Chapitre 49 : Agir

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 853 mots

La soirée tarot s'était poursuivie jusqu'à tard. Je m'étais fait manger mon petit deux fois, Théo avait gagné les premières parties avec un jeu de ouf, et Nathan avait raflé la dernière en retournant miraculeusement le dernier atout. J'avais même réussi à rire, une ou deux fois. Un rire mécanique, un réflexe, mais un rire quand même.

Puis les cartes s'étaient rangées, les verres vidés. En rentrant à la résidence avec Nathan, nos pas résonnaient dans les rues vides. Arrivé devant ma porte, il s'était arrêté, retourné vers moi.

— Si tu n'arrives pas à le joindre, avait-il dit, tu sais ce qu'il te reste à faire.

Et il m'avait souri. Un sourire doux, sans attente. Un sourire qui disait simplement : je veux que tu ailles bien, je veux que tu sois heureux, même si ce n'est pas avec moi. J'avais vu dans ses yeux de la mélancolie, une lumière fragile, une tristesse contenue, l'ombre d'un amour qu'il avait décidé de taire par respect. Peut-être la douleur silencieuse de quelqu'un qui a des sentiments pour une personne qui en aime une autre.

Je l'avais regardé s'éloigner, une boule dans la gorge. J'avais voulu lui dire quelque chose. Merci. Pardon. Je ne sais pas. Mais les mots étaient restés bloqués.

Puis j'avais poussé la porte de ma chambre.

Je me déshabillai, me couchai. Les draps étaient froids, le silence trop grand. Impossible de trouver le sommeil. Chaque fois que je fermais les yeux, je voyais le sourire de Kai. Chaque fois que je les rouvrais, je voyais le plafond blanc. Et chaque fois, le même mot résonnait en moi : une semaine. Il rentrait dimanche prochain. C'était dans sept jours. Sept jours d'attente. Sept jours sans savoir. Sept jours à me demander s'il m'en voulait, s'il pensait à moi, s'il regrettait tout. Et sept jours à me demander nous étions toujours ensemble.

Je me demandais soudainement ce que Nathan avait voulu dire par « ce qu'il te reste à faire ». 

Je me retournai dans mon lit, cherchant une position confortable, mais aucune ne venait. Côté droit, côté gauche, sur le dos — rien n'y faisait. 

Une semaine. Je ne pourrais pas tenir une semaine.

Et puis, je me redressai dans le lit, attrapai mon téléphone posé sur la table de nuit. L'écran s'alluma, éclairant mon visage dans l'obscurité. 1h23 du matin. La moitié de Montpellier dormait.

Bien sûr. Il me restait quelque chose à faire. Pas attendre. Pas subir. Agir.

J'ouvris BlaBlaCar. L'application se lança, et je me souvins soudain que j'avais créé un compte des années plus tôt en mentant sur mon âge. En première, je crois. Je n'avais jamais rien réservé, et j'avais fini par oublier l'application. Mon compte était toujours là, en sommeil. Une photo de profil datant du lycée où j'essayais vainement de paraître plus âgé.

Je tapai : Montpellier – Barcelone.

Les résultats s'affichèrent. Dès le lendemain, lundi, des trajets étaient disponibles. Certains partaient tôt, d'autres en milieu de journée. Je fis défiler les annonces du pouce, la lumière bleue de l'écran dansant sur le plafond.

Le premier conducteur, Jean-Luc, 52 ans, partait à 7h. Prix : 35 €. 4,3 étoiles, 18 avis. Il faisait ce trajet toutes les semaines pour son travail. Ambiance calme, il écoutait France Info. Un peu cher et trop tôt.

Le deuxième, Alex, 27 ans, partait à 11h30. Prix : 27 €. 4,7 étoiles, 24 avis. Chargé de projet dans une boîte de tech, il descendait à Barcelone pour une réunion le lendemain. Il avait l'air sympa sur sa photo, un sourire détendu, une voiture propre. Les avis disaient : « Conduite agréable, ponctuel, bonne ambiance. »

Le troisième ou plutôt la troisième, Carla, 19 ans, partait à 17h. Prix : 25 €. 4,6 étoiles, 9 avis. Jeune étudiante en échange, elle allait passer une semaine à Barcelone.

Je m'arrêtai sur le profil d'Alex. 11h30. Quatre heures de route, peut-être quatre heures et demie avec une pause. Arrivée vers 16h, 16h30. Parfait. Assez tôt pour arriver à l'hôtel et attendre que Kai revienne de ses séances photos. Un prix raisonnable. 4,7 étoiles, 24 avis — suffisant pour être rassurant.

Kai m'avait montré l'hôtel où il séjournait. Je vérifiai l'adresse : une petite adresse dans le quartier de l'Eixample, pas loin du centre.

Mon doigt resta suspendu au-dessus de l'écran une éternité. Puis je cliquai sur « Réserver ». L'application me demanda de confirmer mes informations. Mon vieux compte s'afficha. Une notification apparut : « Votre demande de réservation a été envoyée à Alex. »

Je posai le téléphone sur ma poitrine, les yeux fixés au plafond. 

Une peur soudaine me traversa. Et si je me trompais ? Et si Kai ne voulait pas me voir ? Et si je faisais tout le trajet pour rien ? Mon pouce frôla l'écran, comme pour annuler la réservation. Mais une autre voix, plus forte, s'éleva en moi. 

Celle qui avait décidé de sortir de cette chambre. 
Celle qui avait appelé Nathan. 
Celle qui avait ri aux cartes. 
Celle qui voulait croire que les choses pouvaient s'arranger.

Je pris une inspiration. Je verrouillai l'écran. Et je me laissai retomber sur l'oreiller, les bras en croix, le cœur toujours serré, mais avec quelque chose que je n'avais plus ressenti depuis la veille : un peu d'espoir.


💬 Commentaires 4

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Alex.s_18 • 2 semaines, 4 jours
Enfin une bonne décision ! Tant pis pour les cours ! Ce Nathan, un ami en or avec des précieux conseils.
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lampertcity • 2 semaines, 6 jours modifié
L'action est toujours plus supportable que l'attente passive, c'était le meilleur choix possible ! Et comment Kai pourrait-il rester insensible à cette détermination ?
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bcome • 2 semaines, 6 jours
Nathan est vraiment un super gars.
Et Hugo a pris la bonne décision ; au pire il n'aura pas le regret de ne pas l'avoir fait.
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Paul.Koipa • 2 semaines, 6 jours
Ce Nathan est vraiment un ami formidable !
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