Chapitre 50 : La route

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 1094 mots

Lorsque je me réveillai en ce lundi matin, j'avais une notification de l'application. Je l'ouvris. Le message s'afficha : « Alex a accepté votre réservation. » 

Il y avait également un message d’Alex : « Rendez-vous sur le parking de l'Intermarché, voici le point GPS... »

Je me levai, pris une douche rapide, avalai un café que je ne sentis même pas passer. Je préparai mon sac, je ne savais pas trop quoi prendre. Je vérifiai une dernière fois mon téléphone, et je sortis.

Le parking de l'Intermarché était presque vide quand j'arrivai à 11h15. Une Seat blanche était garée à l'endroit indiqué. Alex m'attendait adossé à la voiture, un café à la main.

— Hugo ? dit-il en me voyant approcher.

— Oui, répondis-je en serrant sa main.

Il m'aida à charger mon sac dans le coffre, à côté du sien. Puis nous montâmes. La voiture sentait le propre, les sièges étaient confortables. Il mit une musique calme, un truc indie que je ne connaissais pas, et nous quittâmes Montpellier.

Les premières minutes furent silencieuses. Je regardai la ville défiler derrière la vitre, puis les vignes, puis la garrigue. Alex ne forçait pas la conversation. Il conduisait, les mains posées sur le volant, le regard sur la route.

À la hauteur de Narbonne, il dit, sans me regarder :

— T'as l'air préoccupé. Si tu veux en parler, on peut. Sinon, on peut aussi rester dans le silence.

Je fus surpris par sa délicatesse. Je ne répondis pas tout de suite. Mais ses mots s'installèrent en moi, et soudain, j'eus envie de parler.

— J'ai fait une connerie, dis-je. J'ai humilié la personne que j'aime. Et je vais à Barcelone pour essayer de réparer.

Il hocha la tête, comme s'il s'attendait à une histoire de cœur. Il ne me pressa pas. Il laissa le silence s'installer, comme une main tendue.

— C'est un peu parti sur un coup de tête, avouai-je. J'ai même pas réservé d'hôtel.

— Tu verras sur place, dit Alex. Barcelone, c'est grand. Tu trouveras bien quelque chose.

Je hochai la tête, un peu inquiet, mais je ne voulais pas y penser.

— Le pire, c'est que j'ai cours en ce moment, poursuivis-je. Je sèche. C'est la première fois que je fais ça.

Il me regarda brièvement, un sourire en coin.

— T'as jamais séché avant, sérieux ?

— Euh... non.

Il sourit, amusé. Comme on sourit à un gamin un peu naïf.

— Tu l'aimes, n'est-ce pas ? demanda-t-il.

— Plus que tout, répondis-je.

Il hocha la tête. Il ne dit rien tout de suite, mais je vis une lueur dans son regard, comme s'il reconnaissait quelque chose qu'il avait lui-même vécu.

— Alors tu fais ce qu'il faut. T'attends pas. Tu y vas, tu t'excuses, tu dis la vérité. Et tu espères...

Il parla de sa propre histoire, une rupture, des mots qu'il regrettait, un pardon qu'il n'avait pas dit assez tôt. Il avait tardé. Il y avait dans sa voix une douceur, presque une tristesse. Comme s'il se revoyait, comme s'il parlait à son passé.

Nous nous arrêtâmes à une aire d'autoroute pour une pause café. Alex paya les deux cafés, m'en tendit un. Il s'appuya contre le capot de la voiture, regardant les camions passer.

— C'est bien que tu n'attendes pas, redit-il comme s'il se parlait à lui-même. Elle a de la chance, ta copine.

Je sentis mes doigts se crisper sur le gobelet. Le mot flottait entre nous, comme une évidence qu'il ne remettait pas en question. « Copine ». Alex pensait à une fille. Bien sûr. Pourquoi aurait-il pensé à autre chose ?

Je ne répondis pas tout de suite. Je bus une gorgée de café. La route m'avait ouvert, et soudain, je n'avais plus envie de mentir.

— C'est un garçon, dis-je.

Alex marqua une pause. Il finit de boire son café, puis il hocha la tête, lentement. Pas de gêne dans son regard. Juste une acceptation tranquille, presque tendre.

— Cool, dit-il simplement.

Il me regarda, un sourire au coin des lèvres, et je vis quelque chose dans ses yeux. Une compréhension, une chaleur silencieuse. Comme s'il voyait, dans mon hésitation et mon courage, l'écho de quelque chose de familier.

— Alors c'est ton copain, dit-il doucement. Et tu es prêt à faire Montpellier-Barcelone pour lui.

Ce n'était pas une question. Juste un constat. Mais dans sa voix, il y avait de l'émotion. Pas de la pitié, pas de la condescendance. De l'admiration, presque.

— Oui, répondis-je. On est heureux quand on est ensemble. Je n'avais jamais été heureux comme ça. Et, putain, que je l'aime.  Je l’aime de tout mon être, de toute mon âme, et je ne sais même pas comment j’ai fait pour vivre avant lui. 

Je sentis ma voix se briser sur les derniers mots. Une larme coula sur ma joue, puis une autre, et je les laissai couler, comme une offrande à cet amour qui me dépassait.

Alex posa sa main sur mon épaule.

— Tu vas y arriver, dit-il doucement. Parce que ça se voit. Dans ta voix, dans tes yeux. C'est pas une histoire ordinaire, ce que tu vis. C'est vrai. C'est fort.

Il marqua une pause, puis il ajouta, comme une évidence :

— Et si jamais tu te retrouves vraiment à la rue, appelle-moi. Un des gars de l'équipe de dev aura bien un canapé. 

Il dit ça simplement, sans insister. Comme s'il voulait me laisser la liberté de dire oui ou non.

— Merci, Alex. C'est vraiment gentil.

Il haussa les épaules.

— Je préfère savoir que tu as une solution de secours.

On reprit la route. Cette fois, ce n'était plus un silence lourd. C'était un silence partagé, un silence complice. Je regardai les paysages défiler. Les vignes, les collines, et, au loin, les premières montagnes des Pyrénées. Les mots d'Alex résonnaient encore en moi. « C'est vrai. C’est fort. »

— Tu vas où, à Barcelone ? demanda-t-il.

— Dans l'Eixample, répondis-je. C'est là qu'est son hôtel.

— Ah, l'Eixample. C'est un beau quartier. Très lumineux.

Il marqua une pause.

— Je ne sais pas encore quand je rentre à Montpellier. Toi non plus, de ce que je comprends. Pour moi, ce sera sans doute mercredi ou jeudi, mais ça dépendra des échanges avec l'équipe demain. Si ça colle, je peux te reprendre, si tu veux. Tu as mon numéro. Tu me préviens. En dehors de l'appli, ça m'évite les frais.

— Merci, Alex. C'est gentil.

Barcelone se dessina à l'horizon. La Sagrada Familia, les immeubles, la mer. Mon cœur s'emballa.

Alex me déposa devant l'hôtel. Il me tendit la main.

— Bonne chance, Hugo.

— Merci, Alex. Pour tout.

Il sourit, un sourire presque paternel, puis sa Seat blanche disparut au coin de la rue.

Je restai là, un instant, à regarder la façade de l'hôtel. Une bâtisse blanche, des plantes sur le balcon.

Je pris une inspiration. 
Et j'entrai.


💬 Commentaires 5

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Alex.s_18 • 2 semaines, 4 jours
Tout le monde n'est pas comme Julien ! Hugo ose et il est récompensé ! Le déclic est bien là.
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lampertcity • 2 semaines, 6 jours
Finalement, l'adversité a quelques vertus !
Et maintenant, on croise les doigts.
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Paul.Koipa • 2 semaines, 6 jours
Décidément Hugo a beaucoup de chance pour croiser des gens aussi bienveillants !
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qwed2001 Auteur • 2 semaines, 6 jours
Il n'y a pas que des Julien, des Michaël, heureusement...
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bcome • 2 semaines, 6 jours
Oui, sur un coup de dé, il a tiré le 6
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