Chapitre 52 : La fenêtre sur Barcelone

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 1632 mots

La porte se referma dans un bruit sourd.

Kai me regarda, les yeux brillants. La lumière de la ville qui filtrait par la fenêtre dessinait des ombres sur son visage.

— Je n'en reviens pas que tu sois là, dit-il, que tu aies fait tout le chemin depuis Montpellier. Pour moi.

Il s'approcha, s'arrêta à un mètre de moi. Le silence entre nous était lourd de tout ce qui n'avait pas été dit. Je pris une inspiration.

— On devrait peut-être en parler, dis-je enfin, la voix plus basse que je ne l’aurais voulu.

Il inclina la tête, un sourire triste au coin des lèvres, comme s’il savait déjà ce qui allait suivre.

— L'anniversaire de Lucas ?

Je hochai la tête, la gorge serrée, les yeux piquants de larmes retenues.

— Je suis désolé, Kai. Vraiment désolé. Pour ce que j'ai fait. Pour la façon dont j'ai réagi. Pour t'avoir mis dans cette situation, devant tout le monde. J'ai été ridicule. J'ai honte.

Il ne répondit pas tout de suite. Il s’approcha de la fenêtre, regarda la ville qui s’illuminait peu à peu, les lumières dansant comme des lucioles dans la nuit. Je le regardais, ses épaules, la ligne de son dos, la façon dont ses doigts tambourinaient sur le rebord de la fenêtre, comme s’il y cherchait des réponses.

— Ça m’a ennuyé que l’on découvre notre relation comme ça, murmura-t-il. Un jour ou l’autre, on l’aurait annoncée, mais pas comme ça. Pas dans les éclats de verre, pas dans la colère.

Il prit une inspiration profonde, comme pour se donner du courage, et continua :

— Mais ce qui m’a vraiment fait mal, ce n’est pas que tu aies pété un câble, ce n’est pas que tout le monde sache… C’est que tu sois parti.

— Je t’ai abandonné, seul avec eux, soufflai-je, la voix brisée.

Il se retourna, me regarda, ses yeux bleu-gris emplis d’une tristesse que je n’y avais jamais vue.

— Oui, dit-il, la voix tremblante. J’aurais aimé que tu viennes dans mes bras, qu’on affronte la situation ensemble, comme un front uni.

Il marqua une pause, et je vis ses mâchoires se serrer, comme s’il luttait contre sa propre émotion. Je fis un pas vers lui, puis un autre. Je n'osais pas le toucher, pas encore.

— Je suis vraiment désolé, Kai. J'aurais dû rester. J'aurais dû te prendre la main, et affronter tout ça avec toi.

Il me regarda, et je vis son visage se détendre, comme s'il laissait tomber un poids.

— Oui, dit-il doucement. 

Un silence. Puis il prit ma main.

— Mais tu es venu, murmura-t-il. Tu as fait tout ce chemin. Tu es venu me chercher. Et c'est ça qui compte.

Je sentis mes yeux s'embuer.

— Je ne savais pas si tu voudrais me voir.

Il sourit, un sourire fatigué mais sincère. Il garda mes doigts dans les siens et prit une inspiration, comme s'il cherchait ses mots.

— Je ne voulais pas, avoua-t-il, sa voix à peine plus qu'un murmure. Sincèrement. Je me suis répété que j'avais besoin de temps et d’une certaine manière ce temps à Barcelone était aussi un moyen de fuir. De fuir Montpelier, de les fuir, de te fuir.

Il marqua une pause, ses yeux plongés dans les miens.

— Et puis je t'ai vu, dans le hall, derrière cette putain de vitre, et j'ai tout oublié. Ta simple présence a effacé toute ma colère. Parce que je suis fou amoureux de toi, Hugo. Que ça me fasse chier ou pas, que j'aie raison ou pas. Je t'aime, bordel, et quand je te vois, je ne peux pas faire semblant.

Sa voix se brisa sur les derniers mots. Il secoua la tête, un sourire tremblant aux lèvres, comme s'il venait de se surprendre lui-même.

Il lâcha ma main et posa la sienne sur ma joue. Sa paume était chaude, et je fermai les yeux un instant pour savourer sa chaleur, comme on savoure un rayon de soleil après des jours de pluie.

— Promets-moi, dit-il, sa voix à peine plus qu’un murmure, comme si les mots étaient trop lourds pour être prononcés à voix haute. Promets-moi que la prochaine fois que tu as peur, que tu as mal, que quelque chose ne va pas, tu me le dis. Si tu es en colère, dis-le-moi. Et si tu veux t’enfuir, prends-moi avec toi.

Je hochai la tête, trop ému pour parler.

— Promis, finis-je par dire, la voix brisée par l’émotion. Promis.

Il sourit, et son pouce caressa ma joue, comme pour sceller cette promesse.

Il me tira doucement vers la fenêtre. Barcelone s'étendait sous nos yeux, ses toits, ses lumières, la mer au loin, comme une promesse silencieuse.

— Regarde, dit-il.

— C'est magnifique, dis-je, subjugué par la vue.

Il m'enlaça par derrière, son menton posé sur mon épaule. Sa respiration contre ma nuque, ses bras autour de ma taille, et je sentis que tout allait bien. Enfin.

— J'ai pas envie de redescendre manger avec les autres, dit-il. On fait monter un truc plutôt ? T'as faim ?

— J'ai la dalle, répondis-je en riant. On peut faire monter un truc dans cet hôtel ? La classe...

— Oui, il y a un service d'étage. Je fais comme si j'étais un grand habitué, dit-il en riant. Mais c'est la première fois que je mets les pieds dans un quatre étoiles.

Il décrocha le téléphone, commanda une assiette de frites et deux burgers. Quelques minutes après, on vint nous déposer un plateau. Les frites étaient chaudes, grasses, parfaites.

Je me brûlai en les touchant, et il rit.

— T'as jamais mangé de frites, ou quoi ?

— J'ai faim, c'est tout, répondis-je en soufflant sur mes doigts.

Soudain, je posai la question qui me taraudait.

— Maintenant que tout le monde sait pour nous deux... par ma faute... qu'est-ce qu'on fait pour le volley ?

Je baissai les yeux sur mes mains.

— On doit quitter l'équipe, non ?

Il me regarda, surpris.

— Pourquoi on devrait la quitter ?

— Je ne sais pas... Je ne me vois pas y retourner, recroiser leurs regards, pas après ce qui s'est passé à l'anniversaire de Lucas. Et puis, il y a Julien, mais pas que Julien. Il y a Paul aussi. Et même Louis.

Je marquai une pause, sentant le poids des mots que j'allais dire.

— Louis, j'ai pris un verre avec lui le soir où tu étais en shooting. Ils m'ont raconté Avignon. Et Louis m'a dit que des joueurs attirés par des garçons, ça le faisait chier. Qu'il acceptait mais que ça le faisait chier.

Kai ne répondit pas tout de suite. Il se tourna vers moi, ses mains trouvant les miennes. Il les serra doucement, ses pouces caressant mes jointures. Ses yeux bleu-gris plongèrent dans les miens, et je sentis sa présence m'envelopper comme un bouclier.

— Hugo, écoute-moi.

Sa voix était calme, ferme, presque grave.

— Rosa Parks, elle a pas bougé de son siège juste parce qu'un sale con voulait pas être assis à côté d’une Noire.

Il marqua une pause, comme s’il voulait que chaque mot s’imprime dans mon esprit.

— Elle est restée assise. Parce que c'était sa place. Parce qu'elle savait que c'était pas à elle de céder. 

Il marqua une nouvelle pause, ses doigts pressant un peu plus fort les miens.

— Alors non, on ne quitte pas l'équipe. On reste. On joue. Et si notre amour ça fait chier Julien, Paul ou Louis, c'est à eux de partir, pas à nous.

Je le regardai, et je sentis une boule se former dans ma gorge. Il posa un baiser sur mon front, léger, et je sentis son souffle chaud contre ma peau.

Après le repas, il alla prendre une douche. J'entendais l'eau couler dans la salle de bain, et je souris en imaginant les gouttes glisser sur sa peau. Je sortis mon téléphone.

Un message à Nathan.

Moi : Bien arrivé à Barcelone. Kai et moi, on est réconciliés. Merci Nathan. Merci !

Puis un message à Alex.

Moi : Réconcilié avec mon mec. Merci pour le trajet et les discussions.

Deux pouces jaunes s’allumèrent presque simultanément, comme deux étoiles qui clignotaient pour nous souhaiter du bonheur.

La douche s’arrêta. Quelques instants plus tard, Kai sortit, une serviette nouée autour de la taille, l’eau perlant encore sur ses épaules comme des diamants liquides, ses cheveux mouillés collés sur son front, dégageant une odeur de gel douche citroné et de peau chaude.

— À ton tour, dit-il en souriant, ses yeux pétillants de malice.

Je pris ma douche, l’eau chaude balayant les dernières traces de fatigue et de doute, comme si elle pouvait laver aussi les erreurs des derniers jours. Je repensai à tout ce qui s’était passé : à la route, à Alex et ses conseils avisés, à ce moment où j’avais osé dire « c’est un garçon », les mains tremblantes. Et surtout, à ce sourire de Kai, quand il m’avait vu dans le hall, comme si j’étais la seule personne au monde qui comptait.

Je sortis de la douche, enveloppé dans ma serviette, la peau encore rosée par l’eau chaude. La chambre était plongée dans une lumière tamisée, la ville scintillant au loin derrière les rideaux entrouverts comme un tableau vivant.

Kai était allongé sur le lit, nu, les bras croisés derrière la tête, son corps offert à la lumière douce de la lampe de chevet, comme une offrande, comme une invitation. Sa peau encore humide de sa propre douche brillait sous la lumière, ses cheveux en bataille, un sourire au coin des lèvres, comme s’il savait déjà ce qui allait suivre.
Il me regarda entrer, ses yeux bleu-gris parcourant mon corps comme un peintre contemplant son œuvre préférée.

— Viens, murmura-t-il, sa voix rauque de désir.

Je laissai tomber ma serviette par terre et m’allongeai à côté de lui.

Sa main trouva mon torse. Je sentis ses doigts glisser sur ma peau, lentement, comme s'il redécouvrait chaque centimètre. Il s'arrêta un instant, là où mon cœur battait trop fort. Puis sa main poursuivit sa route, plus bas, plus lente.

Je fermai les yeux. Ma main, sur lui, faisait de même — comme une réponse, comme un écho. 

Et sa respiration s'accéléra contre ma joue.

💬 Commentaires 2

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Paul.Koipa • 2 semaines, 3 jours
Très juste la comparaison avec Rosa Parks.
Encore beaucoup de tendresse entre ces deux là.
Tu l'exprimes très bien.
👍 2
lampertcity • 2 semaines, 3 jours
Très beau chapitre ! Et la scène de la douche qui fait écho à un lointain chapitre : à l'époque c'était la chambre 103 de Perpignan, moins luxueux, et Kai ne l'attendait pas à poil sur le lit :)
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