa l’accélérateur.

— Vous allez connaître Foster, Nicky Foster !

La Supra partit.


FULL SEND.

BUDAPEST

Diana était en pyjama.

Elle n’avait pratiquement pas bougé.

Un bol près d’elle.

Une main sur le clavier.

L’autre plongée dedans.

Elle ne cherchait plus une route.

Toutes les routes raisonnables donnaient le même résultat.

Nicky perdait.

Alors Diana chercha autre chose.

Une possibilité.

Son regard passa sur une couche cartographique.

Puis une autre.

Réseau routier.

Maintenance.

Ferroviaire.

Elle s’arrêta.

Un train de fret avançait sur une voie parallèle.

Plateformes automobiles.

Même direction.

Elle ouvrit les données.

Vitesse.

Courbe.

Topographie.

Talus de maintenance.

Intersection plus loin.

Ses yeux parcoururent les chiffres.

Trois secondes.

Switch vit apparaître les fenêtres.

— Non.

Diana :

— Si.

— Encore ?

— Oui.

— DIANA.

Joe se pencha vers son écran.

— Qu’est-ce qu’elle fait ?

Switch suivit les calculs.

Il ne comprit pas immédiatement.

Puis son visage blanchit.

— Oh non.

J :

— Quoi ?

Switch le regarda.

— Elle veut mettre Nicky sur un train.

Silence.

J :

— PARDON ?

Diana répondit calmement :

— C’est possible.

J explosa :

— JE ME FOUS QUE CE SOIT POSSIBLE !

Diana fronça les sourcils.

— Alors pourquoi tu demandes ?

— JE DEMANDE RIEN !


CÔTÉ FRANÇAIS

Jin vit apparaître les calculs.

Il s’arrêta.

Kara :

— Quoi ?

— Elle calcule quelque chose.

— Quoi ?

Jin agrandit.

Regarda.

Puis :

— Oh putain, c'est une niqué de la tête !

Ethan :

— Quoi ?

Jin leva les yeux.

— La gamine veut faire monter Foster sur le train de fret.

Ethan tourna la tête vers Emmanuel.

— Manu.

— Quoi ?

— Ta gamine va poser la Supra sur un putain de train.

— C’est pas ma gamine.

Ingrid regarda Emmanuel.

Puis son visage.

— Tu souris.

— Non.

— Si.

Lisa regarda également.

— Il fait son « intéressant ».

Ingrid hocha la tête.

— Je sais.

Depuis sa Supra :

— MAIS JE VOUS ENTENDS !

Karim éclata de rire.

DIANA

— Nicky.

— Ouais, Nobel.

— J’ai quelque chose.

Nicky aperçut le train sur sa gauche.

— Combien de chances de mourir ?

Diana réfléchit réellement.

— Tu veux vraiment savoir ?

— Non.

— Alors c’est mieux.

Switch hurla :

— C’EST PAS MIEUX !

Les marqueurs apparurent sur le GPS.

Un.

Deux.

Trois.

Une ligne impossible.

Nicky regarda.

Le train.

Le talus.

La rampe.

— Oh putain.

Diana parlait maintenant avec une précision chirurgicale.

— Vitesse stable.

Nicky stabilisa.

— Angle gauche au deuxième marqueur.

— Reçu.

— Reste sur les points.

Nicky regarda de nouveau le train.

— Tu me mets sur le train ?

— Oui.

— Très bien.

Diana s’arrêta.

— C’est tout ?

— Quoi ?

— Tu ne discutes pas ?

Nicky sourit.

— Nobel, après le pont, j’ai arrêté de négocier avec ta maladie mentale.

Diana sourit également.

— D’accord.


LE TRAIN

Deuxième marqueur.

Nicky braqua.

La Supra quitta la chaussée.

Le bitume disparut.

Talus.

Suspensions comprimées.

Rampe.

Puis plus rien sous les roues.

Une fraction de seconde.

Le train passa sous elle.

BAM.

La Supra frappa la plateforme automobile.

Le train entier sembla protester.

Métal.

Étincelles.

L’arrière décrocha violemment.

Nicky contrebraqua.

Une fois.

Trop.

Correction.

La Supra partit de l’autre côté.

— PUTAIN !

Elle récupéra.

Les pneus retrouvèrent l’axe de la plateforme.

Et elle accéléra.

Sur un train.

Une Toyota Supra lancée sur le toit métallique d’un train de fret en mouvement.

Pendant plusieurs secondes, même les Français cessèrent de parler.

Seb regarda les images.

— Ah ouais là, ça ride les mecs.

Ethan :

— Quoi ?

Seb ne quittait pas l’écran.

— Elle est complètement allumée cette meuf.

Ethan sourit.

— Ouais.

Une seconde.

— Elle me plaît.

Nicky :

— JE VOUS ENTENDS TOUJOURS !

Karim éclata de rire.

Mais ça ne suffisait pas.

Le train n’offrit pas la victoire à Nicky.

Il lui rendit seulement ce qu’elle avait perdu.

Du temps.

Elle remontait.

Mais elle devait encore quitter cette chose.

Diana surveillait le point de croisement.

— Sortie dans neuf secondes.

Nicky regarda à droite.

— Où ?

— À droite.

— Y a rien.

— Dans neuf secondes.

— Diana.

— Sept.

— DIANA.

— Cinq.

Puis Nicky la vit.

Une rampe de service.

Brève.

Étroite.

Le genre de détail que personne n’aurait considéré comme une sortie à moins d’avoir neuf ans, plusieurs diplômes universitaires en préparation et manifestement aucun instinct de conservation.

— Ah.

Diana :

— Trois.

Nicky se plaça.

— Deux.

Elle braqua.

La Supra quitta la plateforme.

Retomba sur la rampe.

Le train continua.

La voiture chassa.

Nicky récupéra l’arrière.

Contrebraqua.

Plein gaz.

Et revint sur la route.

Devant elle :

Seb.

Ethan.

Karim.

Toujours.

Diana :

— Tu es revenue.

— Ouais.

— Maintenant ?

Nicky regarda les trois voitures.

Petit sourire.

— Maintenant, ferme ton écran.

Diana fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

Nicky tomba un rapport.

— Parce que maintenant, c’est eux et moi.

Silence.

Puis Diana sourit.

Les marqueurs disparurent.


FINAL

Plus de raccourci.

Plus de hack.

Plus de train.

Trois vieux monstres devant elle.

Seb conduisait comme vingt années de contrôle.

Ethan comme vingt années d’instinct mécanique.

Karim comme la rue devenue adulte.

Nicky ne chercha pas à être meilleure qu’eux partout.

Elle observa.

Premier virage.

Ethan ferma l’intérieur.

Seb protégea l’extérieur.

Karim conserva l’espace entre les deux.

Rien.

Aucun passage.

Nicky freina.

Les laissa prendre quelques mètres.

Ingrid regarda Emmanuel.

— Elle abandonne ?

— Non, observes-la.

Deuxième virage.

Même construction.

Mais cette fois Nicky ne regarda plus les voitures.

Elle regarda entre les options.

Une ancienne voie de maintenance traversait le terre-plein.

Presque inutilisée.

Sale.

Trop étroite pour être considérée comme une trajectoire.

Donc personne ne la protégeait.

Nicky accéléra tard.

Ethan attendit l’attaque intérieure.

Seb surveilla l’extérieur.

Elle ne choisit ni l’un ni l’autre.

La Supra plongea au milieu.

Ethan la vit.

Trop tard.

— Oh la pute.

Nicky passa.

— MERCI !

Elle ressortit devant Karim.

Puis força Seb à ouvrir.

Deux de moins.

Il ne restait qu’Ethan.

Ford GT.

Supra.

Ethan regarda dans son rétroviseur.

Sourit.

— Allez, gamine.

— Elle vas te coller une fessée la gamine.

Ils attaquèrent.

La Ford avait l’avantage.

Nicky le savait.

Elle ne chercha pas à le nier.

Elle resta derrière.

Aspiration.

Centimètre après centimètre.

Dernier freinage.

Elle se montra à l’intérieur.

Ethan ferma.

Nicky revint immédiatement.

Il pensa qu’elle avait renoncé.

C’était exactement ce qu’elle voulait.

Elle freina une fraction plus tôt.

Ethan prépara sa sortie.

Nicky croisa derrière lui.

Remit les gaz avant.

La Supra revint.

À côté.

Cent mètres.

Ford.

Supra.

Cinquante.

La Ford reprit quelques centimètres.

Nicky passa son dernier rapport.

Vingt.

Dix.

LIGNE.

Silence.

Les chronos tombèrent.

Puis le nom apparut.

FOSTER.

D’un rien.

Mais Foster.

LA GARE EXPLOSA À DISTANCE

Switch bondit.

— ELLE L’A FAIT !

Vale hurla.

Marco frappa le capot de l’Alfa.

J se retourna.

— PAS LE CAPOT !

— PARDON !

Dex sauta sur place.

Joe leva les bras et renversa sa caïpirinha.

— PUTAIN BARBIE THUNDER !

Nanar regarda Dex.

— T’as gagné ta voiture.

Dex se figea.

— Quoi ?

Nanar sortit une clé.

La lui lança.

Dex l’attrapa.

Regarda la clé.

Puis la Challenger Hellcat.

Puis Nanar.

— Bro.

— Ouais.

— Bro.

— Ouais.

Joe regarda la scène.

— Et voilà. Troisième mariage de la journée.

Nicky, encore dans sa Supra :

— JOE !


APRÈS LA COURSE

Les deux crews se rejoignirent.

Cette fois, personne ne resta dans son camp.

Plus de compétition.

Seulement des moteurs qui refroidissaient, des corps fatigués et cette étrange sensation d’avoir partagé quelque chose d’assez débile pour devenir immédiatement un souvenir.

Ethan arriva devant Nicky.

La regarda.

Puis regarda la Supra.

— Elle est pas mal.

Nicky :

— Elle ?

— La voiture.

— Connard.

— Gamine.

— Vieux gatteux.

Ethan fronça les sourcils.

— J’ai trente-sept ans.

— Vieux et gatteux.

Seb arriva avec son café.

Toujours.

— Elle a raison.

Ethan :

— Je t'emmerde seb.

Karim passa derrière.

— J’aime bien Foster, c'est une vraie.

Lisa sourit.

— Ça se voit.

À quelques mètres, Kara regardait Diana sur l’écran.

— Toi, par contre...

Diana :

— Quoi ?

— On doit parler.

— Pourquoi ?

— Parce que tu m’as cassé trois sécurités.

Diana réfléchit.

— Tu en avais quatre.

Kara resta silencieuse.

Jin éclata de rire.

— Elle est parfaite cette gosse.

Plus loin, Nanar montrait la Hellcat à Dex.

— Tu la casses, je te casse.

— Je casse rarement les voitures.

Nicky :

— C’est faux.

Dex réfléchit.

— Moins que toi.

Nicky hocha la tête.

— Ok...D’accord.


NICKY ET LISA

Lisa attendit que Nicky soit un peu à l’écart.

Puis s’approcha.

Elle la regarda.

Longtemps.

Nicky finit par froncer les sourcils.

— Quoi ?

Lisa demanda simplement :

— Il a fait « intéressant » avec toi ?

Nicky se figea.

— Quoi ?

Lisa sourit.

— Rien.

— Non.

— Quoi ?

— Tu vas expliquer.

Lisa regarda Emmanuel au loin.

— Quand Manu trouve quelqu’un ou quelque chose qu’il comprend pas encore...

Petit sourire.

— Il dit « intéressant ».

Nicky regarda Emmanuel.

— Et ?

— Et après, il regarde.

Nicky se tut.

Lisa ajouta :

— Longtemps.

Puis elle partit.

Nicky resta seule.

Regarda Emmanuel.

Encore une pièce.

Encore une putain de pièce.


INGRID ET MANU

Un peu à l’écart, Ingrid observait les deux crews se mélanger.

Dex et Nanar parlaient devant la Hellcat.

J et Ethan étaient déjà penchés sur un moteur.

Kara et Diana se disputaient à travers un écran.

Vale parlait avec Lisa.

Marco avec Seb.

Karim avec Rico.

Et Nicky était au milieu.

Ingrid sourit.

— C’est nous.

Manu regarda.

— Ouais.

— Pas exactement.

— Non.

— Mais c’est nous.

Il observa encore.

— Ouais.

Ingrid lui donna un petit coup d’épaule.

— Tu l’as fait exprès ?

Pas de réponse.

— Manu.

— Quoi ?

— Tu voulais savoir si elle pouvait nous battre ?

— Non.

Ingrid le regarda.

— Alors pourquoi nous faire venir ?

Emmanuel tira lentement sur sa cigarette.

Quelques secondes passèrent.

Puis :

— Je voulais savoir ce qu’elle ferait quand elle comprendrait qu’elle ne pouvait pas.

Ingrid regarda Nicky.

Puis les autres.

— Et ?

Emmanuel répondit simplement :

— Elle a trouvé autre chose.

Silence.

Ingrid le connaissait trop bien.

Elle regarda encore Nicky.

Puis Emmanuel.

— C’est elle ?

Il ne répondit pas.

— Manu.

Toujours rien.

Ingrid sourit.

— Putain...

— Quoi ?

— T’as trouvé ta remplaçante.

Emmanuel regarda Nicky.

Elle était en train d’engueuler Dex parce qu’il venait de poser son cul sur le capot de la Hellcat.

Puis Dex répondit quelque chose.

Nicky éclata de rire.

Emmanuel la regarda encore quelques secondes.

Puis secoua légèrement la tête.

— Non.

Ingrid fronça les sourcils.

— Non ?

Emmanuel écrasa sa cigarette.

— J’ai trouvé bien plus fort que tout ce que j'ai vue.

Ingrid ne répondit plus.

Et ça disait tout.


PLUS TARD — LA GARE

Le V8 de la Challenger Hellcat entra sous les voûtes.

Le son roula contre les murs.

Dex était au volant.

Nanar occupait le siège passager parce qu’apparemment personne n’avait réussi à l’empêcher de venir.

La voiture s’arrêta.

Nicky regarda.

Supra.

Alfa.

R34.

LFA.

Gallardo.

Hellcat.

Six voitures.

Plus aucune place vide.

Seek & Destroy était complet.

L’écran principal s’alluma.

Joe apparut.

— MES ENFANTS !

Tout le monde répondit :

— TONTON JOE !

Nicky ferma les yeux.

— Putain...

Puis elle regarda autour d’elle.

Les voitures.

Son crew.

Les vieux Niçois.

Diana sur l’écran.

Joe.

Et même Manu, resté au fond de la Gare.

Quelques semaines auparavant, elle n’avait plus rien.

Le garage avait disparu.

Le crew s’était dispersé.

Les voitures avaient été perdues.

Elle avait cru avoir tout détruit.

Maintenant...

Elle regarda encore.

Ce n’était pas revenu.

Pas vraiment.

Quelque chose d’autre avait pris sa place.

Son monde.

Reconstruit.

Pas pareil.

Mieux.

Marco s’approcha.

— Alors ?

— Quoi ?

— T’es contente ?

Nicky le regarda.

— Non.

— Menteuse.

Elle essaya de tenir.

Deux secondes.

Puis sourit.

— Un peu ouais, mais vas pas le crier sur tout les toits.

Vale pointa immédiatement.

— Elle a souri.

Switch :

— Confirmé.

Diana regarda une autre fenêtre.

— Caméra vingt-deux, oui.

Nicky leva les deux mains.

— Vous savez quoi ? ALLEZ VOUS FAIRE... Non, rien, oubliez.

Les rires remplirent la Gare.


BARCELONE — 02 H 08

Nathalie travaillait encore.

Son bureau était couvert de dossiers.

Documents imprimés.

Notes.

Archives judiciaires.

Structures de sociétés.

Des noms reliés à d’autres noms.

Bellandi.

Vantage.

Philadelphie.

Nice.

Son téléphone vibra.

EMMANUEL

Un seul mot.

Merci.

Nathalie le regarda.

Puis répondit.

Pour quoi ?

Quelques secondes.

Nice.

Elle sourit.

Tu connaissais déjà les gens.

Réponse :

Certains.

Nathalie tapa :

Et les autres ?

Quelques secondes.

Pas encore.

Elle fronça les sourcils.

Emmanuel.

Aucune réponse.

Elle connaissait ce silence-là.

Tu es encore en train de faire ton truc bizarre où tu rapproches des gens et prétends ensuite que c’était un hasard ?

Long silence.

Puis :

Je regarde.

Nathalie éclata de rire toute seule.

— Bien sûr, tu regardes, un classique...

Elle posa son téléphone.

Reprit son dossier.

Une page.

Puis une autre.

Un relevé.

Une structure ancienne.

Elle s’arrêta.

Revint en arrière.

Ce n’était pas Vantage.

C’était plus ancien.

Une connexion qu’elle n’avait pas vue.

Elle suivit la ligne.

Une société.

Un intermédiaire.

Puis un nom.

Son sourire disparut.

Elle reprit immédiatement son téléphone.

Manu.

Pas de réponse.

Elle écrivit :

Cette fois j’ai un nom.

À Philadelphie, le téléphone d’Emmanuel vibra.

La Gare vivait derrière lui.

Ingrid parlait avec Lisa.

Dex et Nanar étaient autour de la Hellcat.

Switch discutait avec Diana.

Nicky était à moitié allongée sous la Supra pendant que J lui criait de sortir de là.

Emmanuel regarda le message.

Puis tapa :

Lequel ?

Trois petits points apparurent.

Puis la réponse arriva.

Emmanuel la lut.

Son visage changea.

À peine.

Mais Ingrid le vit.

Elle s’approcha.

— Quoi ?

Il rangea le téléphone.

— Rien.

Ingrid le regarda.

— Tu fais toujours exactement la même tête quand c’est pas rien.

Emmanuel ne répondit pas.

Il regarda Nicky.

Puis Seek & Destroy.

Puis les Niçois.

Deux générations qui, quelques heures auparavant, ne se connaissaient pas.

Et qui maintenant partageaient la même Gare.

Une seconde.

Puis seulement :

— On a un problème.


💬 Commentaires 0

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
💬

Aucun commentaire pour le moment

Soyez le premier à partager vos impressions !