Chapitre 55 : Entre le vent et le soleil
Le lendemain matin, à 8h45, j’étais dans le hall de l’hôtel, mon sac à mes pieds, un café à la main. La lumière matinale baignait les murs, et éclairaient les jacinthes posées sur le comptoir. La réceptionniste, son chignon bas impeccable, me lança un sourire en passant.
À neuf heures pile, la Seat blanche d’Alex s’arrêta devant l’entrée. Il me fit signe par la fenêtre, un sourire aux lèvres. Je chargeai mon sac dans le coffre et montai à l’avant.
— Content que tu te sois réconcilié avec ton mec, dit-il en démarrant. C’est cool.
Oui. C’était plus que cool. C’était… comme si le monde avait enfin retrouvé son équilibre.
Nous discutâmes de la vie, de l’amour, des couples, de ces choses qui semblent simples mais qui bouleversent tout. Puis un silence s’installa, paisible. Les collines défilèrent, suivies des premières montagnes des Pyrénées, bleutées sous un ciel limpide. Un soleil magnifique baignait la route, tandis qu’un vent léger chantait contre la voiture.
Alex me parla de son voyage, de la réunion qui s’était bien passée, du contrat qu’il avait décroché. Il avait l’air content, lui aussi.
Nous arrivâmes à Montpellier en début d’après-midi. La ville était calme, baignée dans une lumière dorée. Alex me déposa devant la résidence et me tendit la main.
— Prends soin de toi, Hugo.
— Merci, Alex. Pour tout.
Il sourit, puis sa Seat blanche disparut au coin de la rue.
Je restai là un instant, à regarder la résidence. Les mêmes murs, la même porte, les mêmes néons dans le hall. Mais tout était différent. J'étais différent.
Je montai à ma chambre, posai mon sac. Nathan était sans doute à la fac cet après-midi. Je vérifiai en tapant à sa porte — personne. Je guetterai le bruit de son arrivée, l'une des prestations de la résidence étudiante : on entendait toujours ses voisins entrer.
Je me mis à mon bureau et commençai à travailler pour rattraper les cours manqués et préparer le contrôle continu du lendemain.
Alors que j'avançais sur mon travail, j'entendis la porte de Nathan.
Je pris l'affiche du BCN Film Fest que j'avais achetée pour lui. Elle avait de belles couleurs orangées. Je sortis de ma chambre, je frappai à sa porte.
Il ouvrit presque aussitôt, comme s'il m'attendait. Il me regarda. Je le pris dans mes bras, un vrai hug, un de ceux qui disent plus que les mots.
— Merci, Nathan, murmurai-je. Pour tout. Pour le mot sous la porte. Pour le kebab. Pour avoir été là. Pour avoir compris avant même que je comprenne moi-même. Pour ne jamais avoir jugé.
Il resta silencieux un instant, puis il me serra un peu plus fort.
— T'es mon pote, Hugo. C'est tout.
Je reculai, et je lui tendis l'affiche.
— Je l'ai achetée pour toi. Le BCN Film Fest. Je me suis dit que ça te plairait.
Il la prit, la regarda, et un sourire éclaira son visage. Ses doigts suivirent les contours de l'affiche, comme s'il touchait un objet précieux.
— C'est magnifique, dit-il. Merci.
Ses yeux croisèrent les miens. Je ne vais pas me mentir, je ressentis quelque chose pour lui à ce moment-là. S'il n'y avait pas eu Kai, les choses auraient pu être différentes. Elles l'auraient sans doute été.
Nathan était lumineux. Mais Kai était le soleil -- Apollon lui-même, et je ne pouvais pas vivre sans sa lumière.
— Je suis vraiment content que tu te sois réconcilié avec Kai, conclut-il enfin, la voix douce.
Et je vis qu'il était sincère. Heureux pour moi. Heureux de mon bonheur, comme on est heureux pour un ami. Il ne serait « qu’un » ami, Parce que Nathan était si grand qu’il préférait se faire petit. Parce qu’il m’aimait vraiment. Parce qu’il était assez fort pour que son amour devienne une amitié, sans jamais cesser d’être de l’amour.
Je le regardai, et je pensai au mythe d'Hyacinthe. Dans la mythologie grecque, le jeune homme était aimé à la fois par Apollon, le dieu du soleil, et par Zéphyr, le dieu du vent. Zéphyr, jaloux, avait soufflé trop fort, et Hyacinthe était mort. Mais Nathan, lui, n'était pas un vent qui détruit. Il était un vent qui s'éloigne sans bruit, qui laisse la place au soleil. Un vent d'été, tiède et léger, celui qu'on ne remarque pas toujours, mais qui vous accompagne sans rien demander.
Un ami.
Rien qu’un ami.
Et dans ce rien, il y avait tout.
💬 Commentaires 4
Cela contribue à étoffer le personnage d'Hugo, sans rien changer.
Et cela contribue aussi au récit ; un temps calme apres plusieurs chapitres bien denses.
(En vrai je ne sais plus s'il l'ont déjà fait ou si c'était toujours chez Kai)